Mercredi 11 septembre

Politique

Nikolaï Malinov accusé d’espionnage au profit d’une puissance étrangère

Le président du Mouvement des russophiles, Nikolaï Malinov, a été mis en examen pour espionnage et le ressortissant russe Leonid Rechetnikov (ex-directeur de l’Institut russe pour les études stratégiques) a été interdit d’entrée sur le territoire bulgare pour une période de 10 ans. La nouvelle a été annoncée par le procureur général Sotir Tsatsarov, lors d’une conférence de presse, durant laquelle les journalistes ont été privés de la possibilité de poser des questions. N. Malinov a été libéré sous une caution de 50 000 leva et interdit de sortie du territoire. M. Malinov est un ancien député PSB (et éditeur, jusqu’à avril 2015, de l’organe de presse de ce parti, Douma). Aux élections législatives de 2017, il figurait sur la liste des Patriotes unis. Svobodna Evropa rappelle à cet égard qu’il participe souvent à des émissions sur la chaîne TV du parti Ataka, Alfa. Quant à Léonid Rechetnikov, sa carrière dans les services russes de renseignement reste liée à la Bulgarie, un pays où il se rend souvent. En 2016, un profilage des possibles candidatures à l’élection présidentielle bulgare, commandé par l’Institut russe des études stratégiques, qu’il dirigeait jusqu’à 2017, recommandait au PSB comme meilleur profil celui d’un haut gradé de l’armée.

Le démantèlement d’un réseau de blanchiment d’argent a permis aux enquêteurs de découvrir des transferts d’argent en provenance d’organisations étrangères ayant des intérêts liés à la vie politique en Bulgarie. « On a financé ainsi des activités visant directement la sécurité nationale de la Bulgarie et constituant des tentatives d’influence ciblée sur la politique étrangère nationale », a indiqué le procureur général. Les organisations citées étaient au nombre de deux : l’association russe Aigle bicéphale et l’établissement public Institut russe des études stratégiques relevant de l’autorité de l’administration du président de Russie, tous deux liés à l’ancien général du KGB Leonid Rechetnikov. Selon les précisions apportées par l’adjoint au procureur général, Ivan Guechev, Nikolaï Malinov a exécuté des missions contre rémunération. Des perquisitions effectuées à Sofia, Breznik et Pernik ont permis au Parquet de saisir des ordinateurs, des portables et des documents, dont une pièce appelée par les enquêteurs « Projet Bulgarie ». « Il s’agit d’une note, a résumé le procureur Guechev, visant à informer les organisations russes précitées sur l’organisation actuelle de la Bulgarie et sur les mesures à prendre en vue d’un changement de son orientation géopolitique ». Selon ce document, les efforts devraient se concentrer sur cinq axes principaux : secteur non-gouvernemental, création de sites en ligne, création d’une chaîne de télévision, mise en place d’un centre analytique d’influence et constitution d’un nouveau parti politique.

Le procureur Guechev s’est aussi arrêté sur la dimension financière et économique de l’affaire d’espionnage. Selon lui, l’inculpé avait lui-même noté des transferts, à titre gratuit, d’actifs s’élevant à un demi-milliard d’euros depuis Tsvetan Vassilev (l’ex-propriétaire de la banque KTB, en fuite en Serbie) vers l’oligarque russe Konstantin Malofeev.

Pour l’instant, les réactions, à gauche comme à droite, indiquent que la classe politique a du mal à croire à cette affaire d’espionnage « démantelée » par le Parquet. De passage à Plovdiv, le président de la République Roumen Radev a commenté qu’il s’agit là d’un chef d’inculpation très grave que l’enquête aurait à étayer d’éléments de preuve irréfutables. « La thèse d’une affaire d’espionnage au profit de la Russie est tellement absurde et saugrenue que ce n’est même pas la peine d’en parler. J’ai été élu avec les voix de 2 millions de Bulgares et toute insinuation au sujet de mon élection n’est qu’un affront fait à tous ces électeurs », a indiqué le chef de l’État.

« Ce scandale d’espionnage entre guillemets me rappelle le temps où des oligarques russes, comme Michael Tchorny et Denis Erchov, essayaient de réaliser des projets en Bulgarie pour renforcer l’influence de la Russie », a commenté ce matin le premier ministre Borissov, en marge de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres. Pour ajouter aussitôt que lui, il n’a aucun rôle dans ce qui se passe et que l’orientation géopolitique de la Bulgarie est choisie et confirmée par l’ensemble des forces politiques : c’est la voie de l’UE et de l’OTAN. « Nous n’avons rien contre ceux qui aiment la Russie », a conclu le premier ministre en rappelant que lui-même s’était rendu dans le passé à un des rassemblements au barrage de Koprinka, organisés tous les ans par le Mouvement des russophiles (Centre).

