Lundi 8 février

Le miroir

Une rencontre à Londres avec des citoyens bulgares tourne mal pour le premier ministre

« Mission Londres-2 ou les aventures de Borissov dans le monde réel » (Sega), « Borissov a ressenti le dard de nos compatriotes à Londres » (Sega), « Gros ennuis à South Kensington » (Capital), « Des Bulgares à Londres demandent à Borissov : lorsque vous vous regardez dans un miroir, n’y voyez-vous pas Delian Peevski ? » (mediapool.bg), « La conseillère presse du premier ministre : Je me demande ce que voient dans le miroir les propriétaires de bTV et de Nova après une rencontre avec Peevski », « On a tenté de déstabiliser le Premier ministre » (Standart), « Les carrosses se transforment tôt ou tard en citrouilles » (dnevnik.bg) : autant de titres de presse parus après la publication de l’enregistrement de la rencontre de Boïko Borissov, premier ministre avec des membres de la communauté bulgare à Londres, organisée en marge de sa visite dans la capitale britannique à l’occasion de la conférence internationale « Soutenir la Syrie et la région ».

Une rencontre qui a mal tourné au point de devenir une vraie épreuve pour le premier ministre qui, privé du confort public dont il jouit en Bulgarie, a dû faire face à la libre expression de ses électeurs à l’étranger.
Refusant de se laisser amadouer par les éloges sur les succès du gouvernement (dans le domaine de la lutte contre la contrebande et l’absorption des fonds européens), l’assistance l’a mitraillé de questions gênantes portant sur l’échec de la réforme judiciaire et de la lutte contre la corruption, le dernier rapport de la Commission européenne, la lettre de soutien à la réforme judiciaire de la part des chambres d’industrie et de commerce étrangères, le scandale Yaneva Gate et celui des « textos » et enfin l’article du Spiegel du 31 janvier, sur ses éventuelles relations avec Delian Peevski.

« Je ne veux pas devoir passer ma vie à l’étranger à parler une langue étrangère. Mais comment laisser mes enfants grandir dans une Bulgarie, pillée et déchirée ? » a résumé un jeune homme ému en critiquant la démarche du gouvernement à l’égard des jeunes Bulgares à l’étranger.

« Ce n’est pas vrai », « vous vous trompez, une autre question », « ce n’est absolument pas vrai et je le dis de manière absolument responsable », « pouvons-nous déjà parler sérieusement ? », « je m’excuse de crier mais c’est une farce qui ne peut pas avoir lieu dans une ambassade bulgare », répondait de plus en plus succinctement M. Borissov, visiblement gêné et irrité, ou bien impuissant, tentant de diriger les questions vers le ministre des affaires étrangères, Daniel Mitov, la ministre de la justice, Ekaterina Zakharieva, et l’ambassadeur de Bulgarie à Londres, Konstantin Dimitrov, qui, sidérés, se limitaient à des réponses courtes et formelles. C’est ainsi qu’on peut décrire la situation sur la base de l’enregistrement rendu public deux jours après la rencontre.

Roumiana Batchvarova, vice-première ministre et ministre de l’intérieur, a vu une tentative de la part de « forces et de groupes » de discréditer le pouvoir du Premier ministre.

« La rencontre du premier ministre Borissov avec les Bulgares à Londres s’est déroulée dans une mauvaise ambiance,
pleine d’agression….selon un scénario, préparé conformément aux manuels du KGB…la plupart des questions étant posées par des adeptes d’Ataka et du PSB et l’objectif était de déstabiliser le premier ministre », a estimé Sevdelina Arnaoudova, conseillère de presse du premier ministre. A l’issue de son entretien téléphonique avec les journalistes de Nova, Mme Arnaoudova a repris sur son profil Facebook en guise de commentaires les questions suivantes « Je me demande ce que voient dans le miroir les propriétaires de la bTV et de Nova après une rencontre avec Peevski, ou pourquoi Lozan Panov attendait devant le bureau du premier ministre et pourquoi celui-ci nie ses contacts avec le premier ministre. Avez-vous oublié que Tchenalova est inculpée ? ».

Selon Nikolaï Baroulov, correspondant de la chaîne Nova à Londres, « l’assistance à l’ambassade bulgare a été très engagée et critique. Elle a bombardé de questions le premier ministre mais je ne pense pas qu’il y ait eu un scénario préparé. Il y avait dans la salle des Bulgares hautement éduqués et intelligents qui posaient des questions sérieuses sur des thèmes importants ».

Kristian Viguenine, ancien ministre des affaires étrangères, a réagi sur son profil Facebook pour exprimer son étonnement « des pleurs de M. Borissov dont des Bulgares libres auraient gâché le confort à Londres » en rappelant, lui aussi, avoir dû faire face à de pareilles questions « agressives » à Londres.

