Mercredi 10 octobre

Politique

Conférence de presse à l’occasion de l’arrestation de l’assassin présumé de la journaliste Victoria Marinova

Lors d’une conférence de presse extraordinaire au Conseil des ministres, le ministre de l’intérieur Mladen Marinov a annoncé l’arrestation en Allemagne de l’assassin présumé de la journaliste Victoria Marinova : « Severin Krassimirov, âgé de 21 ans, dont le profil ADN correspond aux traces ADN trouvées sur la victime ». Le procureur général Sotir Tsatsarov a déclaré que les éléments établis à cette étape de l’enquête font penser à « une agression spontanée en vue d’une atteinte sexuelle » et ne permettent pas d’affirmer que « l’assassinat est lié à son activité professionnelle ». M. Tsatsarov a déclaré que Severin Krassimirov qui fera l’objet d’une procédure judiciaire d’extradition en Allemagne est d’ores et déjà accusé par défaut d’avoir violé la journaliste et de l’avoir tué de manière préméditée et extrêmement violente. Il encourt ainsi une peine d’emprisonnement de 10 à 20 ans pour la première infraction et la privation de liberté de 15 à 20 ans ou la perpétuité incompressible pour la deuxième.

Lors de cette conférence de presse, le premier ministre, Boïko Borissov, s’est adressé aux médias et aux « journalistes d’investigation » en soulignant qu’ils disposent de toute la liberté d’informer et bénéficient donc du statut du premier et non pas du quatrième pouvoir [Ndr. contre-pouvoir], ce qui implique de se comporter de manière responsable. Il a rappelé avoir demandé d’attendre un peu, afin de ne pas empêcher l’enquête et a exprimé son indignation du fait que des Bulgares [« des politiciens bleus et rouges qui n’ont pas arrêté d’envoyer des courriels et d’aller expliquer à Bruxelles et aux Etats-Unis ce qui s’était passé en Bulgarie »] ont fait de manière à ce que la Bulgarie ait la même image que celles de la Slovaquie et de Malte, que « l’image de l’Etat soit noircie de la manière la plus brutale et que des informations relatives à la commission de l’infraction la plus grave, qui est celle de l’agression d’un journaliste d’investigation, circulent dans la presse internationale ». M. Borissov a remercié ceux qui, sur la base de leur connaissance de la chaîne de télévision [Ndr. où travaillait la journaliste] et de son travail, ont considéré qu’il faut attendre pour voir si « c’est lié à son activité professionnelle ».

Le premier ministre a exprimé sa déception du nombre important de « tweets de la part de Bruxelles, dont on a été bombardé ces derniers jours ». Il a précisé les avoir lus tous attentivement et avoir beaucoup changé d’avis au sujet du « Spitzenkandidaten » [Ndr. procédure dite du « candidat en tête de liste » pour devenir Président de la Commission européenne], ainsi qu’envisager d’« avoir à ce sujet de sérieux échanges avec le Parti populaire européen ». Moins d’une heure après ces déclarations, la presse bulgare a rendu compte d’un tweet du candidat du Parti populaire européen au poste de président de la Commission européenne Manfred Weber adressé aux autorités bulgares pour les féliciter de leurs rapidité et efficacité et leur témoigner « notre entière confiance ». Les efforts des autorités bulgares ont également été salués par le président de la Commission européenne.

Réaction de l’ancien époux de Victoria Marinova

Interviewé par la chaîne bTV à l’occasion de l’arrestation de l’assassin présumé, Svilen Maksimov, ancien époux de la journaliste Victoria Marinova, a considéré que « si c’est l’auteur, cela veut dire qu’il s’agit d’un horrible concours de circonstances et non pas d’une commande, ce qui nous inquiétait. Bien que je ne puisse pas qualifier Victoria de journaliste d’investigation, elle a tout de même été directrice d’une télévision qui a rendu publiques des investigations ». Il a également précisé vouloir que ses collègues se réunissent afin de décider « comment continuer son œuvre : ce qu’elle voulait le plus, c’est de faire évoluer positivement le monde et son Etat ».

