Lundi 7 novembre

Le scrutin

Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle : le candidat de la gauche, Roumen Radev, donné vainqueur

Taux de participation plutôt élevé, relativement peu de signalements d’infractions, files d’attente devant les bureaux de vote à l’étranger et résultats inattendus du vote : c’est ainsi que la presse résume le scrutin tenu hier pour l’élection de président et vice-président de la République.

D’après les résultats intermédiaires du décompte à 95,17% des procès-verbaux du scrutin aujourd’hui vers 13h30, réalisé par la Commission électorale centrale, le tandem Roumen Radev, soutenu par un comité d’initiative de sympathisants du PSB, a obtenu 25,70% ou 932 177 voix, devançant de peu la candidate du GERB Tsetska Tsatcheva (22,00% ou 797 967 voix). Les résultats obtenus par les autres candidats s’égrènent comme suit : Krassimir Karakatchanov (alliance Patriotes unis) 15,04% ou 545 708 voix ; Vesselin Marechki (indépendant) 10,87% ou 394 470 voix ; Plamen Orecharski (indépendant jouissant du soutien du MDL) 6,51% ou 236 283 voix ; Traïtcho Traïkov (Bloc réformateur) 5,87% ou 213 090 voix ; Ivaïlo Kalfine (ABC et autres partis) 3,30% ou 119 581 voix ; Tatiana Dontcheva (Mouvement 21 et Mouvement national pour la stabilité et le progrès) 1,82% ou 66 054 voix, etc.

Le taux de participation élevé (52,4% d’après Alpha Research), soit quelque 3 064 000 de personnes, s’est notamment traduit par la formation de files d’attentes devant les bureaux de vote à l’étranger. Selon les données du ministère des Affaires étrangères, jusqu’à 16h00, 39 585 Bulgares avaient voté à l’étranger, dont 14 759 en Turquie (35 bureaux de vote), 5 741 en Grande-Bretagne (53 bureaux de vote), 3 823 en Espagne, 1 991 en Allemagne.

Quelque deux cents signalements d’infractions électorales ont été envoyés aux commissions électorales régionales et à la CEC. Des tentatives d’achat de voix, filmées avec une caméra cachée par la bTV dans les quartiers roms de Blagoevgrad, Pazardjik et Vidin ont mené à des arrestations.

La journée du scrutin terminée à 20h00, les principales forces politiques ont donné, comme d’habitude, des conférences de presse au NDK. La direction du GERB et les ministres, préférant ne pas s’y rendre, se sont réunis au siège de leur parti. Attendu par des journalistes, le premier ministre s’est expliqué. Le GERB était le parti dont la candidate a obtenu le meilleur résultat puisque tous ses rivaux étaient soutenus par des alliances ou des comités d’initiative. Par conséquent, le GERB restait la principale force politique dans le pays. Donc, il n’en était pas question que le gouvernement démissionne comme M. Borissov l’avait anticipé à la veille du scrutin. L’écart entre sa candidate et M. Radev étant « trop petit », le parti se mobilisera pour le combler. Comptant sur l’appui de tous ceux qui sont pour les valeurs euro-atlantiques, la stabilité, le développement économique, le GERB ne cherchera pas le soutien du MDL. Mais cette élection avait montré l’existence d’un « front très clair » formé par le PSB et le MDL. Pressé par les questions des journalistes, le premier ministre a toutefois lâché que si son parti perdait le second tour, il quitterait le gouvernement dès lundi prochain.

Pendant la conférence de presse du PSB, la dirigeante socialiste Kornelia Ninova a dû répondre à son tour à des questions sur un départ éventuel du gouvernement. Après avoir demandé à plusieurs occasions la démission de M. Borissov, Mme Ninova a répondu que l’objectif maintenant était de remporter le second tour. Et qu’il fallait adresser la question de la demission à M. Borissov lui-même.