Dnevnik.bg et Capital Daily font écho à la colère de Nikola Penev, simple citoyen résidant à Londres : « M. Borissov n’aurait pas été dans une telle situation confuse s’il n’avait pas fait échouer la réforme judiciaire par crainte, s’il avait osé s’opposer au pouvoir absolu du procureur général, s’il n’avait pas envoyé de textos et en avait accusé réception au détriment de la Constitution, s’il ne bénéficiait pas de la bénédiction de la machine de propagande de Peevski, si le MDL et Ataka ne faisaient pas partie de la majorité flottante au Parlement, si le ministère de l’intérieur avait commencé une vraie réforme, si ce même ministère ne tentait pas de dépenser un demi-milliard pour la mise en place d’un nouveau système inutile de délivrance de pièces d’identité, si le ministre de l’éducation (bon ou mauvais) n’avait pas été limogé grâce aux manipulations médiatiques, si la nouvelle ministre de l’éducation était quelqu’un de poids et était élue avec une large majorité, si les sociétés de Peevski ne s’étaient pas fait attribuer des marchés publics s’élevant à des milliards, si ce même Peevski n’acquerrait pas de biens immobiliers pour des dizaines de millions de leva avec son salaire de député, sans question ni explication, si le ministère des finances n’inventait pas de nouveaux impôts dans le contexte d’une dette extérieure croissante et d’une croissance économique zéro, si les Bulgares pouvaient accéder au montant intégral des fonds européens, si le deuxième gouvernement Borissov était au moins un peu différent du premier, si le premier ministre avait entrepris quoi que ce soit contre la mafia, s’il avait au moins appelé la mafia par son nom et enfin s’il nous avait fourni au moins une occasion de croire qu’il ne faisait pas partie de tout ce jeu. … Or, il a choisi le confort et le déshonneur. Le déshonneur qui tôt ou tard le rattrapera lorsque Peevski aura décidé d’investir dans un autre projet et un matin les médias auront annoncé que l’homme d’Etat Borissov est devenu Boïko la Citrouille. Les carrosses se transforment tôt ou tard en citrouilles ».

Christo Komarnintski, dessinateur, retourne la situation dans Sega : Peevski regarde un miroir dans lequel il voir la tête de Borissov qui dit « On veut me ruiner l’Etat ! » à quoi il répond « Ton Etat ??! Je pensais l’avoir racheté. ». (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

La contrebande

« Bulgaristantabac » : la moitié du tabac illégal consommé en Turquie provient de Bulgarie

Près de 50% du marché illégal de cigarettes en Turquie est fourni par des marques bulgares fabriquées par Bulgartabac AD, affirme l’hebdomadaire Capital dans un dossier consacré au sujet. Se référant à un rapport de 2014 du service turc de lutte contre la contrebande et la criminalité organisée, le journal indique qu’on trouve partout en Turquie les marques Prestige, MM et Victory au prix de 3 TRY, soit moitié moins, que le prix sur le marché légal.

Les autres cigarettes illégales sur le marché turc proviennent de pays comme la Chine, l’Indonésie, la Pologne, l’Arménie, les Emirats arabes unis, la Moldavie, la Jordanie, la Géorgie, etc. D’après les statistiques de la Confédération des artisans et commerçants turcs, il s’agit d’un marché générant annuellement quelque 2,5 milliards d’euros. A part les pertes occasionnées à l’Etat turc, ce marché alimente les finances d’organisations comme le PKK et l’Union des communautés kurdes qui pratiquent le racket sous la forme de taxes d’entrée infligées aux cigarettes de contrebande. Celles-ci pénètrent en Turquie par les régions limitrophes est et sud-est, venant le plus souvent de la zone franche Jebel Ali à Dubaï.

Entre 2010 et 2014, la contrebande de cigarettes a représenté 19 à 20% du marché turc, relève Tikhomir Bezlov, expert au Centre d’étude de la démocratie, soit presque un milliard de paquets illégaux vendus par an. Pendant cette période, 50% à 65% de ce marché ont appartenu à des marques fabriquées par Bulgartabac. Au prix moyen de 3 TRY le paquet, cela donne des recettes de l’ordre de 480 à 660 millions d’euros par an. La majeure partie de ces recettes est répartie entre les intermédiaires iraquiens et proche-orientaux, la criminalité organisée turque et les détaillants. Selon des sources de l’industrie du tabac, les participants bulgares n’en touchent que 50 à 60 millions d’euros par an (soit 10 cents par paquet). Autrement dit, le prix de 100 millions d’euros payé pour l’acquisition de Bulgartabac a été remboursé en deux ans, souligne l’expert tout en indiquant que la situation en Turquie a nettement changé en 2015 et que le marché illégal a périclité à la suite des mesures policières entreprises. Avec la crise dans les relations entre le parti du président Erdoğan et la communauté kurde, la contrebande des cigarettes est entrée dans le collimateur de la police et des douanes, voire de l’armée, indique M. Bezlov.

