Mardi 12 avril

La milice

Des citoyens protègent par tous les moyens la frontière de l’arrivée des migrants avec le soutien du premier ministre

« Aux environs de Malko Tarnovo, non loin de la frontière turque, un groupe de 11 bénévoles patrouillent car il n’y a pas de clôture entre les villages de Granitchar et de Bliznak et les passeurs le savent bien. C’est endroit est appelé l’ « autoroute de la forêt » à cause de la densité du trafic de gens qui traversent de manière clandestine la frontière bulgaro-turque. Indignés par ce passage clandestin de la frontière et par la pollution du parc national de la Strandja par les réfugiés, les bénévoles veillent et ont ainsi contribué à l’arrestation de 23 migrants afghans devant la caméra de l’émission « No Man’s land » de la chaîne Nova ».

C’est ainsi que ce média a présenté les membres de l’Organisation pour la protection des citoyens bulgares à l’occasion de ce reportage que le hasard a permis de réaliser à la frontière bulgaro-turque le 3 avril. Ces bénévoles ont été remerciés par le commissaire Antonio Anguelov, directeur de la Police aux frontières, qui leur a remis personnellement la médaille de la Police aux frontières le 6 avril dans le cadre d’une rencontre entre des représentants de la police aux frontières et des membres de cette « milice populaire ». « Nous sommes prêts à travailler encore plus assidument au nom du peuple et de la patrie car l’Etat nous soutient et nous comptons sur ce soutien de sa part pour d’autres activités patriotiques », ont proclamé les volontaires.

Le premier ministre leur a rendu hommage, dimanche dernier, à Bourgas, interrogé par des journalistes au sujet de ces « groupes partis à la chasse de réfugiés » dans le cadre d’un entrainement conjoint des forces maritimes. « J’ai pu les contacter, ces garçons, et leur parler personnellement. Tout aide à la police, à la police aux frontières et à l’Etat est bien venue […] Je les ai remerciés et j’ai envoyé le directeur de la Police aux frontières à Bourgas pour les rencontrer et coordonner leurs [efforts] et tout ce qu’il faut … après tout c’est notre Etat commun. Quiconque qui nous aide mérite d’être remercié. », a déclaré M. Borissov

Cette prise de parole au plus haut niveau de l’Etat a été suivie de la publication, hier, d’une nouvelle vidéo sur Facebook montrant trois migrants clandestins ligotés par terre auxquels des voix enjoignent « Turkey ! Retournez ! Go back ! Back, Turkey ! Now ! Turkey, go ! Turquie, go, retournez-y ! No Bulgarie ! Go Turquie immediately ! ». Le propriétaire de ce compte Facebook faisait accompagner la vidéo du slogan suivant « Milices civiles pour la protection des femmes et de la foi orthodoxe : arrestation de migrants et rapatriement en Turquie….nous n’avons pas besoin du 112 et ni de policiers-traîtres. Nous agissons seuls !!! »

Ces prises de vues ont vite fait le tour du monde et ont suscité de vives réactions de la part de différentes organisations de défense des droits de l’homme. Le Comité d’Helsinki en Bulgarie a adressé publiquement un signalement à l’attention du procureur général « contre le premier ministre au sujet de ses déclarations en soutien aux chasseurs de réfugié ». Les 29 membres du Comité ayant signé le signalement considèrent que le premier ministre a incité, par ses déclarations retransmises par les médias à la discrimination et à la violence sur la base de la race, de la nationalité et de l’appartenance ethnique (art.162, al.1 du code pénal) et à la commission d’infractions « par le discours devant un rassemblement de personnes ou par un autre moyen similaire » (art.320 du code pénal). La société civile est invitée à contresigner ce signalement d’ici le 13 avril.
« Les premiers responsables sont les autorités bulgares et le premier ministre », a déclaré Pierre Henry, président de l’Association France – terre d’asile. Il souligne que beaucoup de pays européens contreviennent aux valeurs européennes de l’Union en mentionnant les pays du quatuor de Visegrád qui « prennent ouvertement des positions racistes et discriminatoires ».
« Deux des leaders de ces milices populaires sont liés à la criminalité organisée », ont réagi les réseaux sociaux en Bulgarie.

En réponse, le Parquet bulgare a ouvert une enquête contre les auteurs de l’ « arrestation des trois migrants » de la dernière vidéo publiée sur Facebook. Le propriétaire du profil, Petar Nizamov, lié à la bande des Roux (dont le casier judiciaire n’est pas vierge : cinq condamnations pour des actes de hooliganismes et une pour coup et blessures entre 2004 et 2012) a été arrêté et mis en garde à vue. Sotir Tsatsarov, procureur général a nié l’existence de la notion d’ « arrestation civile » et s’est engagé à ce que de telles tentatives soient réprimées sévèrement en justice.