Une autre surprise de ce scrutin, soulignent les médias, tient au résultat élevé de Krassimir Karakatchanov. Selon celui-ci, ce score s’explique par un phénomène nouveau, la réunification des forces patriotiques dans le pays, « un poing qui frappera à l’avenir dans la politique bulgare ». La seule chose qui compte, ce sont les intérêts nationaux, a souligné le candidat des Patriotes unis. Relevant le poids politique engrangé par les « patriotes » à l’issue du premier tour, M. Karakachanov a assuré qu’ils ne se laisseront pas guider par un égoïsme de parti pour revendiquer des élections législatives anticipées. L’alliance entre le Front patriotique et Ataka ne donnera pas de consignes à ses sympathisants qui seront libres de choisir pour qui voter en fonction de la réponse qu’apporteront dès cette semaine les deux candidats en ballotage aux sujets d’actualité, dont l’achèvement de la clôture avec la Turquie, la lutte contre la migration illégale, la non-relocation de réfugiés dans le pays, la hausse de la pension de retraite minimum.

Le candidat indépendant Vesselin Marechki, homme d’affaires et conseiller municipal à Varna, a indiqué à son tour qu’il n’avait pas l’intention d’orienter le vote de ses sympathisants, ceux-ci étant libres de choisir qui soutenir au second tour. Quant à lui, il allait voter pour l’amiral (M. Manouchev qui forme tandem avec Tsetska Tsatcheva) le préférant de loin au général (Roumen Radev).

A la différence de MM. Karakatchanov et Marechki, le leader du MDL, Moustafa Karadaya, a annoncé son soutien à Roumen Radev : « Les citoyens bulgares demandent le changement. Notre pays a besoin de changement », a-t-il martelé en faisant écho à ce mot devenu slogan pour la campagne du PSB.
Des analyses plus attentives des résultats du premier tour montrent que pour la première fois depuis 1990, un candidat soutenu par le PSB arrive à triompher à Sofia. Roumen Radev s’est également imposé dans vingt autres grandes villes, contre seulement trois pour Mme Tsatcheva. Du point de vue du niveau d’éducation, les électeurs instruits ont soutenu le général Radev. Du point de vue de l’âge, on constate une parité des soutiens pour M.Radev et Mme Tsatcheva chez les personnes de 18 à 60 ans, alors qu’au-dessus de 60 ans, les gens ont choisi de voter pour M. Radev. 201 849 électeurs ou 5,56% ont coché la case « Je ne soutiens personne ».
Parmi les Roms, 36% ont voté pour Mme Tsatcheva et 27% pour M. Radev, alors que seulement 19% des Turcs bulgares ont soutenu Mme Tsatcheva et 14% M. Radev. Enfin, R. Radev a réuni deux fois plus de voix que le soutien dont avait joui le PSB aux dernières législatives (2014), à la différence de Mme Tsatcheva qui n’a attiré qu’un peu plus de 50% des voix obtenues par le GERB aux dernières législatives. Selon les experts, tout cela indique que le soutien pour M. Radev est plus équilibré et transcendant tous les groupes et couches de la population, à la différence du soutien pour Mme Tsacheva. Ce qui présage un second tour particulièrement serré entre les deux premiers candidats. (results.cik.bg, tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Les commentaires

L’électorat du MDL et des nationalistes tient dans ses mains l’issue du second tour

Après le premier tour de l’élection présidentielle, la section bulgare de la Deutsche Welle, résumant les conséquences du résultat du vote, s’attend de plus en plus à voir une première défaite électorale du GERB, une crise politique et des élections législatives anticipées consécutives. Mediapool de son côté résume dans son titre les commentaires des experts : « L’électorat du MDL et du Front patriotique tient dans ses mains l’issue du second tour ».

