Mardi 24 février

LA MENACE
LA BULGARIE, MAILLON FAIBLE DE L’EUROPE FACE AU TERRORISME DJIHADISTE

Le ministre de la défense, Nikolaï Nentchev, se référant aux informations des services de renseignement militaires, a affirmé que des djihadistes traversent la Bulgarie en route vers la Syrie et l’Irak. Cependant, il s’est dit davantage préoccupé par les adhérents de Daech qui rentrent en Europe par la Bulgarie. Selon le ministre, ceux-ci seraient plus dangereux à cause des formations aux techniques de combat acquises lors de leur séjour dans l’« Etat islamique ». L’une de leurs missions éventuelles consisterait à préparer des attentats dans des capitales européennes, a expliqué le ministre en soulignant la haute qualité des prévisions des renseignements militaires bulgares.
La semaine dernière, Mediapool, citant le journal turc le Hürriyet Daily News, avait rendu compte des avertissements du service national de renseignement turc MIT selon lesquels des djihadistes (de nationalité syrienne et palestinienne de 17 à 25 ans, entrés en Turquie en tant que réfugiés) tentaient de passer par la Bulgarie afin de gagner d’autres pays européens et d’y organiser des attaques terroristes. Hürriyet mettaient en garde également contre d’éventuelles attaques terroristes ciblant des missions diplomatiques (à Ankara et à Istanbul) de pays soutenant la coalition contre le djihad.
Dans ce contexte, la vice-première ministre Meglena Kouneva, participant la semaine dernière à une conférence ministérielle de lutte contre les combattants étrangers à Washington, avait appelé à ce que l’Assemblée nationale bulgare adopte d’ici mars les amendements au Code pénal afin de renforcer les peines encourues par les personnes liées à des organisations terroristes. Elle avait considéré que le degré élevé de la menace terroriste justifiait l’adoption de ces amendements.
Alors que l’Union européenne renforce les mesures de sécurité, les djihadistes potentiels se dirigent vers les postes frontières les plus vulnérables que sont l’aéroport d’Istanbul, la frontière bulgaro-turque et les ferrys entre la Turquie et Chypre-Nord, prévenait le Wall Street Journal dans un article dont la presse bulgare rendait compte hier en l’intitulant « La Bulgarie – un point vulnérable sur la route des djihadistes ».
Enfin dans un article intitulé « Intégration ou terrorisme », que 24 Tchassa publie aujourd’hui, l’auteur Gueorgui Anguelov soutient que le milieu le plus propice pour la propagation de l’islam en Bulgarie serait celui des Roms et non pas celui des réfugiés. Cette petite communauté rom (de 320 761 personnes selon le dernier recensement en 2011 ou de 800 000 personnes selon d’autres données) serait beaucoup plus marginalisée que les millions d’habitants d’origine asiatique ou nord-africaine appartenant à la communauté islamique dans les pays occidentaux. L’islam radical offrirait une alternative à ce déficit d’intégration. Des informations démontrant la présence de cette idéologie ont été révélées la semaine dernière dans le cadre du procès contre l’imam Ahmed Moussa, arrêté en novembre 2014 dans une opération contre les réseaux islamistes en Bulgarie (voir nos revues de presse des 25, 27 et 28 novembre 2014). Selon ces informations, Moussa et ses acolytes avaient aidé des étrangers à traverser la Bulgarie pour aller en Syrie.
Les enseignements tirés de la situation en Angleterre et en France ainsi que dans d’autres pays sont incontestables : si les sociétés ne se préoccupent pas de l’intégration des minorités marginalisées, l’idée de l’importance de la personnalité de ces gens leur sera inoculée par les leaders d’organisations islamistes et terroristes. (24 Tchassa, Troud, mediapool.bg, dnevnik.bg)

