Mardi 20 octobre

La migration

Un dysfonctionnement qui pourrait expliquer l’homicide à Sredets : le ministère de l’intérieur n’est pas en mesure de financer l’entretien du système intégré de surveillance

Après la mort près de Sredets d’un migrant afghan tué par un policier la semaine dernière (voir nos revues du 16 et du 19 octobre), la presse continue de s’intéresser à la gestion de la frontière par l’Etat bulgare.

Pendant les neuf premiers mois de l’année, 21 743 étrangers sont entrés clandestinement sur le territoire de la Bulgarie et ont été arrêtés par la police. Se référant à des statistiques du ministère de l’intérieur, Sega précise que plus de 7 000 d’entre eux n’ont été interpellés qu’à l’intérieur du pays, ce qui signifie qu’ils avaient franchi sans problème la frontière. Malgré le mur de barbelés de 30 km, 5 348 clandestins ont été arrêtés sur la « frontière verte ». La police compte également au nombre des migrants clandestins les 2 513 personnes qui se sont présentées aux postes-frontières pour demander l’asile. En ce qui concerne la nationalité des clandestins, les Syriens (53,5%) continuent à prédominer, suivis par les ressortissants iraquiens (23,1%) et afghans (18,4%).

Le ministère de l’intérieur estime que les entrées illégales ne sont pas dues à des défaillances techniques et qu’il n’y a pas de problèmes au niveau de la protection de la frontière. Toutefois, le groupe illégal de 54 Afghans, dont un avait été tué par hasard, avait pénétré sur le territoire bulgare du fait d’une « défaillance dans le système intégré de protection de la frontière », selon l’expression employée par le secrétaire général du ministère, Gueorgui Kostov.

D’après des sources de Sega, il est très probable qu’au moment de l’incident, ce système ait été partiellement débranché sur instruction du ministère de l’intérieur. Depuis sa mise en place, le dispositif de surveillance accumule quotidiennement des impayés envers le fournisseur d’électricité EVN. Le montant de la dette serait actuellement de l’ordre d’un million de leva. Bien qu’EVN affirme qu’il ne s’est jamais permis de couper l’alimentation en électricité de la frontière pour faire pression sur le ministère, des agents de la police déclarent qu’il y a eu des cas de débranchement du dispositif. Cette version des faits, qui pour l’instant n’a pas été officiellement démentie par le ministère, a été également soutenue par le député Atanas Merdjanov (PSB) qui a annoncé sur la radio nationale (BNR) que le système de surveillance n’avait pas fonctionné le jour de l’incident, pour cause de charges impayées.

Le dispositif de protection intégrée de la frontière a été conçu et réalisé par la société espagnole Indra Sistemas. Mis en place en deux étapes (du poste-frontière de Kapitan Andreevo à celui de Lessovo et de Lessovo à Tsarevo), il intègre des caméras de vision nocturne, des capteurs sismiques, des stations de contrôle, quatre centres locaux de coordination, des postes mobiles, un réseau de faisceaux hertziens, un réseau WiMax, etc.

Il présente toutefois un point faible : il s’agit d’un système particulièrement énergivore en raison de la puissance réactive non consommée, mais néanmoins facturée par EVN. Selon Filip Gounev, vice-ministre de l’intérieur cité par Offnews, le ministère n’a pas de budget pour entretenir ce dispositif. Jusqu’à présent, les charges ont été couvertes par des financements européens et jamais par l’Etat bulgare. A quatre reprises, le ministère avait proposé au ministère des finances un plan de règlement de la pression migratoire, mais celui-ci avait à chaque fois refusé de le valider et de débourser les fonds nécessaires. Selon le site Offnews, le gouvernement a déjà autorisé le ministère de l’intérieur à électrifier des villages dépeuplés le long de la frontière et une partie du dispositif de surveillance dans l’idée de faire baisser les factures en augmentant le nombre des consommateurs. (Sega, offnews.bg)

Le retour

Le « plan d’action commun », une victoire personnelle pour Erdoğan

La presse bulgare revient sur les relations entre la Turquie et l’UE dans le contexte de la crise migratoire et de la campagne électorale en Turquie

