Mardi 26 juillet

Le mistigri

L’attentat d’Ansbach met en lumière des divergences entre les Etats membres sur les normes applicables aux déboutés du droit d’asile

Le Syrien de 27 ans qui s’est fait exploser dimanche à Ansbach en Bavière devait être expulsé vers la Bulgarie, a déclaré lundi lors d’un point de presse Tobias Plate, porte-parole du ministère de l’Intérieur allemand. « Les Syriens ne peuvent pas être renvoyés en Syrie pour le moment, mais cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent pas être expulsés. Il devait être expulsé vers la Bulgarie », a précisé M. Plate. Il a expliqué que le Syrien avait vu sa demande d’asile rejetée peu de temps avant son passage à l’acte. Il avait cependant été autorisé à rester en Allemagne – où il était arrivé en 2014 – et séjournait dans un centre d’hébergement à Ansbach.

Cette nouvelle qui a fait le tour du monde a conduit la chaîne Nova à interviewer Petia Parvanova, présidente de la l’Agence d’Etat pour les réfugiés. Mme Parvanova a expliqué que ledit Syrien était arrivé en Bulgarie en 2013 et avait introduit une demande d’asile (une demande de protection internationale par un État membre en vertu de la convention de Genève).

« Le statut de réfugié lui a été refusé [par la Bulgarie] dans la mesure où il ne satisfaisait pas aux exigences mais il a pu bénéficier du statut humanitaire (titre de séjour permanent sur le territoire bulgare) qui lui permettait de circuler librement en Bulgarie et dans l’Union européenne. Ainsi, il a pu quitter la Bulgarie en toute légalité. », a expliqué Mme Parvanova.

Elle a précisé que c’est en septembre 2014 que l’Allemagne avait adressé une demande d’expulsion du Syrien vers la Bulgarie, premier pays européen où il était arrivé. « L’examen de la demande allemande a montré que cet homme bénéficiait déjà d’un statut et que par conséquent il ne relevait pas de la catégorie des personnes pouvant être reprises en charge au titre de la procédure de Dublin. C’est en vertu de cette dernière norme que la demande allemande n’a pas été satisfaite, dans la mesure où elle ne concernait qu’un retour au titre de Dublin II », a-t-elle déclaré en précisant que son retour en Bulgarie aurait été possible en vertu de l’accord de réadmission mais qu’une telle procédure n’a pas été ouverte.

« L’UE a renvoyé en Bulgarie plus de 400 migrants en moins d’un an. L’Agence bulgare des réfugiés a refusé de reprendre en charge le Syrien de 27 ans qui s’est fait exploser dimanche en Allemagne », titre Sega à la une. Les investigations des journalistes de Sega montrent qu’entre juillet 2015 et juin 2016, sur les 5943 demandes de renvoi de la part de différents Etats membres, seules 449 ont été satisfaites par la Bulgarie. Les 922 demandes parvenues en janvier ont donné lieu à 48 transferts de migrants en Bulgarie. Leur nombre a atteint 63 en mars dernier. Les centres d’accueil de réfugiés auprès de l’Agence des réfugiés sont occupés à 21%, alors que ceux de type fermé dépendant du ministère de l’intérieur où sont placés des migrants qui font l’objet de mesures d’éloignement ou représentent une menace pour la sécurité nationale, à 70%. Enfin, les statistiques montrent que des centaines de candidats au statut de réfugié s’enfuient des centres d’accueil bulgares tous les jours. (Sega, mediapool.bg, dnevnik.bg)

La ratatouille

Petits jeux politiciens avec le Code électoral… sur le dos des citoyens

Sega revient sur les amendements récemment adoptés au code électoral en vue du scrutin présidentiel, les derniers datant du 13 juillet et portant sur les bureaux de vote pouvant être ouverts dans un pays étranger. Le quotidien dresse un bilan des amendements, dont l’examen a suscité des conflits entre les différents partis politiques et a mené à de larges concessions au Front patriotique (voir nos revues des 27 et 28 avril et du 19 mai). Les amendements principaux qui retiennent l’attention du journal sont : le vote obligatoire ; la restriction du vote à l’étranger ; le vote électronique. La principale question que se pose Sega aujourd’hui est de savoir qui tire le plus profit de ces « quatre mois de honte, de petits jeux, de marchandages et d’échanges qui ont donné comme résultat une ratatouille électorale, qui laisse les citoyens confus et en colère ».

