Lundi 4 janvier

La prospective

La presse bulgare s’interroge sur l’année politique qui commence

La presse bulgare cherche à cerner à quoi ressemblera l’année politique 2016 en sollicitant plusieurs analystes, politologues, sociologues, juristes et journalistes : « l’année de la division » (Daniel Smilov, politologue), « du choix entre le despotisme oriental, l’islamisme agressif et les valeurs européennes » (Kristian Takov, juriste), « d’un gouvernement en chute libre » (Stefan Popov, directeur de l’ONG pour politiques publiques RiskMonitor), « des remaniements ministériels » (Andreï Raïtchev, sociologue de Gallup International), « de la désintégration du Bloc réformateur » (Dimitar Ganev, politologue de Gallup International), « du retour à la normale de la situation politique impliquant la réanimation de l’opposition » (Vassil Tontchev de Sova Haris) ou « de la république du premier ministre » (Iouriï Aslanov, propriétaire de l’agence sociologique Afis). Certaines des opinions ont été émises avant les événements au sein du MDL (voir nos revues du23 et du28 décembre2015), précisent certains journaux.

La politique bulgare demeure imprévisible et l’est à ce point que le seul événement certain est bien l’élection présidentielle, affirme le journaliste Diian Bojilov de Sega. Cette imprévisibilité tient aux facteurs externes et aux dépendances de décideurs comme Borissov et Dogan ainsi qu’aux engagements pris par ceux-ci. Il est difficile d’analyser les réflexions du premier ministre lorsqu’il joue au football au moment où l’on amende la Loi fondamentale ou de prévoir le « discours de banquet », prononcé après minuit par un homme éméché (allusion à Ahmed Dogan, cf. revue du 23 décembre 2015).

Ainsi, on ne pourra identifier que les facteurs qui conditionneront les résultats de l’élection présidentielle et l’éventuelle tenue d’élections parlementaires anticipées, souligne le journaliste qui précise limiter son analyse aux processus publics « car les coulisses font l’objet d’un autre genre ».

Le premier facteur est lié aux « turbulences » au sein du MDL : donneront-elles lieu à une scission ou Dogan parviendra à maîtriser le parti par l’intermédiaire des trois coprésidents ou par l’élection d’un nouveau leader ? Certes, ce ne sera pas la première scission du parti et Mestan ne sera pas le premier membre exclu ayant fondé un nouveau parti même si la donne est différente après le retrait de Dogan en tant que leader du parti. La grande question consiste à savoir si le parti conservera l’homogénéité de son électorat. Et si c’était le cas, serait-il en mesure de peser dans les négociations pour la présidentielle ? Le malaise du MDL l’exclurait des rangs de ceux qui aspireraient à des élections parlementaires anticipées.

Le deuxième facteur relève de la situation de la droite. Ne pouvant compter que sur un capital politique réduit, Radan Kanev, gagnera en force grâce au soutien des militants pour une réforme judiciaire. Son futur projet politique de candidat à la Présidence de la République sera probablement conçu en collaboration notamment avec ces groupes de la société civile sous le slogan de la réforme judiciaire. Le prochain rapport « négatif » de la Commission européenne au titre du MCV et les discussions parlementaires relatives aux lois sur le pouvoir judiciaire et la lutte contre la corruption, n’y contribueront que positivement.

Le troisième facteur est bien sûr Boïko Borissov car c’est son éventuelle décision de se présenter à la présidentielle qui prédéterminera tant les résultats de celle-ci que la tenue d’éventuelles élections parlementaires anticipées. Or, M. Borissov devra tenir compte [de l’avis] d’au moins trois ambassades, de ses partenaires de la coalition au pouvoir, de ceux qui manifestent (non seulement devant le palais de justice mais également contre les prix de l’électricité), du procureur général ainsi que de l’issue de la bataille au sein du MDL. La situation du premier ministre n’est pas à envier, celle des Bulgares non plus, car leur présent et leur avenir, ou au moins leur proche avenir, dépendent de lui. (Capital Daily, Standart, Sega)

L’entretien

Le premier ministre défend son bilan

« L’Etat bulgare est stable et prévisible. Le chômage a diminué, l’épargne et le pouvoir d’achat ont augmenté. La croissance est de 3%. 2, 854 milliard de leva de plus que l’année dernière sont rentrés dans le budget de l’Etat ». Tel est le bilan que le premier ministre bulgare fait dans une longue interview, accordée à Troud le premier jour de la nouvelle année.

Tout cela ne passe pas inaperçu des homologues européens de M. Borissov : David Cameron et Angela Merkel ont effectué des visites d’Etat en Bulgarie et échangent régulièrement avec Boïko Borissov à l’occasion des sommets européens. Les hommes politiques russes, même s’ils adressent des critiques à la Bulgarie (allusion aux interviews du président Poutine et du ministre Lavrov), font preuve de compréhension lorsqu’ils se retrouvent face à des partenaires qui savent dire « oui » et « non » quand ce n’est pas dans leur intérêt, qui ne se laissent pas influencer par la conjoncture mais respectent leurs politiques traditionnelles. La Bulgarie et la Russie sont très liées culturellement et historiquement. En même temps les engagements de la Bulgarie, membre de l’UE et de l’OTAN, sont différents de ceux de la Russie eurasienne. La Bulgarie a pu démontrer par tout ce qui s’est passé autour de l’avion russe abattu par la Turquie qu’elle veille à son intérêt national tout en étant un membre loyal de l’UE et de l’OTAN. Les Bulgares ne haïssent pas la Russie mais les jeunes préfèrent les vols à destination des pays européens et des Etats-Unis. Cependant, être membre de l’UE et de l’OTAN ne doit pas empêcher la Bulgarie d’entretenir ses relations avec son ami historique, la Russie.

