Mardi 26 avril

Les analyses

Le conte de fée au MDL est terminé

Les médias reviennent aujourd’hui sur la conférence nationale du MDL (Mouvement des droits et libertés) durant laquelle Moustafa Karadaya a été élu à la tête du parti, tandis que grâce aux amendements portés au règlement intérieur, le président d’honneur Ahmed Dogan pourra désormais convoquer en réunion les organes principaux du parti (voir la revue de presse d’hier).

M. Dogan a pris entre ses mains le contrôle du parti tandis que le rôle de M. Karadaya serait d’unir son électorat, commente dans une analyse pour Standart Dimitar Ganev. Selon le politologue, trois ans auparavant, l’élection de Lioutvi Mestan à la tête du parti avait pour but d’envoyer un signal vers l’extérieur et représentait une tentative d’améliorer l’image du MDL, grâce à un président qui avait figure d’intellectuel, excellent orateur et qui n’a pas été mêlé dans des scandales de corruption.

Contrairement à cette logique, l’élection de Moustafa Karadaya vise des buts intérieurs : il manque de charisme, il est inconnu du grand public, mais il est bien accepté par sa communauté avec laquelle il entretient d’étroits liens. Ceci montre la logique principale qui a guidé M. Dogan dans la nomination M. Karadaya, un fidèle parmi les fidèles : consolider le parti pour qu’il puisse survivre à la crise actuelle.

Car « le conte de fée pour le MDL est terminé », comme titre Sega. Jusqu’à récemment, le parti jouissait d’une position enviable : il avait le monopole sur le vote turc et musulman ; une place garantie parmi les grands partis politiques ; une présence à tous les niveaux du pouvoir central et local du pays ; des relations privilégiées avec la Turquie ; un cercle de sociétés qui gravitaient autour de lui. Un claquement de doigts suffisait pour que des gouvernements tombent et que des élections anticipées soient organisées, écrit le journal.

Mais les beaux jours sont révolus. Après avoir atteint le maximum de son potentiel électoral en 2009, avec 610 000 voix, le résultat du MDL a commencé à se réduire pour atteindre 478 000 voix aux élections législatives de 2014. Et ceci s’est produit avant même que l’ancien président du MDL, Lioutvi Mestan, n’ait créé DOST, qui maintenant s’affiche comme le concurrent principal pour capter l’électorat ethnique et les voix des Bulgares en Turquie.

L’autre sérieux problème pour le MDL est le conflit avec Ankara. En tant que président du MDL, M. Mestan devait réchauffer les relations avec le parti du premier ministre turc qui, depuis des années, regarde avec suspicion M. Dogan. Ce but avait été atteint, mais à présent le soutien du parti au pouvoir en Turquie s’est réorienté vers le nouveau projet politique de M. Mestan. Le conflit entre Moscou et Ankara a fait éclater les relations entre la Turquie officielle et M. Dogan qui avait en décembre dernier qualifié de « gaffe » la déclaration politique du MDL lue par M. Mestan après qu’un avion chasseur russe a été abattu par la Turquie (le MDL reproduisait la position turque, voir nos revues du 25 novembre 2015 et du 23 décembre 2015). Le MDL a exclu M. Mestan, accusé de trahison nationale. Après cette décision, le parti s’est « heurté à un mur d’hostilité » de la part de la Turquie, écrit le journal.

A ceci s’ajoute l’ombre portée par le député MDL Delyan Peevski, qui commence à s’éloigner, si l’on s’en tient aux propos du premier ministre Boïko Borissov, tenus dans une interview télévisée récente, selon lesquels il aurait quitté le pays.

Chacun de ces problèmes, analysés séparément, pourrait être une source de préoccupations. Mais considérés tous ensemble, ils donnent le sentiment que le parti pourrait connaître une période de déclin. Resté sans alliés ni intérieurs ni extérieurs (au moins officiellement) et devant mener un combat pour la préservation de son électorat traditionnel, le MDL s’apprête à affronter des temps difficiles, conclut le journal. (Sega, Standart)

Le ressenti

Les fonctionnaires du ministère de l’intérieur : « la réforme exceptionnelle de la ministre Batchvarova ne donnera pas forcément lieu à des résultats exceptionnels ».