L’ENTRETIEN
LES AMBITIONS DE LA POLITIQUE ETRANGERE BULGARE EN MER NOIRE

La semaine dernière, le ministre des affaires étrangères Daniel Mitov a effectué une visite de travail de deux jours en Roumanie où il a procédé avec son homologue roumain Bogdan Aurescu à un échange de vues sur l’état des relations bilatérales, la coopération régionale et au sein de l’UE et l’actualité internationale. Dans une interview pour le site en ligne roumain Ziare, M. Mitov passe en revue les perspectives énergétiques pour la Bulgarie, le différend territorial avec la Roumanie en mer Noire et les risques pour la région de se voir impliquer dans un conflit militaire.
S’agissant de South Stream, M. Mitov relève que l’arrêt du projet est intervenu uniquement au niveau politique et qu’au niveau technique il se poursuit ; aucun accord n’ayant été signé, la société mixte créée en vue de sa mise en œuvre continue d’exister. « Evidemment, nous cherchons des alternatives susceptibles d’assurer l’avenir énergétique de l’UE. La Bulgarie cherche à crédibiliser l’idée de la création d’un dépôt de gaz naturel en mer Noire, près de Varna, là où devait se situer l’entrée du tuyau sur le territoire européen », indique le ministre. A partir de de ce terminal, le gaz sera envoyé vers le reste de l’Europe, y compris à travers le territoire de la Roumanie et d’autres pays. Quel que soit le sort de cette idée, souligne le ministre bulgare, le principe fondamental devrait être la diversification des sources et des trajets au sein de l’UE. La Bulgarie travaille actuellement sur la réalisation d’interconnexions avec la Grèce et la Roumanie pour se relier ensuite avec l’Europe centrale et occidentale.
Le ministre Mitov relève également que les prospections dans la mer Noire se poursuivent et que la Bulgarie espère bien y découvrir des gisements de gaz. Non seulement la Bulgarie et la Roumanie en profiteront, mais elles exporteront également du gaz.
En ce qui concerne la délimitation des espaces appartenant à la Bulgarie et à la Roumanie en mer Noire, M. Mitov souligne que les pourparlers se poursuivent et que cette question ne nuira pas à l’exploitation des gisements. « Nous sommes des alliés, des partenaires et nous devons trouver des solutions politiques », observe-t-il tout en se disant confiant dans un règlement prochain de cette question.
Interrogé sur la menace russe, M. Mitov déclare que la Bulgarie ne se sent pas menacée par la Russie. « La vérité est qu’il existe des conflits près de nos frontières – il s’agit non seulement du conflit en Ukraine, mais également de celui au Proche-Orient », indique le ministre. La Bulgarie est tenue de renforcer sa capacité défensive pour pouvoir faire face à tout imprévu. L’OTAN étant une alliance défensive, Sofia accueillera un centre de commandement dont la moitié du personnel sera recrutée parmi les militaires bulgares. « Je ne vois pas comment une telle structure pourrait constituer une menace pour qui que ce soit, mais la Bulgarie ne se prépare à partir en guerre contre personne, nous ne faisons que renforcer nos capacités de défense, comme la Roumanie d’ailleurs », déclare le ministre bulgare. Toutefois, souligne-t-il, la grande menace pour la sécurité de la région, c’est « le problème de Daech, les combattants étrangers, les jeunes musulmans qu’on dirait envoûtés par l’idéologie de Daech, prêts à détruire leur vie pour combattre au nom d’une organisation qui n’a rien à voir avec l’islam. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour faire face à la pression des réfugiés (sic), pour empêcher les combattants étrangers de retourner en Europe et d’y créer des cellules terroristes ou des noyaux durs de l’islam radical », conclut le ministre bulgare. (www.bta.bg, www.ziare.com)

LA MISE EN GARDE
TATIANA DONTCHEVA : « LE MAINTIEN DU CHEF DE LA DANS ET DU SECRETAIRE GENERAL DU MINISTERE DE L’INTERIEUR A LEURS POSTES MET EN PERIL BOIKO BORISSOV, AU SENS PHYSIQUE ET POLITIQUE DU TERME »

