Mardi 15 novembre

Le message

Les politiciens russes se félicitent de l’élection de Roumen Radev et en attendent une meilleurе relation bilatérale

L’élection de Roumen Radev a suscité les premières réactions et des messages de félicitations à l’étranger. « Les grandes puissances ont souhaité le succès au nouveau président de la République », écrit Standart à propos des messages envoyés par Washington, la Commission européenne et Moscou. « Les Etats-Unis sont prêts à œuvrer avec le président bulgare nouvellement élu en faveur des objectifs communs tels que la prospérité des deux nations, les liens et les valeurs transatlantiques, les engagements et la solidarité au sein de l’OTAN », souligne le message transmis par l’ambassade américaine à Sofia.

Le président russe, Vladimir Poutine, a préféré relever dans son message le grand potentiel de développement des relations russo-bulgares reposant sur une amitié séculaire et une proximité culturelle et spirituelle. M. Poutine se dit confiant dans le fait que l’élection de M. Radev et les efforts conjoints peuvent donner une nouvelle impulsion au dialogue politique entre les deux pays et étendre la coopération constructive dans l’intérêt des deux peuples.

Une déclaration de Dmitriï Peskov, secrétaire de presse auprès du président russe, citée par l’agence TASS, exprime également les attentes positives de la partie russe de l’élection de Roumen Radev au poste de président. « Si nous voyons naître au plus haut niveau un souhait déclaré de développement des relations, je suis sûr que Moscou y répondra par un désir réciproque et de la satisfaction ». Refusant de « prédire » l’avenir des relations avec Sofia, M. Peskov ajoute : « Le futur président de Moldavie et des politiciens en Bulgarie ont parlé pendant la campagne électorale de l’établissement de contacts avec la Russie, mais je ne me hâterais pas de donner des étiquettes pour dire qu’untel et pro-russe et un autre, antirusse. Il est question de coopération mutuellement avantageuse ».

Leonid Kalachnikov, député et président de commission à la Douma, salue à son tour l’élection pour chef d’Etat d’un candidat soutenu par le parti socialiste. « La Bulgarie et la Moldavie ont montré que l’intégration européenne n’est pas du tout le chemin dont ces deux pays ont besoin. […] Le président venu au pouvoir en Bulgarie est orienté, au moins c’est ce qu’il déclarait dans ses messages électoraux, vers un changement d’attitude envers l’UE qui a détruit l’industrie et l’agriculture dans le pays », indique-t-il, cité par l’agence RIA.

Sur son profil Facebook, Alexandre Douguine, fondateur du mouvement eurasiste et un des idéologues en vogue en Russie, triomphe : « Washington est à nous [NDR : allusion à la récente élection aux Etats-Unis de M. Trump, perçu comme plus favorable aux intérêts russes que son prédécesseur]. Chișinău est à nous [allusion à l’élection présidentielle en Moldavie, dimanche dernier, remportée par le candidat pro-russe Igor Dodon]. Sofia est à nous. Il ne nous reste plus qu’à assécher le marais en Russie ».

Konstantin Kossatchev, président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée fédérale de la Russie, voit dans les résultats électoraux outre-Atlantique, en Bulgarie et en Moldavie un « enrayage du système politique libéral atlantique lequel encore récemment était donné au moins comme sans alternative pour les pays occidentaux ».

Selon un autre député de l’Assemblée fédérale, Vladimir Djabarov, la victoire électorale du candidat d’opposition Roumen Radev donne l’espoir d’une amélioration des relations russo-bulgares. « Je ne pense pas que nos relations ces dernières années puissent être considérées comme normales étant donné la proximité historique entre nos deux pays. Nous comprenons que la Bulgarie est membre de l’OTAN, qu’elle a ses propres intérêts et objectifs stratégiques, mais cela ne devrait pas nuire à nos relations ». Selon M. Djabarov, l’élection de M. Radev a montré que « le conte de l’attractivité de l’UE a perdu une partie de son enchantement. [Les Bulgares] ont compris combien ils ont perdu en renonçant à la coopération économique avec la Russie ». (dnevnik.bg, mediapool.bg, tous journaux)

