Mardi 8 septembre

La réaction

La Bulgarie précise ses positions sur la crise des migrants

La Bulgarie souhaite que l’Union européenne harmonise sa législation afin de se doter d’un arsenal de sanctions plus strictes contre les trafiquants de migrants et de mettre en place un Parquet européen commun pour lutter contre ce fléau. Sofia travaille déjà sur la formation d’un organe spécialisé commun entre le ministère de l’intérieur et le Parquet pour lutter contre le trafic, ont annoncé ce matin lors d’une conférence de presse conjointe les trois vice-premiers ministres Roumiana Batchvarova, Meglena Kouneva et Ivaïlo Kalfin et le ministre des affaires étrangères Daniel Mitov après avoir défini la position de la Bulgarie sur la crise des réfugiés avec le premier ministre Boïko Borissov.

La Bulgarie soutient l’ouverture de centres communs d’enregistrement de réfugiés dans les pays soumis à une grande pression migratoire tels que l’Italie et la Grèce. Cependant elle propose également l’ouverture de tels centres dans les pays d’origine des migrants et leurs pays voisins. Les pays du Moyen-Orient devraient assumer davantage de responsabilités, a dit M. Mitov. La volonté de réforme du règlement de Dublin a été de nouveau soulignée ainsi que la nécessité d’établir un statut de réfugié commun valable pour toute l’Europe ou des demandes de statut unifiées.

Mme Batchvarova a laissé entrevoir que la Bulgarie accepterait d’accueillir environ 1 500 nouveaux migrants comme le prévoit le nouveau plan de la Commission européenne qui sera présenté officiellement demain au Parlement européen, écrit Dnevnik.

De son côté, après avoir évoqué la semaine dernière par téléphone avec son homologue grec cette crise sans précédent, le premier ministre a eu hier un entretien téléphonique avec son homologue roumain. Selon des sources gouvernementales, citées par Standart, M. Borissov appelle Sofia, Bucarest et Athènes à défendre une position commune devant le Conseil de l’UE. L’Europe est menacée cet hiver par une grave crise humanitaire, a prévenu M. Borissov.

Selon Iliana Yotova, eurodéputée et membre du Conseil national du PSB, la Bulgarie est en train de rater la possibilité de jouer un rôle plus important sur la scène européenne à propos de cette crise. Une position nationale claire sur ce sujet est indispensable et celle-ci doit être fermement soutenue par Roumyana Batchvarova lors du conseil des ministres de l’interieur lundi prochain, souligne Mme Yotova. Selon elle, la Bulgarie ne doit non seulement pas accueillir de nouveaux migrants, mais a droit à un statut spécial vu le nombre de réfugiés qu’elle a déjà accueilli et pourrait dons demander à figurer dans le groupe des pays qui vont être soulagés de ce poids par leurs partenaires européens.

Dans un entretien accordé à Monitor, le porte-parole en Bulgarie du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, Boris Tchechirkov, souligne également que les pays du Moyen-Orient ou d’autres Etats développés pourraient jouer un rôle plus important et aider davantage les réfugiés. Beaucoup de migrants peuvent trouver refuge dans les pays du monde arabe, souligne M. Tchechirkov. Selon lui, jusqu’à présent, l’Europe ne gère pas très bien le flux de réfugiés ce qui provoque la montée d’opinions extrêmes et xénophobes. L’une des mesures principales à prendre serait de lutter contre la source de cette crise : les conflits dans les régions qui sont à la base du problème, estime M. Tchechirkov. (tous journaux)

La démolition

Constructions illégales roms : phase deux

Hier, vers 11 h 00, les autorités publiques chargées de la supervision de la construction ont repris la démolition de six maisons illégales dans le quartier rom de Garmen (voir nos revues du 26 mai, 3 juin et 13 juillet). Des dizaines de policiers et des gendarmes étaient sur place pour assurer l’ordre. Finalement, n’ont disparu que quatre maisons, les deux autres ayant été jugées trop massives (à deux et à trois étages) pour la capacité des moyens techniques prévus.

Après les premiers actes en ce sens, entrepris fin juin à la suite de protestations anti-roms de la population locale mêlées de clameurs nationalistes, lorsque quatre maisons (sur les 124 inventoriées comme constructions illégales) avaient disparues sous les coups des pelleteuses, la Cour européenne des droits de l’homme avait sévèrement mis en garde les autorités bulgares en leur rappelant qu’en préalable à toute destruction, elles étaient censées assurer des logements provisoires aux personnes délogées. La démolition avait été suspendue et le gouvernement avait chargé la mairie de Garmen de la tâche difficile de proposer rapidement un hébergement alternatif aux familles roms concernées.

Or, à en croire l’avocate Daniela Mikhaïlova de l’association Initiative pour des chances équitables, représentant les familles du quartier rom, la municipalité de Garmen n’a proposé aucune solution aux personnes dont les maisons vont disparaître. Elle ne pouvait d’ailleurs rien proposer faute d’alternatives.

