Mardi 28 juin

Le mandat

Plevneliev et Hollande : réformer l’Europe afin de la rendre plus forte

« Le moteur franco-allemand doit non seulement continuer à travailler mais passer à une vitesse plus puissante. Aujourd’hui, nous avons besoin de ce tandem afin qu’il prenne des décisions responsables pour l’Europe », a déclaré Rossen Plevneliev, président de la République de Bulgarie à l’issue de son entretien avec François Hollande, président de la République française, hier à Paris. Il a également observé au sujet de la décision des Britanniques de sortir de l’Union européenne que « si c’était un divorce, il faudrait qu’on y procède de la façon la plus raisonnable et la plus démocratique. Il a appelé l’Union à être rapide et décisive dans sa réaction. « Il ne faut pas attendre des mois sans savoir qui et comment négociera. L’article 50 du Traité de Lisbonne est très clair. Toute démonstration de tension est inutile. Bruxelles doit se mobiliser afin d’obtenir une nouvelle dose de confiance ».

Par ailleurs, les deux présidents ont échangé au sujet de la crise migratoire. Le rôle de la Bulgarie pour la protection des frontières extérieures de l’UE est très apprécié par tous les leaders européens, a souligné le président Plevneliev. Lors de sa rencontre avec des représentants des milieux d’affaires français, M. Plevneliev a rappelé que la Bulgarie est la meilleure destination d’externalisation pour 2015 et que de plus en plus de sociétés françaises s’y installent.

Le rôle du couple franco-allemand et le plan d’action franco-allemand en cas d’une décision de sortie de la Grande-Bretagne, élaboré en avril dernier par les ministres des affaires étrangères français et allemand, suscitent des analyses dans la presse bulgare.

La journaliste Kapka Todorova présente ce document franco-allemand en se référant à Frankfurter Allgemeine Zeitung dans un éditorial intitulé « Les 10 pages qui vont changer l’Europe » que publie 24 tchassa. Selon la journaliste ce document qui envisage dans l’ensemble une Union plus souple et politiquement plus intégrée en fonction des souhaits et de la capacité des Etats membres conduira en réalité au renforcement des processus de division de l’Union entre le centre et la périphérie, soit à une Union à deux vitesses. Cette division ne se fera pas sur la base de la richesse des Etats mais sur celle de la volonté d’intégration plus ou moins renforcée. Ainsi le principe de fonctionnement de cette nouvelle Union consistera à ne résoudre ensemble que les problèmes allant au-delà des capacités d’un seul Etat membre comme par exemple la sécurité et la crise migratoire.

La France aurait insisté sur le renforcement de l’intégration dans le domaine de la sécurité par la mise en place d’une plateforme de coopération entre les différents services de renseignement et en cas de menace terroriste entre les forces spéciales des armées. Pour sa part, l’Allemagne a proposé que l’Union agisse ensemble en cas de pression migratoire et qu’on complète les accords de Dublin par le partage des réfugiés entre les Etats membres sur le principe des quotas. Quelle serait la place de la Bulgarie dans cette nouvelle Union, se demande la journaliste. Malheureusement, plus d’intégration ne peut intervenir qu’entre des Etats qui sont à même de satisfaire aux mêmes conditions, politiques ou économiques. Or, la Bulgarie, comme cela a été constaté dans les rapports de la Commission européenne, est un membre de l’Union qui pose des problèmes : mauvais fonctionnement du système judiciaire, par conséquent mauvaise lutte contre la corruption et absence de transparence. Une revue des traités à l’occasion de la sortie de la Grande-Bretagne pourrait aller au-delà de la constatation de ces manquements de la Bulgarie et envisager la sanction. Du moins, en son état actuel, la Bulgarie ne pourra pas appartenir à une Union plus intégrée et sera forcément cantonnée dans sa périphérie, conclut Mme Todorova.

Dans une interview intitulée "Le Brexit pourrait avoir un rôle salvateur pour l’Union"(Standart) Dimitar Ganev, politologue du centre d’études Trend, met en exergue l’importance du rôle du couple franco-allemand devant saisir l’occasion du départ du Royaume-Uni, principal frein de l’intégration européenne, pour renforcer l’intégration économique et créer une armée commune. Si le Royaume–Uni n’obtenait pas de statut spécial et d’accès au marché commun, comme le préconisait Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances, une semaine avant le référendum, Bruxelles se retrouverait dans une position forte lui permettant de démontrer ce qui risque d’arriver à tout Etat membre qui décide de quitter l’Union : la désintégration du pays (en l’occurrence, référendum probablement positif pour l’Ecosse ; complication de la situation en Irlande du Nord), atteinte aux intérêts de politique extérieure (éventuelle perte des relations privilégiées avec les Etats-Unis pour lesquels le Royaume-Uni est important en tant que pays membre de l’Union), des problèmes économiques (baisse des investissements, perte du statut de centre financier international). Cela pourrait avoir un rôle de relance pour l’Union et permettrait d’éviter un éventuel effet domino de référendums.

