Mardi 19 juillet

Le refoulé

Après des propos sur le coup d’Etat en Turquie prêtant à la controverse, oral de rattrapage pour l’ambassadeur turc à Sofia

« L’ambassadeur Gökçe : Les arrestations des magistrats ont été programmées et le putsch visait à les déjouer », titrent 24 tchassa et Standart et citent les propos tenus par Süleyman Gökçe, ambassadeur de Turquie en Bulgarie, dans une interview accordée hier à la chaîne Nova (« Une préparation relative à l’arrestation de ces juges et procureurs étaient déjà en cours. Pourquoi cette tentative de coup d’Etat a-t-elle eu lieu ce jour-là ? Eh bien, c’est parce qu’ils voulaient faire échouer cette préparation ») en réponse à la question visant à savoir si, à l’issue de l’échec de la tentative de coup d’Etat, Erdoğan ne règle pas ses comptes avec ses adversaires conformément à une liste préétablie.

Sega résume les propos de l’ambassadeur : « Un coup d’Etat se prépare pendant des années mais c’est en réponse à une enquête d’Etat menée depuis longtemps contre les magistrats que l’armée a été activée vendredi. Ces magistrats font partie de l’organisation terroriste dirigée par Fethullah Gülen et à laquelle adhère une petite partie des généraux turcs. Ce n’est pas la première fois que cette organisation tente de s’emparer de l’Etat ».

Ce matin dans une « interview de rattrapage » (selon le titre de l’article sur le site epicenter.bg) à la BNT, M. Gökçe a déclaré en anglais avoir été « mal traduit du turc ou mal compris » lors de son interview à Nova, lundi matin. Il a repris : « en effet, les interrogatoires pendant les 24-48 heures qui ont suivi le putsch ont permis de tout démêler et de procéder aux arrestations. Le ministre des finances est impliqué, une partie du système judiciaire et de l’administration est impliquée aussi. C’était une tentative contre l’ordre constitutionnel et ils étaient préparés à mettre la main sur l’Etat ».

Dans cette deuxième interview, l’ambassadeur turc a expliqué que l’organisation du prédicateur islamiste Fethullah Gülen, active ces 40 dernières années en Turquie, a pu former une ou deux générations d’adeptes qui tentent d’être représentés à tous les niveaux de l’Etat, afin de bénéficier d’une sécurité qui va au-delà de l’ordre constitutionnel. Cette organisation forme également des adeptes dans des écoles en Bulgarie et à l’étranger. Il a dit savoir que parmi les milieux universitaires et politiques en Bulgarie, il y avait des gens dont il se gardait de mentionner les noms qui seraient non seulement malheureux de l’échec du coup d’Etat mais « avaient des idées instigatrices et manipulatrices ».

Dans les deux interviews, l’ambassadeur Gökçe a nié l’hypothèse selon laquelle le putsch serait organisé par Erdoğan. « Il serait sauvage de considérer que quelqu’un peut tuer son peuple », a-t-il souligné en précisant que les analystes en Bulgarie formulant de pareilles hypothèses ne disposent pas de suffisamment d’informations comme par exemple le fait que les effectifs des forces armées turques sont au nombre de 650 000 dont quelques milliers seulement ont participé au coup d’Etat. De même, seuls 60 des 400 généraux et amiraux sont impliqués, selon M. Gökçe.

Le nombre de putschistes arrêté ne correspond qu’à un cinquième des personnes liées à la tentative de coup d’Etat, a lâché l’ambassadeur en refusant de préciser si le nombre d’arrestations risquait d’être prochainement multiplié par cinq. « Ce ne sont pas les chiffres qui sont importants mais ce qu’il y a derrière », a-t-il avancé.

Il a écarté la possibilité qu’il y ait une deuxième tentative de coup d’état « bien qu’il y ait des personnes qui manquent de certaines structures en Turquie », comme il l’avait appris des médias. Ce serait le cas d’un « escadron spécial dont la tâche serait de tuer le président » et de certaines unités armées.

Enfin, l’ambassadeur a remercié les autorités bulgares et a assuré que la Bulgarie ne devait avoir aucune inquiétude. « Qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil en Turquie, ça évoque toujours les réfugiés », a-t-il conclu. (24 tchassa, Standart, Sega, bnt.bg, nova.bg, mediapool.bg, epicenter.bg)

La tension

La Serbie hausse le ton à propos des migrants clandestins entrant sur son territoire par la Bulgarie

« La Serbie envoie son armée contre les réfugiés [qui passent] par la Bulgarie » ; « La Serbie déploie son armée à notre frontière » titrent leurs unes Sega et Troud. Mediapool ajoute : « Tension entre la Serbie et la Bulgarie à cause de la protection de la frontière ».

