Mercredi 11 juin

L’EVENEMENT

STANICHEV « FAIT » DEMISSIONNER LE GOUVERNEMENT ET VEUT DES ELECTIONS AVANT FIN JUILLET

Trois semaines après les élections européennes, le Conseil supérieur du PSB s’est réuni hier au grand complet pour analyser la défaite humiliante essuyée par les socialistes.
Au lieu de donner sa propre démission, après treize ans à la tête du parti et après dix défaites électorales, observe Sega, Sergueï Stanichev a annoncé que le gouvernement démissionnera dès cette semaine, immédiatement après le vote de la cinquième motion de censure déposée par le GERB, que le parlement doit se dissoudre et que des législatives doivent se tenir en juillet. « Ni le premier ministre, ni les ministres ne méritent d’assumer à eux seuls la responsabilité de l’état dans lequel se trouve le pays, et ceci, en l’absence de tout soutien politique et en présence d’une forte instabilité parlementaire », s’est justifié le leader du PSB. Il a aussi souligné qu’après la position affichée sur l’avenir de l’exécutif et du législatif par leurs partenaires du MDL, les socialistes refusaient, eux aussi, de porter la responsabilité de l’activité du gouvernement.
Evoquant les possibles raisons de la défaite, le président du parti a déclaré : « Nous avons payé cher le prix de l’opinion qui s’est installée selon laquelle c’est nous qui avons le mandat, alors que c’est le MDL qui gouverne réellement le pays […] Nous avons toujours été un partenaire loyal et honnête, mais nous avons cependant été indécis et maladroits dans l’exercice du pouvoir ».
« Des législatives en juillet sont possibles si la volonté politique existe, une volonté aussi bien de la part du Président de la République, que du côté des principales forces politiques parlementaires et extraparlementaires », a-t-il estimé.
La démission éventuelle du gouvernement Orecharski, formé d’après le mandat du PSB il y a un an et ayant résisté depuis à des revendications quasi permanentes de démission, précipitera les choses, estime la presse d’aujourd’hui pour une fois unanime.
Selon la Constitution, le seul à décider de la date des élections est le président de la République. Quand le gouvernement démissionne, le président entame des consultations avec les groupes parlementaires. Le groupe le plus nombreux se voit remettre un mandat pour former un gouvernement. S’il échoue (ou s’il refuse le mandat) dans le délai imparti de sept jours, le mandat est proposé à la force parlementaire suivante (d’après l’ordre d’importance). Si après le troisième tour de ce « carrousel » politique, aucun gouvernement n’est formé par les forces politiques, le chef de l’Etat désigne un gouvernement d’office, dissout l’assemblée nationale et convoque des élections anticipées qui doivent se tenir dans les deux mois après la date de dissolution du parlement.
En fait, remarque Capital Daily, aucun délai n’oblige le président de la République à entamer vite des consultations politiques pour la formation d’un nouveau gouvernement dans le cadre de la législature actuelle. Ainsi le cabinet de Plamen Orecharski, même démissionnaire, pourrait continuer à gérer le pays.
Pour mettre fin à toutes les spéculations sur l’éventuelle démission du gouvernement et la date des élections anticipées et considérant que le pays traverse une grave crise, le président Rossen Plevneliev convoquera le Conseil consultatif de sécurité nationale mardi prochain, 17 juin. A part la situation intérieure, les autres sujets de l’ordre du jour seront l’évolution de la position bulgare sur le projet South Stream et la candidature bulgare à la nouvelle Commission européenne, informe Troud.
Selon Tsvetozar Tomov, membre de la Commission électorale centrale, un scrutin en juillet serait possible à condition d’avoir le consensus des forces politiques et de modifier certaines dispositions du Code électoral. M. Tomov, cité par Troud, juge toutefois ce scénario irréaliste.
Dans le même journal, le politologue Dimiter Dimitrov estime que la proposition de S. Stanichev de démission du gouvernement et d’élections en juillet n’est qu’une échappatoire pour éviter qu’on parle de sa propre démission. Pour Antonii Galabov, l’échéance la plus réaliste pour les élections serait septembre. Un scrutin en plein été n’est qu’une tentative du PSB de compromettre des élections que ce parti n’a aucune chance de gagner. La démission du gouvernement n’est pas certaine non plus, observe M. Galabov.
Par ailleurs, le sujet de la tenue d’un referendum sur trois aspects du scrutin (vote obligatoire, vote en ligne et introduction d’éléments de scrutin uninominal), initialement demandé par le président Rossen Plevneliev et, par la suite, par une pétition nationale, a été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Selon le président de cette dernière, Mikhaïl Mikov, il sera examiné par les députés dès cette semaine. (tous journaux)

