Mardi 5 janvier

L’interview

La question des qualifications, grande oubliée de la stratégie bulgare de croissance

Troud publie un entretien avec Hristina Voutcheva, professeur de finance et ancienne ministre des finances dans le gouvernement intérimaire de Reneta Indjova (1994-1995). En revenant sur le budget de 2016 et les prévisions du ministre des finances d’une croissance économique de 3% du PIB, elle explique que de tels chiffres ne sont pas suffisants pour que l’amélioration de la situation économique soit ressentie réellement par les Bulgares. Une hausse de 3% n’est pas suffisante pour avoir un reflet sur les revenus et la qualité de vie de gens. En Bulgarie, 20% de la population est menacée par la pauvreté ; par rapport au niveau de pauvreté, à la rémunération horaire et aux inégalités des revenus, la Bulgarie obtient les pires résultats au sein de l’UE.

Il serait irréaliste de s’attendre à un changement de cette situation dans les 2 ou 3 années à venir ; mais un programme de long terme sur la décennie pourrait donner des résultats, explique l’experte. Elle pointe les deux principaux facteurs de la crise : la situation démographique et la qualité de l’éducation qui s’empire constamment.

Le problème de l’éducation doit être pris à bras le corps, mais avec un débat sur le contenu des manuels ; cela devrait être fait en donnant une bonne éducation à tous les enfants : y compris ceux des minorités, des banlieues, des petits villages. Lutter contre la pauvreté, attirer des investissements ne pourra se faire dans un contexte de manque de main d’œuvre qualifiée. De facto, une grande partie de la population bulgare est analphabète et continue de compter sur l’Etat pour survivre.

Selon les données statistiques, la population bulgare est de 7,2 millions, dont deux millions travaillent. Uniquement 10-12% sont embauchés dans des secteurs comme les télécommunications ou les hautes technologies. La plupart des autres sont dans les secteurs de l’agriculture, du commerce, de l’hôtellerie, des travaux. Alors, où est cette main d’œuvre hautement qualifiée qui a le potentiel d’améliorer les revenus et la qualité de vie, demande Mme Voutcheva.

En Bulgarie, tout le monde s’intéresse au cadre budgétaire, aux projets d’infrastructure et surtout à comment dépenser l’argent de l’UE. Les vrais problèmes ne sont jamais affrontés. Certaines organisations touchent énormément d’argent et le pays est fier que des autoroutes sont construites. Mais les problèmes du pays ne se résoudront pas uniquement avec des projets d’infrastructure, prévient Mme Voutcheva. (Troud)

Le parti

Les caractéristiques au sein du MDL ont-elles atteint le point de rupture ?

La crise politique que traverse le Mouvement pour les droits et les libertés (MDL), à la veille de son 26ème anniversaire, donne lieu à beaucoup de commentaires dans la presse bulgare. S’en détachent ceux de Michaïl Ivanov, professeur à la Nouvelle université bulgare et ancien conseiller sur les questions ethniques du président de la République, Jeliou Jelev, témoin de la création et de l’évolution de ce « parti oligarchique bénéficiant d’un noyau électoral de nature ethnique prononcée », qui avait été critiqué par Ahmed Dogan pour avoir tiré la sonnette d’alarme en 1993 sur le danger que représente pour la démocratie en Bulgarie le caractère autoritaire de direction de ce parti (« Je suis préoccupé par la dernière conférence du MDL car la façon dont elle s’est déroulée, le rapport d’Ahmed Dogan, les statuts adoptés, représentent des cas d’école d’autoritarisme. Et je considère que lorsqu’on met en place de conditions y compris formelles au sein d’un parti politique pour qu’il s’identifie à son leader et que le parti s’identifie à un grand groupe de personnes, ce n’est pas dans l’intérêt de la démocratie bulgare. »). M. Ivanov exprime sa position sur l’origine du conflit au sein du MDL dans deux articles que publient l’hebdomadaire Capital Daily et le site dnevnik.bg sous les intitulés « Les contradictions à l’origine de l’érosion du MDL et de la vie politique [bulgare] » et « Peevski est le cauchemar du MDL » dont voici une synthèse.

