Lundi 28 novembre

Les mesures

Suite de l’émeute à Harmanli : lancement d’une procédure de retour volontaire pour cinquante Afghans

Une réunion extraordinaire auprès du premier ministre s’est tenue ce matin pour faire le point de la situation à Harmanli et élaborer les mesures qui vont être prises. Jeudi soir environ un millier de migrants, principalement des Afghans, s’étaient soulevés dans le plus grand centre d’accueil de Bulgarie, situé à Harmainli, contre les interdictions de sortie qui leur avaient été imposées. 400 personnes ont été arrêtées par la police (voir notre revue du 25 novembre). Une procédure de retour volontaire pour cinquante Afghans est lancée ; 200 autres vont également être renvoyés vers l’Afghanistan après traitement de leurs documents, a annoncé le service de presse du gouvernement. La présidente de l’Agence pour les réfugiés, les représentants de la police et de la police aux frontières et des services de renseignement ont participé à cette réunion extraordinaire.

Selon leurs rapports, la situation à Harmanli est redevenue normale. Les équipes médicales sur place n’ont pas confirmé les craintes des habitants de la ville de Harmanli relatives à la présence de maladies infectieuses dans le centre. La construction de la clôture qui sera érigée autour du centre avance. Le gouvernement prévoit également le changement de statut du centre à Pastrogor en centre de type fermé ; il est prévu que ce centre accueille une partie des migrants qui se trouvent à présent dans le centre d’Elhovo. Par ailleurs, la capacité du centre de Lioubimets va être revue en hausse ; l’état des anciennes casernes de la police aux frontières à la frontière avec la Turquie va être examiné en vue de les transformer en centres d’accueil de migrants. Ils seront eux aussi de type fermé et leur sécurité sera assurée par le ministère de l’intérieur.

A présent, la situation à Harmanli ressemble beaucoup à un état de siège, commente Sega. La sécurité du centre est assurée par des militaires et des policiers. Le ministère de l’intérieur n’a jusqu’à présent pas publié d’information officielle sur ce qui s’est réellement passé au centre et pourquoi, souligne le journal qui accuse la police d’avoir regardé pendant toute la journée les migrants casser du matériel et jeter des pierres pour passer à l’action seulement à la tombée de la nuit en « baignant les migrants dans leur sang ».

Le Parquet a ouvert une enquête contre des policiers X pour violence contre deux migrants. Un migrant de quinze ans a été hospitalisé à Yambol. Il souffre d’une lésion cérébrale et est tombé dans le coma. Selon le journal, les émeutes de ce jeudi ont démontré le « manque total » de compétence de la part de la police et de l’Agence pour les réfugiés qui ont laissé « des problèmes sanitaires et de santé dégénérer en émeutes et en un pogrom dans le centre qui a été récemment renouvelé et équipé ».

Les mesures prises à présent ont beaucoup tardé ; dès le mois d’août, il était clair que la situation dans le centre de Harmanli n’était plus sous contrôle, a souligné dans une interview pour Nova TV Iliana Yotova, vice-présidente de la République élue, membre du PSB et eurodéputée. Le centre souffre d’un manque de médecins et d’interprètes, car ils ne sont pas payés depuis des mois, a ajouté Mme Yotova, qui demande ce qu’il est arrivé au financement du fonds pour la migration. Elle a également prévenu que « le déplacement de groupes de migrants d’un centre à autre ne fait que créer de nouveaux foyers de tensions ».

La ministre de l’intérieur a de son côté mis sur le compte de la campagne électorale l’augmentation de la tension dans le centre de Harmanli. Roumiana Batchvarova a déclaré que pendant deux ans, en situation de pression migratoire pire que celle d’aujourd’hui, la crise a été gérée de manière attentive et calme. La campagne pour l’élection présidentielle a contribué à détériorer la situation au point qu’elle est pire qu’à l’apogée de la crise, plaide Mme Batchvarova. « Avant l’élection présidentielle, beaucoup de partis politiques n’ont pas pu résister à la tentation de profiter de [la crise migratoire] et ont aggravé la tension sociale. Ces derniers mois, des militants du PSB diffusaient à Harmanli des informations sur de graves maladies supposées dans le centre et les patriotes [coalition nationaliste] ont organisé des protestations devant le centre », a ajouté la ministre démissionnaire. (tous journaux, government.bg, nova.bg)

La haine

Les tenants et les aboutissants de l’émeute des réfugiés à Harmanli

Plusieurs analystes se penchent sur les raisons à l’origine de l’émeute qui s’est produite la semaine dernière dans le plus grand centre bulgare d’accueil de migrants à Harmanli. La quarantaine imposée à cause de maladies contagieuses dont souffriraient les migrants figure parmi les hypothèses le plus souvent évoquées et véhiculées par les organisations nationalistes gentiment relayées par certains médias, « participants directs au nouveau consensus raciste dans la société bulgare », selon l’analyse de Jeanna Tsoneva et de Radoslav Stoyanov, intitulée « Le commerce avec le nati(onali)sme ». Vient ensuite la crainte des migrants afghans, qui ont formé le noyau dur de l’émeute, d’être extradés dans leur pays d’origine en vertu de l’accord signé en octobre dernier entre le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et des représentants afghans. Enfin, les mauvaises conditions de vie (absence de chauffage, d’eau chaude, insuffisance de couvertures et de personnels médicaux) établies par plusieurs volontaires et défenseurs des droits de l’homme constituerait une troisième raison.

Que s’est-il en effet passé derrière les murs de ce centre auquel aucun journaliste ou volontaire, ni même le représentant de la Croix-Rouge, n’a pu accéder et comment est-on arrivé à cette situation ?, s’interroge Maria Iltcheva de la Deutsche Welle. La journaliste cherche une réponse auprès de Lidia Staykova, volontaire depuis trois ans au centre à Harmanli, qui a à plusieurs reprises tiré la sonnette d’alarme concernant les problèmes que rencontrent les migrants dans les centres.

