Mardi 03 mai

L’analyse

Sofia Tech Park : le centre bulgare des hautes technologies paralysé par le savoir-faire de la bureaucratie

Sofia Tech Park, le parc bulgare des hautes technologies, créé il y a trois ans grâce à un important financement de l’Union européenne et avec l’ambition de devenir le point de rencontre entre jeunes pousses innovantes, entreprises confirmées et instituts de recherche, est en train de vivre des moments difficiles. L’hebdomadaire Capital analyse les tenants et les aboutissants d’un projet qu’on disait plein d’avenir.

Situé à Sofia (bd Tsarigradsko Chaussée, 4e kilomètre) sur un terrain de 57 000 m2, Sofia Tech Park devait être le projet susceptible de faire entrer la Bulgarie dans les réseaux mondiaux des hautes technologies, écrit Capital. C’était la « perle » de la période de programmation européenne précédente lorsque le président de la République et plusieurs ministres avaient promis à la Commission de l’UE d’investir raisonnablement 50 M€ en faisant miroiter un retour sur investissement particulièrement important.

A la date actuelle, les premiers bâtiments sont achevés : un centre d’événements, un ensemble de onze laboratoires de hautes technologies dûment équipés et un incubateur pour startups. D’après le plan initial, d’ici 2018, ce dernier devrait héberger trente compagnies spin-off, conçues en vue de commercialiser les résultats des projets de recherche menés par des équipes de chercheurs et d’entreprises. Sofia Tech Park s’est également doté d’un centre de sports, d’espaces verts, d’un parking à plusieurs étages, d’un terrain de jeux. Des constructions encore inachevées abriteront un jour un musée et les locaux de Walltopia, le premier investisseur privé dans le centre des hautes technologies. Par ailleurs, un des bâtiments, qui appartient encore au ministère de la défense, abrite actuellement un centre de recherche de l’OTAN et …. un service des impôts. C’est le bilan, résume Capital, de la première phase du développement de Sofia Tech Park.

Maintenant, il faudrait penser à faire fructifier le capital investi. Après être resté à bonne distance de la gestion du projet, le ministère de l’économie, en tant que propriétaire de la société publique Sofia Tech Park, a estimé qu’il était temps d’en prendre le contrôle, indique le journal. Son initiative, dont les motifs restent opaques, de nommer un second directeur exécutif et un membre supplémentaire au sein du conseil d’administration, a provoqué il y a un mois la démission de la directrice exécutive, Elitsa Panayotova, et de l’administrateur Evgueni Ivanov, des proches du président de la République et qui étaient à la tête du projet depuis son lancement. A la suite de ces changements subits, ont pris le relais des personnalités désignées par le ministère, aux compétences plutôt administratives (Yolian Ivanov, directeur exécutif, et Tsvetomira Latcheva et Plamen Nakev, administrateurs) et peu visionnaires, alors que ce qui est en question est de commencer à faire vivre le projet en y attirant des entreprises et des instituts de recherche capables de concevoir des produits réellement innovants et à forte valeur ajoutée.

Après avoir fait construire l’infrastructure, Sofia Tech Park devrait continuer à coordonner le développement du projet en déléguant des responsabilités à des équipes compétentes dans chaque domaine prioritaire : TIC, santé, biologie, énergie verte. Le premier pas sera de sélectionner un opérateur appelé à gérer l’incubateur des startups. Selon le nouveau directeur exécutif, M. Ivanov, d’ici mi-mai, Sofia Tech Park mettra au point les critères de sélection d’un opérateur. Des sociétés françaises, israéliennes, suédoises et britanniques auraient témoigné de l’intérêt vis-à-vis de cette procédure.

Ensuite, un conseil d’experts devra être formé pour gérer les laboratoires. D’ici là, une entité étrange, appelée Association d’action de recherche et de développement, composée de représentants du ministère de l’économie, de l’Agence pour l’encouragement des petites et moyennes entreprises, ainsi que de quelques universités et de l’Académie bulgare des sciences, ces derniers ayant le statut de « membres associés », essaie de s’orienter dans un domaine où elle n’a ni la capacité, ni le savoir pour agir, souligne Capital.

