Mardi 27 septembre

Le retour

L’ancien premier ministre Plamen Orecharski entre à son tour dans la compétition présidentielle

Un nombre record d’entités politiques et civiles a déposé des demandes d’enregistrement auprès de la Commission électorale centrale (CEC) en vue de participer à l’élection présidentielle et au referendum national le 6 novembre prochain. Hier, à l’issue du délai d’enregistrement, la CEC avait décompté 15 comités d’initiative, 11 partis politiques et 5 alliances désireux de faire campagne pour la présidentielle, ainsi que 23 comités d’initiative, 11 partis politiques et 3 alliances voulant soutenir la campagne du referendum national. Cependant, le nombre exact des participants ne sera connu qu’après l’examen scrupuleux des dossiers d’enregistrement par la CEC. A titre de comparaison, 28 entités au total avaient participé à l’élection présidentielle de 2011.

Le délai d’enregistrement des tandems présidentiels expirant le 4 octobre, les comités d’initiative, les partis et les alliances politiques pourront lancer leurs campagnes présidentielles dès le 7 octobre prochain.

Hier, peu de temps avant la clôture du dépôt des demandes d’enregistrement, un comité d’initiative a introduit son dossier. Composé de 24 personnes physiques inconnues du public, il propose à la présidence de la République l’ancien premier ministre Plamen Orecharski (2013-2014). Le mandat du cabinet Orecharski, soutenu au Parlement par le PSB et le MDL avec le concours initial de Volen Siderov, leader d’Ataka, avait été marqué par une contestation civile sans précédent en Bulgarie déclenchée par la nomination, aussitôt rapportée du député MDL Delian Peevski à la tête de l’Agence d’Etat de sécurité nationale (DANS, d’où les mots d’ordre #DANSwithme et #Qui ?)) et par l’effondrement de la banque KTB. Lui-même sans affiliation partisane, il se présente en tandem avec Danaïl Papazov, son ancien ministre des transports, socialiste. M. Orecharski est connu pour ses liens avec le MDL et son importante cote d’impopularité auprès de la société civile et ses chances d’être élu restent minimes, juge Mediapool.

Ce matin, interviewé par la bTV, M. Orecharski a expliqué qu’il avait pris lui-même l’initiative de se présenter. Quant au comité d’initiative qui doit le soutenir comme la loi l’exige, il est composé de « jeunes gens qui réussissent dans le privé ». « Depuis trois ans, dans différents contextes, on me pose la question ‘Qui ?’. Ce sont les dirigeants politiques qui étaient à la base de ‘Qui ?’, maintenant je suis indépendant. J’ai fait une erreur et l’on tire le meilleur de ses erreurs », a expliqué M. Orecharski. Avant d’ajouter qu’à la différence du poste du premier ministre, pris dans le carcan de la majorité parlementaire, celui du président de la République était fait pour des candidats indépendants. L’ancien homme d’Etat cherchera le soutien de tous les électeurs bulgares, y compris celui du GERB et du MDL.

L’ancien président du Parti socialiste bulgare (PSB), Sergueï Stanichev, qui avait été à l’origine de la nomination de M. Orecharski au poste de premier ministre, s’est dit surpris de cette candidature. Selon Tatiana Dontcheva, également candidate à la présidence et chef de file du Mouvement 21, derrière la candidature de Plamen Orecharski apparaît le « cercle Peevski ». Sur Nova TV, elle a souligné que « M. Orecharski n’était que la face d’un vaste cercle d’acteurs disposant de moyens d’influence très sérieux sur la vie politique et économique en Bulgarie ». Interrogée sur les motifs de cette candidature surprise, elle suppose que soit M. Orecharski cherche à se réhabiliter politiquement auprès du public, soit il a été « sollicité » de se présenter par des gens à qui on ne refuse pas. Mais « il n’est pas un candidat de Borissov. Le QG du GERB dispose de plusieurs candidats qui allongeront la liste pour rogner sur le vote de protestation que le GERB ne peut pas engranger. Plamen Orecharski n’est pas parmi eux », a indiqué Mme Dontcheva. (24 Tchassa, mediapool.bg)

