Mardi 09 décembre

LA POLEMIQUE
LA MENACE DU MINISTRE DE LA SANTE DE PRIVER LES GHETTOS ROMS DE SOINS URGENTISTES SOULEVE DES ACCUSATIONS DE FASCISME

La déclaration du ministre de la santé Peter Moskov selon laquelle les ambulances ne se rendront plus dans les quartiers roms tant que leur sécurité ne sera pas garantie par les maires suscite depuis quelques jours une vive polémique. Selon le ministre, c’est justement dans les ghettos qu’a été enregistré le taux le plus élevé d’agressions contre les équipes urgentistes : 174 sur un total de 225 incidents constatés.
Parmi les premiers à tirer à boulets rouges contre le ministre, le Comité bulgare d’Helsinki rappelle que la responsabilité pénale n’est qu’individuelle et que la minorité rom ne peut pas être tenue collectivement responsable des cas d’agressions. Le comité dénonce tout particulièrement les propos de M. Moskov selon lesquels « si quelqu’un choisit de vivre et de se comporter comme un animal, il reçoit aussi le droit d’être traité comme un animal » (bTV), en y trouvant des relents fascistes.
« Pourquoi les médecins du SAMU doivent-ils payer le prix pour notre société libérale faite de pauvreté, d’irresponsabilité et d’abdication de l’Etat ? », s’insurge le politologue Ognian Mintchev. « Pour la première fois depuis de très longues années, un ministre ose assumer la responsabilité du changement au lieu de tirer au flanc ou de se cacher derrière des phrases qui ne veulent rien dire. Peut-être n’aimez-vous pas la manière dont il l’a fait, mais M. Moskov a assumé ses responsabilités ».
La résolution du ministre de la santé à faire bouger les choses s’est matérialisée dans une ordonnance conjointe, signée hier par lui et le ministre de l’intérieur. Le document prévoit que les équipes des urgentistes soient protégées par des policiers dans les zones à risque. Une carte identifiant ces zones sera élaborée par les directeurs des SAMU et les directions régionales du ministère de l’intérieur.
« Pour moi, l’agression n’a pas de couleur ethnique. Elle est toujours condamnable, sans égard pour l’agresseur », déclare la vice-premier ministre Meglena Kouneva. La question de la sécurité des équipes de santé doit aller de pair avec celle de l’accès aux soins. Mettre l’accent sur l’appartenance ethnique peut donner un signal erroné, estime-t-elle.
« L’Etat doit reprendre sa place dans les quartiers roms parce que son absence conduit à ce que des médecins soient passés à tabac », déclare de nouveau le ministre Moskov ce matin sur la bTV. Le Comité bulgare d’Helsinki a pour vocation de défendre les droits de l’homme, mais je ne permettrai pas que de la violence soit exercée sur des médecins. Si l’on estime qu’avoir la possibilité de soigner, c’est du fascisme, est-ce qu’on peut traiter d’antifascistes ceux qui tabassent les médecins ? a-t-il demandé. Selon lui, les programmes d’inclusion des Roms, qui ont englouti des fonds considérables, n’ont pas abouti aux résultats recherchés. « L’Etat est absent dans ces quartiers, les gens y vivent avec un sentiment d’impunité cultivé justement à cause de la désertion de l’Etat de ses obligations d’intégrer cette communauté ».
Sur fond de cette polémique, le MDL vient de demander aujourd’hui la démission du ministre de la santé. Aux accusations des députés MDL a répondu un tir de barrage des rangs du Bloc réformateur et du Front patriotique qui n’ont pas oublié de rappeler l’achat de voix roms de la part du MDL pendant les élections et l’absence totale d’engagement de ce parti quant aux problèmes des Roms. (tous journaux, mediapool.bg)