Sega précise que depuis quelques jours, Belgrade accuse les autorités bulgares de laisser passer les migrants par leur frontière en soulignant que 80% des gens qui ont traversé la frontière bulgaro-serbe seraient des Pakistanais et des Afghans, c’est-à-dire des gens qui n’ont pas droit à la protection.

Dimanche dernier le gouvernement serbe a pris la décision de renforcer la protection de ses frontières par des patrouilles conjointes de la police et de l’armée et a déclaré l’activation « du plus strict contrôle » possible de ses frontières avec la Bulgarie et la Macédoine, ajoute Mediapool. Le site en ligne cite Aleksandar Vulin, ministre du travail et de la politique sociale, selon lequel « on observe un Etat-membre de l’UE, la Bulgarie, qui tient ses frontières complètement ouvertes et n’[exerce] aucun contrôle sur le mouvement des migrants. En même temps, l’Autriche et la Hongrie ont complétement fermé leur frontière. La Serbie n’attendra pas avec les bras croisés entre [ces pays] ».

La Serbie « n’a pas de raison de s’inquiéter du côté de la sécurité », a commenté le chef de la police bulgare Gueorgui Kostov. Il n’y a pas de changement de la situation migratoire en Bulgarie dans le contexte de la situation en Turquie, a ajouté M. Kostov. Le ministre de la défense Nikolaï Nentchev a de son côté commenté les mesures prises par le gouvernement serbe comme étant une préparation pour une hausse de la pression migratoire via la Grèce.

Cependant, les médias rappellent que seul un nombre très limité des migrants qui traversent les frontières bulgares reste dans le pays. En 2015, 21 000 personnes sont entrées en Bulgarie. Presque tous en sont repartis. Tous les candidats au statut de réfugiés reconnaissent qu’ils ne veulent pas rester dans le pays et que leur but est de rejoindre les pays de l’Europe occidentale, commente Sega. 11 000 personnes ont été arrêtées l’année dernière à la frontière avec la Serbie, en sortant de la Bulgarie. Elles ont cependant trouvé une possibilité de s’enfuir puisqu’elles ne sont pas en Bulgarie, commente le journal qui tire argument de ce qu’en janvier 2016, il y avait moins de 1 000 personnes dans les centres bulgares de réfugiés.

La semaine dernière, entre 50 et 300 migrants entrés par la Bulgarie arrivaient chaque jour à Belgrade, selon l’ONG serbe Info Park qui assure des repas pour des migrants en Serbie qui ne sont pas enregistrés auprès des autorités officielles. L’information est citée par Dnevnik. Sega cite de son côté un reportage d’investigation d’une télévision serbe, selon lequel chaque jour 300 personnes entrent en Serbie en provenance de la Bulgarie et 100 en provenance de l’ARYM. (tous journaux)

L’entretien

Tsvetlin Yovtchev : Si nous renonçons à nos valeurs, cela signifiera que Daech a gagné

Dans son numéro d’aujourd’hui, Troud fait place à une interview avec Tsvetlin Yovtchev. Après une longue carrière dans le contre-espionnage, il devient en août 2009 président de l’Agence d’Etat de la sécurité nationale (DANS). En février 2011, il démissionne de ce poste à la suite d’un scandale d’écoutes téléphoniques impliquant le président de la République d’alors, Gueorgui Parvanov, le premier ministre Borissov, le chef des douanes V. Tanov et un homme d’affaires pour devenir conseiller de M. Borissov et, à partir d’octobre 2011, chef de cabinet du président de la République nouvellement élu, Rossen Plevneliev. Début avril 2013, il démissionne de ses fonctions en avançant pour toute explication des « projets personnels non liés à la politique ». Fin mai, après les élections législatives anticipées du 12 mai 2013, il est élu vice-premier ministre et ministre de l’intérieur dans le cabinet de Plamen Orecharski. Actuellement, M. Yovtchev occupe le poste de secrétaire scientifique de l’Université de bibliothéconomie à Sofia où il enseigne également la sécurité nationale. Dans l’entretien accordé à Ana Zarkova, il aborde des sujets brûlants de l’actualité internationale, comme la tentative de coup d’Etat en Turquie, les attentats revendiqués par Daech, la riposte à la terreur, etc.

