Mardi 6 décembre

Le signalement

Préparatifs d’acte terroriste en Bulgarie ou maladresse de communication de la ministre de l’intérieur ?

Roumiana Batchvarova, ministre démissionaire de l’Intérieur, a confirmé et démenti, dans la même journée, l’existence d’un signalement concernant la préparation d’un acte terroriste en Bulgarie.

Hier à midi, à Harmanli, où elle s’était rendue pour inspecter l’érection d’une clôture autour du centre d’accueil de migrants, elle a répondu de manière affirmative à la question d’un journaliste qui voulait savoir si le ministère était au courant de rumeurs faisant état de préparatifs d’un attentat en Bulgarie. En effet, après les heurts entre la police et des Afghans au centre de Harmanli, de telles informations étaient véhiculées par les réseaux sociaux et des médias à l’étranger qui parlaient d’éventuels actes de vengeance de la part des Afghans.

« Nous avons reçu par voie diplomatique des informations concernant trois ou quatre personnes de ce type, qui ont été identifiées et dont les documents ont été contrôlés. Très probablement, ces personnes ne resteront pas sur notre territoire, nous avons pris toutes les mesures. Oui, nous avons [un tel signalement] et nous travaillons à la prévention de tels actes », avait déclaré la ministre sans donner plus de détails. Un peu plus tard dans la journée, ses propos ont fait le tour des médias en ligne qui les ont interprétés comme un signalement parvenu au ministère et sur lequel celui-ci travaillait d’arrache-pied.

Le soir, aux heures de pointe, les rames sur une des lignes du métro à Sofia se sont trouvées arrêtées pendant plus de quarante minutes, alimentant ainsi les rumeurs d’acte terroriste. Des passagers en proie à la panique tweetaient et envoyaient des posts sur leur téléphone portable… jusqu’à ce que la mairie informe qu’il s’agissait d’une défaillance technique.

Interrogé, le Parquet a indiqué qu’il ne disposait d’aucune information relative à la préparation d’actes terroristes. Contraint d’intervenir, le centre de presse du ministère de l’Intérieur a indiqué que « les services [avaient] identifié les personnes diffusant sur les réseaux sociaux des allégations manipulatrices de menaces adressées à la Bulgarie par des ressortissants étrangers ». Enfin, le ministère a dû reconnaître que Mme Batchvarova s’était mal exprimée et qu’il n’a pas été question de menaces terroristes, mais d’Afghans du centre de Harmanli que les autorités avaient décidé de renvoyer dans leur pays d’origine après la tentative d’émeute de la semaine dernière (voir notre revue du 25 novembre dernier). BgNes estime par ailleurs que les propos malencontreux de la ministre ont été motivés par la manifestation organisée mercredi dernier à Londres devant les locaux de l’ambassade bulgare par des Afghans en signe de soutien avec leurs compatriotes placés à Harmanli. (Sega, dnevnik.bg)

Les analyses

L’Institut Ivan Hadjiiski voit un « énorme potentiel populiste et nationaliste » en Bulgarie

L’Institut Ivan Hadjiiski a publié son analyse mensuelle sur le paysage politique en Bulgarie qui est repris aujourd’hui par les médias. L’accent est mis sur « la volonté citoyenne de changements » et « l’énorme potentiel populiste et nationaliste qui jouit d’un large horizon de développement ». Les résultats de l’élection présidentielle ont montré que la Bulgarie n’est pas exclue de la tendance européenne et mondiale de rejet du statu quo politique, des figures politiques traditionnelles et des messages libéraux, commentent les sociologues de l’Institut.

Le candidat de la mouvance patriotique a réussi à obtenir 15% au premier tour de l’élection présidentielle et s’est rangé en troisième position. A présent, le défi qui se présente devant la coalition nationaliste (ORIM, Front national pour le salut de la Bulgarie et Ataka) est de conserver ce résultat aux élections législatives anticipées, voire d’élargir son soutien. Les patriotes vont sans doute profiter de la tension sociale crée par les protestations contre les migrants à Sofia et les émeutes de Harmanli. Leurs déclarations selon lesquelles ils sont prêts à former un gouvernement dans le cadre de la législature actuelle (voir notre revue du 24 novembre) sont jugées par l’Institut comme une bonne tactique. Les patriotes sont conscients du manque de possibilité réelle de former un gouvernement, mais ont pu, par de tels propos, souligner leur désir de stabilité et d’Etat fort.

