Mardi 14 juin

L’immigration

La Bulgarie veut assouplir les conditions d’obtention du statut de résident de longue durée

900 étrangers sur les près de 900 000 qui ont acquis la nationalité d’un Etat membre de l’Union européenne en 2014 sont des récipiendaires de la nationalité bulgare. Parmi eux 22,4% sont ukrainiens, 16,2% russes et 14% moldaves. La proportion des ressortissants de pays tiers s’élève à 99%. La Bulgarie est ainsi après l’Estonie l’Etat membre de l’UE dans lequel ce taux d’extracommunautaires est le plus fort. Telles sont les données concernant la Bulgarie qui peuvent être extraites d’un rapport consacré aux acquisitions de nationalité dans l’UE, publié hier par Eurostat.
Inspiré par le modèle espagnol (mis en place en 2012) bien avant la publication de ce rapport (selon lequel l’Espagne a naturalisé 206 000 personnes en 2014), le gouvernement bulgare vient de proposer des amendements à la loi sur les étrangers afin de faciliter l’octroi du statut de résidents de longue durée. Les amendements permettraient à un étranger devenu propriétaire d’un bien immobilier d’une valeur de 100 000 leva (au lieu des 600 000 requis par la loi actuelle) de devenir résident de longue durée en Bulgarie. Les récipiendaires de ce statut bénéficient de tous les droits et devoirs des citoyens bulgares, à l’exception de ceux qui requièrent la nationalité bulgare.

« Nous souhaiterions ainsi permettre à des étrangers ayant investi dans l’achat d’un bien immobilier, à savoir un logement, le plus souvent à Varna ou à Bourgas, et qui sont le plus souvent des ressortissants de la Communauté des États indépendants, d’obtenir le droit de séjour. Actuellement, ils doivent devenir propriétaires ou représentants d’une société commerciale en vertu de l’art.24, al.1, points 2 et 6 pour pouvoir acheter un bien immobilier en Bulgarie leur permettant d’obtenir le statut de résident de longue durée. Cinq ans plus tard, ils peuvent bénéficier de celui de résident permanent si les autres conditions requises sont satisfaites », a expliqué Nikolaï Nikolov, à la tête de la direction de la migration du ministère de l’intérieur. Selon les statistiques de ce ministère, 90% des résidents de longue durée sont devenus propriétaires de deux-pièces d’une valeur approximative de 100 000 euros par l’intermédiaire de sociétés commerciales.

En 2010, Iouriï Soloviov, consul général de la Russie à Varna, avait déclaré que la plupart des 300 000 propriétaires russes de biens immobiliers dans l’Est de la Bulgarie avaient dû monter des sociétés commerciales pour les acheter. Selon des statistiques d’il y a deux ans, seules 40 000 personnes physiques de nationalité russe ont acquis des biens immobiliers. Ce nombre pourrait d’augmenter brusquement si les amendements proposés étaient adoptés.

Selon le site Rouski dnevnik (« le journal russe ») sur les 1,1 milliard de dollars investis par des étrangers dans l’achat de biens immobiliers en Bulgarie, un peu moins de 500 millions proviennent des acheteurs russes en 2014. Ce genre d’investissements russes s’élèvent à seulement 200 millions de dollars en 2015. Selon les analystes, les Russes préféreraient investir dans des Etats membres de la zone Schengen. Bien que les sanctions européennes contre la Russie aient provoqué une diminution de l’ordre de 15% des acquisitions de biens immobiliers en Bulgarie par des Russes, ceux-ci demeurent les acheteurs étrangers les plus importants.

Les critiques de ce projet de loi d’amendements à la loi sur les étrangers estiment que la diminution de la valeur des investissements requise pourrait donner lieu à des problèmes de sécurité. Selon Krassimir Yankov du PSB, dans le contexte des menaces actuelles et de la crise des réfugiés, les amendements proposés pourraient conduire à un changement du profil des candidats à l’acquisition de biens immobiliers.

L’émigration

Exode vers Sofia et émigration vers l’étranger : deux maux d’un poids équivalent pour la démographie bulgare

La migration vers l’étranger accaparant souvent l’attention des médias, l’ampleur de la migration interne reste souvent méconnue par le public. Toutefois, l’examen des statistiques officielles 2007-2015 montre que la migration interne, s’élevant à 79% de la migration totale, est beaucoup plus intense. Et que l’exode vers Sofia dépasse de 2,7 fois celui vers les autres chefs-lieux de région dans le pays.

Les données recueillies par l’Institut national des statistiques (INS), dont fait état Dnevnik dans son analyse, tiennent compte des changements de résidence (et non de principal établissement) des ressortissants bulgares et décrivent à la fois la migration interne et l’émigration vers l’étranger.

Aux fins de son analyse, Dnevnik divise la population en trois catégories : 1) migrants vers la capitale ; 2) migrants vers l’étranger ; 3) migrants vers une autre région. L’analyse ne tient pas compte des mouvements migratoires au sein d’une même région.

