Lundi 28 mars

La clôture

Crise migratoire : pour Boïko Borissov, la Grèce est le maillon faible

Vendredi dernier, le premier ministre Borissov a répondu de la tribune parlementaire à des questions de députés sur la préparation de la police et de l’armée face à la crise migratoire.

Jusqu’à présent, l’essentiel des efforts des autorités bulgares était concentré sur la dissuasion des migrants essayant de pénétrer en Bulgarie depuis la frontière turque. A cette date, la pression migratoire y est faible, a indiqué M. Borissov. En revanche, on peut s’attendre à un sérieux problème du côté de la frontière grecque. Citant des données des services de renseignement, il a indiqué que des groupes importants de migrants, de 1 000 à 2 000 personnes chacun, étaient en train de s’organiser sur le sol grec, décidés à percer la frontière en direction de l’Europe occidentale. Pour faire face à une telle éventualité, le gouvernement avait dépêché des envoyés dans les pays voisins afin de surveiller le déplacement des migrants.

Reprochant au gouvernement grec de ne pas avoir pris suffisamment de mesures pour régler les problèmes liés à la situation des réfugiés, M. Borissov a indiqué qu’à la différence des camps en ARYM, « relativement bien aménagés pour accueillir les migrants », ceux en Grèce « se trouvent dans un état particulièrement mauvais ».

La frontière grecque est beaucoup plus longue et non protégée, raison pour laquelle la Bulgarie y concentrera beaucoup plus de forces et de moyens. Un premier pas en ce sens sera l’enveloppe de 5,15 millions de leva octroyée par le gouvernement, à la fin de la semaine dernière, aux forces de la police. Le montant sera utilisé pour l’achat de casques et boucliers, d’équipements de protection et pour le dispositif radio des véhicules, ainsi que pour la mise à niveau des systèmes d’information de la police.

Le ministère de la défense, quant à lui, a demandé un supplément de 1,5 million de leva qui s’ajouteront aux 2,5 millions de leva déjà versés à l’armée pour son appui à la protection de la frontière par la police.

Dimanche, en visite dans la base militaire aérienne de Bezmer (région de Yambol), M. Borissov est revenu sur la sécurité défaillante le long de la frontière grecque : « Nous n’avons aucun envie d’ériger des clôtures, mais nous y serons contraints si la Grèce ne remplit pas ses engagements, si elle ne respecte pas les règles de Schengen. Les citoyens attendent de nous d’être protégés ».

La Grèce ne remplit pas non plus ses engagements vis-à-vis de la mise en place de « hot spots » et de camps dotés de conditions de vie décentes pour les réfugiés, pour lesquels l’UE a versé 700 millions de leva, a indiqué M. Borissov. « Je suis amené à constater que dans un pays pauvre comme la Macédoine, les camps sont couverts de cailloux, de béton, il y a des terrains de jeu pour les enfants, bref de très bonnes conditions. Alors qu’en Grèce, malgré les millions d’euros engloutis, les conditions restent terrifiantes », a-t-il ajouté.

De passage à Stara Zagora, Tsvetan Tsvetanov, chef du groupe parlementaire du GERB, a également évoqué la question d’une meilleure protection de la frontière grecque : « Il est possible que la Bulgarie se voie contrainte de construire des installations supplémentaires le long de la frontière grecque. Celle-ci est deux fois plus longue que la frontière bulgaro-turque. Cela coûtera très cher à l’Etat qui devra faire des efforts pour obtenir des compensations de l’UE ». (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Le rapport

Explosion du nombre de migrants clandestins malgré les mesures dispendieuses prises par le ministère de l’intérieur

« Le ministère de l’intérieur rend compte de 395% d’augmentation du nombre de migrants entrés clandestinement en provenance de Turquie », titre Sega à la une et présente les résultats et les principales conclusions d’un rapport du ministère de l’intérieur pour 2015.

