Lundi 6 juin

La gravitation

L’élection présidentielle provoque des phénomènes de tectonique des plaques dans la politique bulgare

Mercredi matin, avant le début des débats parlementaires, Volen Siderov, président d’Ataka, a déposé un dossier dans le bureau de son ennemi éternel, le Front patriotique. Contrairement aux attentes, dues à la complexité des relations politiques entre les présidents d’Ataka et du Front national pour le salut de la Bulgarie (composante du Front patriotique), Valeri Simeonov a sereinement réagi : « j’ai pris le dossier et je ne l’ai pas jeté dans la poubelle ». En effet, il s’agit d’une invitation adressée par Ataka aux coprésidents du Front patriotique à s’entretenir en vue de la désignation d’un candidat commun à la présidentielle. Volen Siderov a justifié cette « offre » par le nombre important de 29 (un de moins que le MDL, troisième force politique au Parlement) députés des deux partis, lesquels, s’ils unissaient leurs efforts pourraient, selon lui, obtenir entre 40 et 45 mandats aux prochaines élections parlementaires.

En effet, l’ « offre » de Volen Siderov s’inscrit dans le cadre d’un processus de reconfiguration des petits partis politiques au Parlement à la veille de l’élection présidentielle, un scrutin perçu comme l’antichambre du prochain vote pour accéder au Parlement. En dehors de cette tentative de constitution d’une future coalition « nationaliste », on observe des démarches analogues du côté d’ABC et du Centre démocratique bulgare dont cinq députés, membres de l’Union populaire, ont démissionné vendredi dernier. Cette nouvelle formation politique a intégré conjointement avec le parti Guerguiovden un « Conseil politique et parlementaire pour le contrôle sur le pouvoir exécutif » mis en place par ABC après le retrait de son soutien au gouvernement. Des pourparlers sont en cours pour une participation commune à la présidentielle et aux élections législatives. Ces deux échéances préoccupent également les différentes composantes du Bloc réformateur en raison de son avenir incertain. En cas de la dissolution du Bloc, un « plan B » serait déclenché par le Mouvement Bulgarie aux citoyens (présidée par Meglena Kouneva) afin de garantir son avenir politique en union avec le Front patriotique. Tous ces comptes politiques configurent deux nouveaux centres de gravitation politiques qui risquent de s’attirer l’un l’autre à la veille de l’une des futures échéances. Les petits partis visent ainsi à réaffirmer leur existence auprès du GERB et du PSB.

Le leader du GERB, Boïko Borissov, a induit habilement en erreur ses partenaires de droite en déclarant initialement annoncer le candidat du GERB en juin. Ensuite, il a nié l’éventualité que Yordanka Fandakova, maire de Sofia, Dimitar Nikolov, maire de Bourgas, Tomislav Dontchev, vice-premier ministre, Tsvetan Tsvetanov, chef de file du GERB au Parlement, et lui-même se présentent à la présidentielle. Et lorsque cette échéance a été mise à l’ordre du jour du Bloc réformateur, Borissov a reporté [N.B. ce week-end] à septembre l’annonce de la candidature du GERB. Le Bloc ne se leurre pas sur la possibilité d’avoir une candidature commune avec le GERB. Les annonces initiales de négociations avec le GERB des Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF) et du Mouvement Bulgarie aux citoyens (les deux principaux partis du Bloc) ne viseraient qu’à se neutraliser mutuellement. Ce blocage mutuel pourrait avec le temps donner lieu à la réorientation du mouvement de Meglena Kouneva et de l’Union des forces démocratiques vers un soutien à la candidature du GERB. Auquel cas le DBF désignerait Radan Kanev comme candidat à la présidence de la République.

Le PSB a adopté une tactique semblable à celle du GERB. Bien que les déclarations de Kornelia Ninova, élue à la tête du PSB avec le soutien de l’aile du parti fidèle au président d’ABC, Gueorgui Parvanov, et le retrait immédiat du soutien de ce même ABC au gouvernement aient pu laisser l’impression d’une tactique concertée entre les deux partis de la gauche, les députés sont sceptiques concernant la possibilité que le PSB accepte de soutenir Ivaïlo Kalfin ou encore Gueorgui Parvanov comme candidat à la présidentielle. Cette thèse est corroborée par la coalition qu’ABC tente de créer avec l’Union populaire, Guerguiovden et quelques autres petits partis politiques non représentés au Parlement. Las candidatures potentielles de Gueorgui Parvanov comme président et de Margarita Popova comme vice-présidente sont discutées au sein de l’Union populaire. Si la Cour constitutionnelle déclarait non conforme à la Constitution la candidature de Parvanov, qui a enchaîné deux mandats à la tête de la Présidence de République, Margarita Popova pourrait être le candidat commun de cette nouvelle coalition. Ainsi, l’élection présidentielle met fin aux plus faibles mouvances politiques et reconfigure leurs vestiges en les orientant vers l’ABC ou vers le Front patriotique. Le Bloc réformateur qui, il y a deux ans semblait être un acteur influant, est en train de se partager entre le GERB et le Front patriotique. Ce qui va reposer une question récurrente : « où est la droite bulgare ». (Capital)

Le commentaire

Les amendements au Code électoral et l’illusion du peuple que quelque chose dépend de lui

Dans une analyse pour Sega, le politologue Boris Popivanov revient sur les amendements au Code électoral. Cinq jours après que les amendements ont été adoptés et le véto présidentiel – détourné (voir nos revues des 19 et 20 mai), six projets d’amendements de cette loi fraîchement amendée ont été déposés. Le sentiment général est que chaque amendement a pour but de donner un « sus sucre » à tel ou tel acteur politique pour qu’il ne se sente pas vexé, commente M. Popivanov. Quant au peuple : on dirait que les politiciens font tout leur possible pour que les gens ne restent pas avec la fausse impression que quelque chose dépend d’eux car alors le risque serait qu’ils y prennent du plaisir et en veulent davantage. Les amendements adoptés ou proposés visent tous une seule chose : la restriction du pouvoir du peuple, commente le politologue.