Le camp qui sort le plus renforcé de cet épisode est sans conteste le Front patriotique. Les nationalistes avaient promis dans leur programme électoral d’introduire le vote obligatoire et de restreindre le vote en Turquie. Ils ont réussi à obtenir ce qu’ils voulaient grâce au conflit au sein du Bloc réformateur qui a obligé le GERB à leur faire des concessions, afin de les conserver comme partenaire soutenant la coalition au pouvoir.

Mais quant à savoir en quoi consiste le résultat réel de ces amendements, la réponse, selon Sega, est toute simple : aucun. Le vote obligatoire n’oblige personne à rien. Après de longs débats sur comment « punir » ceux qui ne sont pas allés aux urnes, les députés ont décidé de supprimer leurs noms (avec droit de réinscription active) mais uniquement après une non-participation à deux votes consécutifs de même caractère. Autrement dit, précise le journal, si une personne ne vote pas en novembre à l’élection présidentielle, elle peut être supprimée de la liste électorale uniquement après un refus de voter à la même élection en 2021. Mais d’ici cette date, tout pourra arriver, commente Sega.

Le journal qualifie la restriction du vote à l’étranger d’« absurdité incomparable ». Certes, la décision de fixer à trente-cinq le nombre maximal de bureaux de vote pouvant être ouverts dans un pays étranger et de soumettre l’ouverture de ceux-ci à une condition de dépôt de plus de soixante demandes par des électeurs va inévitablement restreindre le vote en Turquie. Mais tous les votes de provenance de Turquie apportent au MDL au maximum cinq ou six mandats. Vu « la structure quasi-militaire » de ce parti en Bulgarie, on peut envisager que son résultat général ne vas pas en être sensiblement affecté, tempère Sega. En revanche, cette restriction aura des conséquences plus fortes sur la diaspora bulgare qui pour une fois s’était mobilisée lors des dernières élections législatives, commente Sega. Et c’est le Bloc réformateur qui devra également assumer sa part de responsabilité pour cet effet. Le Bloc, qui avait promis de lutter pour l’élargissement des possibilités d’exercer le droit de vote, a finalement conclu un « compromis historique » au détriment de la société civile, qu’il prétendait représenter, souligne le journal. Même le grand objectif du bloc, le vote électronique, a été repoussé au début de 2018 et n’entrera pas en vigueur avant les élections européennes de 2019. Sauf complications techniques qui repousseraient encore l’échéance et qui, souligne le journal, ne manqueront pas de se produire.

ABC a pu obtenir l’élargissement de la composition de la Commission centrale électorale et aura son représentant au sein de cet organe. Le MDL, de son côté, peut se satisfaire de l’abandon de l’idée de la création d’une circonscription des Bulgares à l’étranger.

Mais ces petits jeux ont laissé les vrais problèmes sans réponses. Personne n’a compris ce qui se passera avec les « âmes mortes » dans les listes électorales. Pas un seul mot n’a été dit à l’égard du manque de qualification et de formation de l’administration électorale et des membres de sections. Et nul ne doute que la pratique de l’achat de vote continuera de fleurir. Le constat pourra être fait lors du prochain scrutin des conséquences du « perfectionnement » du code électoral, conclut Sega. (Sega)

Le point de vue

Irak, mensonges, caniches et domination du monde

Dans un article pour Sega, le journaliste Svetoslav Terziev rappelle, dans la foulée des révélations d’un récent rapport britannique sur l’invasion de l’Irak, la responsabilité de la Bulgarie et de ses gouvernants d’alors dans ce conflit dont les effets continuent à ensanglanter le monde.

