Mardi 8 novembre

La volatilité

Roumen Radev réussit à doubler le résultat du PSB des dernières élections législatives de 2014 ; l’électorat du GERB s’est éparpillé ce dimanche

D’après les résultats des sondages à la sortie des urnes et les résultats intermédiaires du décompte à 95% des procès-verbaux du scrutin, les agences sociologiques et les médias dessinent aujourd’hui la dynamique du vote et surtout la volatilité électorale, dans une tentative de présenter l’éventuelle répartition du soutien pour les deux candidats lors du deuxième tour ce dimanche.

Gallup International dresse un « profil horizontal » de cette volatilité, repris par Standart et 24 tchassa. 24 tchassa fait également une comparaison des performances des principaux candidats avec les résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2011 et des législatives de 2014.

Seulement un peu plus de la moitié des sympathisants du GERB ont voté pour la candidate de leur parti. Le reste du socle habituel du principal parti au pouvoir se répartit entre le candidat soutenu par le PSB Roumen Radev, l’homme d’affaires Vesselin Marechki et le candidat des nationalistes, Krassimir Karakatchanov. Tsetska Tsatcheva a réussi à obtenir 797 697 voix, nettement moins que le résultat du GERB en 2014 (1 072 491). L’actuel président de la République, Rossen Plevneliev, qui était soutenu en 2011 par le GERB, avait réuni 1 349 380 voix dès le premier tour de scrutin.

La mobilisation du PSB est visiblement plus importante : presque 80% des électeurs du parti ont soutenu le général Radev. Il réussit également à collecter des suffrages venus « d’autres niches politiques », relève Gallup International, ce que confirme la comparaison de son résultat personnel avec le score du PSB lors des dernières élections législatives (932 177 contre 505 527 voix). Pour autant, M. Radev ne réussit pas à faire jeu égal avec Ivaïlo Kalfine, qui était en 2011 le candidat à l’élection présidentielle présenté par le PSB. L’actuel candidat d’ABC avait alors obtenu 974 300 suffrages.

Deux tiers de l’électorat d’Ataka ont soutenu le candidat de la coalition nationaliste (ORIM, Front national pour le salut de la Bulgarie, Ataka). Les autres ont voté pour le général Radev et M. Marechki. La mobilisation au sein de l’ORIM est plus nette : les trois quarts de ses électeurs ont voté pour M. Karakatchanov, qui est aussi le président de leur parti. Le point le plus intéressant dans le profil politique des électeurs de M. Karakatchanov est le fait qu’environ 100 000 d’eux déclarent avoir voté GERB aux dernières élections. Il rallie également le soutien d’électeurs qui n’avaient pas voté en 2014.

Cette tendance concerne encore davantage M. Marechki, qui a réussi à rassembler de nombreux électeurs qui n’avaient pas voté aux élections précédentes. Mais il mord également sur l’électorat traditionnel du GERB, qui compte pour un tiers de ses suffrages.

Pour la première fois après dix élections consécutives, le GERB perd dans des villes considérées jusqu’à présent comme des « bastions sûrs » pour lui, ajoute Sega. Les « forteresses » Sofia et Plovdiv sont remportées par M. Radev. Le PSB remporte une victoire dans la capitale pour la première fois depuis 1990. M. Radev arrive en tête dans la plupart des régions. Mme Tsatcheva ne le dépasse que dans les régions de Bourgas, Choumen, Silistra et Blagoevgrad. Dans trois régions à forte population turque (Kardjali, Targovichte et Razgrad), c’est Plamen Orecharski, le candidat soutenu par le MDL, qui arrive en tête. Enfin, la région de Varna se distingue en accordant sa préférence à un Varniote, M. Marechki. (tous journaux)

Le perdant

Le début de la fin du GERB ?

Deux jours après le premier tour de l’élection présidentielle, la presse a désormais suffisamment d’éléments pour tirer les grandes leçons de ce scrutin. Ses titres sont éloquents : « Le GERB a perdu un demi-million d’électeurs à l’étranger et en Bulgarie. C’est la première fois depuis 10 ans que le candidat de la gauche remporte la victoire à Sofia, à Plovdiv et fait une percée aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. » (Sega) ; « La magie de Boïko n’a plus d’effet. Le PSB n’a pas à se réjouir car toute la plus-value vient du général Radev » (Sega) ; « Le GERB cède à la panique : il menace de chaos et de désintégration » (Douma) ; « « La faux pas de Borissov a conduit l’Etat et sa propre carrière dans le chaos » (Troud) ; « Les fruits de la colère » (mediapool.bg) ; « Election 2016 : percée (et avertissement) » (dnevnik.bg).