Hier, dans le cadre d’une réunion informelle des ministres des affaires étrangères à Varsovie, Daniel Mitov a appelé la Grande-Bretagne à informer le plus rapidement possible les Etats membres de l’UE de ses intentions afin que « nous puissions prendre nos décisions et mener une discussion informée à 27 ».

Aujourd’hui, le Conseil des ministres a approuvé la position de la Bulgarie dans la cadre du Conseil européen des 28 et 29 juin à Bruxelles. La Bulgarie, représentée par son chef de gouvernement, se dira respectueuse de la volonté des Britanniques tout en soulignant la nécessité que l’Union fasse preuve de force, d’unité et de pragmatisme et prenne des décisions pertinentes afin d’éviter une période d’insécurité qui peut donner lieu à de graves conséquences politiques et économiques. (tous journaux, governement.bg)

L’interview

Boriana Dimitrova : un nouvel engouement existe pour les référendums en Bulgarie

Dnevnik publie une interview avec Boriana Dimitrova, co-présidente exécutive de l’agence sociologique Alpha Research, sur le rôle du Brexit sur la vie politique en Bulgarie, les référendums et l’élection présidentielle.

Le lien entre l’organisation des référendums, les idées populistes et les dangers pour la démocratie représentative devient plus visible et dramatique après le Brexit. Depuis le référendum sur la construction d’une centrale nucléaire à Belene (voir la revue du 28 janvier 2013), on observe une sorte de « référendomanie » en Bulgarie, souligne Mme Dimitrova. Ce nouvel engouement ne vise pas à résoudre des cas concrets, mais plutôt de servir à la légitimation de projets politiques. Ce type de consultation populaire risque de devenir l’otage de luttes personnelles et de projets incertains. Chaque populisme pousse sur la peur de l’avenir. Avec le Brexit, nous avons vu que la peur peut être créée au sein de l’électorat même par les outils de la démocratie directe, souligne la sociologue.

Sur l’élection présidentielle, la raison principale du manque de nomination officielle des candidats des principaux partis a été donnée par les acteurs politiques eux-mêmes avec la crainte de dénigrements, d’attaques et d’usure d’ici à l’automne. « Je ne sais pas s’ils se rendent compte que cette situation porte préjudice aux candidats potentiels : si ceux-ci ne sont pas capables de tenir bon sur quelques mois, comment pourront-ils affronter tout le mandat présidentiel ? », interroge la sociologue. Selon elle, derrière ce manque de clarté se cachent également des luttes au sein de certains partis ainsi qu’une indécision chez d’autres : vont-ils entrer en coalition ou se présenter individuellement. Mais, quelles que soient leurs déclarations, aucun parti ne souhaite avoir comme président une personnalité faisant preuve d’autorité, attachée à des principes clairs et douée de force de conviction. Plus « le candidat sera vu comme périphérique aux partis politiques, moins de casse-tête il leur causera ! ». La tentation de Gueorgui Parvanov, président d’ABC et ancien président de la République (2002-2012) avec l’éventuelle possibilité de se présenter à nouveau pour un troisième mandat est qualifiée par Mme Dimitrova comme du pur « narcissisme » ; du point de vue politique, elle y voir un « déficit d’adéquation ».

Le deuxième mandat de Boïko Borissov à la tête du gouvernement a fait du GERB un parti véritable. Sous le gouvernement Orecharski, beaucoup de politologues et politiciens prévoyaient la décomposition du GERB. Le premier grand défi qui se présente pour chaque nouveau parti est de survivre en opposition tandis que le deuxième est sa survie après le départ de son président-fondateur. Apparemment, le GERB a réussi à passer le premier examen, mais il est encore tôt pour juger du deuxième test, commente la sociologue. Et c’est exactement pour cette raison que Boïko Borissov ne se présentera pas à l’élection présidentielle. Pour l’instant il a prouvé qu’il maîtrisait de manière excellente l’art de la communication politique. Il est le seul homme politique de droite qui est accepté par la gauche et le seul homme politique de gauche, qui est accepté par la droite. Ceci étant dit, tant qu’il n’y a pas d’autre candidat pour ce rôle, M. Borissov restera « le seul à détenir le pouvoir de former des coalitions », conclut Mme Dimitrova. (dnevnik.bg)

Le rapprochement

Un forum à Moscou réunit les présidents du PSB et d’ABC

Le 15e congrès de Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, a réuni à Moscou les présidents des deux partis de gauche au parlement bulgare, PSB et ABC.