Le « caniche de Bush », comme l’ancien premier ministre britannique Tony Blair est resté dans l’histoire, a exprimé sa « tristesse et [ses] regrets » pour ses erreurs dans la guerre contre l’Irak. Toutefois, il n’a pas eu assez de force pour reconnaître que l’invasion de ce pays en 2003 par la « coalition des volontaires » était illégal, c’est-à-dire criminel, indique M. Terziev.

Mais toute reconnaissance, même après treize ans, vaut mieux que l’insolence de continuer à affirmer que la guerre irakienne a été nécessaire et justifiée.

Toute une légion de politiciens ont des péchés à racheter pour la mort de centaines de milliers de personnes, auxquelles s’ajoutent sans cesse de nouvelles victimes puisque la paix en Irak et dans la région reste hors de portée. La réaction en chaîne a allumé une guerre civile en Syrie, a nourri le fondamentalisme islamique dans les deux pays les plus laïques du monde arabe et a frayé le chemin au terrorisme là où celui-ci n’avait pas droit de cité jusqu’alors. La responsabilité est entièrement aux politiciens et il est temps qu’ils rendent compte.

Quatre pays assument la plus grande responsabilité pour les mensonges ayant entraîné la guerre en Irak, souligne M. Terziev. En 2002-2003, au sein du Conseil de sécurité, ces pays se conduisaient comme des faucons : les Etats-Unis de M. Bush, la Grande-Bretagne de M. Blair, l’Espagne de José María Aznar et… la Bulgarie. Un carré de fauteurs de guerre s’opposant aux onze autres membres du Conseil de sécurité qui refusaient de soutenir une opération punitive contre Saddam Hussein en l’absence de preuves de sa détention alléguée d’armes de destruction massive.

Il est honteux que la Bulgarie ait ainsi gaspillé la rare chance de pouvoir décider de l’avenir du monde en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies (2002-2003) et durant sa propre présidence de ce Conseil en septembre 2002, relève M. Terziev en énumérant les auteurs/exécutants de cette ligne politique en Bulgarie : l’ambassadeur auprès des Nations unies, Stefan Tafrov, le ministre des affaires étrangères Solomon Passy, le ministre de la défense Nikolaï Svinarov, le chef de l’état-major Nikola Kolev, le premier ministre Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha.

La guerre en Irak a coûté la vie de treize soldats bulgares. Trente autres en sont sortis blessés. La Bulgarie a dépensé 170 millions de leva pour l’entretien de ses onze contingents militaires. Dans le même temps, elle s’est vue contrainte par ses alliés à une remise des 3,51 milliards de dollars de dette irakienne en contrepartie du remboursement rapide d’une partie minime de celle-ci (360 millions de dollars).

Selon la propagande officielle des gouvernants, la Bulgarie ne devait à aucun prix manquer « le défilé de la victoire à Bagdad » (Solomon Passy, devant l’Assemblée nationale) afin de pouvoir tirer profit de la reconstruction de l’Irak (Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe).

D’aucuns diront : passons l’éponge ! Mais le peut-on tant que des fidèles de cette politique de « caniches qui remuent la queue » continuent à la reproduire de nos jours ?, demande M. Terziev tout en citant à titre d’illustration les noms du président de la République, des ministres des affaires étrangères et de la défense. Bouclier anti-missiles contre l’Iran, guerre hybride, flottille dans la mer Noire, où est l’intérêt bulgare dans tout cela ?

Sur ce fond, la rhétorique du premier ministre semble indiquer une approche modérée, estime M. Terziev. On dirait que M. Borissov essaie de rappeler que la Bulgarie a ses propres intérêts. Ayant laissé la politique étrangère à ses « caniches », afin d’éviter d’avoir à se baisser devant plus grands que lui, il s’est concentré sur l’agenda de politique intérieure. Ses propos de démilitarisation de la mer Noire, même absurdes, se vendent bien sur le marché intérieur, surtout à la veille d’élections. Et si tous les pays renonçaient à leurs navires de guerre et sous-marins pour faire place aux bateaux de plaisance, qui resterait le maître de la mer Noire ? Oui, vous avez deviné : la Bulgarie, vu le nombre des yachts détenus par ses mafieux ! (Sega)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 26/07/2016

Haut de page