Mardi 12 janvier

La tendance

Le costume en sapin revient à la mode dans les milieux d’affaires

« Coups de feu ! Suivis de silence ! » (Sega), « Des assassinats en temps de stabilité » (Troud), « Le ministère de l’intérieur qu’on a » (Capital Daily), « La confédération des employeurs et des industriels de Bulgarie : à quoi bon un ministère de l’intérieur puisqu’on nous tue par balle ? » (Standart), « Tihomir Bezlov : S’agirait-il d’un nouveau groupe de killers ? » (Standart) : c’est ainsi que la presse bulgare réagit aux deux assassinats perpétrés en l’espace de 24 heures de manière spectaculaire à Sofia pendant la première semaine de la nouvelle année.

« Pendant que les autorités compétentes ramassaient les douilles sur la scène de crime de l’assassinant du défunt Vesselin Stoïmenov de VIS-2, [hommes d’affaires ayant hérité d’une partie des sociétés détenues par le groupe économique mafieux VIS qui a progressivement légalisé ses activités économiques], dans le quartier des hommes d’affaires bien habillés, on a tué celui qui les habillait [Alexander Antov, couturier, propriétaire de la marque Agressia] … douze heures après que le corps avec deux balles dans la tête était trouvé, le ministère de l’intérieur est resté incapable d’établir s’il s’agissait d’un homme tué ou s’étant suicidé …. le temps que l’information soit annoncée par les bons média », s’exclame Diana Kostova, reprise par Capital Daily.

« D’anciens policiers et des spécialistes de tout, proches du gouvernement, se sont mis à nous convaincre qu’il s’agit de la criminalité conventionnelle : le liquidateur du groupe VIS (pour laisser l’impression que celui-ci n’existe plus) serait devenu la cible de sept balles dans la tête pendant qu’il se rendait chez sa femme et le Saint couturier [ayant acquis après la chute du communisme la plus grande fabrique de textile et cédé la propriété de cinq de ses sociétés il y a quelques mois à un homme d’accent rom au chômage] aurait été tué par un amateur (qui a su ramasser les douilles et sortir le cadavre de la scène du crime). Ce dernier assassinat ne pourrait avoir aucun lien avec les liens politiques du couturier (qui tutoyait beaucoup d’hommes politiques dont Boïko Borissov et Tsvetan Tsvetanov et les habillant gratuitement) ni avec son activité économique honnête et serait commis par quelqu’un qui aurait voulu détourné l’attention de la police de l’assassinat précédent, selon Botio Botev, ancien directeur du département des homicides de la Direction nationale de la police. Tout simplement ridicule ! Les assassins, sûrs de l’incapacité de la police à réagir rapidement, à arrêter l’auteur et à recueillir des preuves permettant de le condamner, règlent leur compte avec des balles. Insinuer qu’il s’agit d’amour et d’adultère est important dans un Etat stable où il ne peut y avoir d’économie souterraine qui provoque des secousses et des détonations. Or, les gens se demandent si les effusions de sang en série de la décennie jusqu’en 2006 peuvent se répéter. », conclut Anna Zarkova dans Troud.

La direction politique et professionnelle du ministère de l’intérieur se tait (la ministre de l’Intérieur, Roumiana Batchvarova, et le secrétaire général du ministère, Gueorgui Kostov, sont partis en Chine le lendemain du deuxième assassinat sans faire de déclarations). Le premier ministre Borissov et même l’ancien ministre de l’intérieur, Tsvetan Tsvetanov se taisent, précisent Sega. Seule Ekaterina Zakharieva, ministre de la justice, « savait » que l’assassinat de Vesselin Stoïmenov est commandité. Elle a déclaré qu’il s’agit d’une « tentative d’insinuer l’instabilité de l’Etat » mais que ces assassinats « ne vont pas changer le ton » du prochain rapport au titre du MCV de la Commission européenne. « Certes, ils ne pourraient pas rendre plus critique un ton extrêmement critique », persifle Sega.

