Mardi 13 janvier

LA VISITE
LE PREMIER MINISTRE BOIKO BORISSOV DEFEND DEVANT LA COMMISSION EUROPEENNE SON PROJET DE CONSTRUCTION D’UN ‘HUB’ GAZIER SUR LE TERRITOIRE BULGARE

Un groupe de travail sera formé au niveau le plus élevé afin d’examiner les projets les plus importants relatifs à la diversification des approvisionnements en gaz des pays d’Europe orientale. C’est ce qui a été annoncé à l’issue de la rencontre tenue hier à Bruxelles du premier ministre bulgare Boïko Borissov avec le vice-président de la Commission européenne Maros Šefčovič. Le groupe aura également pour objectif d’évaluer la faisabilité d’un projet de construction d’un centre gazier en Bulgarie au vu des objectifs de l’union européenne de l’énergie. Le groupe tiendra sa première réunion à Sofia, très probablement en février. M. Borissov a présenté son idée selon laquelle la Bulgarie peut devenir un centre régional de distribution de gaz (voir notre revue du 11 décembre dernier). Selon le communiqué diffusé par la Commission à l’issue de la rencontre, M. Šefčovič a exprimé son fort soutien à la création de tels centres appelés à jouer un rôle important dans le développement des marchés régionaux de l’énergie. Mais de tels « hubs gaziers » ne peuvent fonctionner que dans le respect de certaines conditions préalables, notamment infrastructure adéquate, transparence, flux suffisants, accès non discriminatoire aux fournisseurs et aux clients, a-t-il relevé.
M. Borissov a également rencontré la commissaire Corina Creţu chargée de la politique régionale. La Bulgarie a l’ambition de devenir un pays exploitant et exportant des ressources énergétiques, a souligné le chef du gouvernement bulgare. Les deux interlocuteurs se sont mis d’accord sur la mise au point d’un plan d’action, pour les onze mois à venir, sur les programmes opérationnels 2007-2013 afin de permettre à la Bulgarie de mieux absorber les fonds relevant de la période de programmation précédente. M. Borissov a invité la commissaire européenne de prendre part en mai prochain à l’inauguration de l’autoroute Maritsa et de visiter les chantiers d’autres ouvrages construits avec des fonds européens.
Le premier ministre a eu également l’occasion de rencontrer la vice-présidente de la Commission Kristalina Gueorguieva, chargée du budget et des ressources humaines. Tous les deux ont abordé des questions relevant des programmes opérationnels et des enjeux de sécurité globale après les attentats terroristes perpétrés la semaine dernière à Paris. (tous journaux)

LA DEBANDADE
BULGARIE SANS CENSURE : LA FIN D’UN PROJET D’INGENIERIE POLITIQUE

Bulgarie sans censure, le parti politique créé par Nikolaï Barekov en 2013, s’est dissout. Rien de surprenant à cela, estime l’hebdomadaire Capital qui consacre toute une page à la fin de ce « projet d’ingénierie politique ».
La seule chose surprenante est que la dissolution du parti est arrivée plus vite que prévu, entre Noël et le Nouvel An, à peine deux mois après l’entrée du parti au parlement, note le journal. Tout d’abord, Nikolaï Barekov a rompu avec son partenaire de coalition, le parti Lider, après le soutien accordé par celui-ci aux amendements contestés sur les fonds privés de retraite, proposés par le GERB et soutenus par le MDL (voir notre revue du 23 décembre dernier). Ensuite, M. Barekov a blâmé ses six députés et quatre d’entre eux n’ont pas tardé à annoncer leur décision de quitter le parti Bulgarie sans censure tout en restant affiliés à leur groupe parlementaire, Centre démocratique bulgare (CDB). Selon Capital, il est très probable que le président du groupe, Svetlin Tantchev, annonce dès cette semaine sa rupture avec le parti. Ainsi la seule intrigue qui reste à dénouer est de savoir si M. Barekov demeurera leader d’un parti vidé de son sens premier ou si ses anciens collègues s’empareront de son étiquette politique.
Mais même si M. Barekov réussit à se maintenir à la tête de Bulgarie sans censure, ses ennuis ne seront pas terminés. Ses anciens partenaires le priveront très probablement de la subvention publique de 1,8 millions de leva par an, allouée à la coalition Bulgarie sans censure et répartie entre les composantes de celle-ci : parti Bulgarie sans censure (55%), Lider (30%), Parti agrarien (12%), etc., estime Capital. Pour ce journal, M. Barekov connaîtrait ainsi le sort qui attend toute marionnette politique.
Après avoir perdu son soutien financier en la personne du banquier Tsvetan Vassilev (KTB), Nikolaï Barekov a cherché à s’attirer les bonnes grâces de son adversaire, le député MDL Delian Peevski, souligne l’hebdomadaire. Ce qui explique le départ prématuré en signe de protestation de son bras droit Anguel Slavtchev, vice-président de Bulgarie sans censure depuis sa constitution, et de l’allié VMRO avec qui le parti avait gagné deux sièges au Parlement européen.
Au lendemain des élections législatives, lorsque Bulgarie sans censure est devenu une force parlementaire, M. Barekov a multiplié ses « offres chaotiques ». D’abord, il a proposé ses loyaux services au GERB, mais celui-ci n’a pas voulu l’inviter dans la coalition gouvernementale. Ensuite, il a enjoint à ses députés de s’en tenir à une opposition implacable vis-à-vis des gouvernants en vue de prétendre au rôle d’unificateur de la droite, mais sans le GERB.
Toutefois, poursuit le journal, les tirs au hasard de M. Barekov ont mis en péril les intérêts du parti Lider et de son patron, l’homme d’affaires Khristo Kovatchki, dont la ligne politique est d’être en bons termes avec celui qui est du pouvoir.
L’évincement de Nikolaï Barekov de la direction de Bulgarie sans censure ne serait pas en soi un événement, s’il n’y avait pas ses députés. Quel serait leur comportement politique au sein du groupe parlementaire du Centre démocratique bulgare ? Selon le sociologue Jivko Gueorguiev, il est logique de supposer que les parlementaires de ce groupe chercheront rapidement à formaliser la liquidation du parti Bulgarie sans censure en créant un bloc sous le nom de Centre démocratique bulgare, capable de se présenter aux élections municipales cet automne.
Le politologue Daniel Smilov estime pour sa part que les fragments du parti de N. Barekov ne joueront pas un rôle important au parlement. Les députés du CDB ne se verront associés qu’à de petites intrigues et de menus services politiques comme lorsque le GERB a réformé le régime des retraites, contre ses partenaires de coalition et avec le seul soutien du MDL, opportunément dissimulé par le renfort de trois députés de Lider. (Capital)