Tsetska Tsatcheva, présidente de l’Assemblée nationale pendant deux législatures, bien connue sur la scène politique et désignée comme candidate du GERB un mois seulement avant l’élection, n’arrive qu’en deuxième position au premier tour. Nouvelle recrue sur la scène politique, l’ex-général d’aviation Roumen Radev, désigné quelques mois seulement avant l’élection et soutenu par le PSB, lui dame le pion. Et bien que la différence entre les deux candidats ne soit que de l’ordre de quatre points, le fait que seuls 800 000 (contre 1 670 000 en 2009) des 3 967 629 participants à cette élection aient voté pour le GERB a eu l’effet d’une sanction aussi puissante qu’un tsunami, considère Sega qui scrute les résultats circonscription par circonscription. Après dix victoires électorales successives, le GERB a perdu dans des villes relevant de son pré carré (maires et conseillers municipaux) où son score a toujours été de loin meilleur que ceux de ses rivaux.

« Nous nous étions habitués au GERB comme à nos vieilles chaussures, indépendamment des turpitudes, de l’arbitraire et de la servilité à l’égard des cercles oligarchiques de la part de ce parti, du statu quo des pouvoirs fusionnés au sein d’un même leadership. Le système politique avait commencé à ressembler à une solution chimique saturée, celle de l’arbitraire des gouvernants et de la résignation du peuple dont ces derniers se nourrissent. Et du coup la surprise de la défaite est si glaciale qu’elle a laissé son empreinte sur le visage de Kornelia Ninova, présidente du PSB, qui n’a même pas osé prononcer le mot de « démission » bien que sollicitée à plusieurs reprises par les journalistes. La percée a été faite et le système politique a reçu une gifle difficile à nier », observe Petya Vladimirova dans un commentaire publié sur dnevnik.bg.

Selon Petyo Tsekov de Sega, le grand responsable de cette défaite du GERB n’est pas le parti lui-même, ni la candidate, mais bien le leader du parti et premier ministre de la Bulgarie, qui est aussi le premier grand perdant de cette élection. Outrecuidant et méprisant à l’égard même de ses propres électeurs, il a annoncé, un mois seulement avant l’élection, un candidat privé de charisme, insignifiant et sage, à qui il a même interdit de parler et de participer aux débats. Plein d’assurance, il s’est même engagé à démissionner en cas d’échec de sa protégée. Une promesse dont le report de la mise en œuvre pour l’après-ballottage constitue une deuxième humiliation pour Boïko Borissov. Ce dernier, en bref, a mal évalué les tendances dans son pays et a inutilement misé sur de modestes réussites, commettant par là-même une erreur capitale qui engage le destin de son pays, résume pour Deutsche Welle Klaus Schrameyer, diplomate allemand, ancien numéro deux à l’ambassade d’Allemagne en Bulgarie.

Mais pourquoi l’emprise de Borissov sur le pouvoir s’est-elle relâchée ? Roumiana Tchervenkova pose la question dans Capital Daily. C’est parce que l’Etat ne peut pas être gouverné de façon incohérente, imprévisible et sans assumer la responsabilité des décisions du gouvernement. Le « talent de communication » de Borissov ne suffit plus pour dissimuler son refus de gouverner l’Etat dans l’intérêt de ses citoyens. Mme Tchervenkova rappelle que le GERB est revenu au pouvoir grâce aux protestations contre le gouvernement PSB-MDL qui avait mis en évidence à quel point l’Etat était sous l’emprise de l’oligarchie. Un an plus tard, le blocage de la réforme judiciaire et la répartition des marchés publics entre les membres de cette même oligarchie a très vite permis de comprendre que l’Etat ne s’était pas libéré de cette emprise suicidaire sous le deuxième gouvernement du GERB. La gestion de la faillite de la KTB a confirmé que rien n’avait changé au plus profond des dépendances de l’Etat.