Le monde est-il devenu fou dans sa hâte d’exprimer son soutien au président Erdoğan ? Non, avance M. Yovtchev, il n’y a rien de catégorique dans ce soutien. D’un côté, les leaders mondiaux ont montré qu’il était inconcevable pour le monde démocratique qu’un régime qui négocie son adhésion à l’UE et qui est membre de l’OTAN soit renversé par un putsch. De l’autre, ils ont exprimé leur préoccupation de ce qui se passe en Turquie et du respect des droits de l’homme. Dans le même temps, la Turquie, qui possède l’une des plus puissantes armées au sein de l’OTAN, a démontré à maintes occasions qu’elle peut provoquer des crises de réfugiés en influant sur les flux migratoires sur son territoire. Il est évident que ces deux facteurs ont influencé par exemple les propos de la chancelière Merkel.

Face au terrorisme, est-il suffisant pour le monde civilisé de clamer qu’il n’a pas peur ? On est confronté à un problème très sérieux et on ne se rend pas encore compte de sa véritable ampleur, souligne M. Yovtchev. La guerre ouverte par Daech est une « guerre d’information visant à influer, par des opérations psychologiques, des moyens de renseignement, des cyber-attaques, sur la façon dont nous nous percevons afin de nous faire prendre des mesures incorrectes ou commettre des actes erronés ». Mais aussi une guerre hybride qui combine les armes conventionnelles avec des pratiques non conventionnelles, telles que kamikazes et actes criminels. Il existe au sein de Daech tout un appareil de propagande, sa guerre d’information est mieux organisée que celle d’Al Qaïda. Les actes terroristes ne sont pas une fin en soi, mais des outils de guerre. Bien que le nombre de ceux qui ont trouvé la mort à Nice soit comparable à celui des victimes de la route, le choc reste incomparable. Semer la peur et la terreur, c’est cela l’objectif de Daech, non les victimes humaines. « Le but, c’est de changer notre mentalité et les relations au sein de notre société. Si nous réagissons par des moyens conventionnels – la force, la restriction des droits et des libertés des citoyens de toute religion – nous faciliterons la tâche de Daech d’inculquer aux minorités l’idée que les sociétés occidentales sont injustes à leur égard ».

Il est inadéquat d’appeler l’OTAN à intervenir contre une force qui n’a ni territoire, ni effectifs. « Les combattants de cette armée sont parmi nous… Daech mène la guerre au niveau de la conscience des gens et son arme, c’est l’idéologie. ». La bonne réaction, selon M. Yovtchev, c’est d’essayer de résoudre les problèmes auxquels nos sociétés font face : la désintégration des communautés musulmanes, l’important flux migratoire et les échanges insuffisants entre les services de sécurité des différents pays. On peut agir sur chacun de ces trois problèmes et essayer de trouver des solutions, assure-t-il.

La Bulgarie est-elle prête à riposter à la terreur ? « Il y aura un acte terroriste en Bulgarie, mais pas dans les prochains mois, ni dans les prochaines années », estime M. Yovtchev. C’est la France qui est visée aujourd’hui et sa politique n’y est pour rien. La raison, c’est qu’en France, comme en Belgique, il existe des communautés de migrants qui n’ont pas été intégrées. Il y a des conditions qui favorisent la radicalisation au sein de ces communautés et l’Etat n’est même pas au courant de ce qui s’y passe.

Dans ces conditions, il n’y a que trois moyens pour assurer la sécurité de la Bulgarie. D’abord, créer une force dissuasive : hors de portée pour le moment, vu le PIB du pays. Ensuite, aspirer à la neutralité entre les parties ennemies, à la manière de la Suisse : impossible également pour la Bulgarie. Il ne reste que la troisième voie, faire partie d’une alliance qui ne peut être que l’OTAN.

Selon M. Yovtchev, la Bulgarie dispose de bons experts mais dont les savoirs et le savoir-faire sont obsolètes. Le policier dans la rue n’est pas formé pour identifier une personne qui s’apprête à commettre un acte terroriste, ni pour déjouer un tel acte. Il manque des moyens techniques et de l’encadrement juridique pour lutter efficacement contre le terrorisme. Une loi antiterroriste est indispensable, mais elle doit bien préciser les compétences, les missions, les structures et leur interaction puisque l’amateurisme et les improvisations dans la lutte contre le terrorisme sont dangereux et inadmissibles. D’autre part, l’absence d’une règlementation stricte engendre des craintes de violation des droits de l’homme. Donc, avant qu’une telle loi soit votée, elle doit être bien pensée. « Si nous renonçons à nos droits et à nos libertés, si nous commençons à empiéter sur les droits des autres, si nous tournons le dos aux valeurs de la démocratie occidentale, cela signifiera que nous avons perdu la guerre. Et que Daech a gagné », conclut-il. (Troud)

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Dernière modification : 19/07/2016

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