Parvan Simeonov, directeur exécutif de Gallup International s’attache dans Standart à expliquer la « grande surprise de cette élection », à savoir le fait que le candidat soutenu par le BSP a réussi à sortir en première position en devançant la candidate du GERB. Le parti de Boïko Borissov a perdu une grande partie des électeurs de droite. Le général Roumen Radev a accumulé un vote protestataire, tandis que Tsetska Tsatcheva n’a même pas réussi à mobiliser l’électorat du GERB. Mais le grand gagnant de cette élection est le candidat des nationalistes, assure le politologue. Pour la première fois dans l’histoire moderne bulgare, les nationalistes ont réussi à s’unir, ajoute M. Simeonov.

Mihail Ivanov, conseiller de l’ancien président de la République Jeliou Jelev sur les questions ethniques et religieuses (1990-1997) voit en cette « offensive du national-populisme », le message le plus important de ce premier tour. Cette tendance continuera et après le second tour, les nationalistes gagneront encore du terrain. Le moment de la chute de ce gouvernement dépendra également d’eux. Et ils seront l’acteur clé lors de la composition du futur gouvernement après d’éventuelles élections législatives anticipées, écrit M. Ivanov sur son profil Facebook. Quant au résultat de l’homme d’affaires indépendant Vesselin Marechki, perçu par les experts comme l’une des surprises de cette élections, M. Ivanov le qualifie de « business-populiste » et prévoit qu’il jouera également un rôle important dans « la construction du futur espace parlementaire ».

Dans une interview pour Standart, le sociologue Youlii Pavlov met l’accent sur un autre précédent de ces élections : pour la première fois, les deux candidats des deux principaux partis politiques ne réussissent pas à obtenir 50% des voix des électeurs (le plus faible résultat était en 2011 quand les deux premier candidats avaient réussi à mobiliser le soutien de 70% des Bulgares). Cette situation siginifie que plus de la moitié des gens qui ont voté n’ont pas pu reconnaître leur candidat préféré dans Mme Tsatcheva ou M. Radev. Cet éparpillement des voix témoigne d’un haut niveau de déception de la classe politique en Bulgarie et rend le résultat du deuxième tour difficile à prévoir, ajoute M. Pavlov.

Boriana Dimitrova, directrice de l’agence de sondages Alfa Research, est elle aussi d’avis que s’efforcer de prévoir le résultat du second tour est une entreprise à haut risque. Le MDL a offert à M. Radev un soutien sérieux. Les électeurs des nationalistes étaient plus enclins à soutenir également le général, mais il sera difficile de dire comment cette annonce faite par le président du parti de Moustafa Karadaya influencera leur vote, relève la sociologue pour Nova TV. Il est également difficile de prévoir le vote des électeurs du Bloc réformateur qui ne soutiennent aucun des deux candidats. Mme Dimitrova a également souligné qu’à l’exception de l’électorat du MDL, « la loyauté politique manque en Bulgarie ». Pour cette raison, les électeurs des différents partis prendront une décision personnelle s’agissant de leur choix au second tour, indépendamment des appels des partis politiques et des candidats.
Andrei Raïtchev de Gallup International est plutôt d’avis que les électeurs nationalistes soutiendront M. Radev. « Jusqu’à présent le score n’a jamais été renversé … Il n’est jamais arrivé que le gagnant du premier tour perde le second », rappelle le sociologue, cité par Mediapool.

Mais quel que soit le résultat, cette élection imposera un « changement de la configuration politique », estime pour Standart Dimitar Ganev du centre de recherches Trend. Les options devant le GERB sont au nombre de deux : soit un changement de la formule de la coalition au pouvoir, en faisant entrer les nationalistes au gouvernement à la place des réformateurs, soit des élections législatives anticipées. Car « le résultat du premier tour montre que la formule actuelle du gouvernement est épuisée », commente le politologue. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg, nova.bg, bnr.bg)

Le suspense

Forte participation des Bulgares au référendum, mais l’incertitude demeure sur sa validation

