Lundi 27 octobre

LA VOLTE-FACE

L’ULTIMATUM DE M. BORISSOV : SOIT UN GOUVERNEMENT AVEC UN REEL POIDS POLITIQUE, SOIT UN CABINET D’EXPERTS ET DE NOUVELLES ELECTIONS EN 2015

Après deux semaines de négociations menées avec les forces parlementaires en vue de la constitution d’un gouvernement stable, le chef du GERB Boïko Borissov s’est vu contraint de reconnaître hier son impuissance à vaincre les réticences des partis et à s’assurer un large soutien politique comprenant non seulement le Bloc réformateur et le Front patriotique, mais aussi le PSB et d’autres partis, scellé par un accord de coalition.
Au lieu d’une seconde rencontre entre les équipes de négociation du PSB et du GERB, ce sont les chefs de parti, MM. Mikov et Borissov, qui se sont rencontrés hier pour réexaminer les possibilités de soutien de la part des socialistes au nouveau gouvernement. Restant ferme sur sa position de ne pas participer au futur cabinet, le leader socialiste a même refusé le poste de président de la 43e Assemblée nationale proposé par M. Borissov en échange de l’entrée des socialistes au pouvoir. Appréciant hautement la façon « ouverte et sincère » dont M. Borissov avait organisé les consultations avec les forces politiques, M. Mikov a souligné que dans l’opposition, un parti peut également rester responsable. « Quand les résultats des élections sont tels, il me semble que la simple participation [du PSB] à une coalition sera perçue comme étrange par les électeurs bulgares. Il y a aussi nos problèmes internes de parti, mais ce n’est pas le lieu pour les commenter », a déclaré M. Mikov après l’entretien.
M. Borissov, pour sa part, a lancé sur un ton d’ultimatum une nouvelle formule de gouvernement : cabinet d’experts avec la participation de toutes les forces parlementaires, présidé par un autre que lui, formé avec une échéance très courte, jusqu’au juin 2015, lorsqu’un nouveau scrutin législatif devra être tenu en même temps que les élections municipales.
Le ton d’ultimatum, relèvent Sega et Capital Daily, est venu à la suite d’un revirement survenu dans la position du leader du GERB ce weekend. Ainsi M. Borissov n’est plus d’accord avec la signature d’un document de programme avec le Bloc réformateur et le Front patriotique (au lieu d’un accord de coalition), annoncé à l’issue de la seconde consultation avec le Front patriotique la semaine dernière (voir notre revue du 24 octobre). « Je suis prêt à signer un programme partagé avec tous les partis. Mais il n’aura aucune valeur, ni morale, ni autre. La responsabilité partagée veut dire que leurs leaders politiques participent au gouvernement. Sinon, il serait mieux d’avoir un cabinet comme celui d’Orecharski, avec à la tête un fonctionnaire, et de nouvelles élections au moment des élections municipales. […] Je reste sceptique quant à la création d’un cabinet stable », a déclaré M. Borissov qui insiste de nouveau pour la constitution d’une large coalition et une responsabilité « partagée » dans le futur gouvernement.
Au début de cette semaine et tout de suite après la constitution de la nouvelle législature, le GERB initiera une rencontre des chefs des nouveaux groupes parlementaires comme une ultime tentative de rapprocher les positions des différentes forces politiques. (tous journaux)

L’ALTERNATIVE

UN NOUVEAU CONSORTIUM NEGOCIE AVEC LA BANQUE CENTRALE LE SORT DE LA KTB

Des représentants d’un nouveau consortium, créé en vue du sauvetage de la KTB, se sont rendus vendredi dernier à la Banque nationale de Bulgarie (BNB). Ils ont informé celle-ci que des pourparlers étaient en cours avec le gouvernement et les forces parlementaires portant sur l’élaboration d’un plan de recapitalisation et de restructuration de la banque sous tutelle KTB avec l’aide de l’Etat bulgare.
Le consortium se compose du fonds autrichien EPIC, du Fonds souverain omanais (actionnaire détenant 30% de la KTB) et de Gemcorp (fonds appartenant à Atanas Bostandjiev, ancien directeur exécutif de VTB Capital, actionnaire de la KTB détenant une part d’un peu plus de 9%), informe Capital Daily (voir aussi notre revue du 29 juillet et du 11 septembre).
Dès leurs premières démarches en août dernier, les actionnaires insistaient pour une implication en bonne et due forme de l’Etat bulgare au plan de sauvetage de la KTB et de sa filiale. Le 16 octobre dernier, la banque centrale a fait savoir que les investisseurs potentiels, notamment le fonds EPIC, n’avaient pas présenté un certain nombre de documents, ni des plans ou des options d’assainissement et de restructuration des deux établissements de crédit. En réponse à cette position du régulateur, le consortium a adressé le 21 octobre une lettre au gouvernement, au ministère des finances et à la BNB se plaignant de ses démarches infructueuses et des multiples obstacles créés par la BNB.
Dans un nouveau communiqué vendredi dernier, la BNB rappelle que « les plans de recapitalisation ou de restructuration de la KTB doivent s’accompagner de preuves tangibles de la disponibilité des fonds qui seront investis, ainsi que des délais et des outils pour la réalisation des intentions d’investissement ». Mais, comme l’écrit Capital Daily, après la divulgation des résultats de l’audit, il n’est plus pensable d’espérer qu’un investisseur puisse assurer les fonds nécessaires au bon fonctionnement de la KTB. (Capital Daily, Sega, Troud)

