Lundi 9 novembre

La capitulation

Les manifestations des policiers ont eu tôt fait d’emporter une réforme bâclée

Maladroitement conçue et formalisée dans les dispositions transitoires et définitives du projet de loi de finances, la réforme du ministère de l’intérieur est sur le point de s’achever avant même d’avoir démarré.

Quelques heures seulement avant la manifestation nationale organisée par les syndicats policiers devant l’Assemblée nationale, l’Etat a cédé sous la pression des manifestations des fonctionnaires du ministère de l’intérieur et a renoncé à toutes ses intentions de diminution des nombreux privilèges accordés aux agents de ce ministère.

Ce pas en arrière a été annoncé par la vice-première ministre et ministre de l’intérieur, Roumiana Batchvarova, et la présidente de la commission parlementaire du budget, Menda Stoyanova, à l’issue de la réunion extraordinaire du Conseil de partenariat social au ministère de l’intérieur. « Les paragraphes de 9 à 16 du projet de loi de finances pour 2016 prévoyant la suppression des privilèges sociaux des agents du ministère de l’intérieur sont retirés », affirme la déclaration conjointe. Ces propositions d’amendements à la loi de finances seront soumises à des discussions conjointes avec les organisations syndicales du ministère de l’intérieur. La même démarche sera suivie concernant les autres structures et institutions dans le secteur de la sécurité, a souligné Roumiana Batchvarova.

« Des amendements à la loi sur le ministère de l’intérieur sont également déposés à l’Assemblée nationale. Cette loi peut être la forme législative appropriée permettant d’inclure, après l’obtention de l’accord des syndicats, certains textes annonçant un début de réforme au sein du ministère de l’intérieur », a ajouté Menda Stoyanova. Plus tard dans la journée, Dimitar Glavtchev, vice-président de l’Assemblée nationale, a affirmé qu’ « il ne s’agit pas de renoncer à des réformes qui sont imminentes, les amendements étant possibles entre la première et la deuxième lecture (du projet de loi de finances) … dans un esprit de compromis mutuel ». Il a tout de même reconnu une erreur de communication.

La ministre de l’intérieur se lance dans des négociations avec les syndicats d’une réforme vague, proposée par le ministre des finances, à laquelle elle a déclaré fermement adhérer sans avoir aucune idée de son aboutissement, résume Capital.
L’hebdomadaire Capital consacre plusieurs articles à la possibilité de réformer le ministère de l’intérieur qu’il assimile à un « Béhémoth » ayant conservé la structure inchangée de l’institution de l’époque communiste, « l’équivalent parfait du ministère soviétique de la sûreté d’Etat assumant en plus des fonctions de police et de lutte contre les incendies » selon la définition de Vesselin Métodiev, ancien député et professeur à la Nouvelle université bulgare. Les changements en 1990 n’ont pas conduit à la réforme de ce ministère. Malgré une suppression de la personnalité juridique de l’institution de la sûreté d’Etat, début 1990, ses agents ont intégré les rangs des différents services du ministère de l’intérieur.

La réorganisation du ministère de l’intérieur, annoncée le 17 février 1990 par le vice-ministre de l’intérieur, Liouben Gotsev, se traduit, le 31 mars, par une première réforme liée au remplacement de tous les chefs des 28 directions régionales du ministère de l’intérieur par des agents de la sûreté d’Etat. Par conséquent, les autres réformes demandées ont été mises en place par les représentants de la Sûreté d’Etat. Cela explique en partie le visage toujours répressif des services de ce ministère.

En 25 ans, seul le Service national de sécurité devenu l’Agence d’Etat pour la sécurité nationale (DANS) a été sorti de la structure du ministère. Cela n’a pas empêché le ministère d’assumer toujours plus de missions tant et si bien que le profil de l’institution est devenu vague, « telle une arche de Noé comprenant les doublons de toutes les fonctions de l’administration publique », précise Stefan Popov, directeur de la fondation Risk Monitor, lors d’une conférence consacrée à la réforme du ministère de l’intérieur. Selon M. Popov, le niveau politique, bien qu’il se rende compte de la lourdeur de ce monstre administratif, nie la nécessité d’une réforme radicale du ministère de l’intérieur « qui est porteur d’au moins 200 000 électeurs potentiels ».