Le premier ministre fait volte-face accusant les médias d’avoir manipulé une partie de ses déclarations et a averti que l’Etat ne tolérera aucune transgression de la loi.
« Seules les autorités compétentes peuvent juger de la pertinence des actes à entreprendre à l’égard des réfugiés. Il y a des garde-frontières. On ne peut demander de l’aide qu’au ministère de la défense », a déclaré Roumiana Batchvarova, ministre de l’intérieur.
Valeri Simeonov, co-président du Front patriotique a stigmatisé les « milices populaires parties à la chasses aux migrants clandestins » qu’il a qualifiées de « brigades de mafieux mus pas des motifs matériels ». En revanche, l’autre co-président du Front patriotique a défendu « cette initiative de la société civile » dans la mesure où, selon lui, la police aux frontières n’est pas capable de faire face aux migrants clandestins.

Pour Kristian Viguenin, ancien ministre des affaires étrangères (PSB), la faiblesse des institutions mine l’Etat de droit. Selon lui, M. Borissov est une grande menace pour l’Etat et doit en être conscient. (tous journaux, novatv.bg, mediapool.bg, dnevnik.bg, dir.bg))

Les réactions

Les accusations selon lesquelles DOST est un parti pro-turc sont dues principalement à la peur du MDL devant la concurrence

Le congrès fondateur du nouveau projet politique de Lioutvi Mestan, DOST, qui s’est tenu ce dimanche (voir la presse d’hier) continue à intéresser les médias.

Les journaux citent Margarita Popova, vice-présidente de la République, selon laquelle le ministère des affaires étrangères et le président de la République auraient dû avoir « un commentaire anticipateur et non être à la remorque des événements ». Elle a critiqué ouvertement le manque de réaction de ces deux institutions. Visant les propos du vice-président du MHP (Parti d’action nationaliste), Semih Yalçın, tenus lors du congrès, selon lesquels partout où l’on parle le turc, « pour nous c’est une partie de notre patrie », Mme Popova a souligné : partout où il y a des Bulgares, il existe un « petit monde Bulgare », mais quand de tels propos sont tenus lors d’un congrès fondateur d’un parti politique par un citoyen étranger, des « cas de mauvaise compréhension dont nous n’avons pas besoin » pourraient survenir.

Selon un commentaire de Sega, ces propos ainsi que le nombre des invités turcs l’absence de représentants de la vie politique bulgare au congrès montrent que M. Mestan a « passé outre la frontière bulgaro-turque ». Le journal s’attaque au caractère « pro-turc » du parti et déclare que le soutien que le président de DOST a reçu d’Ankara pour son projet fait de lui un « élément radioactif de la scène politique bulgare » qui sera sans doute considéré avec grande prudence par chaque politicien bulgare qui « prend en compte le sentiment patriotique de la majorité des Bulgares ».

Mediapool interroge des politologues et sociologues sur le nouveau projet. Daniel Smilov prévient qu’il est encore tôt pour spéculer sur « la connexion turque » de DOST. Il souligne que cette ligne est exploitée dans le but d’empêcher l’enregistrement du parti ou, au moins, de le stigmatiser comme « traître ». Ces accusations sont dues davantage à la peur du MDL devant la concurrence qu’à des tendances réelles et prouvées. Le politologue doute fort que ce parti deviendra « un promoteur du néo-ottomanisme ». Mais, selon lui, ces événements sont une bonne occasion pour repenser certaines politiques surtout le besoin que la formation des imams en Bulgarie doit être effectuée dans des institutions bulgares avec des financements publics bulgares pour ne pas avoir à compter autant sur la Turquie.

Selon M. Smilov, Lioutvi Mestan a le potentiel d’arracher une partie sérieuse de l’électorat du MDL. Quel que serait le résultat, le fait même d’avoir une compétition pour cet électorat est déjà un précédent, souligne-t-il. Contrairement au MDL, le premier ministre qui « aime par principe les espaces politiques fragmentés » se réjouirait d’une éventuelle fragmentation du vote ethnique, commente de son côté le politologue et directeur exécutif de Gallup international Parvan Simeonov. Quant aux éventuelles relations entre le GERB et DOST et la question de savoir si le parti de M. Mestan serait capable de « prendre la place du MDL dans le cœur de M. Borissov », M. Smilov commente : « l’amour de M. Borissov pour le MDL passe par son estomac… et quand il s’agit d’estomac, Peevski et Tsatsarov [député MDL et procureur général, respectivement] resteront dans les troupes de Dogan [président d’honneur du MDL]. Alors, je ne m’attend pas à des changements des partenaires de coalition dissimulés », conclut M. Smilov.

