Lundi 4 juillet

L’interview

Rossen Plevneliev : Je reste voué à la démocratie bulgare, à l’Etat bulgare et au peuple bulgare

Dans une interview pour 24 Tchassa, intitulée « Président un jour, président toujours », le président de la République Rossen Plevneliev partage son point de vue sur plusieurs questions d’actualité : le Brexit et les referendums, l’EU et la paix durable, la vie après les plus hautes fonctions dans l’Etat.

« La Bulgarie ne voulait pas et n’a jamais voulu que le Royaume-Uni quitte l’UE. Nous respectons profondément le choix fait par les Britanniques. Mais ce pays est et restera toujours pour nous un pays d’importance stratégique », déclare M. Plevneliev. L’EU est une famille. Et s’il y a un divorce, il faut que tout se passe de manière civilisée, dans les meilleurs termes et conformément aux règles. Il y a toujours des options légitimes pour ouvrir la porte dans un sens ou un autre. L’important est d’éviter la plus grave crise qui puisse arriver à l’Europe, la crise morale. La scission, la désintégration, souligne le président bulgare.

La construction européenne, qui va fêter bientôt ses 70 ans, a fait preuve de sa force d’intégration. Née dans les ruines de la Seconde guerre mondiale, elle a su apporter la paix en Europe : trois générations de suite sur ce continent ne connaissent pas la guerre. « Dans le même temps, on se rend compte que l’idée des pères fondateurs n’a pas été d’avoir un super-Etat, ni de faire perdre aux Etats nationaux leur identité. Pour moi, l’UE est un pont vers l’avenir. Un pont dont on doit construire tous les piliers et pas seulement quelques-uns avant de pouvoir l’emprunter pour entrer dans l’avenir », indique M. Plevneliev. Il faut que l’Europe se dote d’une politique de défense, qu’elle rende plus efficace sa politique étrangère, qu’elle continue à construire son marché unique encore inachevé. Il faut mettre en place un marché numérique unique, un marché unique de l’énergie. « Et ce ne sont pas là des projets d’un super-Etat, mais d’une union forte d’Etats nationaux forts », relève-t-il.

Revenant au thème du Brexit, M. Plevneliev indique que malheureusement on se sert trop souvent de Bruxelles comme d’une excuse facile pour expliquer les échecs nationaux. « On est trop souvent tenté de privatiser les succès et de mettre les échecs sur le dos de Bruxelles. On perd trop souvent le sens en s’enlisant dans des affrontements quotidiens entre partis politiques ». Et on utilise mal les referendums, l’arme la plus puissante qui soit de la démocratie directe.

Selon lui, partout dans l’Europe d’aujourd’hui, les « partis-systèmes » sont menacés. On voit dans plusieurs pays européens – Autriche, Espagne, Grèce, Slovaquie – des nationalistes et des populistes défiler dans les rues. Le Brexit était du début à la fin un referendum contre les partis-systèmes. Et il a divisé la nation britannique. Tout comme le referendum grec sur le paquet de sauvetage et le maintien de l’euro, le Brexit était entièrement dicté par des intérêts de parti et initié pour résoudre des problèmes internes au pays. Deux referendums qui n’avaient qu’un seul but : resouder le parti au pouvoir divisé.

Interrogé sur sa décision de ne pas se représenter, M. Plevneliev souligne qu’elle a été dictée par des raisons personnelles, suffisamment sérieuses et profondes, et qu’il ne créera pas de parti politique, ni adhérera à l’un d’eux. « Je ne suis pas devenu président à cause du pouvoir présidentiel. […] Je reste voué à la démocratie bulgare, à l’Etat bulgare et au peuple bulgare. Je reste actif dans la vie politique bulgare. […] On verra bien quels sont les chemins qui s’ouvrent et je prendrai ma décision responsable », conclut-il. (24 Tchassa)

La rencontre

Boïko Borissov envoie le ministre des affaires étrangères « normaliser » les relations avec la Russie

Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, s’est entretenu pour la 1ère fois depuis sa prise de fonction avec Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères russe, en marge de la 34ème rencontre du Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Organisation pour la coopération économique en mer Noire (OCEMN) à Sotchi (Russie).