Selon ce rapport, dans un contexte d’une vague migratoire vers la Bulgarie 2,3 fois plus importante en 2015 qu’en 2014, le ministère de l’intérieur enregistre une augmentation brutale des migrants clandestins arrêtés aux frontières et à l’intérieur du pays. Malgré la présence policière (500 policiers sont détachés à la frontière tous les mois), la clôture et les caméras à la frontière bulgaro-turque, 8481 étrangers l’ont traversée clandestinement, ont pu contourner les patrouilles pour arriver à la frontière avec la Serbie où ils sont arrêtés. 11 900 migrants clandestins au total ont été interpellés en 2015 (contre 2857 en 2014) dont 15% sont en provenance de Syrie, 30% d’Afghanistan, 52% d’Irak et 3% d’autres pays. « La structure de la vague migratoire change dans la mesure où augmentent les migrants en provenance d’Afghanistan et d’Irak qui fuient leurs pays pour des raisons économiques. », explique-t-on dans le rapport. 50% d’eux sont des hommes entre 18 et 34 ans dont un tiers sont des Irakiens. 24% n’ont pas fait d’études, 31% sont allés à l’école primaire, 23% - au collège et 2% - au lycée. Les 20% restant ont fait des études supérieures, observe Sega en précisant que ce chiffre n’est pas présent dans le rapport. « Le profil des étrangers qui restent sur le territoire de la Bulgarie constitue un enjeu pour les capacités de l’Etat de les intégrer. Au cas où la politique d’intégration serait inefficace, il est possible qu’une partie des migrants qui restent à plus long terme dans le pays intègrent des réseaux criminels existants ou même créent leurs propres organisations criminelles de toute sorte », établit le ministère de l’intérieur. Ainsi, parmi les passeurs arrêtés à la frontière turque (411 personnes impliquées dans le trafic de migrants, une hausse de 132% par rapport en 2014) il y a des migrants bénéficiant du statut de réfugié. Le trafic de migrants est une activité lucrative qui attire, par l’importance des gains et le bas risque de sanction, constatent les spécialistes du ministère de l’intérieur. Les condamnations avec sursis tant pour les migrants clandestins que pour les passeurs sont les plus répandues, surtout lorsqu’il s’agit d’un premier délit. Les négociations avec le Parquet et l’aveu des faits commis raccourcissent en général la procédure qui se termine en quelques jours.

Dans une analyse intitulée « La situation à la frontière : le roi est tout nu », ce même quotidien tourne en dérision l’incohérence et l’inefficacité des mesures prises par les autorités bulgares pour protéger les frontières avec la Turquie et la Grèce.

« Dans le contexte de la construction d’une installation en or (une clôture) à la frontière bulgaro-turque qui avale des millions chaque mois (dont le prix du kilomètre s’élève à un million de leva) et n’est toujours pas prête, un nouveau « monstre » financier (une nouvelle clôture) sera construit à la frontière avec la Grèce » car « je m’attends à ce que le vrai problème migratoire vienne de la Grèce » (propos tenus par le premier ministre devant le parlement, vendredi dernier) », ironise Sega. « A la frontière turco-bulgare la pression n’est pas importante », déclarait vendredi le premier ministre afin de détourner l’attention, selon Sega, de la question relative au retard de la construction des 135 kilomètres de clôture restant à construire à la frontière avec la Turquie. Ce quotidien rappelle que le gouvernement avait utilisé l’argument de l’augmentation de la pression migratoire à la frontière avec la Turquie pour accélérer la construction ainsi que pour modifier la loi sur les marchés publics afin qu’on puisse choisir les sociétés chargées de la construction sans concours invoquant la force majeure. Enfin, Sega se demande pourquoi le ministère de l’intérieur a décidé de construire des installations chères et inefficaces vu l’augmentation du nombre des migrants clandestins alors que la protection de la frontière par la force humaine aurait été plus efficace et moins chère. L’argent dépensé jusqu’à maintenant pour la construction de ces infrastructures aurait suffi pour augmenter la présence policière à la frontière pour les 10 prochaines années, estime le quotidien.