Dans un entretien accordé à 24 Tchassa, la fondatrice et présidente du Mouvement 21 (voir notre revue d’hier) aborde un vaste éventail de sujets brûlants de l’actualité politique.
Les adversaires en politique ne sont pas des ennemis, déclare Mme Dontcheva tout de go en réponse à une question sur l’apparition inattendue du premier ministre au congrès du Mouvement 21, dimanche dernier. « Avec Boïko Borissov, nous avons été de très grands adversaires politiques et nous le resterons, mais cela n’empêche pas que nos relations soient correctes et respectueuses », ajoute-t-elle.
Quant aux thèmes sur lesquels son parti serait prêt à soutenir le gouvernement, Mme Dontcheva indique, comme absolument obligatoires, ceux de la réforme judiciaire et des grands projets d’infrastructure. « La gauche et la droite ne sont pas des absolus et il ne faut pas les interpréter de la façon primitive dont on le fait maintenant », relève-t-elle.
Interrogée sur les cent premiers jours du gouvernement Borissov, Tatiana Dontcheva déplore l’absence d’actions sérieuses dans les différents secteurs. « Trop de conformisme, aucun désir de faire quoi que ce soit si ce n’est préserver le statu quo et l’équilibre, et le tout pour se préparer aux élections municipales et présidentielles en faisant d’innombrables combinaisons. Le ministre de la justice est laissé à lui-même et je ne vois pas de soutien politique de la part du GERB. La réforme des retraites a été lancée sans préparation, tout comme celle de la fusion entre l’administration des recettes et les douanes », souligne-t-elle.
« Avec ces gens-là, il ne peut pas y avoir de réforme judiciaire. La seule chose que le ministre pourra faire, ce sera d’introduire de petits changements administratifs demandés par les chefs de juridiction ». Mais comme il est impossible de réformer la justice sans toucher à la Constitution, le Mouvement 21 formera un groupe de travail qui aura pour tâche de proposer une refonte du chapitre de la Constitution consacré au système de la justice. Un changement radical s’impose, souligne Mme Dontcheva : extraire le Parquet du pouvoir judiciaire [pour le rattacher à l’exécutif], réorganiser le Conseil supérieur de la magistrature en le dotant de nouvelles compétences et d’une nouvelle structure, repenser ses relations avec le pouvoir exécutif, restructurer le Parquet et les services chargés de l’enquête. Dès que le projet sera prêt, le parti entamera des débats sous différents formats auxquels sera associé le ministère de la justice. « Il faut préparer la réforme judiciaire, c’est un impératif absolu parce que de la manière dont elle sera gérée dépendra toute la remise en ordre de l’Etat. Il faut également nommer des personnes compétentes et de bon aloi aux postes clés et leur déléguer la mission de faire régner l’ordre », indique l’ancienne procureure.
Concernant la polémique autour du départ éventuel de leur poste du président de la DANS Vladimir Pissantchev et du secrétaire général du ministère de l’intérieur Svetlozar Lazarov, Mme Dontcheva relève qu’il n’y a pas de motifs raisonnables susceptibles de motiver le maintien de ces personnes « totalement incompétentes et incapables de faire leur travail ordinaire ». « La seule explication possible, c’est que M. Borissov ne peut pas s’en séparer parce qu’il y a des gens qui ne le lui permettent pas. L’instinct du premier ministre lui suggère que le maintien [de MM. Pissantchev et Lazarov] le met lui-même en péril ». Le bon sens veut que M. Borissov agisse, sinon la DANS continuera d’être utilisée pour contrôler certains milieux, y compris le gouvernement.
Quant à l’affaire « les Vers », c’est une nouvelle preuve de l’échec total du système de sécurité. Qu’on veuille prétendre que c’est un « système électronique » qui aurait été mis sur écoute n’arrange rien. « On n’est pas des demeurés. Des informations relatives à des gens réels ont été recueillies. La méthode employée – écoutes téléphoniques, interception de courrier électronique, filature – est sans importance. Tout comme la cible – des protestataires ou des personnes qui intéressent le pouvoir. C’est le principe qui compte : il y a des personnes qui ne veulent pas respecter la loi. Et dès qu’ils ont les moyens techniques, ils sont prêts à écouter même le gouvernement », conclut la présidente du Mouvement 21. (24 Tchassa)

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Dernière modification : 24/02/2015

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