De 2007 et 2015, l’INS a recensé 743 000 personnes qui ont quitté leur région d’origine. Parmi eux, 157 000 se sont installés dans la capitale et presque le même nombre (156 000) a émigré à l’étranger. Les autres ont choisi de s’installer dans d’autres régions du pays. Ainsi, pendant la période examinée, la migration entre régions a concerné un peu plus d’un déplacement sur deux (430 000 personnes).

Les régions les plus attractives ont été celles de Plovdiv (47 000 personnes), Varna (44 000) et Bourgas (34 000). A l’autre pôle se sont situés Vidin (6 700), Smolian (5 700) et Kardjali (moins de 5 000 personnes).

La migration vers la capitale a marqué son point culminant en 2011 lorsque Sofia a attiré 26% des personnes ayant quitté leur région d’origine, alors que les départs vers l’étranger représentaient à peine 15%. C’est également l’année pendant laquelle la Bulgarie a enregistré le plus petit nombre de déplacements de la population en raison de la diminution de l’émigration. En 2011, seules 9 500 personnes sont parties s’installer à l’étranger, soit trois fois moins qu’en 2010 (27 700 personnes). Mais cette tendance s’est avérée de courte durée puisqu’à partir de 2012, le nombre des départs à l’étranger a commencé à dépasser ceux vers la capitale, le pic étant atteint en 2014 (25,9%). Il est intéressant de souligner que la région de Kardjali, l’une des moins attractives pour la migration interne, et celle qui produit une migration externe particulièrement intense (35,5%). Le plus souvent, il s’agit de déplacements vers et en provenance de la Turquie. Les autres bassins d’émigration vers l’étranger sont les régions de Varna (30,5%) et de Plovdiv (29,8%).

Une analyse rapide de l’impact de différents indicateurs sociaux et économiques sur les déplacements migratoires de la population montre une corrélation stable entre la structure par groupes d’âge de la population des régions et la migration en direction de Sofia et de l’étranger. Les régions où prédomine une population âgée (prédominance du groupe d’âge de +65 ans sur les groupes 0-14 ans et 15-64 ans), ont enregistré le moins de déplacements au sein du pays et vers l’étranger. Ainsi les régions qui ont produit le moins d’émigrants vers l’étranger sont celles de Sofia-région (9,7%), Montana (12,4%), Veliko Tarnovo (14,8%) et Pernik (15,4%). (dnevnik.bg, Capital Daily)

L’analyse

Le phénomène des supporters ultras de football : de l’hooliganisme à la politisation

Dans une analyse pour 24 tchassa, Parvan Simeonov, politologue et directeur exécutif de Gallup International, s’intéresse aux affrontements entre supporters anglais et russes à Marseille en marge de l’EURO 2016 pour réfléchir sur l’évolution des ultras en Bulgarie.

L’auteur précise qu’étant fan de football lui-même, il a eu la possibilité d’observer de près le comportement et l’organisation de ces groupes. Le côté politique de la violence autour du football est visible, complexe ; ses côtés économiques et criminels le sont davantage, écrit le politologue.

Les ultras sont en train de passe du statut de public de sport à celui d’acteur social en général. Le hooliganisme sportif est spécifique, motivé, prémédité. Plus que cela, de plus en plus l’auto-identification des hooligans devient une question de prestige. De plus en plus le match devient uniquement un simple prétexte : les affrontements au stade et après le match sont plus importants. Les ultras créent même des chorégraphies de leurs affrontements ; ils partagent un même style de vêtements ; le fitness est très important, le corps est pensé comme un habit. La culture du corps est une question de statut et de prestige.

L’autorégulation et l’imposition de règles deviennent de plus en plus visibles. Un code de comportement a été récemment adopté, selon M. Parvanov. Les affrontements suivent des règles strictes ; même le nombre des participants dans les affrontements est convenu d’avance. Les supporters deviennent de plus en plus de clubs de combat ; le combat est le sport qu’ils pratiquent. La Pologne et la Russie sont devenues le symbole des ultras bulgares ; la Grèce et la Serbie sont leurs inspiratrices locales.

La « fan scène » devient une scène publique. Les supporters se pensent comme un clan avec une vision, voire une mission. Leur participation aux émeutes dans les quartiers roms dans différentes villes illustre cette tendance. L’évolution d’un public de foot vers un mouvement social mène à des tentatives d’organisation et de contrôle. La spontanéité évolue en une sorte de culture.

La politisation de ces groupes devient plus visible. Le nationalisme est son trait caractéristique. Pour le moment les « ultras antifa » sont absents du paysage bulgare, sans doute à cause du fait que l’étiquette gauchiste n’est pas encore considérée comme prestigieuse par les jeunes. Mais cette tendance va sans doute disparaître avec la disparition des souvenirs de ce temps, d’autant les supporteurs de gauche sont fortement représentés dans la région. La politisation des supporters n’est pas motivée par la classe, l’ethnie, etc. Il s’agit plutôt d’une « question de mode ; d’une sous-culture de communauté de jeunes ; d’une politisation de la farce ». Elle s’exprime pour l’instant dans une confrontation aux processus de modernisation (exemple : l’opposition violente à la gay pride). Les ultras sont une force radicale conservatrice avec laquelle la société va devoir de plus en plus cohabiter. (24 tchassa)

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Dernière modification : 24/11/2016

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