La démocratie

Référendum : mode d’emploi

Le 6 novembre, parallèlement à l’élection présidentielle, les Bulgares auront à répondre à trois questions formulées de la façon suivante : 1. Soutenez-vous que les députés soient élus au scrutin majoritaire en deux tours à la majorité absolue ? 2. Soutenez-vous que le vote obligatoire aux élections et aux référendums soit mis en place ? 3. Soutenez-vous que la subvention publique annuelle octroyée aux partis politiques et aux coalitions soit calculée à raison d’un lev pour un suffrage valide obtenu lors des dernières élections législatives ?

Le référendum, qui est normalement un outil permettant d’impliquer les citoyens dans la prise de décisions, se réduit en Bulgarie à un moyen de dominance politique et d’amélioration de l’image politique, dans le but que les citoyens ne s’y expriment pas de manière réfléchie mais mus par leurs émotions et par leurs convictions politiques. Ainsi, la Bulgarie est à la veille d’un troisième référendum dont l’échec est annoncé, même si cette fois-ci, la consultation est un peu particulière dans la mesure où elle a été initiée par l’animateur d’une émission de variété et par son équipe.

Mais, se sentant menacés par les propositions des initiateurs, les acteurs politiques, au lieu d’organiser une campagne pour défendre la position qui serait la bonne pour eux, ont préféré mépriser cette initiative afin de diminuer son importance. L’Assemblée nationale a facilement donné feu vert aux six questions sans même en discuter. Le premier ministre s’est borné à observer que les députés « les ont votées pour des raisons populistes ». Le président Plevneliev, contestant la conformité à la Constitution de ces questions, s’est fait attaquer par les initiateurs, qui, faisant de leur émission une tribune politique, ont déchiré sa photo devant leurs nombreux téléspectateurs. Blasphémée par les initiateurs, la Cour constitutionnelle a déclaré l’inconstitutionnalité de trois des six questions.

La participation au référendum sera définie par le total des bulletins indépendamment du nombre de questions auxquelles ceux-ci répondent. Pour chaque question, le résultat sera calculé par rapport à ce total. Ainsi, pour être adoptée, une proposition référendaire devra réunir un nombre de « oui » supérieur à 50% de ce total. En outre, en vertu d’une disposition récemment adoptée du Code électoral, le référendum devra, pour être validé, atteindre un niveau participation égal à celui des dernières élections législatives (en l’espèce : 3 500 585 suffrages). Deux conditions qui se cumulent pour repousser très haut la barre du « oui ».

Il est peu probable que le taux de participation atteigne ce chiffre le 6 novembre, dans la mesure où, ces 25 dernières années, le taux de participation à l’élection présidentielle a toujours été moins élevé que celui aux élections législatives et que le référendum manque de potentiel pour le favoriser. En outre, les experts sont sceptiques quant à l’influence positive que peut avoir sur le taux de participation le vote obligatoire prévu par les derniers amendements au Code électoral. Pour toutes ces raisons, il n’est pas réaliste de s’attendre à ce que ce référendum aboutisse. Néanmoins, la participation pourrait tout de même être influencée positivement par une campagne d’information afin que les électeurs puissent d’abord au moins accéder à l’information relative à la simple tenue du référendum et au libellé des questions posées.