A deux semaines des élections législatives extraordinaires en Turquie, le président de la République turque Erdoğan a très habilement saisi l’occasion de la situation embarrassante dans laquelle se trouve l’Europe pour jouer sa carte. Les négociations menées depuis des années entre le gouvernement d’Erdoğan et Bruxelles sont sur le point d’aboutir. Et d’emblée « le plan d’action commun » conclu avec la Commission européenne lors du sommet européen du 15 octobre dernier a de tout le soutien de la chancelière allemande Merkel qui s’est rendue à Ankara trois jours après le sommet « afin de dresser un calendrier plus précis de la mise en œuvre du projet de plan d’action commun ».

Selon cet accord préalable, la Turquie, principal pays de provenance des 600 000 réfugiés entrés dans l’UE par la mer depuis le début de l’année, s’engagera à prendre des mesures supplémentaires pour retenir sur son territoire les réfugiés en renforçant ses frontières. Pour ce faire, le président Recep Tayyip Erdoğan a demandé une aide financière de trois milliards de leva, l’exemption de visa des 78 millions de Turcs et la réouverture de cinq chapitres des négociations en vue de l’adhésion de la Turquie à l’UE. M. Erdoğan s’attend également à ce que la Turquie participe à des sommets européens ou à ce qu’il soit invité à intervenir aux Conseils européens.
Capital reste sceptique quant à l’aboutissement de cet accord qui doit permettre de diminuer les flux migratoires vers l’Europe et la pression à la frontière bulgaro-tuque : il existe des inconnues dont on doit tenir compte. Par exemple le plan s’engage à « accélérer le processus de levée des visas » mais les exigences politiques et techniques à l’égard de la Turquie restent les mêmes ; les trois milliards promis à la Turquie ne reposent pas non plus sur un engagement précis de la part de l’Europe ; enfin, Chypre maintient son opposition à l’établissement d’un lien entre un accord relatif à la crise migratoire et l’accélération des négociations [gelées] sur l’adhésion de la Turquie à l’UE. Selon cet hebdomadaire, « la seule chose qui est sûre, c’est qu’Erdoğan a su bénéficier d’une révérence importante de l’UE, et personnellement de la part de Mme Merkel, à la veille d’élections qui sont cruciales pour lui ».

Selon Rouslan Yordanov de Standart, les négociations dominicales entre la chancelière allemande et le chef du gouvernement turc ont témoigné « du retour d’Ankara vers son nouvel ancien partenaire qu’est l’Europe ». Cette rencontre a également apporté la preuve que « l’UE a besoin plus que jamais de la politique turque à l’égard des réfugiés et en est fortement dépendante ». Le projet de plan d’action commun a suscité beaucoup de polémiques au niveau européen : Mme Merkel a été accusée par l’opposition allemande d’avoir légitimé par sa visite un souverain autoritaire controversé. Cependant, la vague migratoire qui étouffe l’Europe rend sa mise en œuvre indispensable et urgente. Bruxelles se rend de plus en plus compte que la Turquie dispose des cartes les plus fortes pour trouver une solution à la crise des réfugiés. C’est pourquoi la stabilité de ce voisin de la Bulgarie devient prioritaire pour l’Europe. Les gouvernants européens sont prêts à beaucoup de concessions et à verser de l’argent afin que, sous une forme ou autre, les immigrés clandestins soient accueillis par la Turquie et que les autorités turques s’attaquent aux réseaux de trafic d’êtres humains. (Capital, Standart)

La façade

Elections municipales : un train peut en cacher un autre

A quelques jours des élections municipales, Sega donne tribune au politologue Antonii Todorov qui décortique les enjeux d’un scrutin qui se vide de plus en plus de son sens initial.

