Mardi 29 septembre

Le sondage

Alfa Research : pour 63% des Bulgares, les réfugiés représentent une menace

La directrice d’Alfa Research Boriana Dimitrova a présenté le dernier sondage sur les attitudes envers la crise des réfugiés et les migrants lors d’une conférence sur cette question organisée par l’eurodéputé Svetoslav Malinov (Bloc réformateur). L’étude a été réalisée entre le 5 et le 7 septembre et l’agence précise que certains changements dans les attitudes ont pu se produire depuis.

63% des sondés considèrent le flux migratoire comme une menace. 89% demandent de l’Etat de lutter contre les trafiquants de migrants et 82% exigent le renforcement de la clôture à la frontière.

L’agence note une montée de 14% des attitudes négatives à l’égard des réfugiés par rapport à son dernier sondage, réalisé pour la période 2012-2013, lors de l’éclatement de la précédente crise migratoire en Bulgarie.

Les Bulgares éduqués, âgés entre 25 et 40 ans et vivant dans les grandes villes sont beaucoup plus enclins à soutenir une politique commune européenne et le système des quotas proposé par la Commission européenne. Mais le groupe des gens s’opposant à de telles mesures et soutenant une politique « séparatiste » et traitant uniquement l’intérêt national tend à s’accroître, prévient Mme Dimitrova. L’opinion publique est extrêmement sensible aux propos des responsables à cet instant critique, raison pour laquelle les politiciens et les institutions doivent assumer la responsabilité de leurs actes, assume la sociologue.

L’opinion est toutefois nuancée : 75% des personnes interrogées se disent en faveur d’une attitude plus tolérante de l’Etat envers les réfugiés ; 64% pensent que le pays doit accueillir des réfugiés de guerre selon sa capacité et 57% sont en faveur de l’amélioration des conditions dans les centres de réfugiés.

Cependant la majorité considère que la plupart des gens qui passent par le pays sont des migrants économiques en direction de l’ « l’Europe riche ». Ceux qui restent dans le pays sont considérés comme « une pesanteur », selon le sondage d’Alfa research.

Selon les dernières données de l’Agence d’Etat pour les réfugiés, 11 742 personnes ont déposé des demandes d’asile en Bulgarie depuis le début de l’année. La majorité (4 600) sont des ressortissants Syriens, suivis par des Irakiens et des Afghans. Selon Nikola Kazakov, directeur de l’Agence, le nombre des demandeurs d’asile irakiens a quadruplé. La capacité d’accueil du pays est de 6 500 personnes mais n’est remplie qu’à 48% en raison des départs des demandeurs vers d’autres pays d’Europe. (tous journaux)

L’échiquier

Les grandes puissances rivalisent de solutions à la crise en Syrie

Dans une interview accordée à l’agence Focus que publie Standart, Vladimir Tchoukov, professeur des universités et arabisant, analyse la nouvelle donne géopolitique en Syrie. L’aspiration de la Russie à renforcer sa présence dans « une petite Syrie », comme l’appelle Erdoğan, peut avoir plusieurs lectures : le renforcement des territoires actuellement contrôlés par le gouvernement syrien, l’affirmation de la souveraineté du gouvernement de Bachar el-Assad sur l’ensemble du territoire syrien ou la vision géopolitique beaucoup plus large que peut avoir le bureau de coordination mis en place conjointement avec l’Iran, l’Irak et la Syrie, visant la présence de la Russie sur une bande entre la Méditerranée et le golfe Persique. Seul le temps dira s’il s’agit d’une présence locale ou d’un élargissement de la zone d’influence de la Russie, voire d’une sortie de la situation d’isolement que la Russie subit à la suite de la crise ukrainienne. La Russie veut démontrer que la solution de tout conflit régional implique son intervention. La présence militaire que la Russie pourra s’assurer dans la région pendant les semaines et mois à venir permettra de voir plus clair lequel de ces trois scénarios correspond aux plans du Kremlin.
La Syrie est déjà devenue un théâtre de guerre qui oppose différents intérêts géopolitiques. Les pays occidentaux et les Etats-Unis ont du mal à accepter le renforcement de la présence d’armes russes en Syrie d’autant plus que l’Occident, la Russie et ses partenaires ont différentes visions et différents projets concernant l’après Assad. En effet, la coopération dans la lutte contre Daech et contre l’islam radical n’est qu’un prétexte masquant des ambitions géopolitiques rivales ce qui rend le contexte très compliqué. En ce sens, la rencontre Poutine-Obama est celle de leaders de deux coalitions antiterroristes qui font preuve, ou devraient faire preuve, de leur devoir de coopérer contre l’organisation terroriste la plus dangereuse.
La Russie a d’ailleurs constitué son bloc annoncé initialement comme « quatre plus un », à savoir la Russie, l’Iran, l’Irak et la Syrie et leur petit partenaire qui est le Hezbollah. Cependant, il existe d’autres ressources importantes, comme par exemple le porte-avions chinois [Liaoning-CV-16], qui s’est amarré au port syrien de Tartous. Les avions, les hélicoptères et les effectifs militaires chinois attendus pour la mi-novembre annoncent l’adhésion prochaine de la Chine au nom de la lutte contre les Ouïgours qui ont rejoint les rangs de Daech sur le territoire de la province syrienne d’Idleb.
Par ailleurs, parallèlement à la Russie, on observe l’engagement d’une autre puissance, la France, l’ancien titulaire du mandat sur la Syrie, qui fait ainsi preuve d’aspirations géopolitiques dans cette région du monde. Paris a déjà effectué ses premières frappes contre Daech. Cela annonce la future activation de différents facteurs externes et régionaux qui n’aspirent qu’à se partager l’influence sur ces énormes territoires occupés actuellement par les terroristes. D’autres facteurs régionaux comme l’Iran, la Turquie avec sa « zone interdite » mais aussi l’Arabie Saoudite, ayant vraisemblablement leurs propres intérêts, interviennent également. La reconstitution logique de ce puzzle complexe devrait aboutir à la défaite des terroristes. Du coup ceux qui les auront vaincus se partageront l’influence dans cette zone du monde. (Standart)

