Mardi 25 octobre

L’inculpation

Un ancien ministre GERB mis en examen par le Parquet dans le cadre de l’enquête Belene

L’offensive récente du Parquet sur une affaire ancienne, le projet de construction d’une centrale nucléaire à Belene, a abouti, en moins d’une semaine, à une quatrième mise en examen. Après les deux anciens directeurs de la NEK et l’ancien ministre PSB de l’économie et de l’énergie Peter Dimitrov (voir notre revue du 19 octobre dernier), le tour de Delian Dobrev, ancien ministre de l’économie et de l’énergie (2012-2013) dans le gouvernement Borissov I et actuel président de la commission parlementaire de l’énergie, est venu. Hier, le procureur général a demandé au parlement de lever l’immunité de M. Dobrev. Celui-ci y a finalement renoncé de son propre gré.

Selon le Parquet, M. Dobrev a fait preuve d’une coupable incurie et a occasionné des dommages à hauteur de 4,5 M€ à la Compagnie nationale d’électricité (NEK) parce qu’il n’avait pas mis fin au contrat de la société WorleyParsons et aux paiements effectués au titre de ce contrat après l’arrêt officiel du projet de Belene (mars 2013).

Engagée en 2004 à la suite d’un marché public, WorleyParsons devait assister la NEK dans le choix d’un maître d’œuvre pour la construction de la centrale nucléaire de Belene, la signature d’un contrat avec l’entreprise choisie (en l’occurrence, le constructeur russe Atomstroïexport) et le processus de contrôle sur la conception et l’exploitation de la future centrale.

La presse signale que les faits reprochés à M. Dobrev avaient déjà fait l’objet d’une enquête pénale en octobre 2013, au cours de laquelle deux dirigeants de Risk Engineering et deux directeurs de la NEK avaient été mis examen (voir nos revues du 23 septembre 2013 et du 7 octobre 2013). Plus tard, le parquet n’avait retenu que les charges à l’encontre des directeurs de la NEK dans une enquête qui reste toujours ouverte.

Le vice-premier ministre Tomislav Dontchev a plaidé la cause de M. Dobrev et s’est dit confiant. La ministre de l’énergie, quant à elle, a indiqué qu’il n’existait pas de pièces attestant des versements de fonds au titre du projet de Belene qui auraient été effectués pendant le mandat ministériel de M. Dobrev.

Les nombreux commentaires suscités par cette action du Parquet sur un sujet de corruption aussi sensible que l’affaire Belene laissent entendre qu’il n’y a rien d’innocent dans ce remue-ménage en pleine période électorale. Selon Hristo Ivanov, ancien ministre de la justice, le Parquet agit de nouveau comme un outil d’ingénierie politique sous le contrôle du MDL, afin de faire pression à la fois sur le GERB et le PSB.

Pour l’expert Ilian Vassilev, il est clair que le Parquet est de nouveau entré dans son rôle habituel de relais des pressions politiques. Il est curieux que M. Tsatsarov engage la responsabilité de ceux qui sont au bout du problème Belene et ne fait rien contre ceux qui l’ont créé. Parmi ces derniers figurent son cher M. Dogan et les décideurs de l’époque des gouvernements de Simeon II et de la triple coalition (gouvernement Sergueï Stanichev), indique M. Vassilev. On reproche au GERB de ne pas avoir résilié immédiatement les accords conclus avec WorleyParsons et Atomstroïexport ; mais le pouvait-il sous l’énorme pression exercée par les forces dans les coulisses en vue du maintien de ces contrats (y compris par le PSB et par l’ancien président de la République Gueorgui Parvanov) ? Ce n’est qu’une nouvelle leçon amère pour le GERB : si tu ne poursuis pas, tu seras poursuivi. Pendant que M. Borissov transige, on poursuit ses anciens ministres. Pour seule réponse, le GERB devrait maintenant accélérer au maximum les travaux de la commission parlementaire ad hoc sur Belene afin d’établir la vérité. Tous les premiers ministres, les présidents de la République, les ministres de l’énergie, les chefs de la NEK, etc., en poste après 2002, doivent faire l’objet d’une enquête, conclut M. Vassilev. (tous journaux, mediapool.bg)

La confession

Boïko Borissov : « Bien que les lobbies aspirent toujours à participer au pouvoir, le GERB n’en est pas dépendant et il n’y a personnes au-dessus de moi »

