Mardi 29 mars

Le sondage

Alpha Research : la destruction des forêts et la construction en montagne parmi les problèmes clés de la protection de la nature bulgare

Une étude de l’opinion publique, réalisée du 15 au 22 février 2016 par Alpha Research à la demande de l’organisation environnementaliste internationale WWF, montre la façon dont les Bulgares perçoivent les enjeux de la protection de la nature en Bulgarie. Réalisé à l’échelle nationale, le sondage repose sur 1 027 entretiens réalisés au domicile des personnes interrogées.

76% des enquêtés identifient la coupe et la destruction des forêts comme la menace la plus sérieuse qui pèse durablement sur la nature bulgare. Pour 65%, la construction dans des zones protégées pose un vrai problème. 65% également se disent prêts à soutenir une interdiction générale de toute forme de nouvelles constructions, y compris d’infrastructures touristiques et de sport. Parmi les plus faibles risques pour la nature, selon les personnes interrogées, figurent les centrales nucléaires (3%), l’exploitation des lits des rivières pour des matériaux inertes (7%), la disparition des prairies et pâturages naturels (8%), la pollution due à l’industrie chimique (8%), les changements climatiques (11%).

L’abattage des forêts et la construction restent les deux problèmes les plus visibles et les plus sensibles pour l’homme ordinaire, constate les sociologues de l’agence sur la base d’une analyse comparative des sondages réalisés depuis 2008. Dans le même temps, 70% des sondés ne voient pas de conflit entre la protection de la nature et l’économie. Au contraire, ils considèrent la nature préservée comme une bonne source de prospérité économique. Ce qui semble indiquer que l’opposition économie/ protection de la nature reste plutôt un conflit médiatique.

Selon l’étude, les associations écologistes jouissent du plus grand taux de confiance (52%) parmi les organisations et les institutions sensées protéger la nature. Viennent ensuite les communes et les maires (46% de taux de confiance) et les institutions nationales (45%). A l’autre bout se rangent les entreprises (7%) et les partis politiques (5%) qui n’arrivent pas à convaincre de leurs bonnes intentions. La confiance dans les institutions de recherche est en net recul (20%).

Les experts d’Alpha Research constatent une hausse des attentes des citoyens vis-à-vis de l’Etat quant à la préservation des ressources naturelles. C’est dans ces attentes que s’inscrit le renouvellement du débat sur la construction d’un deuxième téléférique à Bansko. Les citoyens y mettent de plus en plus l’accent sur le respect de la loi et l’implication des institutions publiques.
(https://d2ouvy59p0dg6k.cloudfront.net/downloads/2016_wwf_prouchvane_presentation.pdf, Capital Daily, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Le retrait

Delian Peevski annonce qu’il renonce à l’acquisition de Kanal 3

Dans un communiqué diffusé hier par l’agence en ligne Focus, le député MDL Delian Peevski annonce sa décision de renoncer à l’acquisition de la chaîne de télévision Kanal 3.

En septembre 2015, le Nouveau groupe médiatique bulgare (NGMB, une holding détenue par M. Peevski et sa mère, regroupant plusieurs médias) avait négocié l’achat de Kanal 3. Rapidement validée par la Commission pour la protection de la concurrence, la transaction était sur le point d’être finalisée (voir notre revue du 4 février dernier).

Capital Daily rappelle à cette occasion que dès la fin de 2014, Kanal 3 était perçu comme proche du député Peevski après un réajustement visible de sa politique rédactionnelle, sans qu’aucun changement du capital social ou au sein de la direction n’ait eu lieu à cette époque.

M. Peevski explique sa décision par son intention de se retirer des affaires en Bulgarie, comme il l’avait déclaré récemment (voir notre revue du 22 mars dernier). Dans son communiqué, il énumère également les seuls médias qu’il continue à posséder à travers le NGMB (Monitor, Telegraf, Meridian Match, Politika, Borba), soit une poussière sur les 250 titres de la presse écrite, et déclare n’avoir aucune autre influence dans le secteur médiatique, que ce soit à titre individuel ou à travers des personnes liées.

