Mardi 9 juin

LES COULISSES

L’IDYLLE ENTRE LE GERB ET LE MDL, UN SECRET DE POLICHINELLE

Après la déclaration hier du premier ministre Boïko Borissov à propos du rôle du MDL pour la survie du gouvernement (voir notre revue d’hier), la question des véritables relations existant entre le plus grand parti au pouvoir et la force d’opposition la plus influente se pose à nouveau avec toute sa force.
« Il n’est pas possible qu’un gouvernement dépendant du MDL réforme la justice, totalement infiltrée et intoxiquée par ce dernier », a violemment réagi le leader du Bloc réformateur Radan Kanev. Les réformateurs, a-t-il ajouté, ne s’intéressent pas à un pouvoir tributaire du soutien de M. Lioutvi Mestan. Lors des négociations ayant abouti à la naissance de la coalition, le BR avait rejeté à trois reprises l’offre du GERB, par ailleurs vivement recommandée par le président du PPE Joseph Daul, d’un gouvernement minoritaire soutenu par le PSB et le MDL sur les grands sujets de la politique nationale, rappelle M. Kanev. Selon lui, M. Mestan aurait déjà officiellement formulée le nouvel objectif de son parti, à savoir séparer le « bon » GERB des « mauvais » réformateurs [Bloc réformateur] et patriotes [Front patriotique] pour pouvoir ensuite étouffer le parti de M. Borissov, le vouer à une agonie politique à l’issue certaine. « Si les élections sont un motif pour ajourner les réformes, allons-nous-en ! », s’est indigné M. Kanev, en allusion à une autre petite phrase du premier ministre.
Un commentaire sur le site en ligne Club Z parle de la coalition « Bostan » (amalgame entre les premières syllabes des noms de MM. Borissov et Mestan et un mot de l’époque ottomane désignant dans les Balkans un terrain réservé à la culture des melons).
Il existe depuis longtemps des suspicions d’une coalition informelle GERB-MDL. L’interaction de ces deux partis au parlement est visible à l’œil nu. Le dernier épisode était l’unanimité avec laquelle ils ont rejeté la proposition de baisser le nombre de signatures requise pour initier un referendum national, privant ainsi la société civile d’un pouvoir réel. Dans le même temps, soucieux de sauvegarder les privilèges des hommes au pouvoir, les deux partis ont soutenu ensemble le maintien en place du Service de protection des hautes personnalités dont le budget annuel (40 millions de leva) dépasse de loin les fonds réservés à la lutte contre le terrorisme (4 millions de leva). Rappelant d’autres cas de symbiose parlementaire entre le GERB et le MDL (soutien de l’extension de la dette, mainmise sur les fonds privés de retraite, etc.), Club Z conclut que les nombreuses coïncidences et preuves de dépendances ne laissent plus personne dupe des propos de MM. Mestan ou Borissov. (mediapool.bg, clubz.bg, Capital Daily)

L’ENTRETIEN

IVAN KRASTEV : L’ECHEC DE LA REFORME JUDICIAIRE N’APPORTERA RIEN A PERSONNE

Dans une interview accordée à la Deutsche Welle que Mediapool publie sous le titre « Les adversaires de la réforme judiciaire n’y gagneront rien », Ivan Krastev, politologue, analyse l’impact d’un éventuel échec de la réforme judiciaire.
Il est toujours plus facile d’échouer que de changer. Cependant, il est encore trop tôt pour enterrer la réforme judiciaire car le prix du maintien du statu quo sera élevé. L’absence de confiance dans le système judiciaire conduit plus que tout autre à un déficit de justice. Celui-ci amène les gens à chercher une alternative politique : des leaders politiques qui feront des promesses de châtiment à défaut de pouvoir promettre la justice. L’échec de la réforme judiciaire ouvrira ainsi la voie à l’extrémisme politique. Un sondage du Centre d’études Demos à Londres a démontré, il y a trois ans, que le point commun entre les électeurs qui optent pour les partis extrémistes (par ex. le Front national en France et le Jobbik hongrois) est la perte de confiance dans le système judiciaire. Celle-ci constitue également le point commun entre les adeptes des partis xénophobes.
Selon M. Krastev qui, il y a des années, avait considéré que « réformer le système judiciaire équivaudrait au déplacement d’un cimetière, l’aide ne pouvant pas venir de l’intérieur », est maintenant d’avis que la situation a évolué depuis et que l’actuel collège du CSM a provoqué par son comportement incohérent une polarisation inédite au sein de la magistrature. Ainsi, le CSM a affirmé définitivement par ses actes la conviction des citoyens que le système judiciaire bulgare est complètement corrompu et travaille au service des intérêts d’une partie de l’élite politique et des milieux d’affaires.
Plusieurs adversaires de la réforme s’y opposent pour démontrer que le pouvoir est dans leurs mains. Or, celui qui a le pouvoir aura à assumer toute la responsabilité de l’état actuel des choses. L’ambition d’un grand groupe à maîtriser la plupart des journaux bulgares l’a démontré. Elle a bouleversé l’ensemble de la presse écrite qui, d’une arme puissante, s’est transformée en une industrie ruinée.
Le politologue considère que le Parquet ne peut que tirer profit de la séparation du CSM. Aujourd’hui, son taux de popularité n’est que de 14-15% car les Bulgares considèrent que c’est l’autorité qui est responsable de tout ce qui se passe au sein du système judiciaire. Or, le Parquet est une institution qui est en règle générale populaire dans la mesure où les procureurs accusent au nom du peuple.
Selon M. Krastev, Monica Macovei a raison de dire qu’il n’y a pas d’amendements législatifs qui puissent garantir le bon fonctionnement du système judiciaire. En revanche, il n’adhère pas à l’idée qu’on doive accorder des pouvoirs exclusifs aux « bonnes personnes » etse demande « qui décidera quelles sont les bonnes personnes et ce qui se passerait si des pouvoirs exclusifs étaient accordés aux mauvaises personnes ». (mediapool.bg)