M. Parvanov souligne un autre aspect important : le statut juridique du nouveau projet. Il est important de voir si le parti sera enregistré. M. Simeonov rappelle le communiqué d’ORIM dénonçant le caractère « pro-turc » de DOST et appelant « la cour bulgare, qui doit examiner les documents pour l’enregistrement de ce parti pro-turc » à le lui refuser (revue de presse d’hier). (tous journaux, mediapool.bg)

La transaction

Petits arrangements à l’amiable à la mairie de Sofia, sur le dos des usagers des transports en commun

Le conseil municipal de Sofia va examiner ce jeudi un plan d’augmentation du tarif unitaire pour les transports en commun à Sofia. On propose une hausse de 60% du prix du ticket (d’un lev à 1,60 leva), l’idée étant de permettre à l’entreprise municipale des transports en commun de pallier quelque peu son déficit avant la mise en place d’un dispositif complètement nouveau de tarification électronique, tenant compte du trajet parcouru ou de la durée du déplacement.

En marge de cette proposition, sur laquelle le consensus ne semble pas faire défaut, un autre débat, qualifié de scandaleux par Sega, accapare l’attention. Un groupe de conseillers municipaux du GERB, du PSB et du Bloc réformateur propose l’octroi d’une concession pour huit ans, couplée à une subvention de 140 millions de leva, à une compagnie privée, MTK Group. Pourquoi et qui est cette compagnie ? L’hebdomadaire Capital donne des détails.

En 2008, à l’époque où la mairie de Sofia est dirigée par Boïko Borissov, MTK Group est classé premier dans un marché public portant sur la mise en concession de certaines lignes régulières des transports en commun à Sofia. Avant la signature du contrat, un entretien enregistré est divulgué par le magazine Tema : il dévoile une entente secrète entre la mairie, représentée par le maire adjoint Velizar Stoïlov, et une poignée de transporteurs triés sur le volet sur la répartition des lignes régulières à Sofia. Pour étouffer le scandale, M. Borissov demande la démission de son adjoint et ne signe pas le contrat avec l’adjudicataire MTK.

En 2012, MTK attaque en justice le refus de la mairie de Sofia de lui octroyer la concession en prétendant des manques à gagner estimés à 15,8 millions de leva. Selon Tema, le propriétaire de la société, Rossen Iliev, est cousin des feu frères Vassil et Gueorgui Iliev, fondateurs de l’importante structure mafieuse VIS-2 des années 1990, morts dans des règlements de comptes. En mars 2015, l’affaire est mise en délibéré et un groupe de conseillers municipaux conduit par Kaloyan Pargov (président du groupe PSB au conseil municipal et leader de l’organisation municipale de ce parti à Sofia), Borislav Borissov (GERB) et Borislav Borislavov (président du groupe BR au conseil municipal) proposent, au nom de la mairie, un règlement à l’amiable : au lieu de perdre près de 16 millions de leva, la mairie donnera en concession à MTK 16 lignes régulières des transports en commun pour huit ans et lui versera 140 millions de leva ( !) pour que la compagnie retire sa plainte.

Une proposition d’autant plus choquante qu’il n’est pas sûr que la mairie va perdre le procès, estime Capital. Pour condamner la collectivité locale, le requérant MTK doit prouver qu’il a disposé des capacités requises pour exécuter le contrat dans sa totalité et générer le bénéfice prétendu. Or, les procès-verbaux de l’affaire, qui sont publics, montrent que l’expertise économique jointe au dossier atteste… l’inverse. Selon l’expert nommé par le juge, MTK ne dispose ni d’un nombre suffisant de bus pour desservir les lignes, ni de ressources financières pour en acheter. De surcroît, MTK n’a pas présenté de pièces bancaires ou financières susceptibles d’attester sa stabilité financière. Des arguments qui pèseront dans la balance en faveur de la mairie.

Et si la mairie perdait le procès ? Le forfait de 140 millions de leva que les auteurs de la transaction proposent à la mairie de payer à MTK (Ndr : une subvention est payée à tous les opérateurs des transports en commun) est calculé sur la base de 3 leva/km. Dans la plupart des contrats signés avec d’autres transporteurs privés, le tarif retenu varie de 2,60 à 2,80 leva/km, indique Capital. Si l’indemnité de MTK est calculée selon ce même tarif, il peut s’avérer plus avantageux pour la mairie (pour peu qu’elle soit condamnée !) d’indemniser MTK au lieu de chercher à contourner la loi sur les marchés publics par des tactiques lobbyistes, conclut l’hebdomadaire. (Sega, Capital)

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Dernière modification : 24/11/2016

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