Pour Atanas Atanassov, coprésident de l’alliance Bulgarie démocratique, il s’agit d’une farce, visant à parer le reflux d’électeurs du GERB. Le député PSB Alexandre Simov a également interprété le scandale comme un désir du GERB de s’attirer les électeurs de la droite, alors que la présidente des socialistes, Kornelia Ninova, a commenté que son parti n’intervient pas dans les affaires du Parquet. Toutefois, elle a protesté contre l’arrestation et le menottage de témoins [Yourii Borissov]. Le député Stanislav Stanilov d’Ataka était le seul, selon Capital, à voir une attaque contre le gouvernement et le premier ministre Borissov qui « mène une politique équilibrée à l’égard de la Russie et tolère le Mouvement des russophiles ».

L’ambassade des États-Unis à Sofia a soutenu l’action du Parquet dans un post publié sur sa page Facebook. « Nous sommes au courant de l’enquête. Les États-Unis soutiennent les efforts de la Bulgarie pour se protéger contre toute influence malveillante », y lit-on. (tous media)

Manifestations pour et contre l’unique candidat à la tête du Parquet

Une manifestation contre la candidature du procureur général adjoint, Ivan Guéchev, à la tête du Parquet, organisée par l’initiative « Justice pour tous », a réuni plusieurs milliers de personnes hier à Sofia. Les manifestants demandaient à ce que la candidature de M. Guéchev soit retirée et qu’une nouvelle procédure transparente soit organisée. La presse fait état de la présence, parmi les protestataires, de deux groupes « qui se distinguaient visiblement des manifestants » : d’un côté, « des Roms venus en bus depuis Bourgas », et d’autre côté, « de jeunes hommes aux crânes rasés, lunettes, vêtements noirs et tatouages racistes ». D’après certains organisateurs de la manifestation, « la présence de ces personnes visait à discréditer la manifestation ».

Parallèlement, une contre-manifestation en soutien à la candidature de M. Guéchev s’est tenue non loin de la première, réunissant plus de 1 500 personnes, selon 24 Heures. Des contre-manifestations sont également prévues aujourd’hui et demain. (tous media)

Europe

La Bulgarie, satisfaite ou pas des responsabilités dévolues à sa commissaire Maria Gabriel ?

La commissaire bulgare Maria Gabriel dirigera la recherche, l’éducation et la culture au sein de la nouvelle Commission européenne, souligne Capital. Ces responsabilités, auparavant divisées entre deux commissaires, montrent que Mme Gabriel aura des compétences beaucoup plus larges (trois directions générales et trois programmes) et mieux dotées financièrement, commente ce media. « Maria Gabriel a obtenu un portefeuille très important, ce qui traduit la reconnaissance témoignée à la Bulgarie », a commenté la présidente de l’Assemblée nationale, Tsveta Karayantcheva, en visite au Parlement européen. Sur sa page Facebook, le premier ministre Borissov a félicité Mme Gabriel pour ce troisième plus grand portefeuille au sein de la Commission, « particulièrement important et moderne, doté d’un budget de 100 milliards d’euros ». Le président de la République Roumen Radev s’est montré à son tour très positif : « Je ne mesure pas les portefeuilles à l’aune de leur poids financier. Mais l’Europe a l’ambition d’être un leader sur la scène mondiale et cela ne peut pas se faire sans innovations et sans la contribution active des jeunes Européens ». La vice-présidente du PSB, Denitsa Zlateva, a été plus critique : la Bulgarie a reçu moins que ce qu’elle pouvait espérer avoir ; maintenant, il sera très important de mettre du contenu dans le portefeuille attribué. (tous media)

Cybersécurité

Augmentation de 33% du nombre de cyberattaques

Entre août 2018 et juillet 2019, le Centre national d’action en cas d’incidents liés à la sécurité informatique a enregistré 2 851 alertes portant sur des tentatives d’atteinte à la cybersécurité en Bulgarie, dont 2 030 sont considérées comme des « incidents ». Ce dernier chiffre constitue une augmentation de 33% par rapport à la période précédente. Le nombre d’adresses IP affectées est également en très forte hausse : ainsi, fin août, elles sont au nombre de 2 028 531 contre 340 750 à la même période de l’année dernière. Les incidents sont principalement liés à des logiciels malveillants (39%), à l’hameçonnage (31%), aux attaques par déni de service (16%) et aux tentatives de pénétration (8%). En novembre prochain, des représentants de la Commission européenne se déplaceront en Bulgarie pour vérifier comment les derniers amendements législatifs en termes de cybersécurité sont mis en œuvre. (Mediapool, Sega, 24 Heures)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 11/09/2019

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