Si la société publique Sofia Tech Park n’arrive toujours pas à trouver le modèle adéquat pour générer des recettes et fonctionner de façon autonome, elle continuera à puiser dans les fonds européens. D’après le plan indicatif du programme opérationnel « Innovations et compétitivité », la société pourrait obtenir 52 M€ de leva en 2016. Mais, à condition de déposer d’abord une proposition pour la deuxième phase de son projet. Selon Capital, à ce jour, aucune proposition n’a été ébauchée. Si le manque d’organisation et l’indécision persistent, comment justifiera-t-on ces nouvelles dépenses devant la Commission européenne ?, se demande le journal sur un ton sarcastique. (Capital)

Les tendances

Fonds européens : une dépendance dangereuse pour l’économie bulgare

« L’économie bulgare dépend beaucoup trop de l’argent européen » titre Sega en une, dans un article consacré au rapport entre les fonds européens et la croissance de l’économie bulgare. Les données sont issues du logiciel Sibila, qui évalue ce rapport avec exactitude, et elles couvrent la période pluriannuelle précédente (2007-2013).

La conclusion principale en est que sans les financements européens, le pays aurait été confronté à de sérieux risques économiques et sociaux : ainsi le PIB global du pays aurait été inférieur de 10,1% à ce qu’il est aujourd’hui ; de même, les salaires auraient été inférieurs de 9,6% et le taux d’emploi de 14,4% (soit 372 000 emplois en moins). Dans ce même scénario sans financements européens, la situation concernant les investissements serait catastrophique : le pays aurait attiré 32,8% d’IDE (investissements directs étrangers) en moins.

Les prévisions pour la période en cours suivent la même logique de dépendance : l’absorption des fonds européens lors des trois années à venir entraînera une hausse du PIB de 7,2%, ainsi qu’à une baisse du chômage de 2,8%. Grâce à ces fonds, la consommation augmentera de 6%.

Ces données alimentent l’inquiétude des milieux d’affaires, que tendent à considérer que certaines sociétés ne seraient pas capables de survivre sans financement européen, commente Sega. En effet, une grande partie des entreprises bulgares comptent directement sur ces fonds européens et seraient sans cela incapables de faire des profits. « Les fonds européens peuvent être comparés au dopage : ils peuvent booster l’économie, mais c’est une tendance temporaire et qui n’est pas durable ; les milieux d’affaires ne peuvent pas compter indéfiniment [sur un tel modèle] », prévient Bojidar Danov, directeur exécutif de l’Association industrielle bulgare.

Tomislav Dontchev, vice premier ministre en charge des fonds européens, défend un raisonnement inverse, d’après Sega. M. Dontchev a qualifié de « mythe » la thèse selon laquelle le pays vit uniquement des fonds de l’UE. « C’est vrai qu’ils représentent 80% des investissements publiques, mais en comparant le financement européen aux dépenses publiques en général pour la période 2007-2013, on verra qu’il ne représente que 9% », calcule le ministre.

Dans une interview pour Standart, Kaloyan Staïkov, de l’Institut pour l’économie de marché, revient sur les principaux obstacles au développement de l’économie. Les réformes sont la condition la plus indispensable, « mais malheureusement nous ne les voyons toujours pas », commente M. Staïkov.

La stabilité politique ainsi que le respect de la législation et le comportement des responsables politiques envers celle-ci sont également des facteurs très importants. Cependant, les réformes dans différents secteurs ne cessent d’être reportées, y compris celles concernant le fonctionnement de l’administration qui devrait être moins bureaucratique et appliquer des règles plus claires. Le monde des affaires a besoin de prévisibilité des procédures, alors que celles-ci changent d’année en année, commente le spécialiste. On observe un manque total de stabilité du cadre normatif et législatif, ce qui pose de sérieux problèmes, conclut M. Staïkov. (Sega, Standart)

La polémique

Le député Delian Peevski, s’en va-t-il ?

