Mercredi 10 février

La désignation

Le gouvernement bulgare annonce officiellement son soutien à la candidature d’Irina Bokova au poste de secrétaire général des Nations Unies

« En application de la décision N° 404 du 19 juin 2014 du Conseil des ministres, le ministère des affaires étrangères a adressé une lettre à l’Organisation des Nations unies pour annoncer la nomination d’Irina Gueorguieva Bokova au poste de secrétaire général de l’ONU. Forte de sa biographie et de son expérience, Mme Bokova peut être l’une des candidatures importantes dans le cadre de la prochaine élection de secrétaire général de l’ONU. Cette lettre est signée par le ministre des affaires étrangères, le 9 février 2016. », annonçait un communiqué publié sur le site du ministère des affaires étrangères, hier soir.
Ce matin, dans une interview à la télévision nationale (BNT), Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, a affirmé que le gouvernement a tout simplement mis en œuvre une décision du Conseil des ministres de 2014. « Cette décision n’a jamais été annulée mais il a fallu attendre le bon moment pour rendre publique la candidature bulgare au plus haut poste de l’ONU. Je suis extrêmement déçu de l’hystérie à laquelle a donné lieu ce thème dernièrement. Le soutien clamé par certains partis et hommes politiques n’a aucunement contribué à cette nomination », a souligné M. Mitov.

Dans l’ensemble, les principales forces politiques ont approuvé la candidature de Mme Bokova. Djema Grozdanova du GERB, présidente de la commission parlementaire des affaires étrangères, a considéré que « la candidature a toutes les chances, bien que nomination ne veut pas encore dire élection » en rappelant que le gouvernement « s’en est tenu à la position du gouvernement Orecharski ». Pour les socialistes, cette nomination est tardive et le gouvernement se doit de mobiliser « tous nos ambassadeurs et l’ensemble de l’appareil d’Etat pour que Mme Bokova obtienne ce poste qu’elle mérite » (Mikhaïl Mikov). Selon Tchetin Kazak, co-président du MDL, « la nomination de Mme Bokova, qui est une bonne est sage décision, tient compte de la conjoncture et des chances de la Bulgarie ». Valeri Simeonov, co-président du Front patriotique, a également déclaré son soutien « car il faut qu’il y ait une position bulgare même si ce n’est pas la nomination la plus appropriée ».

Grozdan Karadjov, député du Bloc réformateur qui a rejoint l’opposition, a qualifié la nomination de Mme Bokova d’ « extrêmement inappropriée », « qui divise la société », « qui n’est pas celle des Bulgares et constitue un préjudice sur le plan politique intérieur ».

Les députés du Bloc qui n’ont pas rejoint l’opposition ont gardé le silence. « Le Mouvement Bulgarie aux citoyens ne prendra pas position au sujet de la candidature de Mme Bokova », a publié le centre de presse du parti. Ataka et le Centre démocratique bulgare n’ont pas commenté la nomination.
Roumen Petkov, vice-président d’ABC, a exprimé sa très grande satisfaction en regrettant le retard « inexplicable » pour lui de cette nomination. « Nous avons tapé du poing sur la table parce que c’est la meilleure solution pour la Bulgarie », a-t-il précisé, en faisant allusion à l’ultimatum d’ABC, formulé il y a deux semaines, de quitter la coalition si la candidature de Mme Bokova n’était pas soutenue.

Hier, juste avant la publication du
communiqué du MAE annonçant la nomination de Mme Bokova, Gueorgui Parvanov, président d’ABC, annonçait dans une interview à la BNT « avoir eu au téléphone le premier ministre et s’attendre à ce que, demain, le ministre des affaires étrangères annonce officiellement que la Bulgarie se met derrière la candidature d’Irina Bokova au secrétariat général de l’ONU ».
Selon mediapool.bg et dnevnik.bg, il s’agit d’un revirement dans la stratégie du premier ministre qui, il y a une semaine à Londres, assuraient que le gouvernement prenait son temps pour mener des entretiens avec beaucoup de diplomates de différents pays afin d’avoir la certitude du soutien de la candidature bulgare de la part de tous ces pays.
« Le gouvernement a opté pour le déshonneur et s’est réconcilié avec la restauration et la réhabilitation des crimes du communisme en nommant une diplômée de l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou (MGIMO), étroitement lié au KGB. Une personne qui a soutenu le régime de Moscou et les crimes du Kremlin en Ukraine », a réagi le Réseau de protestation.
« Le Gouvernement Borissov-2 qui se situe au centre-droit est devenu ainsi l’ayant-droit du gouvernement Orecharski qui restera dans l’histoire comme le gouvernement ayant fait l’objet des protestations les plus puissantes et les plus longues pendant les dernières décennies », s’indigne Emil Gueorguiev au nom du Mouvement pour l’unification européenne et la solidarité (DEOS), un parti issu de ces mêmes protestations.