Voilà une affirmation qui contredit non seulement l’information circulant dans les milieux médiatiques, mais également des déclarations publiques, comme celles de Nedialko Nedialkov, propriétaire de l’agence en ligne PIK qui avait indiqué à plusieurs occasions avoir vendu la moitié de l’hebdomadaire Week-end à M. Peevski, constate Capital Daily.

Dans un commentaire sur le site de Deutsche Welle, Yassen Boyadjiev juge vain de débattre si M. Peevski se retire ou non des affaires. Quelles affaires ? Le modèle pratiqué par le député avait peu de chose en commun avec ce qu’on appelle communément « les affaires ».

Comment peut-on se retirer d’une activité qu’on n’a jamais pratiquée ? Comment peut-on arrêter de faire des affaires, alors qu’on n’en a jamais fait ? La vérité est toute autre, estime le commentateur. M. Peevski ne se retire pas. On le « retire » pour mettre quelqu’un d’autre à sa place. Une manière de balayer la route politique pour mieux renforcer le modèle #Qui.

Parler d’un retrait risque d’induire en erreur. Quelqu’un pourrait penser que le député est une victime, qu’il s’agit d’une bataille livrée entre des cercles d’affaires rivaux. Or, une telle erreur peut s’avérer grave si elle arrive à masquer l’essentiel, le modèle qui tendra à persister sans ou avec M. Peevski.

A la différence des affaires qui font marcher le monde en l’enrichissant et qui supposent d’investir du temps, des efforts, des savoirs et de l’argent, aux risques et périls du seul entrepreneur, dans un milieu concurrentiel, le modèle incarné par le député réduit le risque au minimum, anéantit la concurrence, profite du trafic d’influence d’hommes politiques et de l’appui d’institutions publiques, fait changer les règles à la dernière minute.

Mais être « abonné » aux marchés publics et « vacciné » contre tout contrôle de la part des institutions régulatrices n’a rien à voir avec les affaires. Ce modèle peut prospérer sur le sol national, mais il s’écroule dès qu’on essaie de l’exporter à l’étranger. Ce qui explique les dernières mésaventures de l’entreprise Bulgartabac.

Dans toute cette histoire, il y a malheureusement des victimes, bien que ce ne soit pas M. Peevski. Le modèle qu’il incarne rend vicieux l’environnement économique, tue la concurrence, éloigne des entrepreneurs ou des investisseurs potentiels, corrompt les milieux politiques et sape les fondements institutionnels de l’Etat. La victime, c’est tout l’organisme social qui en sort corrompu et affaibli, conclu M. Boyadjiev. (Capital Daily, Monitor, http://www.dw.com)

L’enquête

La grande misère des services de sécurité bulgares

Anna Zarkova, journaliste à Troud, se demande aujourd’hui qui protège la Bulgarie, « Dieu ou les services de Mme Batchvatova » et se lance dans une longue analyse satirique de certains événements récents et moins récents (l’attentat à l’aéroport de Sarafovo en 2012) qui démontrent la triste réalité du fonctionnement des services de sécurité bulgares.
En réponse à la question « nos services de sécurité sont-ils en mesure de nous protéger d’un attentat ? » un membre du Commando spécialisé de lutte contre le terrorisme (homologue du RAID français) répond : « Mieux vaut ne pas poser cette question en période de troubles, car la réponse n’est pas réjouissante ». En guise de preuve, ses collègues ont envoyé à Troud la photo de la portion journalière distribuée à chaque agent du Commando : une banane pourrie, une orange, une conserve de viande et un morceau de pain. Il est difficile de croire que les forces d’élite bulgares crient famine mais il est légitime de se demander comment elles travaillent. Les passants qui ont eu le malheur de se trouver à l’endroit de l’entraînement antiterroriste en Bulgarie le soir même des attentats à Bruxelles et ont dû rester bloqués sur place pendant des heures sous la pluie le savent déjà. Ceux qui ont assisté un jour plus tard aux efforts de plusieurs services de police dont les Commandos pour maîtriser un forcené ancien chef de police malade mental enfermé chez lui et ayant tiré contre les forces de l’ordre, le savent également. Vingt-deux heures ont été nécessaires à plusieurs détachements spécialisés de policiers et de forces d’élite pour neutraliser un septuagénaire souffrant de séquelles d’une hémorragie cérébrale. Et s’ils devaient faire face à des terroristes de Daech, ironise la journaliste, qui précise que la Bulgarie « est une cible potentielle de Daech » dans la mesure où elle participe en tant que membre de l’UE et de l’OTAN à des missions au Kossovo, en Bosnie, en Afghanistan et en Irak.