La Commission électorale centrale (CEC) bénéficie d’un budget de 2 millions de leva pour informer les citoyens de la tenue et du contenu du référendum, dont 500 000 leva lui reviennent pour informer les citoyens de leur droit de s’exprimer lors du référendum. Le reste sera affecté à des partis, à des coalitions et à des comités d’initiatives intéressés à ce que les citoyens s’expriment et défendent une position donnée. Cependant, les partis politiques ne semblent pas intéressés et la CEC a pour sa part donné un premier signe de sa volonté de s’exonérer de ce devoir en adoptant la règle selon laquelle les électeurs doivent demander le bulletin pour le référendum. A ce titre, l’association Transparence sans frontière a rappelé la nature contradictoire et induisant en erreur des consignes de la CEC pour accéder aux bulletins lors des précédents référendums. Lors du dernier référendum sur le vote électronique, des pratiques scandaleuses d’utilisation de l’argent affecté à la campagne d’information ont été révélées comme par exemple le « phénomène de Vidin » : un grand nombre de comités d’initiatives (ayant bénéficié de cet argent) enregistrés à Vidin, dont les membres sont liés et utilisent seulement deux sites qui manquaient de potentiel pour assumer la tâche d’information. Ces scandales ont également démontré l’incapacité absolue de la CEC à superviser la mise en œuvre des contrats conclus dans le cadre de cette campagne d’information. (Capital)

L’impertinent

Pour Christo Komarnitski, très peu de gens en Bulgarie voient que le roi Boïko Borissov est nu

« Etre libre implique d’avoir le sang-froid pour affronter ses peurs », réfléchit à haute voix Christo Komarnitski, dessinateur et analyste subtil de l’actualité politique bulgare et internationale, célèbre pour ses dessins satiriques audacieux qu’il publie dans le quotidien Sega, et qui accorde une interview au journaliste Sacho Dikov de la chaîne BIT. Souvent critiqué par le premier ministre, qu’il ne ménage pas dans son travail, le dessinateur riposte en expliquant, selon lui, l’incapacité de M. Borissov de tolérer la liberté de la presse. Et il ne mâche pas ses mots :

« J’exerce ce métier depuis trente ans et je n’ai jamais vu un homme politique, premier ministre, président ou qui que ce soit se permettre d’avoir un tel comportement à l’égard de la presse, de la satire. Il n’existe pas d’Etat démocratique où le premier ministre puisse se permettre de telles choses car cela fait partie du jeu démocratique. Or, le premier ministre bulgare ne connaît pas les règles de la démocratie. Je doute même qu’il ait lu la Constitution. Il lui manque les premières sept années démocratiques (Ndr : jeu de mots articulant une expression idiomatique bulgare pour dire qu’une personne manque d’éducation et l’allusion à l’appartenance du premier ministre à un groupe économique mafieux à l’aube de la démocratie bulgare). En tant que personnage, il n’évolue pas beaucoup bien qu’il change habilement ses masques, passant de celui de rassembleur affable à celui du chef autoritaire qui ne cesse de frapper sur la table. Cependant, il possède le talent incroyable d’acheter des gens et des organisations comme si s’agissait de biens immobiliers. Il est même en mesure d’acheter ses adversaires. Sa survie repose sur son irresponsabilité. Il se met dans la position de la victime sans jamais assumer la responsabilité de quoi que ce soit. Et ce sera ainsi jusqu’au bout. Le risque le plus important [que court la Bulgarie] découle du fait qu’après son départ de la scène politique, nous aurons à restituer morceau par morceau toutes les avancées douloureuses (en matière de liberté de la presse, de séparation des pouvoirs, d’indépendance du parquet..) réalisées pendant les années de la transition avant l’arrivée au pouvoir de ces gens sans biographie, venus du néant, des couches souterraines de la société ou sait-on d’où pour s’emparer du pouvoir et détruire tous ces fragiles progrès. Ce qui est décevant, c’est que la Bulgarie, au lieu de devenir un Etat européen, s’oriente vers l’Orient, vers la Turquie, les régimes de l’Est, vers un autre monde. La société civile bulgare est une fiction en soi dans la mesure où très peu de ses membres comprennent ce qui se passe. Le reste n’est qu’une masse inerte, des organismes biologiques qui ne réalisent pas du tout ce qui se passe et du coup sont parfaitement incapables de prendre position. »

Selon M. Komarnitski, il n’y a que deux issues possibles de cette situation : s’éclairer ou s’insurger. (Capital Daily, bitelevision.com)

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Dernière modification : 27/09/2016

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