En conclusion, Sega considère que la façon dont le ministère de l’intérieur gère la protection de la frontière est incohérente et manque de vision concernant la façon dont la clôture sera articulée avec le système de vidéo-surveillance intégré. La police aux frontières a déjà fait comprendre que la nouvelle infrastructure ne sera pas connectée avec le système de vidéo-surveillance et qu’un système d’alerte en cas de défaillance de la clôture ne sera pas mis en place. Cela prive de sens la poursuite de la construction et, à l’aune des déclarations du premier ministre selon qui la menace ne vient pas de la Turquie, on se demande pourquoi on gaspille notre argent, s’interroge Sega. (Sega)

La démission

Le discours de haine a trouvé un puissant amplificateur dans Internet

Gueorgui Lozanov, président démissionnaire du Conseil des médias électroniques (CME), explique dans les pages de l’hebdomadaire Capital les raisons qui l’avaient poussé à démissionner un mois avant la fin de son mandat, à la veille de l’examen par le CME de la demande de licence de télévision déposée par le site en ligne PIK (réputé proche du député MDL Delian Peevski et souvent utilisé pour calomnier et attaquer des ennemis politiques et économiques de ce dernier,voir nos revues du 18 et 26 février).

Il ne faut rien voir d’héroïque en cette démission, souligne d’emblée M. Lozanov. « Tout simplement, la loi m’obligeait de voter suivant ma conscience et ma conscience ne me le permettait pas. […] Il n’y a pas d’autre motif que mon refus de légaliser, à travers mon vote, le discours hostile dans les médias électroniques traditionnels. D’autre part, je voulais attirer l’attention du public sur un processus qu’on essaie de ne pas voir. Je me suis tout simplement senti obligé de réagir à une tendance qui vient des médias en ligne et qui essaie de se frayer un chemin dans les médias traditionnels ».

Sa démission n’étant pas encore acceptée par le CME, M. Lozanov indique que le fait que le régulateur fonctionnera un certain temps en sous-effectif (quatre membres) ne présente pas de risque puisqu’il suffit de trois voix pour entériner une décision, fût-elle pour l’élection des directeurs généraux de la radio ou de la télévision publiques.

Internet a deux faces, un peu comme Dr Jekyll et M. Hyde, souligne M. Lozanov. D’un côté, il a contribué au réveil de l’énergie civile dans le monde entier et a réussi à percer les rideaux de l’information même au sein des régimes les plus totalitaires. En Bulgarie, les réseaux sociaux ont fonctionné à certains moments comme une véritable chambre basse du parlement. Internet a libéré et rajeuni l’écriture journalistique parce que ce sont les jeunes qui ont commencé à écrire en ligne, délaissant les modèles paternalistes.

Mais Internet a également une face sombre : c’est le terrain où une personne peut trouver un public même pour ses passions les plus basses, transformées en mots et images. Et de toutes ces passions basses, la plus destructrice reste la haine. Reléguée dans le passé au rang d’un secret individuel honteux, elle trouve aujourd’hui un puissant amplificateur public sur la toile. Internet a fait entrer la haine dans la communication de masse, on voit apparaître des phénomènes comme la solidarité dans la haine, des courtiers de la haine, l’utilisation de la haine à des fins de propagande, etc.

Face à ce phénomène, les médias traditionnels utilisent leurs propres mécanismes de défense. Mais si ces mécanismes s’avèrent un jour dépassés et si le discours de haine, générée en ligne, inonde de façon légale la télévision ou la radio, tout combat pour des normes journalistiques sera voué à l’échec. La haine en ligne peut gagner en popularité, mais elle ne fera jamais autorité sans l’autorité que les médias traditionnels peuvent lui donner à condition de l’accepter.

Depuis longtemps déjà, les médias bulgares ont besoin d’une nouvelle réglementation. Datant de 1998, l’actuelle loi ne répond plus aux nouvelles réalités. Les médias électroniques ne se résument plus aux stations de radio et aux chaînes de télévision. La société bulgare a besoin d’une loi sur les services médiatiques en général, incluant les services en ligne, mais sans les forums ou les réseaux sociaux. Ne cachant pas son pessimisme sur la possibilité qu’hommes politiques et experts sauront se mettent d’accord sur une nouvelle loi, M. Lozanov conclut avec beaucoup d’amertume que les médias bulgares sont désormais entrés dans un cercle vicieux, ou plutôt une spirale, qui les conduit de plus en plus bas dans les classements relatifs à la liberté des médias. (Capital)

Word - 259.2 ko
(Word - 259.2 ko)

Dernière modification : 25/11/2016

Haut de page