Le but principal des patriotes est de montrer qu’actuellement ils sont les seuls qui « veulent le pouvoir et peuvent en assumer la responsabilité », continue Troud. Dans un commentaire, le quotidien souligne que les co-présidents du Front patriotique font montre d’une estime de soi politique typique de gens qui viennent de connaître leur heure de gloire ou attendent l’arrivée imminente de celle-ci. Selon Troud, qui doute des capacités réelles des patriotes de réaliser leurs promesses, un gouvernement des patriotes pourrait, paradoxalement, s’avérer très utile à la démocratie bulgare. Il permettra aux électeurs « d’avoir enfin une vision réelle du potentiel de gouvernance et des qualités réelles des candidats à la gloire politique ».

La section bulgare de la Deutsche Welle revient également sur la vague de populisme dans la politique bulgare, en soulignant que le premier ministre démissionnaire en donne lui aussi un bon exemple, surtout quand on associe le populisme à la fuite des responsables politiques devant les réformes impopulaires. Dans un article repris par Sega, le site énumère quelques exemples populistes de la politique de Boïko Borissov pour mettre au final l’accent sur « l’exacerbation de la peur des flux migratoires ». Celle-ci a « eu pour but de détourner l’attention des véritables problèmes », mais au final cette atmosphère délétère créée par M. Borissov, a été retournée avec succès par ses opposants contre lui, commente la Deutsche Welle. (dw.com, Standart, Troud, Sega)

L’appel

Le Parquet européen : vers une justice européenne

24 tchassa publie une lettre de soutien à la création d’un parquet européen, signée par des procureurs de sept Etats membres (la Belgique, la Bulgarie, la Grèce, l’Espagne, la France, le Luxembourg et la Roumanie) dont les Bulgares Daniela Macheva, ancienne vice-ministre de la justice et procureur à la cellule d’analyse auprès du Parquet suprême de cassation, et Tsvetomir Iossifov, responsable du département des relations internationales de cette dernière institution, et les Français Catherine Pignon, présidente de la Conférence nationale des procureurs généraux français, et François Falletti, ancien procureur général près la Cour d’appel de Paris.

« Les frontières nationales ne constituent pas des obstacles pour la criminalité. Et bien que beaucoup d’efforts aient été consentis pour améliorer la coopération dans le domaine de la lutte contre la criminalité organisée transnationale et que la plupart de nous aient été magistrats de liaison dans d’autres Etats membres de l’UE, la collecte d’éléments de preuves à l’étranger et les enquêtes conjointes restent des processus lents. Or, nos économies et l’argent des contribuables européens méritent d’être mieux protégés contre toute atteinte criminelle. Cinquante milliards d’euros de moins de recettes rentrent dans les budgets des Etats membres et de l’UE à cause de la criminalité transnationale. » C’est ainsi que les signataires de la lettre motivent leur démarche et appellent les Etats membres à faire aboutir le processus de création d’un parquet européen, lancé en 2013.

Pour rappel, le 17 juillet 2013, la Commission a proposé un règlement instaurant un Parquet européen. Ce règlement repose sur l’article 86 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui autorise le Conseil à créer un parquet afin de combattre les infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union. Le 16 janvier 2015, Monica Macovei, députée européenne et vice-présidente de la Commission LIBE (Libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures) du Parlement européen a rendu un rapport intermédiaire sur ce projet : « nous avons besoin d’un Parquet européen » y affirme-t-elle.

Les signataires de la lettre rappellent les grandes lignes de ce projet. Le Parquet sera mis en place en tant qu’organe déconcentré de l’UE et intégré dans les systèmes judiciaires nationaux. Ses agents mèneront les instructions et engageront les poursuites avec l’aide de personnels nationaux et, d’une manière générale, en application du droit national et conformément à une stratégie européenne commune d’enquête et de poursuites pénales. Sous le contrôle des juridictions nationales et européennes, le parquet garantira l’accès à des voies de recours et à un procès équitable dans le cadre des procédures qu’il aura ouvert.

« Forts de notre expérience dans le domaine pénal, nous sommes fermement convaincus de la valeur ajoutée du Parquet européen. Nous appelons les Etats à finaliser les négociations commencées en 2013 afin d’adopter une proposition d’acte légal le plus rapidement possible permettant de passer à une autre étape qualitative dans la lutte contre la criminalité internationale », concluent les procureurs européens. (24 tchassa, europa.eu)

Rubrique France

Les médias rendent compte de la démission du premier ministre français Manuel Valls qui a annoncé hier sa candidature à la présidence de la République. A la tête du gouvernement, il sera remplacé par Bernard Cazeneuve.

Dernière modification : 06/12/2016

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