« Il est évident que le soutien pour Radev constitue un vote de protestation contre la majorité au pouvoir. Il est sensé que le GERB entende la voix des citoyens qui a apporté la preuve de l’existence d’un mécontentement. Il serait bien qu’on lise les signaux que les citoyens nous envoient. Je me rends compte de ce signal et nous ne le nions pas. Le gouvernement a également envoyé un signal à la société en s’engageant à démissionner en cas d’échec au second tour », a observé aujourd’hui Roumiana Batchvarova

Mais le premier tour de l’élection présidentielle et le référendum tenu le même jour ont permis d’identifier un autre grand perdant, constate Petyo Tsekov de Sega. Il ne s’agit pas d’une personne, ni d’un parti mais bien de l’image généralisée de l’élite bulgare obsédée par son élitisme de laboratoire : une élite dont la vision est incapable de franchir les limites du centre-ville et de l’écran de l’ordinateur. Une élite qui se veut tolérante et démocratique mais s’est permis de traiter le peuple de « stupide » et de « passionnée de tchalga » lorsqu’elle a compris qu’il manquait très peu de voix pour que le référendum réussisse ( Ndr. : à l’heure actuelle 3 487 428 Bulgares ont participé au référendum sur la base d’un peu moins de 100 % des procès-verbaux, environ 13 000 suffrages manquent pour atteindre la participation aux dernières élections législatives afin que la volonté du peuple devienne obligatoire pour l’assemblée nationale). Cette élite a alors repris le refrain bien connu de l’incapacité du peuple à décider de questions importantes arguant « qu’il vaut mieux laisser tout dans les mains de Boïko qui, au moins, est de droite ». Or, cette élite méprisante n’est même pas capable de comprendre que ce peuple a changé et que le « pour » et le « contre » le communisme, l’OTAN et l’UE ne sont plus en mesure de déterminer son choix car ils ne figurent plus parmi ses priorités. En conclusion, après l’échec de la gauche, suivi de celui de la droite, on assiste à présent à l’échec du centre-droit, quand bien même un nouveau projet antisystème qui demande de manière argumentée de venir au pouvoir n’est pas encore à l’ordre du jour. Tout au moins le succès de M. Radev démontre-t-il que les vieux partis ont besoin de nouveaux visages pour se maintenir sur la scène politique. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg, Deutsche Welle)

Les gagnants

Les nationalistes et un homme d’affaires, vainqueurs inattendus du premier tour

Les médias s’intéressent à l’émergence d’un pôle nationaliste, concrétisée par le score élevé de M. Karakatchanov au premier tour, et au résultat surprenant de M. Marechki.

Krassimir Karakatchanov, candidat des Patriotes unis, est arrivée troisième dans la course à la présidence de la République. La récente alliance de trois partis politiques représentés au parlement, le Front national pour le salut de la Bulgarie, l’ORIM et Ataka (les deux premiers alliés depuis 2014 au sein du Front patriotique), a visiblement donné des résultats et ses dirigeants annoncent dès maintenant leur résolution à maintenir ce format pour les élections législatives, quelle que soit leur date. « Les "patriotes" se sont retrouvés dans le rôle le plus convoité dans de tels scrutins : lorsqu’il existe deux options et l’électeur n’aime ni l’une, ni l’autre, il en cherche une troisième. […] Ensuite, ils se sont unis. Et enfin, de nos jours, le nationalisme est en vogue partout en Occident. Voilà pourquoi je m’attends de leur part à de nouveaux succès puisque leur montée en force va attirer de nouveaux électeurs », relève le politologue Parvan Simeonov. « Et à partir de ce moment, tout dépendra de l’habileté de leurs dirigeants à faire fructifier ce capital politique. Un énorme capital qui dépasse les prévisions de tous les analystes : il y a à peine cinq ans, M. Karakatchanov n’avait récolté que 30 000 voix, alors qu’aujourd’hui il en a récolté plus d’un demi-million », souligne-t-il.

La rhétorique anti-réfugiés explique également le bon résultat des patriotes, indique 24 Tchassa. La démagogie plus atténuée du GERB et du PSB a ouvert la voie à leurs messages faux, mais bruyants. Mediapool relève à son tour les positions solides conquises par les idées excentriques et populistes des « patriotes ». « Plus d’un demi-million de Bulgares ont apparemment cru les propos selon lesquels les migrants, les burqas, les Tziganes et les investisseurs occidentaux représentent la plus grande menace pour le pays. […] Mais ce n’est pas étonnant, les gens ressentent l’injustice et l’arbitraire sans voir de solution utile. Du moins, les candidats des deux plus grands partis, faisant partie du problème, ne leur en proposent aucune ».