LA DEFAITE

LES ELECTIONS EN TURQUIE : STABILITE OU PREMICES D’UN NOUVEAU SCRUTIN ?

Les résultats des dernières élections législatives en Turquie et la nouvelle donne politique dans ce pays voisin font l’objet de quelques analyses détaillées dans les médias.
La nouvelle Turquie est née, mais différente de la forme que voulaient lui donner le président du pays Recep Tayyip Erdoğan et son Parti pour la justice et le développement (AKP), au pouvoir depuis treize ans, estime la journaliste Zoya Khristova dans Standart. Selon elle, les effets de la nouvelle répartition des forces politiques se feront sentir pendant des années. Pour la première fois, un parti représentant la minorité kurde entre au parlement et il est peu probable que le parti de M. Erdoğan arrive à s’entendre avec lui ou avec les deux autres partis parlementaires pour former un gouvernement. D’autre part, le comportement autoritaire et arrogant de M. Erdoğan ces quelques dernières années ne laisse guère espérer qu’il saura maîtriser la situation, d’autant qu’il aura désormais à compter avec un nouveau protagoniste robuste, le Parti démocratique des peuples (HDP) et son dirigeant charismatique Selahattin Demirtaş.
Un autre expert en histoire moderne turque, Boïko Marinkov, souligne dans les colonnes de Douma qu’il faut situer la flagrante défaite du parti de M. Erdoğan (2,5 millions de votes de moins par rapport aux législatives de 2014) dans le contexte des difficultés traversées par l’économie turque, en tenant compte du nombre sans cesse croissant de réfugiés syriens hébergés par la Turquie (2,2 millions de personnes) et grevant le budget national et le marché du travail. Le vote de protestation massif a mis de l’eau dans le moulin du mouvement national kurde qui a ses racines dans le passé mais a acquis une nouvelle spécificité après le raffermissement de l’autonomie kurde en Iraq. Comme la crise en Syrie et les combats à proximité des zones peuplées par des Kurdes sur le territoire turc avaient introduit une pression supplémentaire au sein du mouvement, le leader historique de ce mouvement, Abdullah Öcalan, avait publiquement lancé en 2013 une initiative de paix négociée avec des partis légaux et le gouvernement de M. Erdoğan. Le résultat de scrutin atteint par le HDP ne fera qu’élargir la plateforme du mouvement national kurde qui aspire à une nouvelle identité et une nouvelle légitimité.
Sur un autre plan, les élections législatives ont consacré l’échec de la stratégie de politique étrangère de l’équipe de M. Erdoğan et d’Ahmet Davutoğlu, idéologue du « néo-ottomanisme » prônant le raffermissement de la Turquie en tant que facteur régional et même mondial. Malgré une certaine tension dans les relations de la Turquie avec les Etats-Unis, les deux pays arrivent à une action synchronisée sur les grands sujets comme les relations avec l’UE et la Russie, la crise ukrainienne, Daech, le programme nucléaire iranien… En outre, Washington fait beaucoup d’efforts pour normaliser les relations turco-israéliennes qui sont dans une phase critique depuis cinq ans.
Au lendemain du scrutin, la prévision la plus probable pour la Turquie reste un gouvernement de transition et des élections législatives anticipées. Le pays se trouve au seuil d’une transition difficile mais intéressante, avec l’entrée en jeu de nouveaux équilibres politiques et de toute une série de facteurs plus ou moins visibles, voire occultes, conclut M. Marinkov. (Standard, Douma)

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Dernière modification : 09/06/2015

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