Lundi 4 mai

L’EDITORIAL

LES MESSAGES DE LA SEMAINE DERNIERE

« Rien ne changera » - c’est ainsi qu’on peut interpréter les messages de la semaine dernière marquée par deux évènements démontrant l’existence de cercles oligarchiques et occultes en Bulgarie, s’exclame Capital Daily en introduction de son éditorial intitulé « Les otages d’une guerre hybride ».
Le premier évènement  :
La troisième tentative d’élire un président de la Cour d’appel de Sofia a échoué. La seule candidate à ce poste, Mme Nelly Koutskova, n’a recueilli que 9 des 13 voix nécessaires des membres du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) bien que tous les membres ayant pris la parole avant le vote n’aient pas tari d’éloges à l’endroit de sa candidature. Ces mêmes membres ayant évalué son travail, il y a un an, en lui accordant cent des cent points possibles, n’ont pas su justifier leur position et répondre à la question posée par la candidate à l’issue du vote : « Pour quelle raison ne m’avez-vous pas élu ? »
La candidature de Mme Koutskova, magistrat exemplaire et irréprochable, fondateur de l’Union des juges en Bulgarie et sa présidente de 2003 à 2007, avait bénéficié du soutien d’un tiers des magistrats à la Cour d’appel de Sofia dont l’avis a été ignoré par le CSM, souligne Capital Daily.
Kalin Kalpaktchiev, membre du CSM, indigné du comportement des autres membres, a souligné que « le CSM a par ce vote démontré une fois de plus que pour être élu président d’une juridiction, le candidat doit d’abord avoir été approuvé à l’extérieur [du CSM]… or, on ne veut pas de magistrats indépendants et non influençables à des postes de direction clés ».
Le deuxième évènement :
Une formation du TGI de Sofia, présidée par Petia Krantcheva (ancienne vice-présidente du TGI ayant donné sa démission à la suite d’un rapport scandaleux du CSM constatant le dysfonctionnement de cette juridiction) a acquitté Vesselin Gueorguiev, ancien chef de l’Agence des infrastructures routières, accusé d’avoir violé la loi sur les marchés publics en signant des contrats pour un montant de 120 millions de leva avec des sociétés liées à ses deux frères. En 2008, la Commission européenne, saisie de cette affaire, a dû suspendre les paiements au titre des instruments de préadhésion Phare et ISPA en mentionnant dans son avis la responsabilité personnelle de M. Gueorguiev.
Selon l’éditorial de Capital Daily, dans le premier cas, le CSM a rassuré que « des magistrats de réputation immaculée ne seront pas admis à des postes de responsabilité clés, et dans le deuxième, le TGI de Sofia a rassuré tous ceux dont la responsabilité peut être engagée pour abus de fonds publics ».
Ces deux évènements, loin d’être surprenants, ont apporté la garantie de l’impunité des décideurs portant préjudice à l’intérêt général. La classe politique et ses sponsors n’ont qu’à se féliciter d’avoir gagné la guerre hybride contre les citoyens et les contribuables bulgares, dont le statut d’otages d’une guerre hybride les rapprocherait de l’état d’impuissance dans lequel se trouve la population russe aujourd’hui dans une Russie de Poutine, conclut l’auteur de l’éditorial. (Capital Daily)

