Mardi 24 novembre

Le sondage

Alpha Research : Les Bulgares ont de plus en plus confiance dans leur premier ministre mais se montrent réservés sur sa politique

L’institut Alpha Research a publié son sondage régulier, réalisé dans la période du 10 au 18 novembre après de 1 100 Bulgares dans le pays entier. La conclusion principale : pour le 15e mois consécutif, la confiance dans le premier ministre est en hausse. En novembre, elle a atteint pour la première fois ses niveaux de 2011 (le premier mandat du GERB et de son leader Boïko Borissov). La coalition au pouvoir ressort des élections municipales plus forte et avec une confiance en hausse. Ce phénomène profite d’abord au GERB.

L’action du gouvernement est perçue par les sondés à travers ses réalisations concrètes. A la question « dans quel secteur le gouvernement fait il les efforts de réforme les plus sérieux », le domaine des infrastructures arrive largement en tête (73% des réponses), tous les autres étant largement indifférenciés (seulement 16% pour la santé, deuxième secteur le plus cité, soit 57 points de moins). Cette perception caractérisait déjà le précédent gouvernement Borissov.

Certains ministres perdent des points aux yeux des sondés, surtout les ministres de l’éducation, de l’intérieur et du tourisme. Selon l’analyse de l’institut, cette différence dans l’image du premier ministre et du gouvernement est due surtout au fait que M. Borissov est plutôt apprécié en sa qualité de leader politique (par 38% des sondés) ; comme tel il n’a pas de concurrent en ce moment.

L’autre leader politique qui marque une hausse de confiance est Krassimir Karakatchanov (ORIM) avec 18,9% de confiance (contre 16,7% en juin). Les autres leaders des partis au pouvoir ont des résultats stables, sauf Radan Kanev (DSB/Bloc réformateur) qui recule de 13,3% à 11,8%.

Dans l’opposition, le leader du PSB Mihaïl Mikov enregistre une baisse de confiance pour le douxième mois consécutif (13,2%), Lutvi Mestan (MDL) garde des résultats stables (6,5%), tandis que Volen Siderov (Ataka) connaît une chute considérable : de 9,5% à 4,8%.

Après les élections municipales, le GERB et le Bloc réformateur sont désignés comme les partis ayant le plus de succès (de l’avis de 80% des sondés pour GERB et de 29% pour le Bloc réformateur). Le MDL, décrit avant les élections par plusieurs analystes comme le futur grand gagnant des élections, commence à perdre son auréole d’un parti fort, commente Alpha Research. Selon 48% des sondés, le parti perd de son influence et uniquement 8% des sondés pensent qu’il sort gagnant et plus fort de ces élections. ABC réussit à garder ses positions, tandis que les grands perdants, selon les sondés, son le PSB et Ataka. Le parti socialiste perd de son influence de l’avis de 77% des sondés, et le parti de Volen Siderov de l’avis de 80%.

A la suite des attaques terroristes à Paris, les sondés ont été également interrogés sur les menaces contre la sécurité. Selon 52%, la Bulgarie court le même risque d’attaque terroriste que la France et les autres membres de l’UE ; selon 28% (les personnes âgées ou vivant dans les régions frontalières) ce risque est estimé comme étant plus grand, tandis que selon 21% la Bulgarie est plutôt plus en sécurité car elle n’est pas une cible prioritaire des terroristes. (alpharesearch.bg, tous journaux)

L’interview

Le virtuel au cœur des modes opératoires de Daech et comment l’en déloger

Pourquoi l’islam radical se propage-t-il sur Internet ? Combien de cellules terroristes dorment-elles sur la toile ? Quel sera l’aboutissement de la guerre entre les djihadistes et les pirates ? Qu’en est-il de la cybersécurité en Bulgarie ? C’est à ces questions que Standart a cherché à répondre en s’adressant à Yordan Bojilov, analyste et président du forum de sécurité de Sofia.

Aujourd’hui, le monde assiste à un nouveau phénomène dans l’histoire du terrorisme : une organisation terroriste diffuse son idéologie, recrute des adeptes et diffuse des informations concernant son action par l’intermédiaire des technologies modernes de communication : Internet, Viber, Twitter et les réseaux sociaux. En outre, la parfaite qualité de cette communication révèle l’existence d’une machine idéologique de recrutement de nouveaux combattants. Les soldats qui sont actuellement du côté de Daech sont plus de 15 000 dont la plupart sont ressortissants européens et d’origine chrétienne.

Les nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) facilitent grandement la tâche des terroristes en leur permettant d’identifier des points faibles (des rassemblements de personnes de nature différente, le nombre de celles-ci étant précisé sur Facebook, par exemple), d’acheter des armes, des stupéfiants et des composantes pour fabriquer des explosifs (sur le « Deep Web »), de s’informer sur la façon de porter atteinte aux différentes infrastructures, d’identifier les institutions responsables et leurs ressources humaines (les forces de l’ordre et l’armée) et enfin de faciliter la communication et la coordination entre les différents membres de l’équipe de terroristes. Bref, les NTIC facilitent tout aspect, de l’organisation à l’exécution, d’un acte terroriste. Les menaces d’actes terroristes et les revendications de ceux-ci sont diffusées également par Internet.