En quoi consiste le truc ? Que se passe-t-il dans les coulisses ? Ce sont les questions que se pose l’hebdomadaire Ikonomist dans son analyse du « numéro de prestidigitation » qui occupe l’actualité politique : Delian Peevski, figure notoire de la vie politique bulgare, soutenue par plusieurs forces politiques, dont en premier lieu le MDL, serait-il en train de disparaître sans laisser de traces ?

Pendant les dix dernières années, Delian Peevski était régulièrement perçu comme un politicien dont dépendaient beaucoup de choses : répartition de parts de marché, attribution de marchés publics, influence sur le Parquet, courtage et ingénierie politiques… Et tout cela de la part d’un homme qu’on ne voyait presque jamais sur le devant de la scène, à une seule exception notable près : son éphémère passage au poste de président de la DANS à l’époque du gouvernement Orecharski, ce qui l’avait mis dans le collimateur de l’opinion publique.

Cette brève apparition sous les feux de la rampe avait été suivie par une nouvelle période de discrétion, qui a duré jusqu’à la guerre ouverte durant l’été 2014 entre MM. Peevski et Tsvetan Vassilev, le propriétaire de la banque KTB. La banque s’est effondrée et le banquier a alors ouvertement accusé M. Peevski, son ancien partenaire, de tous les maux et de liens occultes avec la justice.

La crise de la KTB a marqué une étape importante de la carrière de M. Peevski. La sobriété de ses déclarations de patrimoine, régulièrement déposées auprès de la Cour des comptes, a fait place à une volonté de sa part de faire connaître publiquement ses prises de participation et ses intérêts économiques dans des entreprises que la rumeur associait depuis longtemps avec lui (presse écrite, Bulgartabac, …). L’homme politique a même dévoilé ses plans d’affaires, dont le renflouement de l’entreprise d’engrais artificiels Chimco à Vratsa et l’acquisition d’une chaîne de télévision.

Il y a quelques mois, un nouveau revirement s’est produit : le député a publiquement annoncé « se retirer des affaires ». Tour à tour, il s’est séparé de ses parts dans Bulgartabac Holding, dans l’entreprise de filtres de cigarettes Yuri Gagarine, dans trois sociétés offshore (Redwood Capital Ltd., Uno de Senso Group Ltd., Richi International Ltd.). En outre, il a renoncé à ses projets de reprendre Chimco et la chaîne de télévision Kanal 3. Depuis le 19 février dernier, on ne le voit plus au parlement. On ne l’a pas vu à la conférence nationale du MDL bien qu’il ait été élu sous l’étiquette de ce parti (Ndr : M. Peevski n’est pas membre du MDL).

« Peevski s’en est allé ! Peevski quitte le pays », a lâché récemment le premier ministre dans une interview sur bTV. La disparition de ce « chewing-gum » pour les médias ouvrirait de nouvelles possibilités de partenariats politiques, a laissé entendre M. Borissov, qui a souvent déclaré que le MDL resterait toujours un partenaire politique inacceptable avec le député dans ses rangs. « Une certaine crispation existe au sein de la société au sujet de M. Peevski, ce qui fait buter toute négociation », a souligné M. Borissov.

Se référant à des sources anonymes, Ikonomist indique que le député semble avoir perdu les bonnes grâces de l’homme fort du MDL, Ahmed Dogan. L’explication ? La valeur ajoutée apportée par M. Peevski au modèle oligarchique (communément appelé le modèle #Qui) serait devenue inférieure au risque qu’il incarne désormais pour le maintien de ce modèle.

Vraie ou fausse, cette information trouve un écho dans le changement subit de l’attitude de la presse réputée proche de M. Peevski (les sites en ligne PIK et Blitz) envers le député. Les attaques contre lui y sont désormais de bon aloi. Par ailleurs, des remaniements au sein de la direction et des équipes de ces deux médias montrent qu’il y a peut-être du vrai dans la mise en scène politique. (Ikonomist)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 03/05/2016

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