L’accent des échanges a été mis sur un large cercle de questions relevant des relations bilatérales, du domaine de l’énergie ou de l’agenda international. « Nos relations bilatérales doivent se développer sur la base de l’égalité et de nos intérêts communs indépendamment des contradictions dans certains domaines », a souligné le ministre Mitov.

Concernant le domaine de l’énergie le ministre des affaires étrangères bulgare s’est félicité de la sécurité assurée des livraisons de gaz russe pour la Bulgarie et de son transport vers la Turquie, la Grèce et l’ARYM. « Nous nous attendons à ce que les livraisons se poursuivent avec la même régularité pour la Bulgarie et les Balkans. Devenir une plateforme de distribution gazière régionale est au cœur de nos efforts nationaux. Le gouvernement bulgare a intérêt à ce que soient surmontées les divergences et qu’en fin de compte, quoi qu’on fasse à l’avenir en commun entre la Fédération de Russie et l’Union européenne dans le domaine de l’énergie, que ce soit rigoureusement conforme à la législation de l’UE et aux règles européennes », a-t-il déclaré.
Les relations entre l’OTAN et la Russie ont également été abordées. « Les entraînements de l’OTAN en mer Noire sont dans l’intérêt de la défense bulgare et du renforcement de ses capacités », a observé M. Mitov.

En outre, le développement de la coopération avec la Russie dans le domaine du tourisme est d’importance prioritaire pour la Bulgarie. « La Russie est l’un des principaux marchés touristiques pour la Bulgarie. Nous saluons donc la hausse du nombre de touristes russes en 2016 après deux années consécutives de baisse. »

« Cet entretien très ouvert m’a permis de « mettre sur la table la plupart des questions ouvertes et des problèmes qui se sont accumulés », a souligné le ministre Mitov, cité par la radio nationale bulgare (BNR). Selon la télévision nationale bulgare (BNT), Sergueï Lavrov aurait mentionné des malentendus dans les relations entre la Russie et la Bulgarie qui sont traditionnellement amicales. Celles-ci devraient être rationalisées, aurait répondu Daniel Mitov.

La presse bulgare exprime le regret que le ministère des affaires étrangères bulgare ne fournisse aucune information relative aux propos tenus par le ministre Lavrov. Cette pénurie d’information ne permet pas de comprendre si des questions sensibles, comme le contentieux opposant les deux pays sur l’arrêt de la construction de la centrale nucléaire de Belene ou le gel du projet South Stream et son éventuelle intégration dans les nouveaux plans gouvernementaux concernant la construction d’un hub gazier, ont été discutées dans le cadre de l’entretien entre les deux ministres.

Quelques heures seulement après la tenue de l’entretien des deux ministres des affaires étrangères russe et bulgare, le premier ministre Borissov a déclaré « avoir envoyé Mitov à la rencontre à Sotchi en vue de normaliser, si cela était bien sûr possible, la très sévère position de la Russie à l’égard de la Bulgarie ainsi que la nôtre à son égard et notre image de ‘pire ennemi des Balkans pour la Russie’ ».

« La Bulgarie doit résoudre des questions avec la Russie concernant les projets énergétiques, l’allègement du régime des visas, les sanctions. Celles-ci ne seront pas levées cette année mais j’espère que ce sera le cas l’année prochaine, du moins dans le domaine de l’agriculture où elles nous font subir beaucoup de pertes à l’heure actuelle », a observé le premier ministre.

