Mardi 13 décembre

Le tourniquet

Troisième et dernier essai : le Bloc réformateur a accepté de tenter de constituer un gouvernement dans le cadre de l’actuelle législature du Parlement

Le Bloc réformateur, représenté par le vice-président de son groupe parlementaire Borislav Velikov, les vice-présidents de l’UDF, Roumen Christov et Kostadin Markov, et Alexander Christov de l’Union des agrariens, s’est fait remettre aujourd’hui par le président de la République le mandat de constituer un gouvernement. « C’est un honneur de vous remettre ce mandat et j’espère que des efforts seront consentis pour qu’il soit réalisé », a déclaré M. Plevneliev qui effectue ainsi, conformément à la Constitution, sa troisième et dernière tentative de trouver une issue à la démission du gouvernement Borissov II.

En dépit de l’opposition à l’acceptation du mandat de la part du Mouvement Bulgarie aux citoyens, officiellement déclarée par le coprésident du Bloc réformateur Naïden Zelenogorski, le Conseil exécutif de la coalition a décidé, une demi-heure avant l’audience avec le président de la République, de l’accepter. « Nous essaierons de trouver une majorité qui puisse garantir la stabilité du gouvernement de la Bulgarie dans le contexte des attentats en Turquie et de la complexité de la situation à la suite de la tragédie à Hitrino », avait déclaré Roumen Christov à l’issue du Conseil exécutif, en précisant envisager de demander le soutien des députés du GERB, du Front patriotique et du Centre démocratique bulgare.

Bojidar Loukarski, ministre de l’économie démissionnaire et président de l’UDF, avait même déclaré que le Bloc proposerait au GERB de désigner le premier ministre et les ministres. Selon lui, le poste du premier ministre devrait logiquement être confié à Boïko Borissov.

« La responsabilité qui est la nôtre est importante dans la mesure où la droite authentique n’a pas reçu de mandat depuis 19 ans » a argué Roumen Christov dans un point de presse à l’issue de l’entretien avec le président Plevneliev.
Sollicités par Mediapool pour commenter la décision du Bloc réformateur de tenter de constituer un gouvernement, des représentants du GERB ont précisé maintenir fermement leur position d’élections anticipées. « La procédure est claire : Plevneliev nomme un gouvernement intérimaire, Radev le change et nous nous orientons vers des élections anticipées au printemps. Nous aspirons à ce que tout se résolve d’ici la fin de cette semaine. Nous nous demandons même ce que les réformateurs envisagent de faire de ce mandat d’ici lundi. ».
« Rien d’autre que l’évacuation des citernes [Ndr. à l’origine de l’évènement tragique à Hitrino] ne peut être prioritaire pour moi en ce moment », a observé Boïko Borissov, qui a tout de même promis de rencontrer les représentants du Bloc réformateur et d’évoquer avec eux l’hypothèse d’un gouvernement issu de ce mandat.
Si d’ici lundi, le Bloc réformateur n’obtient pas le soutien du GERB pour former un gouvernement, il rendra le mandat au chef de l’Etat. (dnevnik.bg, mediapool.bg)

La justice

La crise s’aggrave au tribunal d’instance de Sofia

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a accepté aujourd’hui la démission de Metodi Lalov, président du Tribunal d’Instance, qu’il avait donnée vendredi dernier juste avant les manifestations des juges de sa juridiction (voir notre revue du 8 décembre). La Commission du CSM en charge de l’évaluation des magistrats et des concours était appelée à se prononcer sur ce cas, comme le prévoit la procédure. Mais avant même qu’elle en débatte, cette démission a été entérinée. Elle sera effective à compter du 1er février, conformément à la demande de M. Lalov qui souhaite désormais travailler sur le déménagement de la chambre pénale dans un nouveau bâtiment.

M. Lalov avait motivé sa demande de démission par l’absence des mesures appropriées permettant de faire face à la surcharge des magistrats du tribunal d’instance (De fait, l’an dernier, les 156 juges du tribunal d’instance ont eu à traiter 107 000 affaires, soit 1 200 par juge), par l’inégalité de ceux-ci à l’égard de leurs collègues et par la « mutation du CSM en une autorité de répression et son incapacité d’analyse et de prise de décisions opérationnelles ». En signe de solidarité avec leur supérieur hiérarchique, les vice-présidents de la juridiction, Raïna Martinova, Silvana Galabova, Albena Boteva et Stoyan Mihov, et la secrétaire de la chambre pénale, Andjela Ivanova, ont également présenté hier leur démission. Le CSM ne s’est pas encore prononcé sur ces demandes.

La priorité accordée à la discussion et à l’adoption de la démission du président du tribunal d’instance n’a pas permis au CSM d’étudier aujourd’hui les sept mesures devant permettre de résoudre les problèmes que rencontre le tribunal d’instance de Sofia. Vendredi dernier, à l’issue des manifestations, quatre des membres du CSM, à savoir Galina Karaguiozova, Kalin Kalpaktchiev, Kamen Ivanov et Sonia Naïdenova, s’étaient engagés à soumettre au collège du CSM les mesures suivantes : élaborer des amendements légaux afin de diminuer le nombre d’affaires relevant de la compétence de cette juridiction, augmenter les salaires de ses personnels administratifs par leur reclassement, muter au tribunal d’instance de Sofia des juges d’autres tribunaux d’instance moins chargés, publier le plus rapidement possible un concours afin de pourvoir les postes vacants dans cette juridiction et renforcer les capacités des systèmes informatiques relatives à la gestion des affaires, à l’attribution aléatoire de celles-ci aux juges et au suivi de la charge des juges. (mediapool.bg)

L’analyse

Alexandre Yordanov : Les partis albanais tiennent la clé du pouvoir à Skopje

Dans les colonnes de Standart, Alexandre Yordanov, ancien ambassadeur bulgare à Skopje (2001-2005), analyse la situation en ARYM après les élections législatives dans ce pays.