L’analyse

Election présidentielle : les erreurs fatales de Boïko Borissov

Au lendemain de la victoire éclatante du candidat soutenu par le PSB, les médias tentent d’expliquer les raisons pour lesquelles GERB a subi une si grave défaite. Un événement inédit, puisque depuis le début de sa carrière politique en 2005, Boïko Borissov avait réussi à s’imposer au PSB au cours d’onze élections consécutives. Les experts et journalistes proposent différentes raisons, mais la conclusion principale peut être résumée par le titre du commentaire de la section bulgare de la Deutsche Welle : « Radev a gagné et doit en remercier Borissov ». L’article souligne qu’au début de la campagne électorale de Roumen Radev, personne ne s’attendait à un tel résultat. Et même après le second tour, l’ex-général Radev et la présidente du PSB Kornelia Ninova sont sans doute conscients que le grand « mérite » de cette victoire ne leur appartient pas complètement, mais qu’il doit être plutôt attribué au premier ministre, ironise la Deutsche Welle.

Tous les commentateurs s’accordent pour voir dans le choix de la candidate du GERB l’une des graves erreurs de la stratégie électorale du parti. Un grand nombre des électeurs ont considéré Tsetska Tsatcheva comme « une offense » et ont décidé de punir M. Borissov, commente le site d’information. Le GERB disposait de meilleurs candidats qui auraient pu connaître un meilleur résultat, ajoute le politologue Parvan Simeonov dans un commentaire pour Standart. Dans une situation normale, un président de l’Assemblée nationale pourrait être un choix très logique, mais en l’occurrence, quand la majorité des électeurs montrent qu’ils sont à la recherche d’un acteur « hors-système » , qui ne soit pas marqué par la vie politique et lié aux partis traditionnels, le choix de Mme Tsatcheva était voué à l’échec, selon le politologue.

Une autre faute de la stratégie électorale imputable au premier ministre a été de faire un lien direct entre le résultat de Mme Tsatcheva et la démission du gouvernement, selon les commentaires. Au lieu de faire peur aux gens et de mobiliser ainsi ses électeurs, M. Borissov a obtenu l’inverse : il a mobilisé ses adversaires, commente la Deutsche Welle. M. Simeonov ajoute de son côté qu’une telle décision n’avait rien d’indispensable. De plus, un président d’un autre parti politique aurait même pu arranger M. Borissov, selon le politologue, qui souligne : « Quand on concentre tout le pouvoir entre ses mains, on est également responsable de tous les problèmes ; on ne peut plus accuser personne ».

Pour autant, les commentateurs assurent également qu’au-delà d’erreurs de stratégie, la défaite du GERB s’explique par des problèmes beaucoup plus anciens et profonds, et en premier lieu par la déception des électeurs vis-à-vis de la politique du gouvernement. M. Borissov a renoncé à faire de la politique, affirme sans ambages ClubZ. Selon ce site, la stratégie du premier ministre a été de « jouer selon la situation concrète et de profiter des points faibles des autres pour en sortir toujours gagnant. Mais il a renoncé à faire de la politique dans le sens le plus traditionnel du terme, voire à prendre des décisions impopulaires à court terme, mais qui à long termes amélioreront la vie des gens ». M. Borissov a insisté de longs mois sur la nécessité de préserver la stabilité dans le pays, mais il a fini par tourner la stabilité en stagnation, ajoute ClubZ.

Le premier ministre se vantait de « tout ce qu’il avait construit », mais il s’est avéré que même si ces actions sont indispensables, elles ne sont plus suffisantes pour lui assurer la victoire électorale, ajoute la Deutsche Welle. Ce site en ligne énumère quelques points qui ont déçu certainement les électeurs : le manque de réformes, l’« imitation de réforme judiciaire », le fait que le Parquet garde son « statut intouchable ». « La corruption existe toujours ; les dépendances oligarchiques restent intouchables ; Peevski est un sujet tabou », ajoute la Deutsche Welle. ClubZ met également l’accent sur la corruption et le fait que « les entreprises autour du MDL continuent de se tailler la part de lion dans les marchés publics », qui restent concentrés dans quelques mains. La KTB a également été oubliée. Le scandale inutile autour la candidature bulgare au poste de secrétaire général de l’ONU a également nui à l’image du premier ministre, ajoute dans son commentaire pour Standart le politologue Parvan Simeonov. Selon lui, cet épisode a permis aux électeurs de voir pour la première fois le premier ministre, qui jusqu’à présent faisait preuve d’une excellente intuition, prendre une mauvaise décision.