Le conflit qui déchire le MDL repose sur les relations entre la minorité musulmane en Bulgarie, la Turquie et l’Etat bulgare. Il constitue également un message adressé à l’Etat turc par Ahmed Dogan. Les thèses que Dogan a soutenues dans son discours ne sont pas nouvelles et ne font que reprendre des propos tenus en 1993 : « Nous aimons les Etats-Unis mais c’est loin alors que la réalité, c’est la Russie ».

Dogan a toujours fait preuve de jalousie à l’égard de ce qu’il appelait « notre électorat ». A l’époque, il détruisait les comités de réconciliation nationale dont l’objectif était le rétablissement des droits des minorités ethniques, la diminution des tensions interethniques et l’affirmation de relations interethniques de tolérance en Bulgarie (Ndr : M. Ivanov, qui est à l’origine de la création du premier comité de réconciliation en décembre 1989, s’était déclare dès 1985 contre la politique d’assimilation du parti communiste à l’égard des Turcs de Bulgarie). Il enjoignait aux autres partis de « ne pas y toucher ». Il est probable que Dogan tente d’instaurer un contrôle autoritaire sur la communauté musulmane par l’intermédiaire de l’élection du Grand mufti. Depuis de longues années il procède à ce genre d’ingérence dans les affaires du culte musulman en désignant notamment son leader spirituel.

Depuis sa création, le parti a traversé plusieurs crises invariablement tranchées par l’exclusion des membres qui s’opposaient au despotisme de Dogan et la nomination d’anciens agents de la Sûreté d’Etat à des postes de direction au sein du parti. Mais cette fois, il existe des conditions objectives pouvant donner lieu à une scission du MDL car deux contradictions principales rongeant le parti : celle entre un électorat pauvre dans l’ensemble et le capital oligarchique et celle entre l’orientation libéralo-démocratique déclaré et la pratique autoritaire. La seule raison pour laquelle le parti a pu subsister après les précédentes crises est due à la peur des Turcs de Bulgarie et des Pomaks de rester privés de la protection du MDL.

Mais désormais apparaît au sein de la communauté une nette division entre la nomenklatura du MDL qui veut Dogan et « ce MDL » et les électeurs ordinaires dont personne n’entend la voix mais qui renoncent à « ce MDL ». Symbolisant le modèle oligarchique du parti, Delian Peevski, est devenu le cauchemar du MDL et si les représentants politiques des Turcs de Bulgarie ne se démarquent pas de ce modèle oligarchique, le parti n’aura pas d’avenir, prévient M. Ivanov.

Il reste à voir si les nombreux responsables exclus qui se sont révoltés pendant les années, Gunner Tahir (vice-président depuis 1993 ayant donné sa démission en 1996), Osman Oktaï (secrétaire de 1990 à 1993 et vice-président de 1993 à 2001, considéré comme numéro deux au sein du MDL), Kassim Dal (vice-président de 1993 à 2011, considéré comme numéro deux entre 2001 et 2011) et Liutvi Mestan (président depuis 2013 et exclu de manière spectaculaire le 24 décembre 2015) sauront se distinguer de manière convaincante de « ce MDL » et s’excuser pour avoir été impliqués dans les péchés.

Sinon, le MDL ne dispose d’aucune ressource pouvant donner lieu à un changement car le parti est contraint par sa structure pyramidale autoritaire empêtrée dans des dépendances organisationnelles et économiques (M. Ivanov rappelle la relation étroite entre Ahmed Dogan et Ilia Pavlov, président tué de Multigroup et le vice-président de ce grand groupe économique, Dimitar Ivanov, ancien chef du service de renseignements politiques « la 6ème direction de la Sureté d’Etat » à l’époque communiste, ainsi que la pression exercée par Dogan pour que des acteurs économiques comme Stoyan Dentchev, vice-président de Multigroup, devienne en 1993 secrétaire général du Conseil des ministres ou que Siméon de Saxe-Cobourg transforme l’Agence de la jeunesse et du sport en ministère de manière à ce que la mère de Delian Peevski, Irena Krasteva, bénéficie de l’autonomie nécessaire en tant que directrice du Loto). C’est « l’extrémisme organisationnel » qui règne, conclut M. Ivanov.