LE DESACCORD

LA COMMISSION EUROPEENNE RENVOIE AU GOUVERNEMENT BULGARE LE PROJET D’ACCORD 2014-2020

Accompagné de critiques et de commentaires détaillés, le projet d’accord de partenariat, à signer entre la Bulgarie et la Commission européenne pour la période de programmation 2014-2020, a été renvoyé par Bruxelles au gouvernement bulgare la semaine dernière, écrit Capital Daily.
Sur plus d’une vingtaine de pages, la Commission formule ses réserves et apporte des rectifications dans un document corrigé plusieurs fois déjà (voir nos revues du 10 janvier et du 13 mars 2014). La principale et la plus récurrente des critiques dans presque tous les domaines couverts par le projet vise l’absence de propositions de réforme. Et là où de telles sont envisagées, les priorités sont mal formulées.
Les principales observations de la Commission concernent :
- la proposition bulgare d’inclure 67 villes dans le programme des « Régions en croissance ». Estimant ce nombre déraisonnable, la Commission souligne que l’argent doit être investi de façon plus concentrée et en fonction d’une analyse des besoins des villes ayant une masse critique suffisante en potentiel économique et démographique ;
- la stratégie de réforme des soins : les plans manquent de clarté, les délais et les financements ne sont pas précisés. L’Etat doit faire preuve d’un engagement plus soutenu à l’égard de la restructuration du réseau hospitalier et de la priorisation des besoins.
- la réforme dans le domaine de l’eau doit inclure la mise en place de nouveaux acteurs, à savoir les opérateurs régionaux de l’eau, alors que ceux-ci ne sont pas encore créés. Le financement, demandé dans le cadre du Programme des zones rurales pour les communes de moins de 2 000 équivalents-habitants (sic), doit répondre aux critères généraux.
- absence de structure claire et de classement par priorités des projets concernant les petites communes.
- la demande de financement pour les routes de catégorie inférieure doit être accompagnée par une analyse du rapport coût-avantage et non de la simple explication « accès à des localités et des sites historiques ou naturels » considérée comme vague par la Commission.
- l’insertion des Roms doit être intégrée dans tous les programmes de façon appropriée, etc.
Les autorités bulgares sont censées répondre aux remarques de la Commission d’ici le 26 juin. D’après la vice-Premier ministre Zinaïda Zlatanova, en charge des fonds européens, il n’y a rien de grave dans le document envoyé par Bruxelles puisqu’il s’agit d’une procédure de routine.
Sega, au contraire, estime que les nombreuses critiques reporteront dans le temps la signature de l’accord et la validation des programmes. Etant donnés les secousses politiques que traverse actuellement le pays, il serait peu probable de voir bientôt des projets financés par le nouveau cadre de programmation, souligne ce journal. (Capital Daily, Sega, Standart)

L’EPITAPHE

UNE ANNEE GASPILLEE, SELON L’EDITORIALISTE YASSEN BOYADJIEV

Sans attendre la démission formelle du gouvernement PSB-MDL de M. Orecharski, Yassen Boyadjiev, de Deutsche Welle, fustige ses douze mois et demi à la tête du pays.
« La Bulgarie nécessite des réformes profondes. Cependant, le gouvernement sortant, mû par un tout autre but, ne voulait ni ne pouvait répondre à ce besoin. Indépendamment de la date des prochaines législatives, une chose est sûre : le gouvernement PSB, MDL et Ataka s’en va. Ces partis bénéficiaient d’une majorité arithmétique, à défaut d’une confiance réelle, raison pour laquelle le gouvernement tout à sa stratégie de survie, n’a jamais été efficace.
C’était clair d’emblée. Quand, par le biais de petits jeux avec le quorum, ces partis ont réussi à prendre le pouvoir. Ou quand Peevski avait été nommé à la tête de la DANS en un rien de temps. Ainsi le temps a donné raison aux protestataires qui manifestaient depuis juin dernier.
A qui cette tentative de survie avait-elle profité ? Certes, elle avait servi les dirigeants et leurs patrons et alliés, accrochés au pouvoir à tout prix, pour des fins privées. Du point de vue de l’intérêt social, l’année écoulée est une année gaspillée. L’unique profit de cette expérience sociale coûteuse et négative serait de voir de plus en plus de gens se réveiller et comprendre l’absurdité de cet état des choses.
Sans vouloir sous-estimer le poids de l’héritage et de problèmes en suspens de longue date, force est de constater l’absence de souhait du gouvernement de faire bouger les choses. Au contraire, le cabinet Orecharski a tout fait pour aggraver la situation politique dans le pays. Il s’est laissé aller au farniente dans des secteurs qui nécessitaient des réformes, comme la santé, l’éducation, la justice – la réforme des retraites ayant même fait des pas en arrière.
La première et unique année de ce gouvernement restera à jamais gravée dans nos mémoires par ses constantes tentatives d’acheter la confiance et par son prétendu souci des démunis. J’espère tout de même que nombreux seront ceux qui ont fini par comprendre que la belle rhétorique ne remédiera guère à la paupérisation en hausse, ni à l’économie en baisse.
A l’instar de la coalition tripartite précédente, celle-ci a « réussi » à tout faire pour bloquer des fonds européens. Plus encore, elle est entrée en guerre avec l’Union européenne, en défendant à la vie à la mort les intérêts de la Russie dans le projet South Stream – au moment même où, par son expansion en Ukraine, la Russie avait remis en cause la stabilité dans toute l’Europe.
Pour conclure, la majorité dirigeante a réaffirmé un modèle de fusion des pouvoirs politique et économique, au terme duquel les institutions de l’Etat sont devenues les otages d’intérêts oligarchiques. » (Deutsche Welle)

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Dernière modification : 11/06/2014

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