Dans une longue interview de 50 minutes, accordée à la chaîne de télévision Nova, Boïko Borissov, premier ministre, a répondu à des questions d’actualité tout en révélant les coulisses de la gouvernance de la Bulgarie.
Les quotidiens bulgares accordent une large place dans leurs numéros d’aujourd’hui aux sujets abordés et les interprètent différemment. A la présentation relativement neutre de Standart et plutôt positive de 24 tchassa, considérant que le premier ministre « visiblement de bonne humeur, a répondu à des questions d’actualités » et à la tentative de Troud d’éluder l’interview, s’opposent les commentaires implacables de Sega selon lequel : « le Premier ministre, visiblement énervé par les questions des journalistes, a fait preuve de démagogie, d’hypocrisie, de je-m’en-foutisme, de révélations cyniques dont certaines sont censées donner lieu à l’ouverture de procédures judiciaires ». Capital Daily adhère à la démarche critique de Sega.
L’écoute de l’enregistrement de l’interview permet de confirmer l’agacement du Premier ministre ainsi que les reproches adressées aux journalistes, surtout concernant les questions sensibles comme celle du « Yaneva gate » (voir notre rubrique du 12 octobre), les révélations de Tsvetan Vassilev (actionnaire majoritaire de la KTB en fuite en Serbie après la faillite de cette banque) sur les liens prétendus de M. Borissov avec l’oligarque et député (MDL) Delian Peevski, et la remise arbitraire de citoyens à la Turquie.

Interrogé sur la Turquie et les accusations de s’être « abaissé devant les demandes d’Erdogan » en raison de la crainte des réfugiés, M. Borissov a répondu « n’étant pas en mesure de s’abaisser à cause d’un mal au genou » en ajoutant « dites-moi un village où je peux envoyer les réfugiés sans que les gens ne s’y opposent et je le ferai ». Concernant les sept citoyens turcs remis à la Turquie la semaine dernière (voir notre revue du 19 octobre), il a précisé que « nous respectons les lois et les avons remis conformément à l’ordre établi. J’ai ordonné qu’on en reconduise le plus possible. Ils sont entre 200 et 300 [migrants] à arriver par nuit, comment on fait si tous devaient passer par le tribunal ? Passer par le tribunal impliquerait de les emmener aux centres ». Ainsi, mélangeant le thème des migrants et la remise de citoyens turcs persécutés par le régime d’Erdogan à la Turquie, le premier ministre a reconnu que la Bulgarie ne permet pas aux réfugiés d’accéder à la justice et les reconduit à la frontière afin d’éviter que les centres d’hébergement de réfugiés ne soient saturés, observe Sega.

En réponse à la question relative à l’interview du banquier Tsvetan Vassilev, M. Borissov a considéré que la publication de celle-ci par Capital constituait une tentative déloyale de la part du propriétaire de ce quotidien, Ivo Prokopiev, de discréditer le GERB « qui est le meilleur parti ». Il a reconnu que le « cercle Capital », dirigé par M. Propkopiev, était venu lui proposer lors de la constitution du premier gouvernement Borissov (2009) cinq personnes à nommer aux postes de ministres des finances (Simeon Diankov), de l’économie (Traïtcho Traïkov), du développement régional (Rossen Plevneliev) et de l’environnement (Nona Karadjova), qu’il avait retenus car ils étaient bon professionnels. Ensuite, il a dû se débarrasser de certains à cause de leur mauvaise influence (« Bulgartabak a été privatisée à l’époque de Traïtcho Traïkov »). « Or, vous ne me posez aucune question concernant l’influence du cercle Capital qui était réelle, alors que vous m’interrogez sur mes liens avec Peevski », a-t-il conclu en réaffirmant que Delian Peevski n’a rien à voir avec le gouvernement du GERB.
Sur sa page Facebook, Ivo Prokopiev a précisé que les seules relations qu’il a eues avec le Premier ministre étaient d’ordre professionnel à l’époque où il présidait la confédération des employeurs et des industriels de Bulgarie (KRIB), dont « les valeurs étaient certes partagées par la première équipe économique du GERB ».
Dans cette interview le premier ministre a pris ses distances à l’égard du MDL. Le GERB et le MDL ne gouverneront jamais ensemble ni à court, ni à moyen, ni à long terme et le candidat du GERB à la présidentielle, Tsetska Tsatcheva, ne sera pas soutenu par le MDL au ballotage. Le GERB est le seul parti qui n’est pas encore empêtré dans le jeu fin d’Ahmed Dogan (président d’honneur du MDL) consistant à utiliser les hommes politiques en les perturbant tout le temps, a expliqué M. Borissov en reconnaissant avoir demandé tout de même un entretien avec le président du MDL, Moustafa Karadaïa. Celui-ci lui avait expliqué que « le MDL veut participer au pouvoir par la porte officielle ». Seul le PSB peut le leur promettre contre leur soutien au deuxième tour, Roumen Radev étant « le candidat de Dogan ». Ainsi, le PSB « qui fuyait Orecharski comme le diable fuit l’encens » et le MDL peuvent « faire revenir Orecharski au poste de premier ministre » grâce à la stratégie fine de Dogan pour soutenir ce dernier, a spéculé M. Borissov.