Daniel Smilov, professeur de science politique à l’Université de Sofia, résume ainsi la lecture de la candidature bulgare au plus haut poste de l’ONU sur son blog : « Irina Bokova est une cause nationale comme Levski et Botev (selon Kantcho Stoïtchev, sociologue), et constitue la chance la plus importante que peut avoir la Bulgarie pour jouer sur la scène internationale depuis 800 ans (selon Solomon Passy). En revanche, selon le Wall Street Journal c’est la Bulgare au passé communiste qui s’est comportée en ennemie des intérêts américains et qui est promue par la belle-mère de Chelsea Clinton, le candidat préféré de la Russie (allusion à un article de ce journal du 8 février)…. Ne serait-il pas incongru que le futur secrétaire général de l’ONU soit surtout connu pour son passé communiste et comme le candidat préféré de la Russie ». (mediapool.bg, dnevnik.bg, mfa.bg)

L’entretien

La Turquie de plus en plus menacée par la dynamique du conflit en Syrie

L’expert du Proche-Orient Vladimir Tchoukov répond dans Troud du 9 février à des questions sur l’évolution des antagonismes militaires dans le Proche-Orient.

L’opposition militaire entre la Russie et la Turquie s’exacerbe de plus en plus. La coalition formée entre le régime de Bachar el-Assad, les milices chiites, les mercenaires iraniens et l’aviation russe remporte des victoires non seulement dans la province de Lattaquié, dans l’Ouest de Syrie, mais également à Alep. La grande bataille d’Alep sera la clé pour l’issue de la guerre et la Turquie se sent menacée parce que les rebelles qu’elle soutient y perdent du terrain, déclare l’arabisant.

Selon lui, les actions de la Russie dans cette guerre sont imprévisibles. Les Russes négocient sur un point, disent autre chose et se comportent encore différemment sur le champ de bataille. Ainsi par exemple, Israël s’est plaint récemment que les Russes violaient les arrangements atteints entre les deux pays à propos de la Syrie du Sud en y installant des milices iraniennes et du Hezbollah dans les positions libérées par les rebelles syriens. Les cas de tirs ami ne sont pas rares non plus. La Russie bombarde assez souvent ses alliés iraniens, par exemple l’attaque récente russe contre un poste de contrôle près de Damas, gardé par des soldats iraniens.

La situation de l’opposition syrienne, soutenue par la Turquie, reste particulièrement vulnérable et très embrouillée : les rebelles se trouvent actuellement encerclés par les armées de Bachar el-Assad, les combattants de Daech et les forces kurdes. Ces dernières sont l’adversaire de la Turquie, mais jouissent du soutien des Etats-Unis qui commencent à leur fournir des armes, au grand dam d’Ankara qui reste dans le même temps le partenaire stratégique de Washington. Aguerris par plusieurs années de lutte, les Kurdes ont prouvé être les meilleurs combattants en Syrie et en Irak contre Daech. Ils contrôlent près de 10% du territoire syrien, soit quelque 18 000 km2. L’armement qu’ils reçoivent sera dirigé contre la ville de Manbij, un des bastions de Daech située à la frontière syro-turque. Les Américains se sont rendus à l’évidence que, sans les Kurdes, sur le terrain la lutte contre Daech serait vouée à l’échec.

Il reste à savoir comment réagira la Turquie si les rebelles syriens se font battre aux environs d’Alep. Serait-elle prête à une opération terrestre en Syrie, comme l’en accuse d’ailleurs Moscou ? Selon certaines informations, la Turquie aurait commencé à déminer la zone frontalière en vue de faciliter l’entrée de forces terrestres en Syrie car il est évident que les rebelles syriens n’arriveront pas à résister à l’offensive de l’armée du régime.

Les médias bulgares évoquent rarement le rôle des Kurdes dans les conflits proche-orientaux, estime M. Tchoukov. Alors que ceux-ci possèdent des atouts. D’abord, ils se sont montré la force la plus organisée et la plus disciplinée contre Daech. Ensuite, ils sont une puissance laïque, reposant sur le pluralisme politique et des principes démocratiques. Ils aspirent à la création d’un Etat kurde indépendant et la semaine dernière Massoud Barzani, le président de la province autonome du Kurdistan, en Irak, a déclaré qu’il était grand temps de trancher par voie de referendum la question de la création d’un Etat. Cette dynamique va avoir une résonnance très forte en Turquie et en Syrie.

Toutefois, à ce stade, les Etats-Unis continuent à soutenir la Turquie, leur allié stratégique, mais c’est un soutien au pays et non à M. Erdoğan. Une victoire sur les rebelles du régime de Bachar el-Assad, appuyé par la Russie, marquera une défaite pour M. Erdoğan. Le silence de Washington sur les actions russes et l’aide accordée aux Kurdes équivalent à un carton jaune pour le président turc qui a ouvert trop de fronts contre lui, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Il ne pourra en sortir partout vainqueur. En politique étrangère, la Bulgarie reste le seul pays avec lequel la Turquie entretient des relations normales. Sur le plan intérieur, M. Erdoğan mène la guerre contre Fethullah Gülen, les minorités, les médias, les Alevis, les industriels, l’opposition. Et en Turquie de l’Est, les blindés et l’artillerie qu’il a envoyés ont littéralement écrasé les Kurdes qui veulent l’autonomie. Il faut lire dans ce silence de Washington la thèse : oui à la Turquie, non à Erdoğan, conclut M. Tchoukov. (Troud)

Le miroir

Quelques groupes bulgares proches de personnalités politiques se taillent la part du lion dans les marchés publics

Sous le titre de « ‘Boïko Peevski’ dans le miroir des marchés publics » (allusion aux déboires récents du premier ministre à Londres, voir notre revue du 8 février), le site en ligne Bivol s’efforce d’analyser la répartition des marchés publics et le clientélisme au service de l’Etat et des collectivités locales.

