Lundi 29 juin

L’impact

La Bulgarie est préparée pour faire face aux effets collatéraux de la crise en Grèce

La Banque nationale de Bulgarie (BNB) a réagi aujourd’hui par un communiqué à l’arrêté sur le contrôle des capitaux publié au journal officiel grec dans la nuit de dimanche à lundi dont l’objectif est de protéger le système bancaire grec du risque d’une panique générale face à la perspective d’un possible défaut de paiement de la Grèce.

Dans son communiqué, la BNB assure que ces mesures d’extrême urgence prises par le gouvernement grec n’ont pas d’effets juridiques en Bulgarie et ne sont donc pas en mesure de porter atteinte au fonctionnement normal et stable du système bancaire bulgare. Ce système bénéficie d’une autonomie financière et opérationnelle à l’égard des systèmes bancaires d’autres pays. Les banques bulgares, y compris les banques avec participation grecque, n’ont pas de créances à l’égard
d’établissements de crédits grecs ni d’investissements dans des titres émis par le gouvernement grec. Le niveau élevé de l’adéquation du capital et de la liquidité des banques bulgares garantit leur indépendance vis-à-vis des évolutions négatives dans les pays voisins. Les filiales des banques grecques en Bulgarie ont été forcées par le régulateur bulgare de maintenir des niveaux de liquidité et d’adéquation du capital allant au-delà de la moyenne.

Selon Gueorgui Anguelov, économiste à l’Institut Open society, la liquidité des banques bulgares dont les propriétaires sont grecs, atteint les 5 milliards de leva. Cet argent en espèces étant physiquement en Bulgarie permettra à ces établissements de crédit de faire face à l’éventuelle faillite de la Grèce sans fermer. En outre, le gouvernement bulgare a procédé en mars à une émission d’euro-obligations s’élevant à 3 milliards d’euros afin de renforcer sa réserve fiscale et de se préparer ainsi pour un éventuel « grexit ».

En effet, selon M. Anguelov, la Grèce est constamment en crise depuis plus de six ans et s’est dangereusement approchée à plusieurs reprises de l’abîme de la crise financière. Il y a six ans la Grèce a été la première destination d’exportation pour la Bulgarie. Aujourd’hui, seulement 6% de la production bulgare y est exportée à cause de la stagnation en Grèce qui a conduit les entreprises bulgares à réorienter leurs exportations vers d’autres pays. De premier investisseur en Bulgarie, la Grèce est devenu en six ans un investisseur quasiment absent du marché bulgare. Les grands investissements grecs en Bulgarie (la Chaîne Nova TV et l’opérateur de téléphonie mobile Globul) ont été rachetés par des investisseurs occidentaux. Et depuis 2009, on observe la délocalisation en Bulgarie de 10 000 sociétés grecques. « Cette migration d’entreprises grecques en Bulgarie à cause de la crise et de la politique fiscale favorable bulgare serait une répercussion plutôt positive de la crise en Grèce.  », affirme également le vice-premier ministre Tomislav Dontchev. Certes, la Bulgarie devra inéluctablement subir l’impact négatif transfrontalier d’une crise sévissant dans un pays voisin, a-t-il concédé. « Mais tout dépend des scénarios qui vont se jouer et il y en aura beaucoup », conclut le vice-premier ministre. (bnb.bg, dnevnik.bg, investor.bg, Troud)

Le plénum

Les socialistes cherchent à tourner la page Stanichev

Hier, le Conseil national du PSB a tenu une réunion plénière qui s’est achevée par l’éviction de certaines figures emblématiques de la direction de ce parti et l’adoption d’une déclaration contre le déploiement de matériel lourd de combat sur le territoire national.

Ce « plénum de la vérité », selon l’expression des journalistes, devait remédier à une question trop longtemps ajournée de l’avis de certains socialistes, à savoir couper le cordon ombilical avec l’ « époque Stanichev » et permettre au parti de sortir de l’impasse politique où il s’était retrouvé. Aucun motif valable n’a pas été cité contre les personnes visées, si ce n’est que d’avoir appartenu à l’entourage le plus proche de l’ancien président du PSB, Sergueï Stanichev. Ainsi, Kristian Viguenine et Anton Koutev ont dû quitter leurs fonctions au sein du Bureau exécutif du Conseil national du parti, alors que Dragomir Stoïnev, cible de nombreuses attaques, y conserve son poste. Afin d’éviter d’avoir à stigmatiser leurs camarades, une centaine sur les 167 membres du Conseil national avaient préféré briller par leur absence, remarque Sega. De plus, ce forum qui était censé tracer mieux encore la séparation de la direction du PSB avec le passé s’est ouvert sur la projection d’un court métrage à la gloire de S. Stanichev et de sa réélection à la tête du Parti des socialistes européens (PSE).

