Mercredi 1er juin

La fraude

Un rapport de l’OLAF range la Bulgarie parmi les plus grands tricheurs en Europe

L’année dernière, 888,1 millions d’euros des fonds structurels ont été engloutis dans des mécanismes présumés frauduleux. En tête des pays tricheurs figuraient la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie. Telle est la conclusion que tire la presse bulgare du rapport annuel, diffusé hier, de l’Office européen de lutte antifraude, OLAF.

Malgré une très légère diminution de 13 millions d’euros par rapport à l’année précédente, la fraude continue à représenter 0,6% du budget de l’Union européenne, qui s’élevait à 141 milliards d’euros en 2015. Les escroqueries majeures ont été constatées au niveau des programmes agricoles et de soutien aux régions défavorisées.

Parmi les 1 400 dossiers contrôlés par l’OLAF, la Bulgarie figure avec celui d’une entreprise de fruits et légumes congelés qui a bénéficié d’un financement à hauteur de 1,3 millions d’euros. Les noms de l’entreprise et des personnes suspectes n’ont pas été révélés, mais il s’agit d’un projet financé par le Fonds européen agricole pour le développement rural.

L’information initiale, communiquée à l’OLAF par la direction générale de l’agriculture et du développement rural auprès de la Commission européenne, suggérait des manipulations dans la commande d’installations frigorifiques, réalisée par l’entreprise en question. L’analyse de la documentation, effectuée par l’autorité de paiement bulgare à la demande d’OLAF, a confirmé les soupçons d’exagération frauduleuse des prix et de détournement de fonds européens. Une enquête sur place, réalisée en coopération avec des magistrats bulgares, a confirmé que l’ensemble du projet ne répondait pas aux règles de financement européen. L’entreprise bénéficiaire bulgare était détenue par une société italienne gérée par un ressortissant italien. Ce dernier avait obtenu la commande de matériel passée par l’entreprise bulgare : un cas typique d’utilisation d’une société prête-nom pour fournir de l’équipement à des prix nettement plus élevés. A la suite des recommandations de l’office antifraude, la Bulgarie et l’Italie ont engagé des poursuites pénales.

L’OLAF souligne dans son rapport que la charge globale de son travail en Bulgarie et en Roumanie inclut également des enquêtes portant sur des cas de fraude constatés avant l’adhésion de ces deux pays à l’UE, dans le cadre du Programme de pré-adhésion SAPARD. En Bulgarie, deux projets ont été contrôlés à ce titre (10 en Roumanie) et des recommandations de poursuites en justice ont été données.

Un tableau des 199 enquêtes clôturées par l’OLAF en 2015, menées entièrement ou partiellement en coopération avec les autorités nationales, range en première place la Roumanie (45), suivie par la Bulgarie (19), la Hongrie (17), la Grèce (13) et la Slovaquie (11).

Mediapool rappelle qu’en 2013-2015, les autorités bulgares avaient mis à jour 513 cas d’irrégularités parmi les projets financés par des fonds européens, soit 1,5% de l’ensemble des projets réalisés pendant cette période. Seuls 34 d’entre eux ont été communiqués à l’OLAF, dont 2 par des sources publiques et 32 par des sources privées.

Accusant certains médias de profiter du rapport annuel de l’OLAF pour faire une campagne électorale, Tomislav Dontchev, vice-premier ministre chargé des fonds européens, a souligné aujourd’hui qu’aucun texte du rapport ne pointe la Bulgarie ou quelque autre pays comme « très corrompu ». Selon le premier ministre Borissov, cette « rage » des médias locaux s’expliquerait non seulement par la présidentielle, mais aussi par « les statistiques d’Eurostat qui accordent à la Bulgarie des positions conséquentes sur tous les paramètres : baisse du taux de chômage, croissance économique, reprise de la consommation, des paramètres au calcul desquels nous ne participons pas et pour lesquels personne ne peut nous accuser de poudrer les chiffres ». (http://ec.europa.eu/anti-fraud/sites/antifraud/files/olaf_report_2015_en.pdf, mediapool.bg, dnevnik.bg, tous journaux)

L’énergie

Les interconnexions gazières au cœur des relations avec les voisins grec et roumain

« La diversification des sources de gaz naturel et des voies d’approvisionnement est l’une des priorités du gouvernement bulgare. C’est pourquoi notre pays mise sur les interconnexions avec les pays voisins et surtout sur celle avec la Grèce. C’est un projet d’importance stratégique non seulement pour la Bulgarie et la Grèce mais également pour toute la région du Sud-Est [européen] », a déclaré Boïko Borissov, premier ministre, lors de son entretien avec Nikos Kodzias, ministre grec des affaires étrangères, venu en Bulgarie à l’occasion de la rencontre des ministres des affaires étrangères des pays participant au Processus de coopération en Europe du Sud-Est.