A présent, M. Borissov peut accuser tout le monde : de trahison de la Bulgarie ; d’avoir voté pour les anciens communistes ; de se rapprocher de la Russie ; de ne pas avoir voté pour Mme Tsatcheva ou même d’avoir fait le choix excentrique de cocher la case « je ne soutiens personne ». « Mais regardez bien les chiffres, M. Borissov. C’est vous qui leur avez offert cette victoire », lui répond par avance ClubZ. (Standart, ClubZ, dw.com)

L’entretien

Montupet, un investisseur étranger au pied du mur

Jeudi dernier, dans une interview sur la télévision nationale (BNT), la ministre de l’environnement et de l’eau, Ivelina Vassileva, a abordé, entre les sujets de politique intérieure, scrutin présidentiel, fonds européens et nouvelles initiatives de son ministère, le thème de la fermeture d’un des ateliers de fabrication de Montupet à Roussé. L’équipementier automobile, qui fournit des pièces de fonderie aux grands constructeurs, est passé récemment sous pavillon canadien. Son site à Roussé, assurant plus de mille emplois, fait régulièrement l’objet de contrôles de la part des autorités locales qui l’accusent de polluer la ville. Ce que la direction de l’entreprise a énergiquement nié à un grand renfort de comptes rendus d’expertises (voir notre revue du 7 octobre dernier).

Le « problème à Roussé » est en voie d’être réglé, a assuré Mme Vassileva. Après de nombreux contrôles et grâce aux efforts conjoints des services publics (inspections régionales de l’environnement et de la santé, gouverneur régional), ce problème a été identifié. En septembre dernier le site de Montupet, après avoir rejeté dans l’atmosphère des émissions de gaz ne figurant pas dans son permis d’exploitation, a été sanctionné de la plus lourde amende en Bulgarie, d’un montant de 500 000 leva. Le 8 novembre, un nouveau signalement d’odeur de bakélite, envoyé par un habitant de la ville, a conduit à de nouveaux contrôles au terme desquels les services d’inspection ont établi une « non-conformité à la loi ». Voilà pourquoi, guidées par leur ferme conviction de ne tolérer aucune infraction à la législation en matière d’environnement, les autorités ont pris la décision de fermer l’atelier 3 de l’usine. Le processus de fabrication y sera suspendu jusqu’à ce que Montupet se mette en conformité avec les normes environnementales, a précisé la ministre.

Soulignant une nouvelle fois l’engagement ferme de son équipe et d’elle-même à lutter contre les infractions à la législation environnementale, Mme Vassileva a cité « d’autres cas où nous n’avons pas hésité » à sanctionner les pollueurs : Lukoil pour avoir pollué les eaux du lac Vaya, une lagune près de Bourgas (une sanction de 100 000 leva), et l’opérateur d’une centrale hydroélectrique près du village de Botounia (retrait de la licence d’exploitation et amende de 500 000 leva).

De surcroît, selon la chaîne de télévision Kanal 3, Montupet est tenu d’assurer la possibilité technique de fermeture de l’atelier 3, d’ici le 16 novembre, et de mettre en place, d’ici le 25 novembre, une séparation compacte entre les ateliers 2 et 3. (http://imedia.bnt.bg/predavanyia/oshte-ot-denya/upravlenski-kazusi-i-resheniya-ministar-ivelina-vasileva, http://kanal3.bg/news/42526-Ekoinspektori-ot-Ruse-s-ustno-predupredzdenie-kam-%20Montyupe)

Rubrique France

Standart consacre une page entière à des extraits du dernier livre de Sylvie Vartan, « Maman… » (publié en bulgare aux éditions Colibri), que la chanteuse française d’origine bulgare viendra présenter à Sofia le 22 novembre prochain.

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 15/11/2016

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