Dans un autre article, intitulé « La révolte de Lioutvi Tsvetan », le journaliste Dimitar Peev défend la thèse selon laquelle l’ancien ministre de l’intérieur Tsvetan Tsvetanov et le MDL ont essayé d’utiliser les manifestations des policiers contre la suppression de leurs privilèges sociaux pour « reformater le gouvernement ». La démarche irréfléchie du ministre des finances, Vladislav Goranov, et la maladresse de la ministre de l’intérieur, Roumiana Batchvarova, ayant fermement adhéré « à la décision du ministre des finances d’optimiser le ministère de l’intérieur » ont été exploités par Tsvetan Tsvetanov et les médias servant les intérêts du député Delian Peevski et du MDL pour manipuler l’opinion publique et faire passer des messages dramatiques relatifs à « une situation d’instabilité », de « menace pour la sécurité nationale » impliquant la nécessité d’élections anticipés et donc la constitution d’un nouveau gouvernement. Ce scénario qui reprend la logique des manifestations ayant conduit à la démission du premier gouvernement Borissov en 2013 (selon Radan Kanev, cité par Capital) n’a pu aboutir car ses instigateurs ont sous-estimé l’indifférence de la société civile à l’égard des revendications catégorielles d’une police répressive qui manque de visage social.

Cette tentative de réforme ressemble plutôt à une improvisation imparfaite délibérément vouée à l’échec, généralise le journaliste Yassen Boyadjiev de la Deutsche Welle dans un article où il déplore le manque de volonté politique pour réformer ce ministère devenu inefficace. (Tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Le duel

Les chances d’une candidate bulgare à la tête de l’ONU mises en péril par le manque de position ferme du gouvernement

Capital consacre un dossier spécial sur l’éventuelle chance « d’une Bulgare de diriger l’ONU ». Le journal part de deux articles, publiés la semaine dernière dans EurActiv et dans Politico pour analyser le « duel bulgare » pour la succession de Ban Ki-moon secrétariat général des Nations unies. Il s’avère que Kristalina Gueorguieva, commissaire bulgare en charge du budget, est intéressée par le poste, auquel sa compatriote Irina Bokova, qui dirige actuellement l’UNESCO, est déjà officiellement candidate et mène sa campagne depuis un certain temps.

La Bulgarie a deux chances majeures : ce serait le tour de l’Europe de l’Est de diriger l’organisation internationale en vertu du principe de rotation géographique. De plus une femme serait bien placée pour occuper le poste. Mais là s’arrêtent les avantages. Mme Bokova était pour un certain temps considérée comme la favorite, mais selon des sources au sein de l’ONU, elle a de moins en moins de chances d’obtenir le soutien unanime des pays membres du Conseil de sécurité. En même temps, Mme Gueorguieva est de plus en plus mentionnée comme une candidature forte qui a le potentiel de mobiliser un large soutien, écrit le journal. Dans les prochains mois le gouvernement bulgare doit décider laquelle soutenir. Plus cela lui prendra de temps, moins il en restera pour mener une campagne officielle.

Pour la première fois, une information mentionnant Mme Gueorguieva comme possible candidate a été publiée la semaine dernière dans EurActiv. Le journal cite Margaritis Schinas, porte-parole du président de la Commission : « Le Président Juncker et Mme Gueorguieva ont discuté de cette possibilité, mais pour le moment, Mme Georgieva se concentre sur son travail. Le Président admire beaucoup l’expérience internationale, les capacités de négociations et de travail de la vice-présidente. Par ailleurs, elle apporte un soutien inconditionnel à Jean-Claude Juncker pour gérer la Commission européenne en ces temps difficiles ». Selon Capital, même si ce n’est pas une position explicite, le soutien souligné de M. Juncker pour les capacités de la commissaire bulgare laisse à entrevoir un soutien éventuel de sa candidature. L’information de la discussion entre Mme Gueorguieva et le président de la Commission européenne a été aussi confirmée par le cabinet de la commissaire, ajoute Capital.

Cependant, à la tête de la plus grande agence des Nations unies, Irina Bokova, se présente comme la candidate officielle de la Bulgarie depuis 2014. Le 29 octobre, la BNT a demandé au premier ministre s’il accordait un soutien total à Mme Bokova pour le poste de l’ONU mais Boïko Borissov est resté vague. La candidature de Mme Bokova a été lancée par le précédent gouvernement dirigé par Plamen Orecharski (PSB et MDL, soutenu par Ataka). M. Borissov ne s’est jamais opposé ouvertement à ce choix mais n’a rien fait non plus pour le promouvoir. M. Borissov attend sans doute l’avis des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU pour décider en fonction.

Mme Bokova a le soutien de la Russie, mais ses relations privilégiées avec Moscou et son passé communiste peuvent lui causer des ennuis avec Washington. Le fait que l’UNESCO ait admis l’Etat de Palestine comme membre à part entière sous le mandat de Mme Bokova indispose également les Etats-Unis. La Grande Bretagne a également laissé entrevoir qu’elle n’est pas trop enthousiaste. Quant à Mme Gueorguieva, elle a prouvé son expertise, mais pourrait compter également sur son expérience très positive lors de son mandat comme représentant de la Banque mondiale en Russie quand elle a fait connaissance avec le président Poutine.