« Le ministère de l’intérieur travaille extrêmement bien », aime à dire la ministre de l’intérieur, Roumiana Batchvarova. Les citoyens bulgares partagent-ils cette affirmation et comment est-elle perçue par la population, et que pensent les fonctionnaires de ce ministère, autant de questions que pose la journaliste Anna Zarkova et auxquelles elle tente de répondre sur la base des témoignages de cinq agents de ce ministère et en vue d’analyser la façon avec laquelle ceux-ci perçoivent le projet de réforme. Pour rappel, ce projet avait été retiré une première fois après les protestations des policiers en automne dernier (voir nos revues des 2, 5, 6 et 9 novembre 2015) puis une seconde fois même « dans sa version radoucie » par la commission parlementaire de sécurité intérieure et d’ordre public, début avril.

« Nous ne sommes pas contents de notre travail dans la mesure où les Bulgares sont mécontents de nous et ne se sentent pas en sécurité ni sur la voie publique ni chez eux. Nous souhaiterions mieux travailler mais n’avons pas cette possibilité », déclarent unanimement les cinq agents de différents services du ministère, qui préfèrent restés anonymes et illustrent par des exemples les problèmes qu’ils rencontrent.

Les sentiers dans la Strandja (à la frontière bulgaro-turque) utilisés par les passeurs sont connus et pourraient être protégés si la police aux frontières était dotée de suffisamment d’effectifs. En outre, les policiers d’autres services détachés à la frontière ne sont pas motivés à cause des mauvaises conditions. « On dort à ciel ouvert à peine protégés des intempéries dans des endroits où nos téléphones du système de radio numérique mobile professionnel TETRA (Terrestrial Trunked Radio) sont sans couverture. La vidéosurveillance ne fonctionne pas faute de crédits et la clôture n’est pas prête. Au lieu de renforcer les effectifs de la police aux frontières en nommant 700 nouveaux agents, il a été décidé de recruter des retraités. » Selon cet agent de la police aux frontière, c’est notamment cette pénurie d’effectifs qui a donné lieu au phénomène des milices civiles « dont les casiers judiciaires ne sont pas vierges et dont l’objectif n’est pas de protéger la frontière mais de voler les migrants ». Il reconnaît dans le même temps que « certains des collègues détachés à la frontière se permettent de faire preuve de violence à l’égard des migrants ».

Selon Emil Rachev, président du conseil civil auprès du syndicat national de la police, les problèmes que rencontre ce « ministère de toutes les affaires » (la sécurité publique, la lutte contre la criminalité organisée, l’immatriculation des véhicules, la délivrance de papiers d’identité, la lutte contre les incendies, la protection civile, etc…) sont la cause des phénomènes de corruption et de criminalité observés au sein de la police (allusion à certaines affaires d’implication de policiers dans des trafics de stupéfiants : voir notre revue du 31 mars).

Une réforme est nécessaire, certes, et les fonctionnaires de ce ministères sont habitués à « être réformés », mais il s’agit cette fois-ci d’une « réforme exceptionnelle ». Personne ne connaît son auteur. La ministre Batchvarova la défend bien qu’elle ne soit pas à son origine. Le secrétaire général du ministère de l’intérieur ne souhaite pas en parler. Le rédacteur des amendements à la loi sur le ministère de l’intérieur reste couvert par le secret d’Etat, ironise un agent de renseignement.

« La feuille de route réalisée par l’ancien ministre de l’intérieur, Vesselin Voutchkov (qui a démissionné en mars 2015 à la suite du refus du premier ministre de procéder à des changements dans les services de sécurité, voir notre revue du 4 mars 2015), un homme compétent, a été jetée dans la poubelle. Et quelqu’un d’autre a rédigé ces nouveaux amendements qui ne visent qu’à amoindrir les nombreux privilèges accordés aux agents. », dit un chef de section à la direction de la sécurité publique.

« Les dispositions prévoyant de réduire le nombre de jours de congés, de revoir les conditions de départ à la retraite anticipée notamment en limitant les indemnités pécuniaires, ont démotivé les agents, si bien que 4 200 d’entre eux ont démissionné depuis que ces amendements sont en discussion. C’est la première fois que le ministère subit une pénurie aussi importante de cadres », explique le responsable syndical Emil Rachev.