Pirater les systèmes de communication de Daech et bloquer l’accès de ses membres à la Toile et à tous les moyens de communications (par exemple dans le cadre de la cyberguerre déclarée par les Anonymous et quelques autres groupes de pirates informatiques) est l’une des solutions pour limiter le champ d’action de Daech. Parallèlement aux mesures techniques, les Etats ne doivent pas perdre de vue l’aspect social des NTIC permettant de gagner des adeptes terroristes pour la cause. C’est à l’Etat de créer des structures empêchant le cyberterrorisme et la radicalisation sur la Toile ainsi que des organisations capables d’enquêter sur la cybercriminalité ou la criminalité organisée par l’intermédiaire du Web. Les fournisseurs d’Internet et de services de communication doivent également être impliqués en vue de la prévention.

En conclusion, M. Bojilov considère que l’initiative relative à l’élaboration de mesures de cybersécurité et de prévention doit venir du plus haut niveau politique et appelle à ce que le gouvernement, toute autorité publique, tout opérateur de télécommunications, tout fournisseur d’Internet et toute ONG soutiennent la Stratégie nationale de cybersécurité (en cours d’élaboration) afin que celle-ci puisse protéger la Bulgarie du terrorisme de l’époque actuelle. (Standart)

L’analyse

Politique régionale : maigres résultats en dépit d’un financement abondant

24 Tchassa donne tribune à l’économiste Dessislava Nikolova de l’Institut pour l’économie de marché (IEM) qui se penche sur la forte disparité entre les régions en Bulgarie.

L’IEM a récemment publié sa 4e étude « Profils régionaux : indicateurs de développement 2015 » qui évalue les 28 régions bulgares selon 63 indices de développement économique et social (voir notre revue du 10 novembre). Les régularités constatées depuis des années montrent que la fourchette entre le Nord et le Sud en Bulgarie s’ouvre de plus en plus.

D’un côté, la Bulgarie du Sud se développe plus vite que celle du Nord et le rétablissement des séquelles de la crise de 2009 y est beaucoup plus rapide. De l’autre, une ligne de démarcation sépare de plus en plus nettement la capitale du reste du pays. Ce qui permet de conclure qu’en règle générale, la politique régionale en Bulgarie est inopérante puisqu’elle ne mène pas à un rapprochement entre les régions. Ou, au moins, qu’à l’heure actuelle elle ne donne pas de résultats en dépit des énormes moyens investis dans le développement régional.

L’écart entre Sofia-ville, la région où les revenus sont les plus élevés, et Silistra, elles où ils sont les plus bas, est de l’ordre de 100%. Sur le marché du travail, on observe depuis 2014 une animation un peu partout dans le pays, sauf dans quatre régions au nord où il n’y a toujours pas de reprise : Vidin, Vratsa, Lovetch et Silistra. Ce sont aussi les régions dont le développement économique reste en fort décalage par rapport au reste du pays. La crise n’a fait qu’accentuer les problèmes structurels des économies locales, notamment le manque d’investissements étrangers. A certains endroits, les autorités locales essaient de compenser ce manque par une absorption accélérée de fonds européens. C’est le cas à Lovetch qui se range troisième en Bulgarie d’après le montant de fonds européens absorbés par habitant. Comme le marché du travail à Lovetch reste déprimé, il est difficile de dire pour l’instant si ce modèle est réussi ou non, indique l’experte.

Après la crise de 2009, le mouvement des flux d’investissements a nettement changé. Jusqu’alors, la bulle immobilière à Sofia et Varna attirait les investisseurs étrangers. Aujourd’hui, ceux-ci s’orientent vers le Sud où émergent d’autres « vedettes » : Bourgas (quadruplement des investissements étrangers pendant la période 2008-2014), Plovdiv, Stara Zagora et Pazardjik. Le phénomène de Bourgas pourrait s’expliquer, d’un côté, par l’éclatement de la bulle immobilière à Varna, dont les conséquences sont encore visibles et difficiles à surmonter et, de l’autre, par la vitesse d’absorption des fonds européens qui le classe au deuxième rang après Gabrovo.

Gabrovo est une région particulièrement intéressante, souligne Mme Nikolova. D’un côté, l’administration municipale compétente et active assure des flux constants de fonds européens qui expliquent le fort développement économique des industries locales. De l’autre, c’est la région qui affiche les plus mauvaises tendances démographiques. L’économie locale n’arrive pas à attirer les jeunes. D’où les contrastes : des entreprises en bonne santé, des taux d’emploi élevés face à une très faible natalité et à une mauvaise répartition de la population par tranches d’âge.

Les deux régions de Pazardjik et Sliven sont celles où les indicateurs de pauvreté et de conditions de vie sont les plus critiques [Ndr : il faut noter la présence de grandes communautés roms sur leur territoire]. Les problèmes liés à l’inclusion sociale et à la pauvreté sont plusieurs fois plus nombreux et plus difficiles à résoudre que dans le reste du pays. Un habitant sur trois dans ces deux régions est pauvre.

Sur le plan national, les tendances démographiques les plus négatives ont été constatées dans les régions de Montana, Vidin, Lovetch, Gabrovo et Kioustendil. Il n’y a que six régions où le nombre des arrivants dépasse celui des partants, à savoir Sofia, Bourgas, Varna et, depuis l’année dernière, Kardjali, Khaskovo et Choumen. Les taux d’accroissement naturel de la population sont négatifs dans tout le pays. Une bonne part du pays perd ses habitants. Au-delà d’un certain point critique de dépeuplement, les régions n’arrivent plus à renouer avec la croissance économique malgré les investissements. Une solution valable pourrait être une décentralisation fiscale réelle susceptible d’encourager les autorités locales à chercher des investisseurs et à créer des emplois. (24 Tchassa)

Dernière modification : 20/12/2016

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