Selon des sources diplomatiques, les pays membres de l’ONU seront invités à présenter leurs candidatures dès le début de l’année prochaine. En ne tranchant pas entre les deux candidates, la Bulgarie risque de ruiner ses chances. Entretemps, d’autres candidats en Europe de l’Est font campagne pour le poste comme est le cas de Vesna Pusić, et ministre des affaires étrangères de Croatie, de Danilo Türk, ancien président de la Slovénie ou de l’actuel ministre des affaires étrangères slovaque, Miroslav Lajčák. Il est très probable que des candidats d’autres régions entrent aussi en lice. (Capital, euractiv.com, politico.com)

La visite

La visite de Bartholomée Ier, patriarche de Constantinople : un pavé dans la mare ?

Bartholomée Ier, archevêque de Constantinople et patriarche œcuménique, s’est rendu en Bulgarie samedi dernier pour une visite officielle de quatre jours. Il sera reçu par le président de la République, le premier ministre et l’ancien roi Siméon II. Le chef de l’Etat lui remettra la plus haute décoration honorifique bulgare, l’ordre de Stara Planina de Ie classe, et l’Académie bulgare des sciences lui décernera le titre de doctor honoris causa.

Officiellement, cette visite est effectuée à l’invitation du patriarche de Bulgarie Néophyte, en retour de celle réalisée par celui-ci à Istanbul en 2013, après son intronisation.

En réalité, rien dans les relations délicates, voire tendues, entre les patriarcats de Bulgarie et de Constantinople ne prédisposait à une telle invitation, souligne le journaliste Goran Blagoev dans Sega. Depuis deux ans, Bartholomée Ier refuse d’autoriser des évêques bulgares à officier dans l’église bulgare à Edirne (situé sur le territoire de son diocèse) et menace d’y interdire tout service en langue bulgare tant que ne sera pas démantelé le monument au premier exarque bulgare Anthime Ier. Un schismatique aux yeux du patriarche œcuménique pour avoir séparé les Bulgares de leur Eglise-mère (1860), le patriarcat de Constantinople. En outre, Bartholomée demande la suppression de deux titres honorifiques portés par des dignitaires de l’Eglise bulgare (évêque d’Andrinople et évêque de Trajanople) au motif qu’ils expriment des prétentions territoriales à l’égard de son diocèse.

Il y a quelques mois, le président de l’Académie bulgare des sciences, Stefan Vodenitcharov, décide de remettre au patriarche œcuménique le titre de membre honorifique de la plus ancienne institution savante bulgare. Comme aucun chef d’Eglise ne peut mettre les pieds dans un autre territoire ecclésiastique sans avoir été invité par le chef de celui-ci, le Saint-Synode bulgare décide d’inviter officiellement Bartholomée Ier pour éviter le scandale, relève Goran Blagoev.

Or, l’invitation des académiciens bulgares est vite suivie par une initiative de décorer Bartholomée Ier de la plus haute distinction nationale, l’ordre de Stara Planina. Pour quels mérites ?

M. Blagoev rappelle qu’en 1994, le patriarche avait contraint la communauté orthodoxe bulgare à Istanbul d’arrêter la délivrance de certificats de baptême et de mariage en bulgare au nom de l’Eglise orthodoxe bulgare. Aujourd’hui, ces certificats portent le logo du patriarcat œcuménique et sont rédigés en grec et bulgare.

Selon M. Blagoev, la seule contribution de Bartholomée au développement des relations bilatérales, une condition essentielle pour la remise de cette décoration, semble être, paradoxalement, sa position farouchement antirusse. Ses conflits permanents avec l’Eglise russe lui avaient permis de s’opposer à l’installation de moines russes dans le monastère bulgare au Mont Athos (relevant de son diocèse). Par conséquent, il n’est pas exclu que ce soit ces positions antirusses du patriarche œcuménique qui aient motivé M. Plevneliev à lui décerner la haute décoration.

Mais quel serait le résultat d’un tel comportement imposé au Saint-Synode, connu pour ses convictions russophiles inébranlables ? Si quelqu’un veut remettre l’Eglise bulgare dans l’orbite du dialogue entre le christianisme occidental et oriental, mené par Bartholomée et nié par l’Eglise russe, il ne faut pas que ce soit au prix d’humiliations pour l’Eglise bulgare, conclut l’auteur. (Sega)

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Dernière modification : 11/11/2015

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