L’électorat de cette alliance « patriotique » reste très disparate, vacillant entre les positions résolument antirusses de Valeri Simeonov, le dirigeant du Front national pour le salut de la Bulgarie, et la russophilie à l’extrême du leader d’Ataka, Volen Siderov. On ne sait pas encore bien à quel point leurs électeurs vont soutenir le candidat de la gauche, Roumen Radev, au second tour. « Les gens ont voté pour nous selon leur conscience ; l’idéologie est de retour en politique. Comment vous imaginez-vous que nous pourrions nous comporter comme des rustres et dire à ceux qui nous ont soutenu cœur et âme qu’il faut voter pour X ou Y ? Nous n’entrerons pas dans des tractations », a déclaré dans la nuit électorale Krassimir Karakatchanov.

Dans un commentaire pour Dnevnik, Peter Tcholakov estime que l’avance de Roumen Radev sur Tsetska Tsatcheva, donnée comme favorite au premier tour, a contribué à obnubiler les deux éléphants sortis des urnes dimanche dernier : le candidat des patriotes unies Krassimir Karakatchanov et l’homme d’affaires Vesselin Marechki. Déplorant la facilité avec laquelle certains politologues ont conclu que la configuration politique derrière M. Karakatchanov était instable et que M. Marechki avait raflé les votes de protestation, M. Tcholakov estime qu’il est temps d’ouvrir les yeux et de voir que ces deux « éléphants » peuvent décider de l’issue du match.

Selon M. Tcholakov, il n’y a rien de fortuit dans les résultats du candidat des Patriotes unis. Tous les sondages montrent que les Bulgares deviennent de plus en plus intolérants envers la population turcophone et les Roms. D’autre part, de plus en plus de Bulgares estiment que les menaces extérieures, dont le terrorisme international et les flux migratoires, représentent le véritable risque pour le pays. Un environnement mûr pour l’éclosion du populisme radical. Les conflits entre les dirigeants ayant réduit le poids électoral des partis populistes de droite et de gauche, ceux-ci ont décidé de s’unir et les résultats n’ont pas tardé. Aideront-ils le général Radev à décoller ? La réponse n’est pas évidente puisque tout soutien de leur part risque d’éloigner les électeurs du MDL auxquels la consigne a été déjà donné, par leur leader, de voter à gauche.

Mais n’oublions pas l’autre « éléphant », souligne M. Tcholakov. Vesselin Marechki est l’exemple typique d’un homme qui a réussi après la chute du communisme. Après des études à Moscou, où il a établi ses premiers contacts dans les milieux pharmaceutiques, il a rapidement créé une chaîne prospère de pharmacies en Bulgarie. En 2015, il s’est lancé dans le commerce de carburants. Ses stations-service font du dumping et vendent à des prix imbattables (30 centimes par litre en-dessous des prix courants sur le marché). Selon des experts, M. Marechki n’est pas dans une situation financière qui lui permette de défier les monopoles et il faut plutôt voir derrière ses ambitions politiques, qui datent de 2006, le soutien d’intérêts économiques plus puissants. Son succès au premier tour, dimanche dernier, soulève bien des questions. Comment a-t-il réussi son coup (10,87% ou 394 470 voix) sans disposer de réelles structures de parti ? Comment expliquer le fait qu’oubliant ses critiques farouches envers le GERB et Boïko Borissov, il s’est dit prêt à soutenir la candidate du GERB au second tour ? En 2011, candidat à la mairie de Varna, M. Marechki en campagne affirmait qu’il était contre le candidat du GERB, mais non contre le parti de M. Borissov et que ses relations avec ce dernier n’avaient jamais été froides. Y a-t-il un arrangement entre M. Marechki et le parti au pouvoir ? Est-il le pharmacien qui administrera le remède qui donnera un remontant à Mme Tsatcheva ? Réponse dans quelques jours, conclut M. Tcholakov. (24 Tchassa, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Rubrique France

Sega informe du nouveau projet Coradia iLint du géant français Alstom : des trains à carburant d’hydrogène, émettant 0% de gaz à effet de serre.

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Dernière modification : 08/11/2016

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