Les projets énergétiques avec la Russie, notamment le gazoduc Bourgas-Alexandroúpolis, la centrale nucléaire de Béléné et South Stream, n’ont pas été menés à bien pour différentes raisons : le premier constituait un danger pour l’écologie ; la centrale nucléaire aurait été déjà construite si un contrat précisant son coût avait été signé en 2006. Quant à South Stream, très rentable pour la Bulgarie, « nous avions tout négocié avec la président Poutine avant la crise en Ukraine, y compris le respect des règles européennes, et s’il n’y avait pas eu le putsch contre le premier gouvernement de GERB et si j’étais resté premier ministre, les travaux de construction auraient déjà été en cours car les Américains et les Européens savaient que c’était un projet économiquement rentable pour la Bulgarie. Le projet du hub gazier « Balkan » connu de la Commission européenne, nous permettra de remplacer South Stream ».

En politique intérieure, le GERB est devenu un parti balancier sans lequel aucun autre parti ne pourra former un gouvernement. « Les partis qui lèvent la voix pour qu’il y ait des élections anticipées savent bien que si les limites du bon ton étaient dépassées et que si le gouvernement devait partir, car il ne peut pas chuter, un mois après les élections ils devraient venir me voir pour discuter de la constitution d’un nouveau gouvernement. C’est pourquoi, je parviens, à l’heure actuelle, au prix de beaucoup d’efforts et de nerfs, à maintenir un bon dialogue avec le PSB et le MDL, ABC et le Front patriotique, avec les collègues ministres du Bloc réformateur car il ne faut pas détruire la stabilité, gaspiller beaucoup d’argent et [….] perdre beaucoup de temps et bloquer le pays avant de former un gouvernement ».

« En outre, lorsqu’on constituait le gouvernement, j’avais promis aux collègues de terminer le mandat. Je ne figure donc pas [en tant que candidat] dans mes prévisions pour l’élection présidentielle. Mais le GERB a au moins cinq candidats potentiels à la présidence de la République. Je n’en ai pas encore parlé aux collègues car j’attends voir dans quelle situation sera l’Etat en juin - juillet pour décider de priver des secteurs qui se portent bien de leurs responsables. Et des femmes naturellement, qui sont à l’honneur au GERB. », conclut le premier ministre.

Sur le plan personnel, M. Borissov se qualifie de « marié avec le travail » mais jeune encore pour que « le temps de l’amour vienne » quand il en en aura fini avec le travail d’Etat. (Troud)

Le plaidoyer

Un Institut des hautes études islamiques à Sofia serait un atout dans la lutte contre l’Islam radical

24 tchassa analyse les raisons pour lesquels un centre ou institut d’études de l’Islam devrait être établi à Sofia. Le journal rappelle qu’il a lancé exactement la même idée et a défendu le souhait du Grand Mufti, qui date de plus de dix ans, un an auparavant sans aucun suivi de la part des autorités.

Un an plus tard, les événements récents ont même renforcé le besoin d’une telle décision. Entretemps, les différents petits centres et écoles financés par des fondations islamistes et hors du contrôle du ministère de l’éducation et du Mufti continuent de se répandre, signale le journal. Le nombre exact de ces écoles est connu uniquement par la DANS, mais selon un rapport de l’agence, cité par 24 tchassa, les fondations islamistes qui opèrent en Bulgarie seraient au nombre de 30. Leur financement principal provient de l’Arabie Saoudite.

Ces écoles doivent être sous la surveillance de l’Etat et non pas de la DANS. Un grand nombre des écoles qui existent doivent être fermées à cause de propagation d’un islam extrémiste et du manque de contrôle du ministère de l’éducation, de l’avis du journal. Ces mesures auront pour but de centraliser les études sur l’islam et la théologie musulmane dans un institut à Sofia. L’institut actuel ne peut pas exercer de telles fonctions car il n’est pas accrédité et ses diplômes ne sont pas reconnus. Pour cette raison, presque 400 personnes qui ont étudié dans cet institut sont allées plus tard suivre des cours pour obtenir une reconnaissance de leurs diplômes dans des pays comme l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie, le Yémen et l’Irak. Cette situation consiste à jouer avec le feu de l’islam radical, prévient le journal.

Depuis plus de dix ans, le Grand Mufti demande l’autorisation de créer un Institut de hautes études, mais rencontre uniquement des refus sans motivation claire. Un tel institut serait profitable au pays et, au-delà, il pourrait offrir un centre d’études pour les musulmans d’autres Etats balkaniques.

Les missionnaires de l’islam radical deviennent de plus en plus nombreux dans le pays. L’Europe a un passé partagé avec l’Islam. Les musulmans représentent la minorité la plus nombreuse dans l’UE. Les flux migratoires et le fait que la Bulgarie est une frontière extérieure de l’Union aggravent la situation. Il serait très ridicule de fermer les yeux devant ces réalités, écrit 24 tchassa.

Le christianisme et l’islam peuvent cohabiter en paix. Un institut de hautes études de l’Islam sous le contrôle du Grand Mufti et accrédité par le ministère de l’éducation pourrait être une des solutions. Il pourrait également résoudre le problème du manque de place dans l’unique mosquée de Sofia que l’on peut observer lors de chaque grande fête musulmane, conclut 24 tchassa (24 tchassa).

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Dernière modification : 11/01/2016

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