Il a souhaité que la politique bulgare soit équilibrée avec tout le monde et a exprimé le regret que « le président Poutine, le premier ministre Medvedev vont à Athènes, à Belgrade, à Budapest en nous contournant. Une tension inutile est ainsi générée, dont nous ne voulons pas. »

Interrogé au sujet d’une demande de sa part de rencontrer le président russe, comme le lui avait suggéré Gueorgui Parvanov, leader d’ABC, il a rappelé que « de telles rencontres se font entre présidents ou entre premiers ministres et seulement lorsqu’on a des choses à négocier ou à proposer. Je suis content que la partie russe ait enfin compris que la position bulgare et la position européenne, c’est la même chose ». Selon M. Borissov les dernières prises de parole de M. Poutine démontrent que la Russie a déjà admis que c’est à l’Europe qu’il appartient de prendre les décisions et que la Bulgarie en tant que membre de l’Europe doit s’y solidariser.

Enfin, il a estimé qu’il est possible que le hub gazier soit articulé avec le North Stream 2 car « on ne peut pas dire à la fois que South Stream est une mauvaise chose pour l’Europe et que North Stream 1 et 2 en est une bonne ». (mfa.bg, mediapool.bg, dnevnik.bg, novinite.bg)
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L’analyse

Réchauffement entre la Turquie et la Russie : le pragmatisme extrême d’Erdoğan

« « Je suis désolé » figure probablement parmi les phrases les plus difficiles à prononcer pour le président turc. Il aime l’entendre ; mais cette fois-ci il a été obligé de la dire. Résultat : en une journée M. Erdoğan a dégelé les relations [de la Turquie] avec deux pays – la Russie et Israël ». Ainsi commence l’article de Capital sur le rapprochement entre Ankara et Moscou, que le journal analyse dans le cadre de la démarche analogue du président turc vis-à-vis d’Israël.

Le rapprochement entre la Turquie et Moscou est encore dans une phase initiale et personne ne s’attend à ce que MM. Poutine et Erdoğan deviennent les meilleurs amis. Mais, du point de vue bulgare, l’intensité des craintes de voir le pays devenir un champ de collision entre deux anciens empires diminuera sans doute, commente le journal. Capital prévient cependant qu’il serait exagéré d’espérer que cette détente déclenchera très vite le lancement d’un projet de gazoduc sous la mer Noire à la place du projet South Stream.

Selon 24 tchassa, la raison principale pour « la main tendue » d’Ankara vers Moscou est économique. L’embargo russe a coûté jusqu’à présent à la Turquie presque 9 milliards de dollars. En mai 2016, le nombre des touristes russes a baissé de 98,7% par rapport à la même période de l’année dernière. Ce n’est pas par hasard si la première chose que M. Poutine a faite à l’issue de la conversation téléphonique avec son homologue turc a été d’ordonner la levée des sanctions contre la Turquie dans le domaine touristique et la normalisation des relations commerciales entre les deux pays.

Mais, selon Capital, il n’est pas anodin non plus que la nouvelle du message envoyé à Vladimir Poutine par le président turc dans lequel celui-ci présentait ses excuses pour le bombardier russe abattu par l’aviation turque en novembre 2015 ait été diffusée tout de suite après la réconciliation entre Israël et la Turquie, conclue dimanche 26 juin, après six ans de brouille. Selon des experts cités par le journal, c’est une « coïncidence recherchée et bien planifiée ». La réconciliation avec Israël n’aurait jamais été possible sans une pression exercée par les Etats-Unis. Le rapprochement avec Moscou apparaît dans ce contexte comme une « stratégie de contrepoids et d’équilibre ». Le but principal est de minimiser les effets négatifs en Turquie de la réconciliation avec Israël, continue le journal.

Ces dernières années la Turquie s’est retrouvée dans une position « d’isolement sourd, après que sa politique de « zéro problème avec les voisins » est devenue une politique de « zéro voisin sans problèmes » », écrit le journal en faisant allusion à la doctrine élaborée par l’ancien premier ministre turc Ahmet Davutoğlu dans son ouvrage Profondeur stratégique. Le pas vers Israël démontre le niveau d’isolement dans lequel se trouvait Erdoğan, mais également son instinct de survie qui est capable de le mener vers une souplesse et pragmatisme extrêmes. Le prochain pas attendu est vers l’Egypte, autre acteur clé régional, commente Capital. (Capital, 24 tchassa)

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Dernière modification : 05/07/2016

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