Mercredi 13 janvier

L’annonce

Le ministère de la défense se prépare à acheter six nouveaux moteurs pour les MIG-29 : un revirement ?

Nikolaï Nentchev, ministre de la défense, a participé à un vol de démonstration effectué par un avion de chasse MIG-29, équipé de l’un des deux moteurs polonais mis temporairement à la disposition de la Bulgarie dans le cadre de l’accord pour le prolongement de la vie de 6 moteurs de MIG-29, conclu entre les deux pays et ratifié le 27 novembre 2015 par le parlement bulgare. Lors de cet événement qui s’est déroulé à la base aérienne de Graf Ignatievo, en présence du premier ministre Boïko Borissov et de l’ambassadeur polonais, Krzysztof Krajewski, le ministre de la défense a annoncé la prochaine publication (d’ici la fin de janvier) d’un appel d’offres pour l’achat de six moteurs pour les anciens chasseurs russes dont disposent les forces aériennes bulgares.

« Nous faisons tout ce qui est possible pour élargir la base et moderniser les forces aériennes de manière à ce qu’elles soient en mesure de protéger le ciel de la patrie », a déclaré le ministre pour justifier cette nouvelle pour le moins surprenante dans le contexte de ses propres déclarations de diminution de la dépendance de la Russie des forces armées. Selon la presse, même si d’autres sont en théorie en mesure de proposer à la Bulgarie des moteurs pour les MIG-29, le fournisseur le plus sûr serait le producteur qui est l’usine moscovite Tchernychev d’autant plus que le ministre a parlé de « nouveaux moteurs », souligne Capital Daily. En dehors de la nature controversée de la conclusion d’un marché avec la Russie à l’aune des sanctions de l’Union européenne, celui-ci serait en contradiction avec l’engagement de la Bulgarie à acquérir des chasseurs conformes aux normes de l’OTAN. Les 80 millions de leva, octroyés pour permettre le lancement de l’achat d’un avion de chasse compatible avec ceux des forces de l’OTAN, seront utilisés pour ce nouveau marché qui serait décidé sous la pression du chef des forces armées bulgares et dont le coût s’élèverait à 50-52 millions de leva (selon des sources officieuses), croit savoir Mediapool.

La presse bulgare considère que ce revirement dans le plan de modernisation des armements est bizarre également à l’égard des partenaires polonais qui auraient pu s’attendre à ce que le contrat pour le prolongement de la vie des six moteurs (d’un montant de 12 millions de leva) donnent lieu à une coopération de plus grande échelle dans le domaine de l’industrie militaire (Capital Daily). La Pologne avait affirmé être en mesure de moderniser les moteurs de manière à ce qu’ils puissent être reconnus par les chasseurs des forces de l’OTAN comme « amis ». Le ministre de la défense a affirmé mardi que la signature d’un deuxième contrat avec la Pologne pour l’entretien et la modernisation des avions existants était également prévue.

Dans ce contexte, une deuxième surprise est venue du premier ministre qui a révélé l’intention de l’Etat bulgare de racheter l’usine militaire Avionams (l’ancienne usine publique TEREM dont les traces de la propriété mènent vers des sociétés offshores après le divorce entre Tsvetan Vassilev et Delian Peevski et la faillite de la KTB) « afin qu’on puisse réparer d’autres avions militaires dont la Bulgarie dispose en dehors de MIG-29 ». Selon des spécialistes, l’hypothèse que la Bulgarie puisse réparer les MIG est très peu probable dans la mesure où elle impliquerait que la Russie fournisse à la Bulgarie le savoir-faire nécessaire. (tous journaux, mediapool.bg)

Le dilemme

Les réformateurs entre instinct de scission et obligation d’unité

Dans les colonnes de Standart, le politologue Parvan Simeonov de Gallup International analyse les issues possibles pour la droite après la décision du député Radan Kanev de quitter la coalition gouvernementale pour siéger comme non-inscrit et de lancer un nouveau projet politique.

Pendant ces derniers mois, indique M. Simeonov, il y avait une période pendant laquelle Radan Kanev monopolisait la parole au sein du Bloc réformateur. Alors que maintenant, on dirait que Bulgarie aux citoyens a égalisé : le mouvement dirigé par Meglena Kouneva a imposé son projet de loi de lutte contre la corruption comme un sujet de débat et a proposé lors des élections législatives des candidatures beaucoup plus marquantes. La situation actuelle est telle qu’on pourrait dire que Radan Kanev est en passe de partir sans pour autant fermer la porte derrière lui. Ainsi, en fonction de la conjoncture, il pourra choisir entre pouvoir et opposition.

Evidemment, son penchant naturel le pousse vers l’opposition. Il existe en politique une antinomie classique entre santé et beauté. L’UDF et Bulgarie aux citoyens choisissent la santé et Radan Kanev penche vers la beauté. D’où la grande inquiétude pour lui : saura-t-il entraîner avec lui un nombre suffisamment important de députés ?