Le premier ministre a reconnu tout de même avoir remercié le MDL pour leur soutien à l’Assemblée nationale ayant permis au GERB de faire adopter certaines loi et d’assurer le quorum lorsque « nos réformateurs et patriotes ne respectaient pas la discipline ». Il a cependant exclu la possibilité de gouverner sans les réformateurs comme partenaires. « Bien qu’ils soient de mauvais partenaires, sans eux ce sera pire » et ce dans la perspective des prochaines échéances comme la présidence de l’Union européenne en 2018, a-t-il reconnu. A cet égard, il a appelé le PSB et le MDL à ne pas déstabiliser l’Etat l’an prochain. (tous journaux, nova.bg, novini.bg, mediapool.bg)

L’interview

Vladimir Tchoukov : La bataille pour Alep est également une bataille pour les Balkans

Dans une interview pour Troud, l’arabisant Vladimir Tchoukov revient sur les opérations contre Daech en Syrie et en Irak, les relations entre la Turquie et la Russie et leur reflet sur les Balkans et la Bulgarie.

L’opération pour la libération de Mossoul a été planifiée pendant très longtemps. A part tous les autres acteurs, il faudrait mettre l’accent sur un facteur très important dans cette bataille : la Turquie laisse entrevoir qu’elle conçoit Mossoul comme une ville de statut particulier dans le cadre du Traité de Lausanne de 1923. [ndr Lors de la conférence de Lausanne la délégation turque revendique le retour du vilayet de Mossoul à la Turquie et la délégation britannique demande son maintien dans les limites du nouvel Etat irakien. Parmi les divers points qui seront développés dans les mémorandums des deux délégations, le Royaume-Uni met l’accent sur l’argument ethnique et estime qu’en tant qu’ethnie distincte par la langue, la race et l’origine, les Kurdes, majoritaires dans le vilayet de Mossoul, doivent bénéficier d’un statut autonome au sein de l’Irak]. Les mémorandums donnent un certain droit de la Turquie dans cette ville et à présent Ankara revendique ces droits de la même manière qu’elle le fait vis-à-vis d’autres Etats arabes voisins.

Il faut toujours également avoir sous les yeux le rôle majeur de la Turquie non seulement dans cette bataille, mais dans la région en général. Tout ce qui se passe au Moyen Orient, et surtout en Syrie, a un très fort reflet sur les Balkans. « Ma thèse est que géopolitiquement la Bulgarie et la Syrie sont connectées par l’Etat qui a le pouvoir sur le Bosphore : que ce soit Byzance, l’Empire Ottoman ou la Turquie contemporaine », souligne M. Tchoukov. C’est exactement pour cette raison qu’il est très important de considérer « qui a le pouvoir sur le Bosphore », car cet acteur a toujours eu des appétits envers ses voisins, parmi lesquels sont également la Syrie et la Bulgarie, tranche M. Tchoukov. Et il ajoute : ce n’est pas par hasard que la thèse que la bataille pour Alep est également une bataille pour les Balkans s’impose de plus en plus. La sensibilité des Européens envers Alep est en réalité une sensibilité envers la question : « que pourrait-il arriver aux Balkans après cette bataille ? ». Les craintes principales sont dues au rapprochement entre la Turquie et un autre grand acteur régional : la Russie.

En Syrie on voit clairement les relations entre la Russie et la Turquie. Tout semble convenu, décidé, par ces deux pays, même au point du sacrifice de certains acteurs opérant sur place. « La Syrie ressemble aujourd’hui à un laboratoire des relations entre les différents acteurs régionaux qui ont des intérêts au Moyen Orient, mais également en Asie Centrale, au Caucase et sur les Balkans ».

Quant à la leçon pour la Bulgarie, elle consiste à faire attention à tout ce qui se passe dans cette région et à en tirer les leçons. Depuis un certain temps la Turquie poursuit ses intérêts et selon beaucoup d’observateurs elle n’a plus le comportement d’un Etat-membre de l’OTAN. Mais il faut également souligner une chose très importante, conclut-il : la Bulgarie n’est pas la Syrie ; elle est un Etat membre de l’UE et de l’OTAN et ceci a une énorme importance. (Troud, cairn.info)

Dernière modification : 25/10/2016

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