Interrogé par 24 Tchassa sur les véritables raisons de l’éviction de Kristian Viguenine et de la mise au placard de Dragomir Stoïnev, mais aussi de Maya Manolova, Anguel Naïdenov et Kiril Dobrev, Mikhaïl Mikov, président du parti, souligne que le potentiel de chacun d’entre eux devrait s’harmoniser avec les efforts communs de tout le parti. « Ce qui veut dire qu’ils devraient suivre et mettre en œuvre la politique et les décisions arrêtées par la direction du parti. Alors que pour l’instant, nous voyons beaucoup plus leur application à se montrer sous le jour d’insoumis pour épater les médias. Le sentiment d’isolement [que connaît actuellement le PSB] est lié à mon avis au souci de certains de nos membres d’être particulièrement attirants, même lorsque cela signifie passer outre les décisions du parti dont ils sont membres  ».

Le plénum s’est également penché sur les réformes mises en chantier par le gouvernement. Dans son allocution, M. Mikov a fustigé tous ces projets « traduisant une politique de droite », notamment dans l’éducation (subventions à des écoles privées), la santé (privation de soins pour les personnes aux faibles revenus et redécoupage du réseau hospitalier au profit du secteur privé), la justice (renforcement de la mainmise des gouvernants sur le pouvoir judiciaire).

Quel avenir pour le PSB dans la perspective des élections municipales ? La réforme entamée au sein de la direction saura-t-elle consolider les rangs du parti ? « Réforme est un mot que les gouvernants ont vidé de son sens », a observé M. Mikov. « Disons que les changements au sein du PSB se déroulent d’après le plan prévu. Ce plan ne prévoit pas de changements révolutionnaires, mais des corrections idéologiques à gauche du profil du parti et la séparation avec la clientèle dans nos rangs » (24 Tchassa). Selon M. Mikov, il existe un risque sérieux de renforcement de la présence d’intérêts affairistes dans les listes des partis en raison du vote préférentiel et le PSB n’est nullement à l’abri d’un tel risque (Sega).

Le plénum a adopté le texte d’une déclaration faisant écho aux débats de la semaine dernière sur le déploiement de matériel militaire américain en Bulgarie. « Le PSB n’est pas contre les relations avec les Etats-Unis, mais celles-ci doivent se fonder sur l’égalité, la clarté et le respect des intérêts mutuels. […] Il faut tenir compte de la perception différente dans les différents pays sur cette question. Les attitudes des citoyens bulgares diffèrent de celles des citoyens polonais et des pays baltes. [La présence américaine] va compliquer encore davantage nos relations avec la Russie que le gouvernement avait tout fait pour détériorer ». A la fin, la déclaration souligne que le gouvernement, en la personne des ministres de la défense et des affaires étrangères, induit en erreur le peuple bulgare et que l’accord de coopération dans le domaine militaire signé en 2006 entre les Etats-Unis et la Bulgarie, n’est pas un « fondement suffisant pour le déploiement d’un matériel lourd de combat » (Douma). (tous journaux)

Le défi

Pas d’avenir pour la Bulgarie sans solution du « problème rom »

Quatre constructions illégales ont été détruites aujourd’hui à Garmen (région de Blagoevgrad) à la suite de protestations des habitants de la ville contre l’installation jugée illégale dans la commune d’un groupe de Roms (voir la revue de presse du 3 juin). Restent encore 120 constructions illégales, dont deux doivent être détruites le 13 juillet. Beaucoup des habitants de ces constructions ont refusé de sortir de leur maison et certains d’eux ont même menacé de s’immoler en appelant le premier ministre Boïko Borissov à l’aide, raconte Dnevnik.

La tentative de résoudre le problème des ghettos roms en Bulgarie par la destruction fortement médiatisée de quelques constructions illégales et sans alternative pour les familles approfondit le problème et aggrave l’isolement social de ces gens, commente Capital. Selon cet hebdomadaire, c’est précisément le retrait de l’Etat qui est à l’origine de la ghettoïsation et de la dégradation des conditions de vie de ces gens.