La Bulgarie a déjà été la cible d’un attentat en 2012 à l’aéroport de Sarafovo (Bourgas) qui a été mal géré et dont l’enquête, qui reposait « sur une supposition fondée » (selon Tsvetan Tsvetanov, ministre de l’intérieur à l’époque), a été bâclée : des éléments de preuve ont pu quitter les frontières du pays, les services israéliens ont pu agir comme s’ils étaient sur leur territoire national. Enfin pour complaire au Mossad, les autorités se sont pressées à déclarer que cette effusion de sang était l’œuvre du Ḥezbollah, s’indigne Mme Zarkova.

Les conclusions de ces ratés n’ont pas été tirées. La réaction à l’alerte publiée par l’ambassade des Etats-Unis, jeudi dernier, l’a démontré. « L’alerte à la bombe » (dans les transports en commun) a été joyeusement présentée par le premier ministre comme « une exposition d’amour entre un Bulgare et un étranger ». Or, la fumée de cette « exposition » s’étant dissipée, plusieurs vérités honteuses ont été dévoilées : les services bulgares ne connaissent pas le fonctionnement de leurs homologues étrangers, ces derniers ne font aucun cas l’existence des premiers et par-dessus le marché la société bulgare ne fait aucune confiance aux services bulgares. 85% des Bulgares interrogés ont répondu affirmativement à la question « la Bulgarie est-elle menacée d’une attaque terroriste ? » malgré les déclarations de la ministre de l‘intérieur.
Selon Kirtcho Kirov, ancien chef du service national du renseignement, « dans la mesure où le régime de sécurité en Bulgarie n’a rien de strict, il est possible de commettre un acte terroriste à tout moment sans qu’on ait à le planifier longuement et ou y implanter des cellules dormantes etc. » En d’autres mots, résume la journaliste, la présence d’ « organes [de sécurité] dormants » est suffisante pour constituer un danger.

Enfin, les policiers ordinaires interrogés par la fondation Société et sécurité regrettent d’avoir choisi ce métier. « Le ministère de l’intérieur est fortement dépendant du parti politique au pouvoir. Au lieu d’être les policiers de tous, nous sommes impliquées dans d’ignobles scénarios politiques. Les équipes de travail sont constituées non pas en fonction des capacités professionnelles des membres mais afin que ceux-ci puissent s’espionner l’un l’autre », déclare un policier. « Nous faisons un nombre exorbitant d’heures supplémentaires y compris la nuit, sommes fatigués et enfin punis. », se plaint un autre.

Le contexte actuel de la pression migratoire et de la menace de l’islam radical a encore compliqué la situation : 4200 agents du ministère de l’intérieur ont démissionné l’an dernier, le total de jours de congés de compensation auxquels ont droit aujourd’hui les garde-frontières, les policiers et les pompiers à cause des détachements à la frontière et des heures supplémentaires effectuées a atteint 576 209. Incapable de les rémunérer, le ministère de l’intérieur n’a pas d’autres choix que d’autoriser les policiers à partir en congé en mettant ainsi en cause la sécurité nationale. (Troud)

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Dernière modification : 27/04/2016

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