L’ANALYSE
LA FIN DES ABUS AU SEIN DU SYSTEME JUDICIAIRE EST-ELLE VENUE ?

« Pourquoi se sont-ils tus jusqu’à maintenant ? », « A quel point les instincts s’aiguisent – ils en situation de crise ? », « ça a dû toucher le fond » : trois répliques que les micros ont capté par hasard la semaine dernière à l’issue de l’audition au Conseil supérieure de la magistrature (CSM) d’une dizaine de juges signataires des lettres de protestation contre les responsables du TGI de Sofia. Ces trois répliques auraient été prononcées par trois membres du CSM après avoir entendu les témoignages des juges concernant les affaires scandaleuses au sein de l’une des juridictions les plus importantes de Bulgarie, précise le journaliste Yassen Boyadjiev de la radio Deutsche Welle dans un article qu’il signe pour Sega.
De tels propos sont d’abord la preuve criante de l’hypocrisie, de l’abaissement et de l’inaptitude de la majorité des membres du CSM car ces trois membres (mais les autres également) sont bien au courant des affaires scandaleuses de cette juridiction, les ont sciemment dissimulées et en sont par conséquent responsables. Ils ne peuvent pas faire semblant de découvrir lors de cette audition que les choses « ont dû toucher le fond » alors que le signal d’alarme est tiré depuis des années, tant par des juges ordinaires que par l’Union des juges, d’autres ONG, les médias, des citoyens et même par certains des membres impuissants de ce haut collège de la magistrature.
Ces répliques témoignent, deuxièmement, du fait que l’instinct d’autoprotection « s’est aiguisé » au sein même du CSM « en situation de crise ». En effet, on s’est retrouvé dans cette situation à la suite d’une accumulation de scandales importants qui ont rendu visibles les manipulations indécentes et la corruption au sein du système judiciaire bulgare. De nombreux exemples dont « les carnets disparus de Zlatanov », les affaires KTB et Belvédère, ont démontré que la justice évoque parfois une activité criminelle. Ces scandales ont suscité la révolte des juges de Sofia, l’indignation de la société civile et des médias et la réaction rigoureuse de la communauté internationale dont les déclarations de l’ambassadeur de France, soutenues par d’autres ambassadeurs européens. Tout ceci a coïncidé avec l’apparition d’une stratégie de réforme du système judiciaire plus radicale, promue par un ministre compétent et audacieux bénéficiant du moins actuellement d’un soutien politique.
C’est ainsi qu’apparaît l’espoir que la glace paralysant le système judiciaire commence à se fissurer sous la pression exercée tant de l’intérieur que de l’extérieur. Les signes précurseurs se manifestent déjà.
Toutes les autorités clés au sein du système judiciaire, y compris le CSM et le parquet, ont été contraintes d’approuver (au moins formellement et non sans « grincer des dents ») la stratégie de réforme. Ensuite, le CSM a dû consentir, après avoir longuement résisté, à procéder à une refonte générale du logiciel de répartition aléatoire des affaires, tenu pour « la porte d’entrée » et le « lubrifiant » de la corruption au sein du système judiciaire. Puis, il a fallu sacrifier la juge ayant donné lieu à la métaphore des « pommes pourries » : après des années de silence et d’inaction, le CSM s’est souvenu des péchés de cette juge et a braqué sur elle toutes ses armes institutionnelles, notamment des vérifications, des procédures disciplinaires et, à en croire les rumeurs, une procédure pénale. Enfin, le CSM a dû écouter la voix des juges de Sofia. C’est la première fois que soixante-dix juges de trois juridictions de Sofia ont ouvertement exprimé leur indignation contre les ignominies au sein du TGI de Sofia et ont demandé la démission des responsables de cette juridiction. Sept ambassadeurs ont appelé à ce que le CSM écoute la voix de ces juges. Et finalement, les juges ont été entendus. Leurs révélations, dont celle de la vaine dépense de 250 000 d’euros dans le cadre d’un projet devant permettre le renforcement de l’efficacité du TGI de Sofia, ont conduit le CSM à décider d’un audit de cette juridiction auquel participeront douze de ses membres.
Yassen Boyadjiev conclut que les adeptes du statu quo au sein du système judiciaire vont considérer ces évolutions comme des retraits tactiques et que nous aurons dorénavant à faire face à leur résistance acharnée par tous les moyens. Espérons que les hommes politiques, qui pour la plupart ont contribué à l’état actuel du système judiciaire, auront le courage d’assumer la part du travail qui leur incombe sur la voie du changement. (Sega)

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Dernière modification : 13/01/2015

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