Selon Mme Staykova, les photos qui lui ont été envoyées par des réfugiés qu’elle estime dignes de confiance témoignent de la violence policière exercée à l’encontre des migrants, y compris de ceux n’ayant pas participé à l’émeute. Beaucoup de ses correspondants dans le centre ont confirmé ces affirmations et précisé que seul un petit nombre de migrants a participé à l’émeute alors que plusieurs ont été victimes de l’acharnement de la police dans leurs chambres.

La raison principale à l’origine de cette friction ainsi que de plusieurs autres qui ont déjà eu lieu dans ce centre est liée à l’absence de communication entre les migrants et les autorités ainsi qu’entre les différentes institutions compétentes, considère la volontaire. Enfermés dans ces centres sans être tenus informés de l’évolution de leur dossier, les migrants ne sont destinataires que de messages de haine à leur égard, véhiculés tant par les médias que par certains habitants. Bien qu’hostiles à l’égard des réfugiés, ces derniers sont incapables d’évoquer des problèmes concrets liés à la présence des migrants dans la région. Mme Staykova invite toutes les parties prenantes à se mettre autour de la table afin de concerter leurs messages et de trouver une solution du problème.

Ce problème a apporté de l’eau au moulin des partis politiques qui ont tous saisi l’occasion pour en tirer des dividendes, considère Capital Daily. Au volant de son 4x4, le premier ministre démissionnaire s’est rendu dans le centre et a été applaudi par les nationalistes qui s’y sont rassemblés. Bien qu’à l’origine de l’incitation à la haine à l’égard des réfugiés, le Front patriotique a accusé le ministère de l’intérieur d’être responsable de la situation. Kornelia Ninova, présidente du PSB, a déclaré de la tribune de l’Assemblée nationale que l’émeute est due à la politique incohérente du gouvernement démissionnaire. En réponse sur sa page Facebook, Boïko Borissov a stigmatisé « ce comportement irresponsable qui ignore l’intérêt national au profit du populisme et de l’intérêt partisan ».

Entretemps, la situation dans la ville de Harmanli reste tendue : « celui qui ne hait pas les réfugiés est qualifié de méchant », témoignent des habitants de la ville qui souhaitent garder l’anonymat. De fervents nationalistes font passer des messages de haine sur les écrans de télévision. Une situation qui, dans un contexte d’instabilité politique, peut s’avérer très dangereuse, conclut Capital Daily. (Capital Daily, dnevnik.bg, mediapool.bg)

La plate-forme

Les Démocrates pour une Bulgarie forte en appellent à une nouvelle union de la droite

Lors d’une conférence nationale des Démocrates pour une Bulgarie forte [Ndr : ce parti, initialement membre du Bloc réformateur, n’entretient plus guère de relations avec celui-ci], tenue pendant le week-end à Veliko Tarnovo, Radan Kanev, président du parti, a proposé aux partis de la droite le lancement d’un nouvel accord politique. Intitulée « Contrat pour une nouvelle république bulgare », la version finale du document appelle à la réunification de tous les politiciens et entrepreneurs du centre-droit autour des « idéaux traditionnels » bulgares.

« Notre objectif est de couper la grosse queue de cochon du gouvernement qui grandit et s’épaissit non pas depuis 27, mais depuis 70 ans déjà. Pour y arriver, il faut du courage, pas du conformisme », a souligné Radan Kanev. Selon lui, cet objectif ne sera jamais atteint avec le Bloc réformateur de Mme Kouneva et de M. Loukarski, ni avec le GERB de MM. Tsvetanov et Borissov.

Le « Contrat pour une nouvelle république bulgare » sera une plate-forme ouverte à tous ceux qui chérissent les idéaux et les intérêts nationaux dans une époque globale d’insécurité. Le DBF est tenu de canaliser l’énorme énergie contestataire de la société démontrée lors des dernières élections pour la transformer en énergie constructive et source de richesse.

Cette « nouvelle charte » se construira sur les principes suivants : Etat de droit, justice indépendante, forces armées et de sécurité fortes, diplomatie forte, décentralisation fiscale au profit des communes, institutions nationales fortes, administration réduite mais forte, prospérité, éducation et santé publique de qualité, protection de l’environnement.

Ce matin, dans une interview pour la bTV, M. Kanev a souligné que son ambition, comme celle de tout homme politique digne de ce nom, était de former un jour un gouvernement. « Je serai premier ministre, bien que je ne sache pas quand », a-t-il indiqué. Selon lui, le modèle des coalitions politiques du type du Bloc réformateur a fait son temps en Bulgarie et la droite, si elle veut gouverner, doit être capable de mettre en œuvre des idées.

Ce week-end, une autre formation politique, membre du Bloc réformateur, a également tenu ses assises. Le Parti populaire Liberté et dignité, fondé en décembre 2012, a remanié ses instances dirigeantes. Orhan Ismaïlov, vice-ministre de la défense, a été élu président à la place de son homonyme Korman Ismaïlov. (24-Tchassa, dnevnik.bg, mediapool.bg)

Rubrique France

Les sociétés françaises Electricité de France et Véolia seraient intéressées par la construction de la centrale nucléaire à Belene, affirme en une le quotidien Troud, qui se réfère aux propos de Roumen Ovtcharov, ancien ministre de l’économie et ancien représentant de l’Etat bulgare au sein du conseil de surveillance de Loukoïl Neftohim Bourgas SA, selon qui « un investisseur occidental serait prêt à construire la centrale de Belene conformément aux exigences du premier ministre ».

Dernière modification : 28/11/2016

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