Mardi 20 décembre

L’entretien

Boriana Dimitrova : il n’y a pas de chance qu’un nouveau gouvernement émane de cette législature

Boriana Dimitrova de l’institut de sondage Alpha Research exprime, dans une interview dans les colonnes de Standard, son scepticisme sur les chances de cette législature de former un gouvernement ou d’introduire le scrutin majoritaire dans le code électoral.

« A la différence de tout ce que j’entends, je pense que nous n’aurons pas de gouvernement dans le cadre de cette législature et qu’on aboutira à la formation d’un gouvernement intérimaire », indique d’emblée Mme Dimitrova. La démarche « agonisante » que les partis sont en train d’appliquer ne mènera à rien au vu des profondes contradictions opposant le GERB et le Bloc réformateur ou ce dernier et le Front patriotique. Par conséquent, il sera extrêmement difficile, voire impossible d’aboutir à une construction capable de tenir en place au moins quelques mois. Malgré les déclarations politiques, cet exercice de négociation apparaît plutôt comme une mise au clair des positions dans la perspective des prochaines élections législatives que comme une tentative réelle de former un gouvernement. Et si, malgré tout, les efforts du GERB et du BR aboutissaient à la formation d’un cabinet, celui-ci resterait éphémère en raison des antagonismes qui les séparent et qu’aucune de ces forces n’est prête à avaler.

Quoiqu’il en soit, la durée d’un tel gouvernement serait trop courte pour qu’on puisse s’attendre, par exemple, à des modifications majeures du code électoral. Le GERB, le BR et le Front patriotique, ont des visions trop opposées sur la réforme du mode de scrutin et cela est justement la pierre d’achoppement qui empêche les différents partis de s’entendre.

Le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours porte des risques importants pour trois raisons, estime Mme Dimitrova. D’abord, les circonscriptions sont trop étroites. Alors qu’en France une circonscription compte 100 000 personnes environ, en Bulgarie elle n’en comptera que 28 000. Et si l’on prend en compte les pratiques répandues d’achat de voix, on peut craindre qu’un député puisse être élu avec un petit nombre de voix achetées. Ensuite, il existe en Bulgarie des circonscriptions à plusieurs composantes ethniques, avec le risque de voir dans une région un élu qui ne soit pas soutenu par tous les groupes. Enfin, dans le contexte d’une défiance envers les élites politiques, l’évaluation selon laquelle le scrutin majoritaire favorisera les grands partis peut s’avérer fausse. Il est probable que le parlement se remplira de personnalités derrière lesquelles se tiendront des cercles oligarchiques. Le virage net vers un mode de scrutin majoritaire de ce type ne résoudra nullement les grands maux dont souffre le pays. Un élément majoritaire oui, mais pas cette option excessive, conclut l’experte. (Standart)

Le gaspillage

Le livre noir : quinze exemples de gaspillages de fonds publics

Le déficit budgétaire de la Bulgarie a atteint en six ans (2009-2015) 12 Mds de leva et cette tendance à la hausse se poursuivra pendant les années à venir. C’est pourquoi il est important de sensibiliser l’opinion publique à la façon avec laquelle les gouvernants dépensent les fonds publics, et comment ils gaspillent et provoquent des déficits chroniques pensant sur l’avenir et le niveau de vie des Bulgares. Sous prétexte de bonnes intentions (moderniser, rénover, construire des autoroutes ou des salles de sports, créer des emplois), des montants exorbitants sont gaspillés sans que les résultats attendus ne soient atteints. Ces propos sont tirés du texte introductif de la deuxième édition du Livre noir du gaspillage gouvernemental, réalisé par une équipe de journalistes avec le soutien de la Fondation Friedrich Naumann.

Inspiré par l’édition annuelle du Livre noir en Allemagne, le Livre noir bulgare présente 15 cas représentatifs d’une multitude de projets absurdes ayant fait perdre beaucoup d’argent à la collectivité. L’objectif consiste à démonter la négligence ou la corruption à l’origine des dépenses inefficaces de fonds publics nationaux ou européens.

Certains sont symboliques, comme la rénovation de l’espace autour du Palais national de la culture (plus de 16 millions de leva ont été versé aux sociétés Vodstroï-98 et SK-13 Patstroï pour des espaces verts ou des trottoirs inondées en permanence à cause d’une mauvaise conception) et le vélodrome à Plovdiv (réalisé par une société proche du maire pour le prix de 60 millions de leva et utilisé moins de 14 fois pendant les deux dernières années).