Les élections finies, tout le monde en Macédoine s’estime vainqueur. Ce qui répond au caractère national : un Macédonien digne de ce nom ne reconnaît jamais sa défaite. Mais la vérité n’a rien à voir avec l’euphorie post-électorale, souligne M. Yordanov. Le VMRO-DPMNE, au pouvoir depuis 2006, a gagné avec un peu plus de 16 000 voix contre son principal rival, l’Union social-démocrate. Mais il n’obtiendra que 50 ou 51 sièges au parlement, soit dix de moins par rapport à la dernière législature (61 sièges). Ce qui veut dire que, bien que vainqueur, le parti devra compter sur son partenaire de coalition actuel, l’Union démocratique pour l’intégration (DCI) d’Аli Ahmeti, qui est le plus grand parti albanais en Macédoine.

L’alliance formée autour des sociaux-démocrates (SDSM), quant à elle, a obtenu un beau résultat : 49 ou 50 sièges en comparaison avec ses 34 sièges lors de la dernière législature. Autrement dit, elle obtient presque le même poids parlementaire que le VMRO-DPMNE.

A ces élections, provoquées pour la quatrième fois en dix ans à titre anticipé par le parti au pouvoir, le VMRO-DPMNE, ont pris part onze alliances et partis politiques, dont cinq entrent au parlement. Sur ces cinq partis, trois sont albanais : DCI (8% environ des voix), le nouveau parti albanais Besa de Bilal Kasami (5%) et l’ancien Parti démocratique des Albanais dont le dirigeant Menduh Thaçi a déjà démissionné (un peu moins de 3%). Si l’on analyse les résultats électoraux, on voit bien que la moitié des Macédoniens ont voté contre le statu quo et en faveur du changement. Mais pour les Macédoniens, comme d’ailleurs pour les Bulgares, le renouveau reste une notion assez abstraite. La Macédoine souffre de tous les maux propres aux jeunes démocraties : corruption au sein de la fonction publique et des élites politiques, dérives autoritaires, inefficacité et dépendance politique de la justice, faiblesses des réformes économiques et sociales. La scission grandit de plus en plus au sein de la société entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre l’adhésion du pays à l’UE et à l’OTAN. Sous l’effet de la propagande russe croissante, de plus en plus de Macédoniens considèrent la coopération avec Moscou comme une meilleure option pour le pays. Un point de vue d’ailleurs partagé par des représentants du VMRO-DPMNE et du SDSM. Seuls les Albanais restent conséquents sur leurs positions pro-européennes et pro-atlantiques. Les Albanais revendiquent une voie d’adhésion nette et courte à l’UE et à l’OTAN et la transformation de la Macédoine, qui ne serait plus un « pays de l’ethnie macédonienne » mais un « Etat multiethnique ».

Les négociations sur la formation d’un gouvernement seront très difficiles. Et il est tout à fait probable que le vainqueur dans les urnes, le VMRO-DPMNE, n’arrive pas à former un gouvernement de coalition. Les critiques sévères adressées à l’encontre de Nikola Gruevski, y compris des accusations de corruption, ne lui laissent guère l’espoir d’être reconduit pour un cinquième mandat en tant que premier ministre. Si le VMRO-DPMNE échoue à former un gouvernement de coalition, c’est le SDSM qui peut essayer de le faire avec son partenaire stable, en l’occurrence le nouveau parti albanais Besa, et en espérant attirer les deux autres partis albanais, DCI et DPA. Ainsi, dans les deux hypothèses, le sort du prochain gouvernement à Skopje dépendra des partis albanais qui pèseront également sur les choix politiques du nouveau cabinet.

Les Albanais, qui tolèrent de moins en moins l’actuel « nationalisme » macédonien fabriqué de toutes pièces, sont soucieux de voir des règles européennes prévaloir dans le pays. A un moment où le dernier long métrage macédonien, concourant aux Oscar, s’appelle « La libération de Skopje » et raconte la lutte des Macédoniens contre le « fascisme bulgare », le secrétaire général de BESA, Afrim Gasi, déclare : « Nous sommes très intéressés à avoir des relations brillantes avec la Bulgarie, parce que nous estimons qu’avoir à nos côtés un pays membre de l’UE et de l’OTAN est dans l’intérêt de tous les citoyens de notre pays et une garantie pour la stabilité régionale et le bon voisinage ». Si, après les élections, l’ARYM décide de marcher à pas rapides vers l’intégration européenne et l’OTAN, cela signifiera également un rapprochement avec la Bulgarie, conclut M. Yordanov. (Standart)

Rubrique France

Capital Daily et 24 Tchassa informent de l’acquisition par le groupe français Amundi, le plus grand acteur de gestion d’actifs en Europe, du fonds d’investissement Pioneer détenu par le groupe Unicredit et opérant dans 28 pays européens, dont la Bulgarie. Le prix de la cession est de 3,545 milliards d’euros pour ce fonds qui gère des actifs évalués à 222 milliards d’euros.

La presse informe également de l’ouverture à Paris du procès de Christine Lagarde, actuelle directrice générale du Fonds monétaire international, accusée d’avoir permis un détournement important d’argent public au profit de l’homme d’affaires Bernard Tapie (403 millions d’euros accordés par voie d’arbitrage), alors qu’elle était ministre de l’Economie.

Dernière modification : 13/12/2016

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