Mardi 15 mars

Le scénario

Les cinq menaces de la crise migratoire pour la Bulgarie

Dans le contexte de la crise migratoire et en l’attente du sommet EU-Turquie qui doit valider l’accord préliminaire entre les Etats membres et Ankara sur la gestion de cette crise (voir notre revue du 8 mars), l’hebdomadaire Capital identifie les cinq dangers qui menacent directement la Bulgarie.

Premier danger : afflux massif de migrants vers la Bulgarie

Selon le journal, c’est le danger le plus immédiat, car aux migrants qui entrent déjà dans le pays par la frontière avec la Turquie (environ 30 000 en 2015) s’ajouteront sans doute ceux qui sont à présent bloqués à Idomeni (Grèce) à cause de la décision de l’ARYM de fermer ses frontières avec la Grèce. A présent ils sont estimés à 15 000 (au total entre 45 et 50 000 en Grèce) et victimes directes de la fermeture de la route des Balkans. Une partie de ces gens vont sans doute se tourner vers les trafiquants pour continuer leur route vers l’Europe occidentale par la Bulgarie et l’Albanie. Le problème pour la Bulgarie est que sa frontière avec la Grèce est de 470 km (deux fois plus longue que celle avec la Turquie) et qu’étant une frontière intérieure de l’UE, elle n’est pas bien protégée.

Deuxième danger : renforcement des trafiquants et aggravation de la criminalité organisée

Ce deuxième danger est un corollaire direct du premier. Jusqu’à présent les migrants qui suivaient la route des Balkans étaient aidés, certes pas en conformité avec le droit international et les normes européennes, par les pays de transit qui faisaient tout leur possible pour que ces gens quittent leur territoire le plus vite possible. Avec la fermeture des frontières, ce « service » passera dans les mains des trafiquants. Un grand nombre de migrants ont épuisé leurs ressources financières et pour pouvoir financer la suite de leur trajet, ils seront obligés de commencer de travailler au noir, ou pire encore, de coopérer directement avec les réseaux locaux de criminalité organisée.

Troisième danger : activation de « frontières sanitaires » intérieures au sein de l’UE

Le journal revient au fameux « plan B » du premier ministre hongrois Viktor Orbán pour la gestion de la crise des migrants (voir notre revue du 1er février). Budapest avait lancé l’idée de déplacer la frontière sud de l’espace Schengen au nord de la Grèce et avait plaidé pour la mise en place d’une « ligne de défense » le long des frontières nord de ce pays avec l’ARYM et la Bulgarie. Sofia avait refusé de soutenir ce plan lors du sommet des pays du groupe de Visegrád (République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Pologne) du 15 février dernier. Après la fermeture de la route des Balkans et le soutien ouvert de l’Autriche du plan hongrois, le plus grand risque pour la Bulgarie serait la mise en place d’une deuxième ligne sanitaire au-delà de son territoire. Ceci pourrait marginaliser le pays et en faire une deuxième zone tampon, à l’exemple de la Grèce.

Quatrième danger : détérioration des relations avec Ankara

Pour le moment, la Turquie se déclare prête à coopérer avec l’UE, son principal partenaire commercial, à qui elle doit en grande partie sa croissance économique. Mais une détérioration des relations est toujours possible, estime Dimitar Betchev, politologue et chercheur à l’Université de Harvard. Un tel scénario touchera un bon nombre des Etats membres mais les pires conséquences seront pour la Bulgarie. La Turquie est la troisième destination principale des exportations bulgares ; les conséquences politiques seront également importantes, y compris une aggravation du discours nationaliste et anti-turc, dangereux pour la Bulgarie.

Cinquième danger : détérioration des relations entre les Etats membre de l’Union

Une telle atmosphère existe déjà, souligne Capital. L’Europe occidentale accuse l’Europe centrale et orientale d’ingratitude et de manque de solidarité et se voit taxée en retour d’hypocrisie. Le journal rappelle qu’en réalité, le premier pays qui a fermé ses frontières, allant jusqu’à confisquer l’argent des migrants sous prétexte de se donner les moyens de prendre soin d’eux, a été le Danemark. Plus la liste des griefs se prolonge, plus les relations se détériorent, ce qui renforce la politique du chacun pour soi dans la gestion de la crise migratoire. Le vrai problème arrivera quand cette approche sera transférée sur d’autres politiques européennes, conclut Capital. (Capital)