Réaction du site Club Z

En réaction aux déclarations du premier ministre, le site Club Z rappelle dans une position que la Bulgarie occupe toujours la 111e place dans le classement sur la liberté de la presse, que la plus grande partie de la propriété des media reste concentrée dans les mains d’une personne et que le style, à la gloire du pouvoir, de la plupart des media le démontre. Le gouvernement contrôle toujours directement les media en répartissant de manière discrétionnaire les fonds européens entre eux. Il y a toujours des gouvernants autoritaires locaux, dont la plupart sont liés au GERB, qui sont en mesure d’écraser tout journaliste ayant osé révéler un abus et qu’en raison de tout cela, il n’y a pas de journalisme d’investigation en Bulgarie. Ce média rappelle que les media bulgares ne sont ni le premier ni le quatrième pouvoir mais des associés du pouvoir oligarchique. Le processus de gravitation des média autour du pouvoir, processus qui a commencé bien avant le GERB et Delian Peevski, a atteint son point culminant. Par conséquent, le premier ministre et le GERB continuent d’être redevables à la société au sujet de la liberté de la presse et de l’Etat de droit qui représentent les deux principaux piliers de la démocratie, conclut Club Z.

Position de l’Union des éditeurs de Bulgarie

A la veille de l’arrestation de l’assassin de Victoria Marinova, l’Union des éditeurs de Bulgarie a appelé à une enquête approfondie afin de faire comparaître devant le tribunal les vrais responsables de cette brutale atteinte à la vie et à la dignité de cette jeune femme, mère, professionnelle et ressortissante bulgare. Cette organisation précise que la pression sur la liberté des journalistes et des media en Bulgarie, pendant les 10 dernières années, ayant donné lieu à la brusque aggravation du climat médiatique et public dans le pays, est à l’origine du lien qui est établi par la société bulgare et la communauté internationale entre ce grave crime et la profession de la victime. Elle rappelle avoir cosigné conjointement avec d’autres organisations européennes de média et de journalistes une déclaration qui souligne que la combinaison de facteurs comme les meurtres de journalistes et les menaces physiques à leur égard, la pression politique et institutionnelle croissante, la législation répressive à l’égard des média, les technologies destructrices et la crise financière mettent en cause l’existence de media libres dans certains pays européens. Les Editeurs de Bulgarie soulignent dans leur position que le « nouveau » projet de loi sur les media, porté par le député Delian Peevski, ne changera pas le statu quo et ne garantira pas l’indépendance des media.

L’ancien ministre Nankov nommé vice-ministre

Nikolaï Nankov, qui avait repris son siège de député après sa démission des fonctions de ministre du développement régional et des travaux publics, a quitté le parlement. Il est de retour dans ce ministère, mais cette fois-ci comme vice-ministre, à la place de Malina Kroumova qui devient conseillère au sein du cabinet politique du premier ministre. (tous media)

Visite attendue du pape François Ier en Bulgarie

Le pape François se rendra en Bulgarie du 5 au 7 mai 2019, dans le cadre d’une tournée balkanique qui inclut également la Macédoine et la Roumanie, annonce 24 Heures en se référant à des informations venant de la présidence de la République et du Conseil des ministres. L’année dernière, le premier ministre Borissov, lors de son audience au Vatican, à l’occasion de la fête du 24 mai, avait instamment invité le souverain pontife à visiter Sofia, afin de sensibiliser l’opinion mondiale vis-à-vis de la région des Balkans. Pour la Bulgarie, ce sera une deuxième visite pontificale après celle, en mai 2002, du pape Jean-Paul II. (24 Heures)