LE DEBAT

« SIMEON II, TZAR DES BULGARES » : LA DECISION DU SAINT-SYNODE SUSCITE UNE VIVE POLEMIQUE

En fin de semaine le Saint-Synode a décidé d’ajouter dans les textes et de citer dans toutes les messes Simeon de Saxe-Cobourg-Gotha comme « Simeon II, tzar des Bulgares ». La nouvelle formule a été utilisée pour la première fois ce weekend, lors de la célébration du 1150e anniversaire de l’adoption du christianisme en Bulgarie en la présence du président de la République Rossen Plevneliev, du premier ministre Boïko Borissov et de M. de Saxe-Cobourg-Gotha.
Cette décision a suscité une vive polémique. Apres la liturgie M. Plevneliev a annoncé qu’en tant que Président de la République il se proclame « pour l’ordre constitutionnel du pays ». Il a demandé au Saint-Synode de reconsidérer sa décision car elle a un sens symbolique et risque à diviser les chrétiens en républicains et monarchistes.
Gueorgui Parvanov, leader d’ABC et ancien président de la République s’est aussi proclamé contre une telle décision. Il a rappelé que 90% des Bulgares se sont proclamés en faveur de la République lors d’un referendum qui a été organisé il y a 70 ans. « Je déconseille qui que ce soit d’essayer à réviser ce vote », a été catégorique M. Parvanov.
Dnevnik cite différentes réaction de députés. Selon Radan Kanev, co-leader du Bloc réformateur, un tel acte représente « une interférence inadmissible de l’Eglise dans la vie politique ». Selon lui le fait que cette décision vient à la veille de la visite de M. de Saxe-Cobourg-Gotha à Moscou pour la célébration du 70e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale n’est pas du tout une coïncidence.
Le Saint-Synode doit préciser si cette décision est une reconnaissance envers l’ex tzar ou représente une critique implicite envers le gouvernement, a dit de son côté Yanaki Stoilov du PSB.
Nous ne sommes pas dans la situation de se poser la question « république ou monarchie », analyse Daniel Smilov dans une interview pour la BNR. Selon le politologue même s’il y a une nuance politique dans la décision du Saint-Synode, le manque de soutien de la part de la société ne peut être compensé par de tels actes et il n’y a aucune possibilité réelle pour M. de Saxe-Cobourg-Gotha de ressusciter sa carrière politique. (tous journaux, BNR)

L’ANALYSE

LA LIBERTE DE LA PRESSE BULGARE EN CONSTANTE DETERIORATION

A l’occasion du 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, le président du Conseil des medias électroniques Gueorgui Lozanov publie dans plusieurs medias son analyse de la situation de l’indépendance des medias en Bulgarie.
Il tente à expliquer le fait paradoxal, que après l’adhésion du pays à l’Union européenne en 2007, la position de la Bulgarie dans différents classements commence à se détériorer de plus en plus (par exemple l’édition 2014 du « Classement mondial de la liberté de la presse » de Reporteurs sans frontières range le pays en 100e position, ce qui représente une chute de 13 places par rapport à l’année précédente).
Lozanov formule l’explication du phénomène en 4 points. Premièrement, une fois devenu membre de l’UE, le pays et surtout les journalistes ont perdu l’esprit critique et ont commencé à penser leur liberté d’expression comme garantie de l’extérieur.
Deuxièmement, les différentes organisations citoyennes et ONG ont décidé que leur mission est accomplie et ont un peu délaissé le contrôle des medias.
Troisièmement, l’instinct de l’époque du communisme quand les gens comptaient surtout sur les rumeurs pour s’informer est toujours vivant et l’intérêt pour ce type d’information a trouvé une bonne source dans l’information du type « tabloïde », ce qui a mené à une dégradation de la qualité de la présentation et du traitement de l’information.
Mais la raison la plus grave sans doute se cache dans le financement des medias. Chassés par la crise économique, un bon nombre d’investisseurs importants dans ce secteur ont quitté le pays et leur niche a été remplie par des acteurs nationaux avec un capital douteux. Ceci, en combinaison avec le marché de publicité fortement réduit et la baisse des tirages de la presse écrite a rendu les medias politiquement dépendants.
L’Association des journalistes européens en Bulgarie a publié une pétition qui appelle à un journalisme responsable et intègre. L’organisation a aussi appelé le gouvernement et la législature à mettre en lumière les propriétaires des medias pour pouvoir éclairer les liens entre eux, leur financement et l’élite politique. Cet appel a été fait à l’issu de la tentative de saisie des serveurs et des autres équipements techniques de TV7. La chaîne de télévision subit une crise financière depuis plus d’un an à la suite de la « séparation » entre Tsvetan Vassilev, propriétaire majoritaire de la KTB, et Delian Peevski, député MDL et propriétaire présumé de nombreux médias en Bulgarie (voir la revue de presse du 30 avril).
Selon l’avocat Alexandre Kachamov, le cas de TV7 ne doit pas être lié à une question d’attaque contre la liberté de la presse. Gueorgui Lozanov de son côté explique que cette télévision représente plutôt un projet politique et est une exception des pratiques médiatiques qui était vouée à la mort tôt ou tard. Mais Boïko Boev, avocat et analyseur des questions des medias basé à Londres écrit que quand il s’agit d’une opération contre un media, quoique soit les raisons, la Cour européenne des droits de l’homme sera toujours beaucoup plus sensible au cas où une plainte serait portée à Strasbourg. (dnevnik.bg ; ClubZ, Webcafe, Deutsche Welle)

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Dernière modification : 04/05/2015

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