Une autre inconnue pour Radan Kanev, c’est la position de son propre parti, les Démocrates pour une Bulgarie forte. Les suivront-ils en bloc ? Peter Moskov, un de ses adjoints, a préféré conserver son maroquin ministériel.

La troisième question concerne la nouvelle entité politique que Radan Kanev projette de créer. Pour être efficace, son projet de droite devrait être en mesure d’attirer à soi d’autres sympathisants pour être sûr de pouvoir franchir le seuil d’éligibilité parlementaire de 4%.

Radan Kanev a plusieurs options devant lui dont aucune n’est sûre. Mais l’avenir politique des autres partis du Bloc réformateur est également plein d’incertitudes. Si, demain, il y avait des élections, avec qui s’y présenteraient-ils sinon avec Radan Kanev ? D’où l’appel de Meglena Kouneva, qui n’a rien d’un ultimatum, pour qu’il rentre au bercail. N’oublions pas qu’un des grands maux dont souffre la droite, c’est la scission. L’instinct de scission a toujours marqué la droite. Mais rappelons-nous qu’il y a quelques années c’est l’instinct inverse, l’instinct de consolidation, qui a sauvé les multiples petits partis essaimés de la droite authentique. En 2013, tous ces partis qui avaient touché le fond ont trouvé la force de former le Bloc réformateur et de se présenter ensemble aux élections anticipées un an plus tard. La division a toujours été la malédiction de la droite.

Radan Kanev a encore du temps pour choisir entre les différentes options. Un choix qui ne sera pas facile étant donné le poids électoral de son parti et la niche politique que celui-ci occupe. Sans oublier que la dernière fois que les Démocrates pour une Bulgarie forte s’étaient présentés seuls à des élections législatives, ils n’avaient recueilli que quelque 100 000 voix et n’avaient pas pu entrer au parlement, conclut M. Simeonov. (Standart)

L’interview

Ivaïlo Ditchev : « En Bulgarie, nous sommes résignés à périr »

Troud publie aujourd’hui un entretien avec Ivaïlo Ditchev, anthropologue et professeur à l’Université de Sofia, sur la crise des réfugiés et la politique migratoire européenne dans un contexte plus global de la crise démographique et de la mondialisation. M. Ditchev a publié récemment dans les médias bulgares une série d’articles et de commentaires sur l’opinion publique et les politiques négatives envers les réfugiés en Europe et sur les dangers qu’un repli sur soi pourrait représenter pour le Vieux continent.

A la liberté de la circulation des individus, il lie la circulation des capitaux, des biens, de l’information. « Je ne sais pas si nous nous rendons réellement compte de ce qui arrivera à notre monde si nous arrêtons cette libre circulation », demande M. Ditchev en réponse aux appels de fermer les frontières de l’Europe. Le problème principal se cache dans la peur. Les politiciens de l’extrême droite critiquent la circulation des gens, ceux de l’extrême gauche celle des capitaux (l’Organisation mondiale du commerce, le TTIP, etc). On observe un effroi vis-à-vis de ceux, les étrangers, avec qui on serait obligé de partager territoire et ressources. Les populistes dirigent cette peur vers un côté culturaliste pour obtenir un consensus national, réfléchit M. Ditchev. Cela rappelle les stratégies similaires, selon lui, quand lors des années 90 tous les Bulgares étaient représentés aux Pays-Bas comme des prostitués, des mafieux ou des trafiquants de drogue.

La circulation de grandes masses de gens a toujours créé des conflits. Il est évident que l’Allemagne a dépassé sa capacité d’accueil et maintenant devrait changer sa politique. Il n’est pas possible de ne pas s’intéresser à d’où viennent les gens, où ils vont, comment ils gagnent leur vie. Mais la grande question est : est-ce que l’Allemagne renforcera le contrôle de ses frontières ; sera-ce plutôt une décision au niveau européen ; ou une démarche d’un noyau de pays européen duquel la Bulgarie serait exclue ?

Une éventuelle organisation des attaques contre des femmes à Cologne servirait à la fois Daech et les partis de l’extrême droite. Les réfugiés minent la légitimité de Daech et le privent de population sur laquelle il pourrait régner ; l’extrême droite a trouvé son ennemi dans ce qu’elle appelle le libéralisme. En Bulgarie, des stratégies analogues peuvent être identifiées dans les attaques contre les Roms, la diabolisation du MDL, de Poutine, des communistes. La politique est exercée de cette manière depuis toujours : il faut faire peur aux gens, pour les dominer.

Le problème sous-jacent, en réalité, est le péril démographique. « Le monde occidental développé engloutit depuis des décennies des migrants pour survivre… Mais nous, en Bulgarie, nous sommes résignés à périr ». Faut-il devenir une maison de retraite pour vivre en paix ? », demande M. Ditchev.

La civilisation occidentale est en danger, car elle s’est donné pour but d’intégrer le reste du monde. Mais ceci est un projet messianique : il y a de la place pour chacun dans notre civilisation ; chacun devrait obtenir une chance. Mais un revirement fasciste éventuel peut y mettre fin : construire des murs, s’enfermer et trembler de peur à l’intérieur. (Troud)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 13/01/2016

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