Le journal donne l’exemple positif de Kavarna (ville du littoral bulgare) où 25% de la population sont de la minorité rom. Kavarna est la seule municipalité dans laquelle « le problème rom » n’existe pas car elle a mis en œuvre un modèle d’intégration qui a donné de résultats réels, raconte le journal. Son maire, Tsonko Tsonev, a même été décoré par la Commission européenne pour sa politique d’intégration. Il a réussi à persuader le Conseil municipal et la population que le développement de cette municipalité passe également par l’amélioration des conditions de vie des Roms. Ceux-ci ont reçu la possibilité d’acheter des terres du domaine de la municipalité et de légaliser leurs maisons. Les fonds européens ont été consacrés à la modernisation de l’infrastructure du quartier. La municipalité a également aidé les Roms travaillant à l’étranger à légaliser leur statut. L’éducation dans les crèches et les maternelles est gratuite, ce qui est une condition obligatoire pour la meilleure intégration à l’école des enfants dont le bulgare n’est pas la langue maternelle. Des Roms ont été recrutés dans le système de santé, de l’éducation et dans l’administration pour pouvoir s’occuper de leur communauté et créer ainsi un environnement dans lequel les règles sont respectées. Même si toutes ces mesures ont mis dix ans pour donner des résultats, le maire de Kavarna a montré qu’il avait compris une chose essentielle : que c’est surtout la majorité qui a intérêt à l’amélioration de la vie de la minorité rom, écrit le journal.

Selon une étude récente de la Banque mondiale et de l’Institut pour l’économie du marché, en 2030 40% des gens actifs en Bulgarie seront d’origine rom. Alors, s’ils ne savent ni lire ni écrire, ne sont pas qualifiés, ne travaillent pas ou sont sous-payés, d’où viendra l’argent pour les futurs retraités, demande Capital pour qui « il n’y a aucune raison démographique et économique pour que l’on continue à prétendre que l’on peut se passer des Roms ». Le journal cite Petar Ganev, économiste à l’Institut pour l’économie du marché selon qui « le système des retraites bulgare, fondé sur le principe de solidarité, va s’écrouler et le niveau de pauvreté des gens actifs augmentera d’une façon drastique ».

«  Nous sommes une société vieillissante avec peu d’enfants. Le bulgare n’est pas la langue maternelle pour un enfant sur trois en Bulgarie et si nous ne sommes pas une société solidaire, nous deviendrons de plus en plus menacés par le manque de services. Parce que ce sont ces enfants qui devront garantir nos pensions, le fonctionnement du système de santé et d’éducation, nos possibilités de loisir », renchérit Ilona Tomova, professeur à l’Académie des sciences.

Capital note que si dans les années 80, 48% des Roms vivaient dans des quartiers ségrégués, dans les années 90, ce nombre a atteint les 80%. Mais la situation récente dans Garmen et Orlandovtsi (quartier de Sofia, voir la revue de presse du 16 juin) montre, selon le journal, qu’il n’y a aucune volonté pour résoudre ce problème. Quant à la société, « non seulement elle devient de plus en plus raciste, mais on n’observe presque plus de soutien public pour les politiques qui pourront réellement nous sortir de ce cercle vicieux », commente M. Ganev. Il faudrait désormais non seulement travailler avec la minorité rom, mais aussi investir beaucoup dans un travail de sensibilisation de la majorité en Bulgarie, assume l’économiste. Mais, continue M. Ganev, pour le moment, il est évident que l’Etat a renoncé à cette tâche, plutôt abandonnée à des ONG financées dans leur majorité sur fonds européens.

Il suffit de voir la situation d’un regard pragmatique pour comprendre qu’il n’existe aucune possibilité pour le développement de l’économie et de la société bulgares qui passe par l’exclusion des Roms du système de l’éducation et du marché de travail, écrit Capital. Mais dix ans ont été perdus dans l’imitation de programmes d’intégration et cette situation est la preuve « non pas de l’incapacité, mais du manque de volonté à résoudre ce problème. Une vraie bêtise, qui coutera au pays très cher », conclut Capital. (Capital, Pressa, Dnevnik)

PDF - 189.9 ko
Lundi 29 juin
(PDF - 189.9 ko)

Dernière modification : 30/06/2015

Haut de page