Ismet Ismaïl, conseiller municipal (Bloc réformateur) à Sarnitsa, déclare dans une interview à la radio nationale bulgare (BNR) qu’il n’y a aucun signal de scission du MDL dans sa région. « Depuis longtemps le MDL n’est plus un parti politique mais une société d’investissement. On y dépose son argent et on attend ses dividendes. S’opposer au président d’honneur donne lieu à ça [ce qui est arrivé à M. Mestan] ; le MDL est un réseau de fils de soie fins mais très solides qui rendraient captif définitivement celui qui y entrait pour en tirer un profit personnel. ». (Capital Daily, dnevnik.bg)

La méthode

Le baiser qui tue, un art politique maîtrisé par le GERB dans ses relations avec ses partenaires mineurs

« L’Union avec le GERB donne obligatoirement lieu à la déception », titre Sega qui livre une analyse de Svetoslav Spassov sur le comportement politique du GERB et l’état de ses relations avec le Bloc réformateur.

Les turbulences au sein du Bloc réformateur et la réaction du plus grand partenaire de la coalition au pouvoir rappellent des événements analogues ayant abouti à des résultats analogues. La séduction de petits partis dont le GERB attend un soutien parlementaire est de courte durée et laisse le sentiment de déception. Certes, le GERB n’est pas le seul coupable pour les problèmes que rencontre le Bloc réformateur, dans la mesure où l’aspiration au pouvoir des co-leaders a été à ce point fascinante qu’ils aient vu en Boïko Borissov un partenaire approprié et ont oublié toutes leurs réserves à l’égard de sa personne et de son parti. Ils ont consenti à cette alliance redoutable considérant que leur présence à l’Assemblée nationale est nécessaire et importante pour M. Borissov. Or, ils ne savaient pas que seuls les intérêts (et non pas les amis) sont éternels pour le premier ministre lorsque ceux-ci lui permettent de trouver ailleurs ce dont il ne dispose pas chez lui : le MDL, Ataka, et Ordre, loi et justice (OLJ). M. Borissov agit en fonction de la situation mais de manière cohérente à chaque fois : l’étreinte protectrice est souvent suivie d’une chute dans l’abîme.

C’est la deuxième fois que Borissov accepte le mandat de former un gouvernement, qu’il manque de sièges au parlement pour gouverner en autonomie, qu’il obtient le soutien d’un autre groupe parlementaire et qu’il parvient à scinder ce groupe par son action ou l’inaction dans le cas du Bloc réformateur. En 2009, c’est Ataka qui a permis au GERB, ne disposant alors que de 117 sièges, d’avoir la majorité à la 41ème législature de l’Assemblée nationale. Le modus operandi du GERB et d’Ataka rappelle les métamorphoses au sein du Bloc réformateur. Siderov, qui qualifiait Borissov de « bandit » et son parti de « créature oligarchique » lorsque Borissov était maire de Sofia, avait brusquement changé de ton en 2009 en offrant le soutien de ses 21 députés sur certains sujets considérés comme importants pour son parti comme par exemple le Code électoral, une loi sur les referendums, la réduction de la fonction publique et la lutte contre les ententes ou encore un audit des « dégâts » de la coalition tripartite précédemment au pouvoir. Borissov avait salué « la position responsable » de Siderov sans mettre à l’ordre du jour les priorités négociées d’Ataka. La quatrième force politique au début de la 41ème législature s’était transformée ainsi en une équipe de parlementaires indépendants. OLJ avait connu un sort analogue cinq mois seulement après sa création, même si c’était pour des raisons différentes.

Le prix à payer pour devenir partenaire du GERB est également élevé au niveau communal. Les anciens maires de Varna et de Sliven, Kiril Iordanov et Iordan Letchkov, en sont la preuve. Enfin, le GERB n’est pas fidèle aux initiatives qu’il a promis de soutenir comme par exemple la mise en place d’un seuil plus bas pour valider les referendums (40% des votants aux dernières élections parlementaires). Dans ce contexte la vice-première ministre Kouneva et les DBF seraient bien avisés de s’attendre à recevoir un coup bas de la part du GERB concernant la législation de lutte anti-corruption. (Sega)

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Dernière modification : 06/01/2016

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