Si vous demandez à l’homme de la rue si quelque chose d’important se passe en ce moment dans le pays, il serait étonnant qu’il vous réponde : oui, il y a la campagne électorale. Une campagne qui ne semble intéresser que les candidats locaux, leurs états-majors et les centrales des partis politiques au niveau national. Et aussi, évidemment, les antennes locales des groupes économiques qui contrôlent la politique. Tous les autres, notamment les citoyens et les médias, ne sont que le public d’un spectacle qui, dans d’autres circonstances, aurait dû être l’émanation du gouvernement démocratique.

La façade du pluralisme reste intacte : plus de 1 600 candidats sont en lice pour les postes de maire dans les 265 communes, soit un peu plus de 6 candidats par commune, sans compter les postulants pour les petites mairies de villages de moins de 100 habitants. Mais la bataille n’est pas politique, il n’y a pas de projets, ni de programmes politiques. La lutte qu’on se livre est pour le contrôle des ressources locales et l’accès aux fonds européens. Dans les petites communes, il y a un autre enjeu également : la poignée de postes de travail relevant de l’autorité du maire. Dépourvues de leur sens politique et rabaissées au niveau d’une concurrence économique, les élections locales ont perdu tout attrait aux yeux des électeurs. Il n’y a pas plus d’enjeu particulier que quand on choisit quelle pâte dentifrice il faut acheter.

Autre élément de la façade : les partis politiques participant au scrutin. En réalité, il s’agit depuis longtemps déjà d’entités économiques bien rodées. Un grand nombre des maires brigue un mandat pour la deuxième, troisième, quatrième, cinquième fois, changeant allègrement la configuration politique qui les soutient. Celui qui était jadis du PSB se présente aujourd’hui sous l’étiquette GERB. A tel point qu’on peut se demander : à quoi bon avoir des partis ?

Des coalitions bizarres se sont formées entre des partis qui, au niveau national, ne peuvent se souffrir même en peinture. A quoi bon avoir des partis qui ont des comportements diamétralement opposés au niveau national et local ?

Il semble évident que ce scrutin va approfondir encore plus les contradictions au sein des formations politiques. A Plovdiv, les sympathisants du GERB auront à hésiter entre deux candidatures : celle du maire actuel, soutenu par la direction nationale du parti et une autre, soutenue par l’ORIM et le GERB local.

Dans nombre de communes, le GERB et le Bloc réformateur, qui forment l’échine du gouvernement actuel, se présenteront comme rivaux. A cet égard, la bataille à Varna sera particulièrement instructive. Est-ce que les deux forces se sont déjà mises d’accord de s’aider au deuxième tour ? Et si ce tour est entre leurs deux candidats ? La situation est similaire à Sofia et à Pernik.

Les sympathisants du PSB se retrouveront eux aussi devant un affreux dilemme : quel candidat choisir parmi plusieurs candidats de gauche ? Telle sera l’intrigue à Sofia, Varna, Targovichté et dans beaucoup d’autres communes. Sans parler des 114 candidats soutenus par ABC, dont la plupart sont d’anciens maires PSB.

Ces divisions sont la meilleure preuve que les étiquettes de parti sont le plus souvent fausses. Une façade habile pour cacher les opérations affairistes qui se déroulent derrière.

Les élections ont bien un enjeu, mais simplement il est ailleurs. Leur rôle est de consolider le développement politique de 2013-2014 et de préparer le terrain pour les élections présidentielles en 2016. Autrement dit, consolider l’hégémonie politique du GERB après les secousses subies par celui-ci durant les manifestations citoyennes en 2013 et lui permettre d’occuper durablement le centre-droit en limitant le rôle du BR, voire en le marginalisant. Ces mouvements supposent aussi l’élimination du PSB et son remplacement par le MDL à qui sera dévolu le rôle d’opposition principale. Mais cela signifie surtout marginaliser l’action civique et lui ôter son sens de correctif du gouvernement. C’est suivant cette matrice que se dérouleront les élections présidentielles : absence de concurrence sérieuse au centre-droit, marginalisation de la gauche, soutien stratégique de la part du MDL. A partir de là, le nom du nom du candidat au fauteuil présidentiel devient sans importance : Boïko Borissov ou quelqu’un sous la férule de Borissov ? (Sega)

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Dernière modification : 20/10/2015

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