Les droits des familles roms de Garmen ont été bafoués à plus d’un titre, estime Me Mikhaïlova. Premièrement, faute d’avoir reçu à temps notification de la date de la démolition, ils n’ont disposé que de cinq jours pour contester la décision, s’ils le souhaitaient, ou organiser leur déménagement. Deuxièmement, au lieu d’être remises en main propre, les notifications ont été collées sur les maisons concernées. Mais comme une bonne partie des Roms gagnent leur vie en été en allant cueillir des fruits sauvages et des herbes médicinales, certains n’ont appris la date de la démolition qu’au dernier moment.

L’Initiative pour des chances équitables n’a reçu jusqu’à présent aucune réponse à sa demande d’information sur les conditions de relogement des familles des maisons à démolir, adressée à la maire de Garmen.

Les Roms de Garmen sont tous logés à la même enseigne : ne disposant que d’une seule habitation, les familles nombreuses avec des enfants en bas âge couchent à la belle étoile si leurs maisons sont détruites. Voilà pourquoi les Roms se préparent à saisir la CEDH à Strasbourg. Ils voient dans les actes des autorités une action punitive aux relents politiques. Comme certains d’entre eux ont acheté leurs terrains à bâtir auprès de la mairie, ils accusent celle-ci de les avoir manipulés en leur promettant de légaliser les constructions.

D’après la ministre du développement régional et des travaux publics Liliana Pavlova, quelque 400 constructions illégales ont été démolies dans tout le pays depuis le début de l’année. 10% de ces constructions étaient situées dans les quartiers roms. (dnevnik.bg, mediapool.bg, tous journaux)

L’analyse

Les enjeux des élections locales pour les forces en présence

La nouvelle saison politique ou « la deuxième mi-temps de la précédente » (dans la mesure où la rentrée a été marquée par l’élimination rapide et sans bavure de deux sujets restés ouverts avant les vacances : les amendements constitutionnels et la loi anti-corruption) est au cœur de l’analyse que Parvan Simeonov, politologue et directeur de Gallup International, livre à l’occasion d’une interview, accordée à 24 tchassa.

Le deuxième semestre politique devrait nous réserver des contenus intéressants liés aux élections locales et, subsidiairement, au rapprochement entre le GERB et le MDL. La campagne électorale et les élections locales, qui restent tout de même les sujets phares du deuxième semestre, ne s’annoncent pas apathiques et prédéterminées.
L’enjeu est très important pour tous. Les pouvoirs locaux constituent l’échine du GERB et sa raison d’être. Même si le parti peut faire preuve d’apathie dans certaines villes régionales clés conquises de longue date où sa victoire est garantie, il serait intéressant de voir son comportement « dans les villes dont les mairies sont réservées aux maires enracinés : les affrontera-t-il ou essaiera-t-il de les apprivoiser ? ». Et qu’en sera-t-il si ces maires sont soutenus par les autres membres de la coalition au pouvoir ?

Le MDL aspire à élargir son influence, y compris dans des territoires dont il est encore absent. Ces dernières années, il a montré qu’il peut avoir un rôle déterminant pour l’issue des élections dans certaines régions comme le Nord-Est de la Bulgarie, voire le Nord-Ouest. Ainsi, le MDL continue d’investir tous les lieux abandonnés dans la société (les minorités, les ghettos, le Nord-Ouest) et de s’attribuer progressivement des fonctions qu’un parti de gauche aurait la vocation à assumer. Il devient ainsi le deuxième pôle, celui des groupes marginalisés, le premier pôle revenant au GERB qui est le parti de la majorité de la population urbaine. Cette bipolarité constitue une tendance inquiétante dans la mesure où elle pourrait devenir un facteur de tension ethnique, avance l’analyste.

Les « patriotes » occupent une place intéressante sur la carte politique bulgare. Leur participation à la coalition au pouvoir, qui est une première, constitue un succès indiscutable. En outre, ils ont fait preuve d’intelligence en étouffant les scandales au sein de l’alliance. Et même s’il est trop tôt pour faire des prévisions, il ne faut pas sous-estimer leurs candidats à Plovdiv et à Roussé.

Ataka court dans une pise parallèle et comme d’habitude a saisi la fibre sensible au sein de la société bulgare. Fort de son sens de la discipline publicitaire, ce parti identifie et suit rigoureusement des scénarios qui plaisent. Actuellement, il aime la Russie, comme autrefois il craignait la Turquie ou avait méprisé les riches entre-temps.

L’enjeu de la prochaine échéance électorale est vital pour qu’ABC, dont la physionomie est actuellement amorphe, acquière une structure plus rigoureuse et tangible localement.

Enfin, le test des élections locales permettra de mesurer la vitalité du PSB et sa capacité de traverser cette période critique de son existence. (24 tchassa)

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Dernière modification : 09/09/2015

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