De nouvelles données ouvertes, publiées par l’Agence des marchés publics (AMP), donnent accès à des informations sur l’ensemble des dépenses réalisées par l’Etat bulgare au titre de la loi sur les marchés publics sur une période de neuf ans : depuis le début de 2007 jusqu’à la fin de 2015.

Bivol affirme avoir conçu un moteur de recherche permettant de rapidement filtrer et trier les données, ainsi que de visualiser en quelques secondes la « répartition des portions » au sein de l’Etat, selon l’expression du fondateur du MDL Ahmed Dogan.

En novembre dernier, le portail Opendata avait publié des données en vrac, mais structurées, portant sur les marchés publics conclus pendant la période janvier 2011 – fin août 2015. Les données supplémentaires, qui couvrent une période de neuf ans, contiennent des informations sur 163 722 contrats d’un montant total de presque 60 milliards de leva, dont 16 milliards au titre des financements européens.

L’information de l’AMP reste cependant incomplète puisque des marchés publics d’un montant de plus de 9 milliards de leva ont été accordés à des groupements d’entreprises du type « entité au titre de la loi sur les obligations et les contrats ». Bivol a complété cette information en puisant dans le registre Daxy des renseignements concernant les entreprises qui se cachent derrière ces groupements et qui ont obtenu plus de 5 000 marchés publics dans les secteurs les plus lucratifs comme la rénovation des réseaux de distribution et d’évacuation des eaux, la construction d’autoroutes et de routes, etc.

Les données généralisées montrent que la société Vodstroï 98 AD, liée au député Delian Peevski, a remporté en neuf ans des marchés publics se chiffrant à près d’un milliard de leva, à titre individuel ou en consortium. Sur ce montant, 672 millions de leva étaient financés par l’UE. Un diagramme montre que cette entreprise avait connu une belle ascension sous le premier gouvernement Borissov et qu’elle avait atteint son apogée sous le gouvernement Orecharski.

Les entreprises du groupe Transstroï, liées à un autre député MDL, Yordan Tsonev, ont signé des contrats d’un montant de 600 millions de leva, dont 419 millions financés par l’UE. Elles avaient touché le pactole en 2011, sous le premier gouvernement Borissov : la construction du métro de Sofia.

Le moteur de recherche possède plusieurs fonctionnalités permettant la recherche par marchés publics ou des synthèses. On peut effectuer des recherches à partir du nom d’une institution, localité, entreprise, à partir de l’objet du marché ou de son année, etc.

Des recherches croisées permettent de voir que le plus souvent, les entreprises occidentales n’ont pas de chance avec les marchés publics. L’entreprise autrichienne Strabag a répondu à 100 appels d’offres s’élevant à 166 millions de leva, mais n’a remporté que 70 d’entre eux pour un montant total de 79 millions de leva, soit 47% du montant à absorber. La société Vodstroï-98, citée ci-dessus, a été plus chanceuse : sur les 993 millions de leva à adjuger, elle a pris part à des marchés d’un montant de 976 millions de leva, soit un taux de réussite de 98,2%. Une autre entreprise, PST Group, a également réussi de façon remarquable : on lui a confié la construction de l’autoroute Hémus pour un prix record. Le taux de réussite de l’entreprise Hydrostroy, basée à Varna, est de 93,97%. Mais le record appartient à Glavbolgarstroï : des marchés pour 734 millions de leva sur un total de 738 millions de leva possibles, soit un taux de réussite de 99,4%.

L’accès libre à ces données ouvre à la société civile de nouvelles possibilités de contrôle citoyen et de mise au jour des liens occultes, indique Bivol qui encourage ses lecteurs à l’aider dans son travail d’investigation journalistique. Quels sont les propriétaires et les dirigeants des entreprises qui raflent les marchés dans certains secteurs ou villes ? Ont-ils partie liée avec des partis politiques, des politiciens ou de hauts fonctionnaires ? Y a-t-il des conflits d’intérêts ? Peut-on soupçonner l’existence de cercles d’entreprises supportant, tels des cerceaux, les formations politiques ? Pour connaître tout cela, Bivol compte sur les lecteurs qui connaissent le mieux les liens de dépendance au sein des institutions ou au niveau local. (Bivol)

Word - 249.3 ko
(Word - 249.3 ko)

Dernière modification : 24/11/2016

Haut de page