Mardi 15 décembre

La colère

Les protestations des juges pour une réforme judiciaire continuent de plus belle

Hier soir, une centaine de juges des juridictions de Sofia se sont de nouveau rassemblés devant le Palais de justice pour exprimer leur ras-le-bol de la situation dans le système de la justice bulgare et de l’absence de réformes réelles. Cette fois-ci, les protestataires arboraient sur leurs manteaux un emblème avec Thémis, déesse de la justice, et l’offraient à ceux qui étaient venus pour les soutenir, quelque 300 à 400 personnes selon les médias.

C’est la troisième manifestation publique des magistrats en réponse à l’appel pour l’indépendance des juges et une réforme authentique de la justice lancé par l’Union des juges en Bulgarie après l’adoption en deuxième lecture d’une version amputée de la réforme constitutionnelle.

« L’indépendance des juges et la qualité de la justice sont un problème européen. Lorsque les juges sont dépendants et lorsque le Parquet n’est pas responsable devant la société, une atteinte est portée aux valeurs européennes et le problème dépasse le territoire national. Nous ne voulons pas de réforme à moitié », a déclaré le juge Stoyan Madine, membre du conseil d’administration de l’Union des juges, à Dnevnik.

Atanas Atanassov, président de l’organisation, a expliqué que l’objectif de la manifestation était de sensibiliser les citoyens à l’importance de la réforme judiciaire. « Après les centaines de déclarations envoyées aux médias, cette fois nous avons voulu nous montrer à visage découvert devant les gens et solliciter leur soutien à la réforme de la justice » (Mediapool).

La manifestation des juges a été saluée dans une lettre ouverte par le plus grand syndicat de la police (Fédération syndicale des agents du ministère de l’intérieur), par des organisations écologistes et par de nombreux citoyens. « Nous partageons entièrement vos attentes justifiées d’une reforme susceptible d’apporter le changement, la fin des nominations scandaleuses, la mise en place d’inspections dans des cas de mauvaise gestion ou de corruption, des chances réelles pour les juges intègres et réellement indépendants, la non-ingérence des politiciens dans les travaux du juge et du procureur », déclare la lettre ouverte.

Une autre manifestation de protestation réunit tous les soirs depuis la semaine dernière, devant l’Assemblée nationale, des mécontents de l’absence de réformes dans le pays, scandant « Démission ! » et « On va vous balayer ! ».

A Plovdiv, une cinquantaine d’avocats du barreau de cette ville sont descendus dans la rue pour prendre part à une manifestation silencieuse devant le Palais de justice. Dnevnik relève l’absence, sauf quelques exceptions, de juges et de procureurs parmi les protestataires à Plovdiv malgré les appels lancés par l’Union des juges et dans les réseaux sociaux. « Seuls des juges indépendants et un Parquet contrôlé et responsable peuvent garantir un procès équitable. Malheureusement peu nombreux sont ceux qui comprennent le véritable enjeu des quotas de répartition des juges et des procureurs au sein du CSM », a souligné Me Mikhaïl Ekimdjiev (Dnevnik).

Deux autres manifestations de protestation sont prévues pour ce soir à Sofia auxquelles prendront part des magistrats et des sympathisants de l’initiative « Pour qu’il reste de la nature en Bulgarie ». L’idée et que les deux défilés se rejoignent devant l’Assemblée nationale en soutien à la réforme judiciaire. (dnevnik.bg, mediapool.bg, judicialreports.bg, tous journaux)

La criminalité

Selon la GDBOP, la criminalité bulgare s’est atomisée en près de 300 petits groupes

La Direction générale de lutte contre la criminalité organisée (GDBOP) a présenté un bilan de son activité neuf mois après son retour au sein du ministère de l’intérieur (Ndr : avant cela, à la suite d’une réorganisation des services de sécurité effectuée par le gouvernement Orecharski, le service a été intégré pendant plus d’une année à l’Agence d’Etat de la sécurité nationale, DANS).

En fait, comme le précise Ivaïlo Spiridonov, chef de la GDBOP, dans les pages de Troud, le bilan couvre une période beaucoup plus petite, juin-décembre 2015, celle de la relance réelle des activités, après les premiers mois perdus en restructuration, tâches organisationnelles et réembauche des agents par le ministère de l’Intérieur.

Aujourd’hui, la GDBOP compte près de 600 agents organisés dans 18 structures territoriales, ce qui représente une réduction sensible de ses effectifs par rapport à 2013 (1 030 agents et 28 unités régionales).

Actuellement, la direction enquête sur 223 procédures pénales ouvertes par le Parquet spécialisé. Le nombre des nouveaux dossiers ouverts depuis juin dernier s’élève à 54. Le service répond également à beaucoup de demandes d’information et de recherche envoyées par des services partenaires au sujet de la criminalité transfrontière (plus de 2 000 requêtes jusqu’à présent).