Les démissions et les détachements à la frontière de policiers ont privé les directions régionales et les commissariats de police des effectifs nécessaires pour protéger la population de la criminalité conventionnelle. La création d’un établissement public devant assurer la prestation de services liés à l’immatriculation de véhicules, à la délivrance de papiers d’identité et d’autorisation de détention et de port d’armes risque de perturber encore le fonctionnement des commissariats. Tout cela créé un climat d’insécurité et donne lieu à beaucoup d’inquiétudes, conclut M. Rachev. (Troud)

La censure

Depuis qu’elle existe la caricature se porte mal en Bulgarie

Fière de ses traditions depuis cinq siècles dans le domaine de la caricature, la Bulgarie continue à vivre mal cette « arme de combat » du peuple 25 ans après la chute du régime totalitaire lorsque des caricaturistes comme Todor Tsonev pouvaient passer des mois en détention provisoire à cause de leur farouche opposition par l’intermédiaire de cette arme contre le régime de Todor Jivkov.

Aujourd’hui encore, le premier ministre râle contre le fait que « le journal d’intermédiaires gaziers (Sega) n’arrête pas de publier des caricatures le présentant comme une citrouille ou tout ce que pouvez imaginer ». Il s’agit bien des caricatures de Christo Komarnitski qui a la chance d’être protégé par son éditeur et d’avoir ainsi la possibilité de publier ses œuvres tous les jours. Or, ce n’est pas le cas d’un autre grand dessinateur de presse bulgare, Tchavdar Nikolov, dont une caricature sous forme de vidéo, présentant le premier ministre armé d’une sorte de drapeau fait de menottes « queue de cochon », suivi par des volontaires de milices de chasse aux réfugiés (voir nos revues du 12 et du 14 avril), a été supprimée de tous les sites de la chaîne télévisée Nova peu après avoir été diffusé dans son journal matinal. Toutes les autres caricatures réalisées par ce dessinateur pour Nova Broadcasting Group disparaissent ensuite et son nom est supprimé de tous les textes publiés sur les sites du groupe.

Dans la panique la direction se met à se justifier de manière absurde : décision pour des raisons économiques, contrat arrivé à échéance, baisse de l’audimat. Mais qui aurait supprimé de ses sites les anciennes contributions d’un collaborateur et les textes de ses interviews à cause de la baisse de l’audimat, s’indigne Nelly Ognianova, professeur de droit des médias, dans une analyse satirique intitulée « Comment les caricatures ont révélé que les médias sont contrôlés ».

De la censure pure et dure, lance-t-elle. De la censure, suivie d’excuses. Celles de Didier Stoessel, directeur exécutif de Nova Broadcasting Group, qui a gentiment assumé toute la responsabilité de l’affaire, « même si en tant qu’étranger, il se rend compte que ce n’est pas une excuse et qu’il a mal géré le cas du contrat relatif à ses caricatures ».

Or, la censure est une mauvaise solution pour plusieurs raisons. Celui qui y a procédé n’a même pas eu le temps de penser à son impact réel sur la confiance dans la chaîne qu’il dirige, ni aux conséquences économiques d’une perte de confiance : baisse de l’audimat et du prix de la publicité. En outre, du point de vue stratégique cette solution n’est pas efficace. Ceux qui n’avaient jamais entendu parler de Tchavdar Nikolov le connaissent maintenant et cherchent à voir ses caricatures. Censurer un contenu accélère sa diffusion et élargit son accès au public. Enfin, une telle solution traduit une dépendance, même si le premier ministre n’avouera jamais avoir fait pression sur ce média. En revanche, M. Borissov a fait comprendre qu’il suivait l’évolution du scandale en annonçant le premier les détails du nouveau contrat proposé par la chaîne Nova au caricaturiste : « 4 700 leva, on lui propose, plus que le salaire du premier ministre, je lui ai donc rendu service ». Des propos qui ont donné lieu à une nouvelle caricature dont la légende disait : « Nous signons d’abord le contrat avec le premier ministre et puis vous le soumettons ». Suite à la divulgation des principaux éléments de son contrat, M. Nikolov a préféré démissionner de Nova pour confier ces caricatures au site d’informations en ligne Terminal 3.

Les médias sont contrôlés et les noms de Christo Komarnitski et de Tchavdar Nikolov sont de plus en plus souvent évoqués lors de discussions sur les budgets alloués aux médias. L’Etat est après tout une source importante de ressources pour les médias privés et semble considérer par conséquent que cela l’autorise à poser des conditions. (Capital Daily)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 27/04/2016

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