Mardi 14 avril

LA VISITE

BOÏKO BORISSOV SE REND A PARIS POUR L’INAUGURATION DE L’EXPOSITION SUR L’EPOPEE DES ROIS THRACES

L’exposition l’Epopée des rois Thraces au Louvre est l’aboutissement de 4 ans de préparatifs culturels autour de ce que l’ambassadeur de France en Bulgarie, M. Xavier Lapeyre de Cabanes, a qualifié de « certainement une des plus grandes manifestations culturelles bulgares à l’étranger depuis l’Exposition universelle à Paris en 1900 ».
L’exposition sera ouverte au grand public le 16 avril et se prolongera jusqu’au 20 juillet. Centrée sur le royaume odryse (Ve-IIIe siècles avant notre ère) et sur la Thrace antique, elle est construite autour de la figure du roi Seuthès III. Le président du Louvre, Jean-Luc Martinez, en est le commissaire, secondé de deux Français, Alexandre Baralis et Néguine Mathieux, et de deux Bulgares, Totko Stoyanov et Miléna Tonkova.
Couronnes d’or, bijoux, objets en céramique tirés des tombes d’aristocrates et de rois thraces constituent le Fonds de l’exposition, s’appuyant sur des découvertes archéologiques récentes en Bulgarie après la découverte d’une sépulture royale intacte en août 2004 à Chipka. On pourra ainsi découvrir à quel point la Thrace fut un lieu d’échange entre civilisations, rivalisant dans le domaine artistique avec Rome ou la Grèce.
Parallèlement, plusieurs expositions construites avec le Louvre auront lieu en Bulgarie, l’une à Sofia sur le trésor de Boscoreale de l’art romain antique, l’autre à Plovdiv autour d’une collection d’antiquités égyptiennes. Enfin, l’exposition « Le Satyricon » de gravures d’André Derain se tiendra à Kazanlak, Vratsa, Bourgas et Varna, dont les musées ont prêté des œuvres pour l’exposition thrace au Louvre.
L’exposition est l’occasion d’un échange culturel entre experts français et bulgares, mais aussi pour Sofia de lancer une opération de communication sur le tourisme en Bulgarie, avec entre autres un affichage dans le métro parisien. Le ministère du tourisme, avec le soutien de la municipalité de Sofia et de l’ambassade de France en Bulgarie, organisera la première semaine de juin un salon de tourisme à Paris, a annoncé dans une interview pour Troud la ministre du tourisme Nikolina Anguelkova.
Dans le cadre de sa visite à Paris pour l’inauguration officielle de l’exposition, le premier ministre bulgare Boyko Borissov sera reçu par le président de la République François Hollande et par son homologue français Manuel Valls. Les points forts de ces entretiens seront l’adhésion de la Bulgarie à l’espace Schengen ainsi que le plan de construction d’un hub gazier près de la ville de Varna. M. Borissov a rencontré aussi Nicolas Sarkozy, leader de l’UMP et ancien président de la République. La vice-première ministre et ministre de l’intérieur Roumiana Batchvarova a par ailleurs rencontré son homologue Bernard Cazeneuve. (tous journaux)

LA DECEPTION

PLAN JUNCKER : UN SEUL DES 18 PROJETS BULGARES A DES CHANCES D’OBTENIR UN FINANCEMENT

D’après le rapport du groupe de travail chargé de l’évaluation des projets éligibles au financement au titre du plan Juncker, un seul des 18 projets bulgares a des chances d’être retenu. Il s’agit du projet de construction de la connexion gazière avec la Grèce, et selon l’information de l’agence de presse BGNES, Sofia et Athènes pourront bénéficier de 38 millions d’euros pour la construction, qui coûtera, selon les estimations des experts de la Commission européenne (CE) et de la Banque européenne d’investissement (BEI), 48 millions d’euros.
Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) qui s’élève à 315 milliards d’euros, a été lancé à l’automne 2014 par le président de la CE, Jean-Claude Juncker. Il vise à doper la croissance de la zone euro en relançant les investissements, notamment dans les infrastructures. Le 10 mars, les ministres des finances de l’Union européenne ont validé le règlement qui définit le fonctionnement du fonds. Ce document devra être définitivement adopté par le Parlement européen en juin pour être opérationnel en septembre.
La BEI a pris en charge la gestion du FEIS. Depuis quelques semaines, ses équipes font le tri parmi les près de 2 000 projets éligibles envoyés par les 28 pays de l’UE, afin d’identifier ceux qui sont les plus avancés et n’ont plus besoin que de quelques centaines de millions d’euros pour démarrer.
La Bulgarie avait présenté 18 projets pour un montant total de 3,5 milliards d’euros, principalement ciblés sur le développement de l’infrastructure (la construction de l’autoroute Sofia-Kalotina et la modernisation de l’infrastructure ferroviaire entre Rousse et Varna et Karnobat-Sindel entre autre). Le projet de connexion gazière avec la Grèce est jugé stratégique pour l’UE car il profiterait à la sécurité énergétique de la Bulgarie grâce à la diversification des livraisons. Cependant il existe un important décalage dans l’évaluation du cout de sa construction, évalué à 48 millions d’euros par les experts du fonds et à 220 millions d’euros par le gouvernement bulgare. Selon les journaux, ce décalage pourrait être expliqué par le fait que les données ne sont pas définitives et qu’elles pourront changer avant l’adoption définitive de la décision de financement.
Jyrki Katainen, vice-président de la CE, est attendu ce 16 avril à Sofia dans le cadre de son tour d’Europe destiné à promouvoir le plan de relance Juncker auprès des Vingt-Huit. (tous journaux)