Il a rappelé que l’augmentation de la garantie dans le budget de 80 millions euros en 2015 à 110 millions en 2016 démontrait le sérieux avec lequel la Bulgarie s’est engagé dans la réalisation du projet d’interconnexion gazière avec la Grèce. En effet, la signature du protocole d’investissement à la fin de 2015 a marqué le début de la mise en œuvre effective de ce projet. La première phase du test de marché a abouti en avril dernier au dépôt des offres de neuf compagnies qui ont ainsi « réservé » plus de 4,3 milliards de mètres cube de gaz naturel par an. Les deux ministres se sont entendus pour que la deuxième phase d’appel d’offre lors de laquelle les sociétés devront s’engager avec des quantités précises commence en juin afin que l’interconnexion puisse entrer en exploitation à la mi-2018.

Toujours dans un esprit de diversification, les deux pays vont coopérer pour réaliser un autre projet relatif à la construction d’un terminal de gaz de pétrole liquéfiée à Alexandroúpolis. La Holding énergétique bulgare (BEH) et la société grecque Gastrade (qui fait partie du groupe Copelouzos) ont constitué un groupe de travail chargé d’élaborer le projet pour la construction du terminal, informe Reuters. Selon les estimations préalables, la construction du terminal coûtera 400 millions d’euros dont au moins la moitié pourra être financée par la Commission européenne. L’addition pour la Bulgarie, qui envisage d’acquérir 20% de la propriété du terminal s’élèvera, à 40 millions d’euros. Cette future infrastructure serait d’une capacité annuelle de 5,3 à 5, 6 milliards de mètres cube. La société américaine Noble Energy est également partenaire dans ce projet. La société grecque DEPA et l’américaine Cheniere sont intéressées mais ne se sont pas encore engagées.

Par ailleurs, hier, Bulgartransgaz, entreprise publique bulgare de transport de gaz, et Transgaz, opérateur roumain, ont annoncé conclure un contrat avec un groupement entre la société autrichienne Habau pps Pipeline systems srl et la bulgare INSPET SA pour la construction d’une connexion sous le Danube reliant les systèmes de transport de gaz roumain et bulgare. Selon ce contrat, le tracé de 2,1 km dont la capacité annuelle sera de 1,5 milliards mètres cube doit être réalisé en 119 jours et coûtera environ 4,5 millions d’euros.

Aujourd’hui, le premier ministre bulgare devra recevoir son homologue roumain. Les ministres des affaires étrangères bulgare et roumain participeront également à leur entretien. Le renforcement de la coopération régionale et transfrontalière et de la sécurité aux frontières extérieures de l’Union européenne seront au cœur des débats. (tous journaux)

L’ambiguïté

Tension Turquie-UE : il est temps que le MDL choisisse son camp

La position géopolitique du MDL et les relations de ce parti avec la Turquie font l’objet d’une analyse de Sega. Selon le journal, la question de l’orientation pro-russe ou pro-turque du MDL s’est posée de manière très directe à la fin de l’année dernière. [En décembre, l’ancien président du MDL a été chassé de son poste après un discours du président d’honneur Ahmed Dogan qui l’a accusé de politique pro-turque et de trahison des intérêts nationaux (voir les revues de presse des 28et 29décembre 2015). Lioutvi Mestan a de son côté répondu en accusant implicitement M. Dogan d’être pro-russe - voir la revue du 7 janvier]. Le MDL n’avait pas tardé à répondre que la question de choisir entre la Turquie et la Russie ne se posait pas, car l’orientation géopolitique du parti ne va pas vers un quelconque pays, mais uniquement vers l’UE. Mais vu la situation géopolitique actuelle, M. Dogan et ses proches seront obligés très prochainement de choisir entre la Turquie et l’euro-atlantisme, écrit Sega.

Le journal cadre son analyse dans le contexte de la tension entre le président turc Erdoğan et les Etats membres, y compris l’Allemagne, et du sort apparemment incertain de l’accord entre Bruxelles et Ankara. Les partis proches de Turquie, comme le MDL et DOST, qui « se lèvent et se couchent avec le mot Europe sur leurs lèvres » ne peuvent éviter plus longtemps de prendre une position ferme. Le MDL est membre de la famille européenne des libéraux et a des représentants au Parlement européen. Cette légitimité internationale est le plus grand atout du parti. Alors, il serait très intéressant de voir comment il se positionnera envers la Turquie, réfléchit Sega.

Depuis que M. Mestan a été chassé du parti, le MDL joue un jeu très difficile : d’un côté le parti essaye de se distinguer d’Ankara, sans en même temps couper le cordon ombilical avec la Turquie. Mais, au niveau politique, les contacts du MDL se sont orientés vers le Parti républicain du peuple (CHP) qui est dans l’opposition. De plus, le nouveau président du MDL Moustafa Karadaya a récemment remercié la République turque créée par Kemal Atatürk d’avoir accueilli les Turcs bulgares, chassés de leur pays par le régime communiste bulgare. Mais, cette manouvre hypocrite qui consiste à dire : nous sommes avec la Turquie, non celle d’Erdogan, mais celle du laïc et pro-occidental Atatürk, ne donnera pas des résultats, écrit Sega.

Le MDL n’a jamais critiqué ouvertement aucun des actes d’Erdoğan qui préoccupent l’UE. Mais tôt ou tard, le parti sera obligé d’expliciter ce qu’il pense de la politique du président turc. Il lui sera efficace de ménager ce puissant voisin tout en défendant son image d’un parti européen démocratique. La question se posera aussi pour le premier ministre bulgare. (Sega)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 25/11/2016

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