M. Popivabov donne comme exemple le vote à l’étranger (qui a fait l’objet du véto présidentiel « détourné » par l’Assemblée nationale). La proposition de limiter le nombre de bureaux de vote à l’étranger a pour but (implicite ou explicite) de limiter le nombre des bulletins en provenance de Turquie. Le message est clair : il est mauvais que les gens en Turquie votent. Mais pourquoi en est-il ainsi ?, continue le politologue. Si la raison est que ces gens voteront pour un parti particulier (le MDL et, éventuellement , DOST) , alors pourquoi voter en Turquie pour ces partis serait-il un problème, tandis que leur soutien en Bulgarie est admissible ?

Deuxièmement, si on considère que, d’une manière ou autre, le parti œuvre pour des intérêts contradictoires à ceux de l’Etat, alors pourquoi ne pas prendre des mesures conformes à la Constitution pour arrêter son fonctionnement en général au lieu de jouer à de petits jeux avec le nombre des bulletins ?

Troisièmement, si le problème n’est pas le parti, mais un certain pays étranger considéré comme influençant l’intérêt politique national bulgare, alors pourquoi l’Etat bulgare ne trouve-t-il pas un moyen de contrôler le processus électoral ? Ou, s’il est incapable de le faire, pourquoi est-il permis en général de voter à l’étranger ? Est-ce que la Bulgarie exerce un meilleur contrôle sur l’organisation du vote des Bulgares dans d’autres pays ? Ou bien, si on considère que les autre pays sont « bons » et n’influenceront pas les élections, tandis que la Turquie est « mauvaise » et le fera, alors pourquoi l’Etat bulgare a-t-il accepté son voisin comme un partenaire, demande le politologue.

Pour l’élite politique bulgare, restreindre le droit de participation aux élections est la chose la plus sûre : pas de participation, pas de problème. Toutefois, prévient le politologue, cette méthode aboutira à l’irruption d’un problème qui sera très visible. Car, selon une règle très ancienne des manuels, un peuple ne doit pas être privé de l’illusion que quelque chose dépend de lui, qu’il est inclus quelque part, qu’il exerce du contrôle sur quelque chose. (Sega)

Le spectre

La presse bulgare s’intéresse à « l’ombre terroriste » qui plane sur l’EURO 2016

« Le football sous l’ombre menaçante du terrorisme » titre Sega son dossier sur l’EURO 2016 qui doit être officiellement inauguré le 10 juin par le match France-Roumanie. Pour la première fois l’accent, d’un tournoi de football sera mis non pas tellement sur le résultat final, mais sur l’éventuelle menace terroriste, écrit le journal. Il revient sur les mesures de sécurité prises par le gouvernement français et qualifiées de « jamais vues ». 90 000 personnes, dont 60 000 policiers, qui avec des gendarmes, des militaires et des agents de renseignement, assureront la sécurité des stades et des fanzones.

Le journal souligne le rapport des services de sécurité allemands qui prévient de possibles attaques terroristes lors de l’EURO 2016. Les équipes des pays (et donc les matchs qu’elles joueront) qui mènent des opérations militaires en Syrie et en Irak sont considérées comme les plus vulnérables. Les services se préparent pour toutes sortes de scénarios, y compris une attaque chimique, une prise d’otages dans un train ou une attaque contre une des fanzones, ajoute Sega.

Standart publie de son côté une interview avec l’arabisant Vladimir Tchoukov qui souligne que le football est en général ciblé par Daech. Le spécialiste prévient que les djihadistes peuvent perpétrer de nouveau des attentats comme ceux du 13 novembre à Paris. L’année dernière, l’une des cibles était précisément le Stade de France, rappelle M. Tchoukov. Selon lui, il est fort probable que les terroristes ont analysé en détail cette attaque. Sur la base de ces informations, de leur potentiel, des capacités des cellules dormantes de Daech, les djihadistes pourront essayer de répéter ce qui s’est passé en novembre dernier.

En général, le football est considéré par les djihadistes comme étant un jeu occidental et selon une fatwa émise par Daech, il ne doit pas être pratiqué, ni même regardé. 17 jeunes ont été exécutés à Mossoul uniquement parce qu’ils avaient regardé le match Irak-Jordanie. Il faudrait également penser l’EURO 2016 dans ce cadre de la logique de l’organisation.

Il ne faut pas sous-estimer non plus la propagande et la désinformation de Daech. L’organisation lance sans doute des rumeurs pour accomplir un de ses buts principaux : alimenter la peur et la panique des gens, conclut le spécialiste. (Sega, Standart)

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Dernière modification : 24/11/2016

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