L’ANALYSE

LANCEMENT DU PROJET « TURKISH STREAM » : QUELLE SIGNIFICATION DONNER A L’ABSENCE DE LA BULGARIE ?

Deux événements internationaux la semaine dernière ont donné lieu à des inquiétudes et à des spéculations rapportées par la presse bulgare. Le 7 avril, les ministres des affaires étrangères grec, hongrois, serbe, turc et macédonien se sont réunis à Budapest et ont signé une déclaration d’intention concernant le projet de gazoduc Turkish Stream. Les 8 et 9 avril, Alexis Tsipras et Vladimir Poutine ont estimé tous deux que la Grèce « pourrait jouer un rôle important dans la concrétisation du projet, en devenant un pont entre la Turquie et le marché du gaz européen ». Et même si le premier ministre grec a dû reprendre le président Poutine, ayant utilisé le nom « Turkish Stream », alors qu’il parlait de la branche grecque du gazoduc, il a concédé que « ce projet améliorerait nos relations avec la Turquie ». Alexis Tsipras a également souligné que le projet serait conforme aux législations grecques et européennes.
La Bulgarie n’a pas figuré parmi les pays ayant signé la déclaration pour une « voie économiquement justifiée de diversification des itinéraires et des sources » pour acheminer le gaz naturel de Turquie vers les pays d’Europe. La Grèce s’est vue proposer le même arrangement que celui que la Russie avait promis à la Bulgarie pour le projet South Stream.
Des sources d’inquiétudes qui ont provoqué de vives réactions : ABC a appelé à la convocation urgente du Conseil de consultation auprès du président de la République ; d’autres forces politiques ont organisé des conférences de presse pour dénoncer « l’isolement de la Bulgarie s’étant transformé en un lieu d’insécurité énergétique après l’abandon du projet South Stream ».
Le gouvernement a réagi lors d’une audition à l’Assemblée nationale. « Il est normal que les ministres des affaires étrangères d’autres pays se réunissent et que le fait que leurs homologues bulgare et roumain n’aient pas été invités donnent lieu à des interprétations. Mais j’espère que nos partenaires euro-atlantiques ont également leurs interprétations », a déclaré Boïko Borissov. Selon Daniel Mitov, ministre bulgare des affaires étrangères, la déclaration signée le 7 avril est annonciatrice des « intentions politiques » des signataires.
Ilian Vassilev, ancien ambassadeur de Bulgarie en Russie, actuellement partenaire gérant à la société Innovative Energy Solutions (effectuant des analyses de projets et d’importants événements politiques et économiques en Bulgarie et dans la région des Balkans), interrogé par le site novinite.bg, livre son analyse.
Le dénominateur commun de la participation des différents pays à la rencontre du 7 avril découle de leur intention de participer en fonction de leurs capacités et intérêts au projet Turkish Stream. Leur message consistait à dire qu’il y a un autre niveau possible d’élaboration de politiques européennes permettant de réunir des pays membres et des pays candidats. Cependant, il ne faut pas chercher un sens plus profond à la rencontre de Budapest qui reste tout de même « un maillon de la guerre hybride et d’information du Kremlin ayant surtout eu pour objectif de préparer la visite de Tsipras à Moscou », selon l’analyste.
Quant aux chances que ce nouveau projet aboutisse, elles ne dépendent pas tant des financements russes que de sa compatibilité aux règles européennes. La Turquie même reconnaît dans sa position officielle que l’aboutissement de Turkish Stream dépend de Bruxelles.
Les politiciens bulgares qui brandissent le slogan de l’isolement de la Bulgarie ne font preuve que d’une tentative d’auto-humiliation. « En effet, nous ne sommes que des récipiendaires de la politique de Moscou sans qu’on puisse la modifier. Nous continuons à accueillir les touristes russes et à exporter des aliments en Russie ». Ceux qui ont spéculé au sujet de la non-participation de la Bulgarie à la déclaration de Budapest sont mus par l’aspiration à convertir leur fidélité à la Russie en source de recettes. (Monitor, Standart, Capital Daily, novinite.bg)

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Dernière modification : 14/04/2015

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