La sentence

Le hooligan Siderov transige avec la justice

A l’issue d’un marathon de plus de quatre heures d’audiences tenues l’une après l’autre au titre de trois actions en justice intentées contre Volen Siderov, leader du parti politique Ataka, pour hooliganisme, celui-ci a été condamné au titre de deux des trois affaires à neuf mois de probation et à une retenue de 13% sur son salaire pendant la durée de la peine de probation.
M. Siderov avait reconnu ses actes de hooliganisme commis en 2011 (incursion dans le cadre des festivités du 135ème anniversaire de l’insurrection d’avril en 1876 sur le plateau où des enfants se produisaient pour abimer le système de sonorisation), en 2013 (comportement agressif à l’égard d’un journaliste et d’un agent de police que le député avait blessé dans le cadre des manifestations contre le gouvernement Orecharski) et en octobre 2015 (irruption à l’Académie des beaux-arts et comportement agressif à l’égard d’étudiants de cette école supérieure). Cette attitude l’a conduit à conclure trois transactions avec le Parquet. « J’ai plaidé coupable pour soulager le système judiciaire qui a d’autres affaires plus importantes à traiter comme les meurtres quotidiens de personnes, de vieilles femmes », a précisé M. Siderov devant les journalistes. Cependant, la juge Hristina Koleva a refusé d’approuver la transaction relative à ses actes de hooliganisme de 2013 dans la mesure où ceux-ci avait été commis par M. Siderov en sa qualité de député devant l’Assemblée nationale. Cette dernière transaction, au titre de laquelle le Parquet requérait 6 mois de probation, a été renvoyée.

Selon Sega, qui revient sur les faits, le Parquet a fait preuve d’une grande tolérance à l’égard de Sidérov en acceptant de conclure ces transactions pour des faits qui sont normalement passibles d’une peine de privation de liberté jusqu’à 5 ans. L’indulgence du parquet à l’égard des puissants du jour est sans limites, en conclut la journaliste Svetlana Gueorguieva. (tous journaux)

L’endettement

Plus de la moitié des communes bulgares souffrent de graves problèmes financiers

156 des 265 communes bulgares ont terminé l’exercice 2015 avec un important déficit. 71 d’entre elles ont même dépassé le plafond des arriérés dus fixé par la loi. C’est ce que montrent les statistiques publiées hier par le ministère des finances.

Malgré la loi des finances publiques qui interdit les situations déficitaires pour les communes, le « trou » dans les finances municipales a atteint 240 millions de leva au total à la fin de l’année dernière, avant d’être couvert par des transferts de fonds du budget de l’Etat. Pour la première fois depuis quatre ans, les collectivités locales ont terminé l’année avec un solde négatif largement dû, à en juger par les statistiques, aux dépenses liées aux projets européens.

L’absorption de choc des fonds européens n’est pas le seul problème auquel se heurtent les communes. Plus de la moitié d’entre elles n’arrivent pas à couvrir les critères de stabilité financière. Un projet d’amendement à la loi sur les finances publiques, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, prévoit notamment la mise en place d’un mécanisme financier de redressement des communes endettées. Après l’entrée en vigueur de ce mécanisme, l’Etat proposera un plan de redressement aux collectivités défaillantes (« financièrement instables ») sur au moins trois critères et, éventuellement, des crédits sans intérêts. Parmi les critères les plus difficiles à couvrir figurent les engagements dépassant de 15% le montant moyen annuel des dépenses imputées au budget de la commune pendant les quatre dernières années (56 communes défaillantes fin 2015), la part des arriérés dus à la clôture de l’exercice (71 communes défaillantes), le taux de recouvrement des créances propres par rapport à la moyenne nationale, etc.

Depuis des années, les maires recourent souvent à des pratiques peu légales : ainsi par exemple, pour clore l’exercice sans déficit, nombre de communes suspendent les paiements aux fournisseurs. Selon les statistiques, le montant des engagements sur des contrats conclus dépasse actuellement 1,7 milliards de leva, soit un tiers du budget des collectivités.

Sur les 71 communes qui ont dépassé le plafond des arriérés dus fixé par l’Etat, celle de Sliven se trouve dans la situation la plus dramatique : ses impayés dépassent 20 millions de leva, soit 30% du budget municipal.

Selon Guinka Tchavdarova, directrice exécutive de l’Association nationale des communes en Bulgarie, le système de financement des communes est désespérément obsolète. Cette association soutient les amendements législatifs proposés par le ministère des finances. Par ailleurs, l’association demande la mise en place de critères objectifs d’évaluation de la situation financière des communes, notamment la situation démographique et le taux de chômage qui exercent une influence directe sur la solvabilité des contribuables locaux. Ces critères permettraient à l’Etat d’aider les véritables communes à risque et non pas celles qui, faute de professionnalisme ou de responsabilité de la part de leurs dirigeants, se sont endettées.

Un groupe de travail a été formé entre des experts municipaux et de l’Etat en vue de préciser le texte du projet d’amendement à la loi sur les finances publiques entre les deux lectures. (Capital Daily, mediapool.bg)

Dernière modification : 15/03/2016

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