Selon des sources de Capital, les autorités turques ont soulevé à plusieurs reprises au plus haut niveau bulgare le problème des cigarettes de Bulgartabac alimentant le marché de contrebande en Turquie. Il est indiqué sur le site officiel de la compagnie, qu’elle est durablement installée depuis des années sur le marché proche-oriental. Après l’ouverture récente d’une représentation à Dubaï, Bulgartabac se fixe pour objectif de maintenir ses positions tout en développant de nouveaux marchés dans le Proche-Orient, en Asie et en Afrique.

En 2014, les exportations de Bulgartabac se sont accrues de 10% par rapport à l’année précédente, mais en 2015 elles ont chuté de 23%. Selon l’explication officielle, cette chute serait due à la délocalisation de la production dans des pays tiers. Ce qui signifie, note Capital, que les principaux volumes auraient été exportés depuis l’usine en Bosnie. Toutefois, une telle explication n’est guère crédible puisque cette usine ne dispose pas d’une telle capacité et, du point de vue géographique, est plus éloignée des principaux débouchés que les sites industriels en Bulgarie.

A l’aide d’une infographie détaillée, Capital rapproche la baisse officielle des exportations des marques de Bulgartabac en 2015 par rapport à 2014 et le rétrécissement du marché des cigarettes illégales en Turquie. Selon un haut fonctionnaire du ministère bulgare de l’intérieur, Bulgartabac exporte légalement, mais ses marques se trouvent par la suite détournées et introduites dans les filières de contrebande afin de financer des activités terroristes. « Un racket payé aux Kurdes. Une pratique connue même en Europe occidentale et au sein de l’UE avec la criminalité organisée en Corse ou l’IRA en Irlande », souligne la même source.

Quoi qu’il en soit, conclut Capital, force est de constater que les résultats de la lutte contre la contrebande en Turquie ont eu un reflet négatif sur les recettes d’exportation de Bulgartabac. Dans le même temps, la lutte contre la contrebande sur le marché bulgare (une campagne massive y a été dédiée par le ministère des finances, financée par Bulgartabac) n’a pas permis à la compagnie d’augmenter sa part de marché : de 30,9% en 2014, celle-ci n’est passée qu’à 31,1% en 2015. (Capital)

La vente

Seulement deux candidats à la reprise de la banque Victoria

La banque Victoria, annoncée à la vente début décembre dernier (voir notre revue du 9 décembre 2015), n’a attiré que deux repreneurs potentiels. En l’absence de tout intérêt de la part d’investisseurs étrangers, les seuls candidats sont Investbank et un consortium autour d’Alexeï Petrov.

Victoria, acquise par le groupe KTB en 2013, à la veille de l’effondrement de la banque éponyme, à un prix entre 2 et 4 millions de leva, opère sur le marché bulgare depuis 22 ans. Depuis 2008, l’établissement n’a jamais été bénéficiaire. Après l’éclatement du groupe, la banque centrale, au lieu de chercher un repreneur, a procédé à la vente du portefeuille de crédit de Victoria, son bien le plus attrayant. Dans sa forme élaguée, la banque ne représente aujourd’hui qu’une dette de 115 millions de leva envers la banque-mère et des dépôts de 154,9 millions de leva appartenant le plus souvent à la KTB. Mais elle compte attirer un repreneur avec son agrément d’activité bancaire (évalué à quelque 10 à 15 millions de leva), sa licence de participation à Visa International et l’optimisation achevée de son réseau de succursales et de son personnel.

La propriétaire majoritaire d’Investbank, Petia Slavova, a confirmé devant Capital, que sa banque est intéressée à acquérir Victoria en vue d’une fusion. Mais ne connaissant pas encore l’état financier de Victoria, Mme Slavova n’a pu préciser si son établissement allait déposer une offre contraignante. Selon le journal, derrière cette candidature se cachent les intérêts du député MDL Delian Peevski qui, après la fin de son partenariat avec Tsvetan Vassilev, serait à la recherche d’un nouvel établissement susceptible de financer ses acquisitions. Quant à Investbank, selon le rapport d’audit de 2014 du KPMG, la valeur totale de ses actifs mis en question dépasse le capital de la banque.

L’autre candidat est un consortium formé autour de la compagnie d’assurance Lev Ins, liée à l’homme d’affaires Alexeï Petrov (sur celui-ci, voir notre revue du 30 octobre 2015). Après avoir déjà essayé sans succès de reprendre Victoria en 2013, Lev Ins mise cette fois-ci sur une nouvelle stratégie. L’assureur aurait attiré, selon une information non confirmée, la société Agro Réserve, basée à Varna (grossiste en blé), susceptible d’accréditer l’idée que la banque se développerait dans le secteur de l’agriculture. L’autre partenaire au sein du consortium semble avoir été choisi en vue de satisfaire le critère d’expérience bancaire : c’est le groupe autrichien Kerbler Holding, propriétaire d’une petite banque privée (Wiener Privatbank).

L’appel d’offres n’est qu’à son stade initial. Organisé par les liquidateurs judiciaires, il doit se terminer dans les meilleurs délais afin de sauver l’établissement d’une décapitalisation de plus en plus probable. (Capital)

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Dernière modification : 24/11/2016

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