LE MYSTERE
DISPARITION SUSPECTE DU PREMIER CHEF DE LA DANS

M. Petko Sertov, ancien chef de l’Agence d’Etat de sécurité nationale (DANS), est porté disparu depuis vendredi dernier. Sa disparition a été signalée à la police samedi, dans la matinée, par son épouse. M. Sertov aurait laissé ses deux téléphones portables chez lui avant de se mettre au volant sa voiture. Le ministère de l’intérieur s’est limité à confirmer qu’il est recherché depuis samedi en refusant de fournir plus de détails.
La carrière de M. Sertov démarre à la Sûreté d’Etat en 1985. Après la suppression de ce service en 1991, il intègre le Service central de lutte contre le crime organisé et devient l’un des piliers de son département Terrorisme international en 1992. C’est pendant cette période qu’il se forme à l’Ecole nationale supérieure de la police à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, près de Lyon. De retour de cette formation, il devient chef du département Terrorisme et stupéfiants. Avant d’abandonner sa carrière au ministère de l’intérieur en 1997, il est directeur des relations internationales de ce ministère. De 1997 à 2001, il travaille en tant que consultant dans le secteur privé. Puis, il devient expert en sécurité auprès du président de la République, Gueorgui Parvanov. En 2005, Sergueï Stanichev, premier ministre, le nomme secrétaire du Conseil de sécurité auprès du Conseil des ministres. Il devient le premier président de la DANS, structure nouvellement créée au début de 2008, dont il démissionne en 2009 après un retentissant scandale d’écoutes de journalistes, dit « Galeria ». Durant son mandat, il nomme conseiller à la DANS Alekseï Petrov, qui sera arrêté en 2010, présenté comme un acteur majeur de la pègre et accusé de participation à un groupe du crime organisé, de racket et de pression sur des témoins dans le cadre de l’affaire « Pieuvre ». En tant que supérieur hiérarchique de ce prévenu, M. Sertov a été amené à témoigner dans le cadre de l’enquête à l’encontre de celui-ci en 2010. Interrogé à deux reprises au sujet des motifs de cette nomination, il aurait mis en valeur les contacts de M. Petrov dans différents milieux et dévoilé lors du procès les réserves des services de renseignements étrangers à l’égard de M. Petrov.
Après son départ de la DANS, M. Sertov devient consul général de Bulgarie à Thessalonique. De 2011 à 2013, il est directeur-adjoint du Centre de prévention et de répression de la corruption et de la criminalité organisée auprès du Conseil des ministres (BORCOR).
Selon l’ancien directeur de BORCOR, Roumen Milanov, « il n’y avait aucun indice pouvant faire penser que M. Sertov a des ennemis. Il venait à pied au bureau… ». M. Sertov lui aurait confié se préparer pour partir enseigner en France.
Le président de la commission parlementaire de sécurité intérieure, le général Atanas Atanassov, interviewée par la chaîne Nova TV, n’a pas exclu que des secrets dont M. Sertov serait détenteur seraient à l’origine de sa disparition.
Selon M. Atanassov, « M. Sertov n’avait pas l’étoffe pour être à la tête d’un service comme la DANS. En dehors de ses compétences linguistiques et de ses bons contacts, il aurait été choisi pour qu’Alekseï Petrov puisse agir dans son dos ». M. Atanassov a saisi l’occasion de cette interview pour réitérer que la DANS est actuellement dans « un état très grave ». Il faut que l’Agence soit restructurée et que sa direction soit changée. (tous journaux)

LE COMMENTAIRE
L’ARRET DU PROJET SOUTH STREAM, UNE DEFAITE POUR LA RUSSIE

Une interview du politologue bulgare Ivan Krastev sur Deutsche Welle et un commentaire de l’analyste russe Andreï Gourkov pour ce même média situent le projet South Stream dans le contexte plus large des relations Russie-UE en essayant de mieux cerner les possibilités qui s’ouvrent pour les principaux acteurs.
Pour Ivan Krastev, la décision russe d’abandonner le projet est dictée par des considérations objectives très claires – un contexte économique de sanctions, la chute des prix du pétrole et la dégringolade du rouble. La Russie n’a tout simplement pas d’argent pour réaliser le projet et son abandon aurait figuré, à en croire le journal russe Vedomosti, au nombre des mesures prioritaires visant à maîtriser la nouvelle situation soumises à Vladimir Poutine. A cela s’ajoute la crise ukrainienne qui a chambardé la conjoncture géopolitique et vidé de son sens un projet dont l’objectif était d’amener l’Ukraine à céder à Gazprom non moins de 50% du gazoduc traversant le territoire ukrainien. Aujourd’hui, personne à Kiev ne songerait à vendre quoi que ce soit à Gazprom au point que l’Ukraine vient de décider de proposer 50% de son système de transport de gaz à des entreprises occidentales.
Le projet South Stream est tombé victime de la confrontation entre l’Occident et la Russie dès l’entrée en Crimée des forces d’intervention russes et M. Poutine n’a plus le choix. Ses tentatives de se servir du projet comme d’un outil pour désintégrer l’Europe ont échoué. En annexant la Crimée, M. Poutine a perdu non seulement l’Ukraine, mais aussi l’Allemagne qui, ne voulant plus servir de médiateur entre l’Occident et la Russie, a même pris la tête des partisans de la ligne dure contre Moscou.
« La Russie cherche éperdument une alternative au transit de son gaz via l’Ukraine parce que le gazoduc ukrainien reste la plus forte arme défensive de Kiev contre les tentatives de déstabilisation du pays. La réorientation stratégique vers la Chine et la Turquie est moins un choix qu’une reconnaissance du fait qu’actuellement le Kremlin n’a pas le choix », souligne M. Krastev.
Selon l’analyste russe Andreï Gourkov, les Européens ne perdront rien de l’arrêt brutal de South Stream puisque 50 milliards de mètres cube de gaz russe seront toujours acheminés vers l’Europe après avoir traversé le territoire turc. Mais cette fois, à la frontière séparant la Turquie et la Grèce, un « point de transfert » sera aménagé. Un petit détail qui traduit le changement radical dans la stratégie commerciale (mais aussi géopolitique) de Gazprom à l’égard du marché européen : le géant gazier russe ne demande plus de construire le tuyau sur le territoire de l’UE et se soumet de fait au troisième paquet énergétique « haï », interdisant le cumul de l’extraction et du transport du gaz, conclut M. Gourkov. (Capital Daily, 24 Tchassa)

Word - 202.8 ko
(Word - 202.8 ko)

Dernière modification : 09/12/2014

Haut de page