L’analyse

Le nouveau doigt d’or : le soutien d’Ataka n’est jamais gratuit

Le soutien accordé par les députés d’Ataka en première lecture au projet de révision de la Constitution (voir notre revue du 24 septembre), s’il a surpris quelques-uns, paraît ne pas avoir de secrets pour d’autres. Dans les pages de l’hebdomadaire Capital, Rossen Bossev analyse le revirement subit d’un parti qui jusque-là boudait dans son coin.

L’entrée en jeu d’Ataka dans les tractations autour de la réforme judiciaire rendra encore plus difficiles celles-ci et aura très probablement pour résultat (mais aussi pour objectif) l’isolement du Bloc réformateur du processus de réforme constitutionnelle, estime l’auteur.

D’après des membres du GERB et du gouvernement contactés par Capital, le soutien du parti de Volen Siderov aurait été scellé au terme de deux jours de négociations intenses. L’argument massue utilisé par le GERB aurait été qu’en s’alliant au projet constitutionnel, Volen Siderov pourrait contrecarrer l’influence d’ABC et de son leader Gueorgui Parvanov à qui l’oppose un conflit de longue date.

Des députés d’Ataka repoussent tout soupçon d’arrangement avec le GERB. Selon Yavor Notev, son parti n’a voulu qu’accélérer la réforme constitutionnelle. En outre, il y aura une deuxième et une troisième lecture du projet constitutionnel, ajoute la députée Magdalena Tacheva, lorsqu’il sera question d’élargir les compétences du service judiciaire d’inspection. Un sujet qui peut intéresser Ataka : le mandat des membres de ce service, relevant du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), expire cet automne.
Un autre élément, susceptible d’avoir fait pencher la balance vers le soutien du projet d’amendement de la Constitution, est l’affaire pendante à l’encontre de M. Siderov, accusé de hooliganisme (voir nos revues du 9, 13 et 16 janvier 2014).

Quels que soient les motifs, réels ou feints, de l’activation d’Ataka, il est évident qu’elle aura des répercussions sur le rôle du Bloc réformateur dans ce dossier et sur son intransigeance sur un des points les plus épineux, à savoir la répartition du quota professionnel et du quota parlementaire au sein du CSM. 

Selon le règlement parlementaire, les députés ont jusqu’à mercredi prochain pour déposer leurs propositions d’amendement au projet constitutionnel. Mais il est très probable que ce délai sera prolongé et que la deuxième lecture du projet sera ajournée pour après les élections municipales.

A en juger par certains propos de la présidente de l’Assemblée nationale, Tsetska Tsatcheva (GERB), son parti envisagerait l’introduction d’une nomination à la majorité qualifiée (2/3 des voix des députés) des membres du CSM relevant du quota parlementaire. Une telle modification, bonne en soi, rendrait impossible la composition du CSM sans les voix du MDL.

Quant au Bloc réformateur, la semaine dernière, il a déposé une proposition d’amendement visant de nouveau l’introduction d’un vote à main levée au sein du CSM [Ndr : proposition retirée au dernier moment du projet initial de révision constitutionnelle sous la pression du MDL et au nom du « compromis historique »]. Et il est très probable que cet amendement soit utilisé comme paravent pour détourner l’attention des concessions à faire `sur la répartition des quotas, conclut Capital.

A titre de rappel, en 2013, le gouvernement Orecharski n’avait pu être investi que grâce au ralliement d’un « doigt d’or » d’Ataka. Le retour au centre du jeu des nationalistes pro-russes devrait leur permettre à nouveau de peser. (Capital)

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Dernière modification : 29/09/2015

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