Plus de 3 millions de citoyens (sur la base de 95% des procès-verbaux des suffrages exprimés en Bulgarie et à l’étranger) ont participé au référendum qui s’est tenu parallèlement à l’élection présidentielle, hier. Ce taux de participation de plus 50% dépasse de loin la participation des Bulgares aux deux précédents référendums qui s’est élevé à 1 405 000 (20,3%) en 2013 (sur le développement de l’énergie nucléaire par la construction d’une nouvelle centrale électronique) et à 2 708 000 (40%) en 2015 (sur le vote électronique et le vote à distance).
A la différence des deux précédents référendums initiés par Sergueï Stanichev, ancien premier ministre (2013), et l’actuel président de la République Rossen Plevneliev (2015), cette troisième consultation l’a été par Stanislav Trifonov, animateur de l’émission de variétés « Le Show de Slavi ». En outre, ce scrutin a une plus grande portée que les deux précédents : les trois questions posées sont censées bouleverser l’organisation du système politique.
A cette étape du décompte des suffrages, 71,92% des suffrages exprimés ont soutenu que les députés soient élus au scrutin majoritaire à deux tours. 72,16% ont approuvé le vote obligatoire (consacré lors des derniers amendements du Code électoral) et 61,83% se sont prononcés pour que la subvention publique annuelle octroyée aux partis politiques et aux coalitions soit calculée à raison d’un lev pour un suffrage valide obtenu lors des dernières élections législatives, contre onze leva actuellement.
Toutefois, pour être valide, le référendum doit atteindre un niveau de participation égal à celui des dernières élections législatives (soit 3 500 585 suffrages, ou un taux de 53%). Il est peu probable qu’à l’issue du traitement des 5% des procès-verbaux restants, ce taux soit atteint et que par conséquent la volonté des citoyens s’impose aux législateurs. En revanche, dans l’hypothèse d’une invalidation, la participation a été suffisamment élevée pour que les députés soient tenus d’étudier ces trois questions et de légiférer à leur sujet, en application de l’article 52 de la loi sur les référendums.
Selon une étude de 24 tchassa, le groupe parlementaire du GERB serait enclin à accepter le « modèle allemand » selon lequel 120 députés seraient élus à la proportionnelle et 120 au scrutin majoritaire. Dans la mesure où le libellé de la question prévoit que « les députés soient élu au scrutin majoritaire », il faudrait que la Cour constitutionnelle se prononce sur la question de savoir si la solution du « modèle allemand » est susceptible de satisfaire la volonté des électeurs, ont précisé des représentants du GERB.
« Le fait que trois millions de Bulgares se sont exprimés lors du référendum constitue une grande responsabilité pour moi. C’est une victoire que nous avons remporté aujourd’hui contre ce système qui est fait pour qu’il n’y ait pas de référendums. Je l’apprécie beaucoup et j’agirai en fonction des circonstances dans le respect de la Constitution et de la loi », a commenté Stanislav Trifonov, qui a également annoncé une prochaine initiative sur la mise en place du vote électronique. A ce sujet il a une fois de plus exprimé son étonnement que le président de la République ait saisi la Cour constitutionnelle au sujet de la question du vote électronique qui avait déjà fait l’objet d’un référendum, initié par lui-même. Il s’est également opposé à ce que « des analystes et politologues » considèrent le peuple comme « stupide et incapable de prendre des décisions ».
« Le référendum a démontré le clivage entre le peuple et l’élite. Si nous étions citoyens suisses, les prochaines élections législatives se seraient déroulés conformément au système majoritaire à deux tours », a observé Valeri Naïdenov dans une tribune que publie 24 tchassa. M. Naïdenov critique l’élite bulgare médias compris qui s’était unie pour diminuer l’importance du référendum et faire passer des messages comparant le scrutin majoritaire à l’apocalypse. Un tel décalage entre l’élite et le peuple n’existe nulle part ailleurs, conclut-il. (tous journaux)

Dernière modification : 07/11/2016

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