D’autres sont de grande échelle, comme l’entretien et la modernisation du réseau ferroviaire qui a coûté 854,76 M de leva pour la période 2007-2015. Cependant, aucune rénovation et aucun nouveau chemin n’ont été réalisés et les trains sont de plus en plus lents. L’infrastructure routière bon marché n’est qu’un mythe : la construction du tunnel dans la gorge de Kresna au Sud de la Bulgarie (67,5 M€/km) a été 14 fois plus chère que celle du tunnel de Lærdal en Norvège (4,9 M€/km).

Plus de 2,7 M de leva ont été dépensés pour leur communication par dix communes bulgares, dont les cinq plus grandes, de façon à acheter de l’influence au sein des médias, selon les investigations du site dnevnik.bg.

Enfin, des marchés publics aux critères desquels ne correspondent que des voitures de plus de 100 000 leva permettent aux hommes d’Etat de s’acheter des jouets de luxe.

Bien que différents, les dossiers présentés traitent tous du gaspillage et de l’abus de fonds publics en vue d’un enrichissement personnel. Financés dans la plupart des cas sur fonds européens, les investissements publics sont devenus le vecteur par lequel cette ressource étrangère est gaspillée et détournée. En outre, ces fonds sont aussi utilisés dans la relation entre l’Etat et son contre-pouvoir, les médias, de façon nuisible à l’intérêt public. Les effets de telles pratiques sont loin d’être seulement économiques et reflètent la mauvaise santé de la démocratie en Bulgarie pendant ces dernières années.

L’objectif de ce Livre noir est éducatif et vise à changer la mentalité et la perception des institutions publiques et du rôle de l’Etat dans notre quotidien. Il a pour vocation de susciter un esprit critique sur cette question du gaspillage, car en dehors des fonds publics celui-ci concerne également les règles et les normes, conclut Petar Ganev de l’Institut de l’économie de marché, auteur du texte introductif du Livre noir. (Capital, dnevnik.bg, ClubZ)

L’analyse

Vladimir Tchoukov : Une quatrième vague d’Al-Qaïda est en train de se former à 1 100 km de la Bulgarie

Dans une analyse pour Foreign insider, reprise par 24 tchassa, Vladimir Tchoukov réfléchit sur les conséquences de la défaite de la rébellion armée à Alep.

Selon l’arabisant, elle mènera à un regroupement et à une radicalisation de celle-ci. La défaite approfondira le processus de marginalisation politique de l’opposition et affaiblira de plus en plus le poids des « acteurs politiques modérés ». Une grande partie de ceux-ci s’orientent à présent « vers un salafisme militant, tandis que les autres, sous l’influence turque, s’ouvrent à l’idéologie des Frères musulmans », commente M. Tchoukov. Il cite des experts arabes, selon lesquels ces processus vont stimuler la formation d’une quatrième génération d’Al-Qaïda.

L’arabisant rappelle que les tentatives d’unification de l’opposition datent depuis 2011. Fatah Al-Sham (ancienne Al-Nusra), considérée comme étant l’organisation la plus influente, a annoncé il y a deux jours ses plans de création d’une institution islamiste unie, sorte d’Etat en création, sensé regrouper les principales milices en Syrie, souligne l’expert. Idlib, qui depuis un certain temps est devenu « le bastion du sunnisme radical en Syrie », sera sans doute le centre de cette organisation, estime-t-il. Les plans de Fatah Al-Sham sont de rassembler 100 mille combattants, basés principalement à Idlib et de suivre les tactiques les talibans en Afghanistan. L’idée serait que cette milice unie représente « une véritable réplique d’Al-Qaïda telle qu’elle a été connue dans le passé », analyse M. Tchoukov.

Ce développement impose une position très active et exige l’intervention de l’UE afin de trouver une formule politique de stabilité, commente l’arabisant. Il considère également que la Bulgarie devrait être très étroitement impliquée car elle est géopolitiquement fortement liée à la Turquie et à la Syrie. Il ne faut pas oublier également que seulement 1 100 km séparent le pays de tous ces évènements, prévient l’arabisant. (24 tchassa)

Rubrique France

La presse bulgare rend compte de la condamnation pour négligence de Christine Lagarde par la Cour de justice de la République.

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Dernière modification : 20/12/2016

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