Plusieurs hommes d’affaires liés à l’ancien groupe économique mafieux VIS ou ayant des relations avec un autre groupe économique concurrent SIK sont décédés de mort violente en 2015 : meurtres, suicides, accidents de la route, bagarre à coups de hache. Certains avaient le statut de témoins dans des affaires suivies par la Commission européenne comme « la Pieuvre » ou « les frères Galev. D’autres, comme Alexeï Petrov (voir la revue du 15 novembre 2015), ont survécu à des attentats » (Capital Daily, Troud, Standart, Sega).

Le recul

La commission d’éthique du CSM ne poursuivra pas Lozan Panov

La commission d’éthique du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ne mènera pas une enquête sur Lozan Panov, président de la Cour suprême de cassation après son discours prononcé à l’occasion du 135ème anniversaire de la plus haute juridiction (voir notre revue du 14 décembre). La décision a été annoncée hier par le président de la commission Yassen Todorov.

La commission avait été saisie par une certaine association Plan B selon laquelle M. Panov aurait violé le code éthique des magistrats avec son discours. L’échec de la réforme judiciaire était au cœur de ce discours devenu emblématique. M. Panov avait évoqué le « contrôle oligarchique absolu » sur l’Etat et sur la société bulgares. « Est-ce que nous tous, qui assumons les conséquences, nous nous rendons compte de l’aboutissement du dessein consistant à garantir la dépendance de la justice, avec, apparemment, l’aimable soutien de l’élite politique bulgare ? », avait demandé M. Panov. Il avait fortement critiqué les amendements incessants des lois qui auraient, selon lui, le but de faire seulement « la bonne impression [aux institutions de] Bruxelles avec pour objectif constant celui de gagner du temps ».

« Je serai sûrement dénoncé, aujourd’hui, une fois de plus, comme un auteur d’attentat qui se prépare à faire un coup d’Etat. Car si l’oligarchie bulgare possède un Etat, toute tentative de rendre le pouvoir aux citoyens, peut être qualifié de coup d’Etat », avait déclaré M. Panov qui avait fini son discours avec l’appel de dire « Non » à la peur. La phrase « Faisons tous face à l’inconnu et crions for : assez ! » a était reprise par des centaines de gens dans les réseaux sociaux et par ceux qui protestaient dans la rue contre l’amputation de la réforme judiciaire. A la suite du discours, une centaine de juges se sont rassemblés à plusieurs reprises devant le Palais de justice (voir notre revue du 15 décembre) pour exprimer leur ras-le-bol de la situation dans le système de la justice bulgare et de l’absence de réformes réelles.

M. Todorov a motivé le refus de poursuivre Lozan Panov au nom de la liberté de l’expression. « Malgré le désaccord de certains membres de la commission avec certaines des thèses de M. Panov, nous considérons qu’elles représentent des convictions personnelles et la liberté de l’expression ne doit pas être restreinte », a déclaré le président de la commission. Capital Daily rappelle que M. Todorov, considéré comme le bras droit du procureur général Sotir Tsatsarov, avait jugé certains propos du discours comme « trop politiques ». Une enquête risquerait d’approfondir davantage le clivage au sein des magistrats, a argumenté M. Todorov. Vendredi dernier, 145 magistrats de tout le pays avaient mis leurs signatures au bas du discours de M. Panov, en signe de soutien. Le texte circule désormais comme une pétition et a été signé hier encore par 83 juges.

L’association Plan B a été créée début 2015 et s’est fait connaître par ses attaques contre l’ancien ministre de la justice Hristo Ivanov, les protestataires, la révision constitutionnelle, etc. En juillet dernier un reporter de Dnevnik avait réussi à prendre en photo certains des participants dans une manifestation organisée par l’association contre la réforme constitutionnelle au moment où ils étaient payés 20 leva pour leur participation. (tous journaux)

L’analyse

Le marché du gaz en Bulgarie : chaos ingérable ou manière de renflouer les gros perdants de l’échec de South Stream ?

Une publication hier dans Standart, selon laquelle Moscou serait sur le point de faire redémarrer d’ici quelques semaines le projet South Stream, reprise par des sites en ligne proches du député Delian Peevski et démentie par la suite devant l’agence TASS par un représentant du ministère russe de l’énergie, trahit les appétits restés inassouvis de certains cercles économiques bulgaro-russes après l’échec de ce projet.