Sur le plan national, la cartographie de la criminalité organisée a permis au service d’identifier 280 groupes organisés recensant quelque 1 200 malfaiteurs. Dans leur majeure partie, ils font de la contrebande ou participent au trafic de stupéfiants, d’êtres humains, d’objets appartenant au patrimoine culturel, etc. A la différence du passé, lorsque la collecte du profit a été centralisée entre les mains de grands groupes criminels, aujourd’hui les groupes criminels sont structurés au niveau des quartiers. Les figures illustres du grand banditisme ont disparu : les uns ont trouvé la mort ou quitté le pays, d’autres se sont reconvertis dans d’autres champs d’activité.

Sur le plan international, la criminalité organisée bulgare reste prégnante au niveau des filières de stupéfiants en provenance d’Amérique latine où les Bulgares assurent souvent la logistique (transport, caches, etc.).

Selon le directeur de la GDBOP, le fonctionnement du service sera amélioré si le législateur accepte d’élargir le cadre juridique étroit donné par l’art. 39 de la loi sur le ministère de l’intérieur. Ainsi par exemple, le service devrait avoir la compétence de recueillir de l’information sur des personnes qui ne sont pas encore rattachées au crime organisé, mais qui peuvent l’être demain à en juger par certains indices (par exemple dissimulation de stupéfiants dans le véhicule). En outre, la direction devrait avoir la compétence d’enquêter sur des cas de corruption dans la fonction publique même en l’absence de groupes criminels formés par des agents publics. Sans oublier, de l’avis du directeur, la GDBOP doit être chargée de compétences en matière de trafic de migrants. (Troud, 24 Tchassa, Sega)

Le scrutin

Elections régionales : les Français n’ont pas donné le pouvoir à Le Pen

La presse bulgare revient aujourd’hui sur les résultats du deuxième tour des élections régionales en France. Capital Daily publie une analyse intitulée « Les Français n’ont pas donné le pouvoir à Le Pen ». Même si le Front national était en tête dans six régions, après le scrutin du 13 décembre, le parti de Marine Le Pen n’a pas réussi à gagner la moindre région. C’est un coup dur pour les ambitions du leader de l’extrême droite pour l’élection présidentielle en 2017, selon le journal.

Ce résultat est dû principalement à la tactique des deux principaux partis politiques et surtout à la décision du Parti socialiste de retirer ses candidats dans des régions où le parti d’extrême droite était susceptible de l’emporter après le premier tour. Mais malgré ce résultat, ni les socialistes, ni les conservateurs de Nicolas Sarkozy ne peuvent se sentir vraiment vainqueurs, car ils sont de plus en plus menacés par le vote des électeurs déçus, selon Capital Daily qui voit dans le résultat de ce dimanche une victoire à la Pyrrhus. Le Parti socialiste qui avait pu obtenir aux dernières élections toutes les régions sauf une, limite maintenant les dégâts en conservant cinq. La droite remporte sept régions, dont la région parisienne, dirigée depuis 17 ans par la gauche. La Corse a été remportée par les nationalistes locaux, résume le journal.

Même s’il n’a pas remporté de région, le Front national a tout de même amélioré son nombre de votes par rapport au premier tour : le parti avait recueilli 6,8 millions de votes (27,5 %), pas très loin de la gauche, qui a obtenu 7,3 millions de votes (29,3 %), souligne le journal. D’où l’avertissement du premier ministre Manuel Valls que « le danger de l’extrême droite n’est pas écarté ».

Le Front national s’est contenté pendant des décennies d’agréger le vote des déçus, mais depuis qu’en 2011, Marine Le Pen a succédé à son père au poste de président du parti, le parti a changé de stratégie. La fille a essayé de gagner des élections locales pour tisser un réseau de soutien pour étayer son ambition de devenir présidente de la République. Cette stratégie a très bien fonctionné jusqu’à présent, mais l’isolement du parti dans la vie politique française l’empêche de conclure les alliances nécessaires pour gagner des élections-clés. Et c’est la raison principale qui a empêché le parti de convertir en pouvoir le soutien qu’il a gagné dans les urnes, commente le journal.

En outre, à part l’immigration et le terrorisme qui ont nourri les peurs des gens et, corrélativement, les voix pour le FN, ce résultat peut également être expliqué par la déception des électeurs par les partis du statu quo ainsi que par l’incapacité du président de la République François Hollande d’inverser la courbe du chômage. Si toutes ces peurs des Français ne seront pas prises en compte au plus vite, la montée du FN continuera jusqu’à l’élection présidentielle, conclut le journal. (Capital Daily)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie
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Dernière modification : 15/12/2015

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