Malgré certains signes de rapprochement manifestés de part et d’autre tout de suite après l’élection de Mme Ninova à la tête du PSB, il y a un mois, c’est le forum de Moscou qui les a mis côte à côte lors du débat sur « Le monde en 2016 : enjeux et possibilités », organisé en marge du congrès. Mediapool, qui en rend compte, ne s’étonne pas de l’unisson des thèses de ces deux partis.

L’architecture de sécurité contemporaine ne peut pas être construite sans ou contre la Russie, a déclaré M. Parvanov lors de ce débat en appelant à la levée des sanctions. Le dilemme « Europe ou Russie » n’existe pas pour les Bulgares. « En ce moment, lorsque toutes sortes de leviers sont actionnés contre la Russie, il ne faut pas que la Bulgarie se laisse instrumentaliser par les faucons régionaux occidentaux, en vue d’actes hostiles contre la Russie. Moi et mes camarades, comme la majorité des Bulgares, nous rejetons les sanctions contre la Russie », a-t-il souligné.

Plus loin dans son intervention, il a mis l’accent sur les politiques énergétiques en Europe du Sud-Est. « Il y avait une époque où la région bouillonnait d’initiatives diplomatiques, où des forums multilatéraux étaient organisés tous les ans, des contacts bilatéraux se forgeaient. Y compris dans le domaine de l’énergie. Le temps n’est pas si loin où nous avons eu la chance, ensemble avec la partie russe, de signer un paquet d’accords visant la réalisation de grands projets énergétiques dans l’intérêt de la région et de toute l’Europe ».

Selon M. Parvanov, l’absence de volonté, d’imagination ou de souplesse, a mené à la perte de South Stream, un projet tout à fait viable et bon pour la région et pour l’Europe, tout comme des dissensions idéologiques avaient signé un peu plus tôt la mort du projet de centrale nucléaire Belene.

« L’analyse montre que l’approche de l’UE vis-à-vis des voisins ne fonctionne pas. Il faut que nous passions le plus vite possible à des formes de relations plus coopératives, que nous mettions du contenu pragmatique dans les programmes relatifs au partenariat oriental et à la mer Noire. Il faut activer les relations avec les pays du bassin Caspien et de l’Asie centrale en tenant compte des spécificités et des besoins régionaux. La Bulgarie est particulièrement intéressée à l’ouverture d’un tel débat », a-t-il relevé.

Mme Ninova, pour sa part, a parlé de la préoccupation de son parti face à l’initiative maritime roumaine en mer Noire. Le PSB est résolument contre la participation de la Bulgarie à des formats militaires régionaux, a-t-elle indiqué. Abordant la question des sanctions contre la Russie et de la liste interdisant les déplacements en Europe de citoyens russes, elle a souligné leur inconsistance. « Ces sanctions ont fait beaucoup de mal à l’économie bulgare, à l’agriculture et au tourisme. Il faut qu’elles soient levées .

Lors de leur séjour à Moscou, Mme Ninova et M. Parvanov ont eu des entretiens avec le vice-président de la Douma, Sergueï Narychkine, et des responsables du parti Russie unie.

Par ailleurs, bien qu’aucune source officielle n’indique qu’un tête-à-tête ait pu avoir lieu entre Mme Ninova et M. Parvanov, la question du rapprochement entre leurs deux partis n’est pas fortuite. Un referendum à usage interne, lancé par la nouvelle direction du PSB, devrait apporter la réponse d’ici le 3 juillet prochain comment les socialistes voient l’avenir proche de leur parti. Quelque 100 000 membres du PSB auront à répondre à deux questions. La première porte sur la formule que le parti choisira pour se présenter aux élections présidentielles (seul ou en coalition). La deuxième concerne les partis avec lesquels le PSB pourrait établir des collaborations utiles dans le contexte des présidentielles. A part les noms d’ABC et du Mouvement 21 de Tatiana Dontcheva, créés par des dissidents socialistes, la liste contient les noms de l’ORIM et du Front national pour le salut de la Bulgarie (composantes du Front patriotique), du MDL, d’Ataka, etc. Le grand exclu de cette liste, c’est le GERB. « C’est notre principal adversaire et il n’y a pas de situations possibles où l’on puisse envisager une coalition entre le PSB et le GERB », indique l’ancien député Anton Koutev, chef de l’équipe chargée de l’organisation du referendum interne. (mediapool.bg, Douma, Capital Daily)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 28/06/2016

Haut de page