Dans une analyse intitulée « Les rêves gaziers du pouvoir », l’hebdomadaire Capital défait la pelote d’intérêts ayant noué la crise autour d’Overgas (voir notre revue du 7 janvierdernier) aux attentes de redémarrage d’un important projet russe en Bulgarie (d’après des sources russes, aucun des trois projets relevant du « grand chelem », centrale nucléaire de Belene, gazoduc Bourgas-Alexandroupolis ou gazoduc South Stream, n’a été officiellement arrêté).

Le scandale qui a éclaté à la veille du Nouvel An avec l’arrêt des livraisons de gaz pour Overgas par son partenaire russe Gazprom a nettement démontré qu’au lieu de faire régner des règles claires sur le marché de l’énergie, le gouvernement bulgare s’emploie à rechercher des gains éphémères et des arrangements obscurs avec la Russie, souligne l’hebdomadaire.

Dans la position d’Overgas, portée entretemps à l’attention de la Commission européenne, le premier ministre bulgare Boïko Borissov a soupçonné un « complot contre le gouvernement », à en juger par ses explications fournies dans une interview sur bTV. Le ministère russe des affaires étrangères est également intervenu pour donner le point de vue de Gazprom. Ainsi, un litige opposant deux entreprises commerciales a montré que les questions du gaz sont discutées au niveau gouvernemental entre Sofia et Moscou, souligne Capital.

Pour l’instant, le contenu de ces discussions n’est pas clair. La participation russe à un futur « hub gazier » en Bulgarie reste d’importance primordiale. Sans le gaz russe, le projet de centre de répartition de gaz Balkan sera mort-né malgré les milliards de mètres cube de gaz qu’on promet en provenance du Turkménistan, de l’Iran, de l’Azerbaïdjan, du Qatar, etc. En réalité, l’idée de ce projet n’a pris corps qu’au lendemain de l’annonce de M. Poutine de l’« arrêt » du projet South Stream et beaucoup y ont vu une tentative de réaliser le projet en le rendant plus conforme à la législation européenne.

Aujourd’hui, la Russie fait feu de tout bois pour rappeler sans cesse que la Bulgarie a perdu à cause de son incapacité (« sa position sans-dents », selon l’expression de M. Poutine) à défendre South Stream devant la Commission. Ou qu’aucun document officiel russe n’atteste l’ « arrêt » de ce projet.

A la date actuelle, rien ne montre que le projet, qu’il soit « arrêté » ou « gelé », sera un jour réalisé. Mais les plans sur la comète vont bon train. « [La Bulgarie] va devenir un important transitaire de gaz… et va gagner jusqu’à un milliard par an », déclare M. Borissov sur bTV. A titre de comparaison, les recettes actuelles du transit de gaz ne se chiffrent qu’à 176 millions de leva par an (pour 18 milliards de m3 de gaz). Pour que les attentes du premier ministre se réalisent, il faudrait que le transit quintuple, ce qui est peu réaliste, estime Capital. D’autant plus que les nouvelles installations ne deviendront rentables qu’après des décennies (22 ans après la mise en exploitation d’après les calculs pour South Stream).

Et ce n’est pas encore la question la plus importante. Il est beaucoup plus important de savoir si la Bulgarie a besoin d’une telle infrastructure colossale. Aucune étude ne démontre pour l’instant son utilité économique, indique Capital.

Par contre, il est facile de calculer que les montants prévus pour le « hub gazier » (2,2 milliards d’euros selon l’annonce initiale) et la construction de l’autoroute Hemus (360 millions d’euros, voir notre revue du 16 décembre dernier) pourront renflouer les gros perdants de l’échec de South Stream : pris ensemble, ils couvrent à moitié le coût du « tuyau » South Stream (4,1 milliards d’euros d’après les estimations de juin 2014, dont 1,4 milliard d’euros devaient remplir les poches de sociétés liées avec le député Delian Peevski). Sans oublier qu’en 2014, Gazprom avait acheté un terrain près de Varna (destiné à desservir South Stream) au prix de 100 000 euros, soit 606 euros/m2, à son propriétaire First Investment Bank. Aujourd’hui, cette banque est parmi les principaux établissements finançant les sociétés gravitant autour de Delian Peevski, conclut l’hebdomadaire. (Capital)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 13/01/2016

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