L’ANALYSE

LA KTB : A QUI LA FAUTE ?

Dans un long article sur « La pyramide KTB et ses pharaons », l’hebdomadaire Capital cherche la réponse à la question de savoir qui ou quoi a précipité l’une des plus grandes banques bulgares dans l’abîme.
D’après les conclusions de l’évaluation, effectuée par trois grands auditeurs, Ernst & Young, Deloitte et la société bulgare AFA, deux tiers des actifs de la KTB devront être rayés de son bilan, les prêts octroyés ne seront pas remboursés et les biens inscrits en garantie ne suffiront pas pour minimiser les pertes. Ainsi le trou de 4 milliards qui se formera dans le capital rendra absurde l’idée même qu’un investisseur puisse chercher à se procurer à un tel prix un agrément d’activité bancaire en Bulgarie allant de pair avec une marque à réputation dévastée. En outre, si l’Etat décide de voler à la rescousse et d’investir dans la KTB un montant dépassant ses dépenses annuelles de santé et représentant un peu moins de 5% du PIB, il lui faudra alors implicitement reconnaître que toutes les pertes occasionnées par les prêts consentis en dehors de tout contrôle à des personnes liées seront couvertes par le contribuable.
A part les pertes énormes constatées, l’audit a montré, souligne Capital Daily, que la banque KTB était en fait gérée comme une caisse d’épargne personnelle. L’argent des déposants a alimenté la création de l’empire d’affaires du propriétaire majoritaire Tsvetan Vassilev et du député MDL Delian Peevski. Un empire détruit au printemps dernier dans une guerre spectaculaire, qui a causé aussi le krach de la KTB.
Qui a terrassé la KTB ? « La réponse à cette question, ce n’est ni Delian Peevski, ni le parquet », écrit Capital. « La croissance exponentielle, générée par des taux d’intérêts élevés ne pouvait pas être durable sur le long terme ». Le journal retrace avec force graphiques l’histoire de la banque, son ascension spectaculaire et sa chute brutale. Il détaille les fonds retirés du 13 au 23 juin, précipitant cette chute : 450 millions de leva par des personnes physiques, 110 millions de leva par des sociétés « proches » de Tsvetan Vassilev, 110 millions de leva par des entreprises publiques dites « proches » du député Delian Peevski, etc. Capital étudie le rôle du propriétaire majoritaire Tsvetan Vassilev, du député Delian Peevski et de ses liens avec l’ancien leader du MDL Ahmed Dogan, des gouvernements Stanichev et Borissov à l’ombre desquels la banque a connu ses meilleures années, de la direction de la banque centrale et de celle de la Commission de contrôle financier (assurant le contrôle prudentiel sur les sociétés cotées en bourse), de l’auditeur irremplaçable de la KTB pendant des années – la branche bulgare de KPMG.
Toute la campagne orchestrée dans les médias de M. Peevski et les actions du parquet ont certainement catalysé le krach de la KTB bien que les publications, parues à la veille de la fermeture, ne contenaient pas d’informations inconnues pour le public, souligne le journal. Si la banque ne s’était pas écroulée alors, sa chute aurait néanmoins été imminente et le moindre hic dans le flux de ressources liquides aurait rendu tout le schéma ingérable.
A partir de ce constat, le compte à faire n’est pas difficile. Les dépôts dans la KTB, couverts par une garantie d’Etat, sont de l’ordre de 3,6 milliards de leva. Le Fonds pour la garantie des dépôts bancaires ne dispose que de 2,1 milliards et devra se procurer le reliquat par une émission de dette. Mais le vrai défi consistera à savoir comment gérer la situation une fois la crise avec la KTB réglée. « La responsabilité personnelle et les remplacements de personnes à tous les échelons impliqués dans l’un des plus grands vols de l’histoire bulgare sont le commencement incontournable de ce processus », conclut le journal. (Capital)

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Dernière modification : 27/10/2014

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