Media

La nouvelle « TV libre bulgare » du PSB obtient une licence

Le Conseil des media électroniques a accordé une licence à la Télévision libre bulgare, la nouvelle chaîne qui sera financée par le PSB. La décision a été prise avec quatre voix « pour » et une « contre » et entrera en vigueur dans 14 jours. La nouvelle chaîne aura pour devise « Sois libre » et appliquera une grille généraliste. Elle sera diffusée 24h/24h par câble et par satellite. Les premières émissions commenceront à partir du 1er décembre prochain, depuis les studios installés dans les locaux de l’ancienne usine de réfrigérateurs (à Stotchna gara). (tous media)

Un vent de fronde secoue le PSB

Une pétition rédigée par l’eurodéputé Gueorgui Pirinski et la journaliste Velislava Dareva, et signée jusqu’à présent par 50 membres du Conseil national du PSB, dénonce les manières de direction autoritaires de la présidente Kornelia Ninova, dernièrement illustrées par la nomination à la tête de l’organe du parti, Douma, d’un nouvel éditeur en chef sans l’aval du Conseil national. Parmi les signataires figurent de grands tribuns du parti socialiste comme son ancien président Mihaïl Mikov, les anciens ministres Roumen Ovtcharov, Anguel Naïdenov et Peter Moutaftchiev, des anciens et actuels députés, les intellectuels Angel Wagenstein, Andreï Pantev, etc. Fin août, le Bureau exécutif du parti avait pris la décision de remplacer l’éditrice en chef Tania Djadjeva par Yordan Mitchev, jeune socialiste installé à Londres que Mme Ninova avait spécialement invité pour occuper le poste. Afin de contourner l’exigence des statuts selon laquelle toute candidature doit être approuvée par le Conseil national, le bureau exécutif avait engagé M. Mitchev pour six mois, sur un contrat à durée déterminée. Aujourd’hui, les signataires de la pétition accusent M. Mitchev d’« illettrisme politique et professionnel » et demandent sa démission. (24 TChassa)

Société

400 000 Bulgares avec des revenus au-dessous du seuil de pauvreté

Une table ronde consacrée au thème d’« Inégalités et Pauvreté en Bulgarie » a été organisée à la résidence Boyana sous le haut patronage du président de la République, avec la participation d’économistes, politiciens, syndicats et entreprises. « Des centaines de milliers de Bulgares vivent aujourd’hui dans des conditions de pauvreté et d’exclusion sociale, incapables de satisfaire des besoins humains basiques. […] Les inégalités existant aujourd’hui dans le pays dépassent de loin les indicateurs moyens en Europe, elles sont tellement profondes qu’elles engloutissent tout effort à unifier la nation autour des objectifs de développement valables », a indiqué le président Roumen Radev dans son introduction. Selon les statistiques citées lors de la table ronde, 400 000 Bulgares appartiennent à la catégorie des « travailleurs pauvres » se situant au-dessous du seuil de pauvreté (321 leva par mois). En 2017, l’écart entre la couche la plus riche de la population (20%) et la couche la plus pauvre (20%) a été de huit fois (5,2 fois au sein de l’UE). Plus de 1,7 millions de Bulgares vivent avec un revenu de moins de 600 leva par mois et 2,3 millions avec moins de 1000 leva par mois. Dans le même temps, le coût de la vie a progressé de 41,3% de 2007 à 2017. (tous media)

Le président de la République demande la sanction du parlement sur l’utilisation de l’excédent budgétaire

Lors de la table ronde sur la pauvreté, le président Radev a demandé que ce soit l’Assemblée nationale qui décide, à la fin de l’année, de l’affectation de l’excédent budgétaire, « sciemment créé et soigneusement cultivé » par le gouvernement. Selon le chef de l’Etat, le gouvernement, s’il renonce à sa pratique de décider à lui seul de l’utilisation de l’excédent budgétaire, adressera un signal fort aux citoyens bulgares, confortant leurs espoirs de procédures démocratiques. Pour rappel, début août, l’excédent budgétaire avait dépassé 2 milliards de leva. (tous media)

Dernière modification : 10/10/2018

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