Mercredi 14 septembre

La réorientation

Les nouveaux trajets de trafic de migrants après la fermeture de la frontière serbo-bulgare ; des réfugiés trouvent la mort dans le Danube

« Mort au prix de 50 000 $ » écrit Standart en une avec de grandes lettres en rouge. « Le ministère de l’intérieur a gardé le silence pendant six jours sur les réfugiés noyés dans le Danube », ajoute Sega. 24 tchassa consacre deux pages à cet événement sous le titre : « Six Irakiens se sont noyés dans le Danube ; la police est à la recherche des trafiquants responsables de cette tragédie ». Tous les médias consacrent une place très importante à ce qu’ils qualifient de « tragédie humaine ». Deux hommes et un enfant de 5 ans ont été trouvés, noyés dans les eaux du Danube. La police recherche encore trois enfants. Quatre individus ont été sauvés par des pêcheurs bulgares.

Selon les naufragés, ils étaient dix à embarquer sur un petit bateau près des villages d’Artchar et Dobri dol sur le Danube. Après quoi ils ont été délaissés par les trafiquants. Les pêcheurs qui ont trouvés quatre membres de ce groupe le 8 septembre l’ont immédiatement signalé à la police. Mais, souligne Sega qui adopte un ton critique envers le ministère de l’intérieur, la police a gardé le silence pendant six jours. Hier, la ministre Roumiana Batchvarova « a essayé de se dérober en affirmant que tant que les corps des noyés n’avaient pas été retrouvés, la police n’avait pas confirmation de cet incident, raison pour laquelle elle s’était abstenue d’informer [les médias] ».

Les migrants ont raconté avoir payé 10 000 dollars par adulte (7 000 par enfant) pour traverser la Bulgarie et passer en Roumanie, leur destination finale étant l’Allemagne. 24 tchassa cite ses propres sources, selon lesquelles il serait impossible pour des trafiquants locaux d’organiser un tel passage et que sans doute des gens de groupe criminels de Lom et de Vidin ont été également mêlés à l’affaire. Ils étaient informés que cette partie du bord de la rivière n’était pas sous vidéosurveillance et que le passage était plus facile.

Selon Mme Batchvarova, il est évident que cela représente une « tentative de nouveau trajet » avant qu’elle ne devienne un canal de trafic développé. Mais, a-t-elle ajouté, on manque encore de preuves suffisantes pour conclure qu’après la fermeture de la frontière avec la Serbie, le trafic s’est réorienté vers le Danube.

Le président du Conseil européen a envoyé une lettre au premier ministre bulgare dans laquelle il souligne qu’il soutiendra le pays pour recevoir de l’aide pour la protection de ses frontières lors du sommet de l’UE à Bratislava. Avant cette réunion importante, les premiers ministres serbe et hongrois se sont rendus hier en Bulgarie. Aujourd’hui MM. Borissov et Orbán ont visité la clôture à la frontière turco-bulgare. M. Borissov a déclaré que son pays demandera lors du sommet 160 millions d’euros pour la protection de sa frontière. M. Orbán, de son côté a affirmé que la Bulgarie peut compter sur le soutien des pays du groupe de Visegrád.

Les frontières bulgares sont des frontières européennes communes et tous les Etats membres ont intérêt que ce problème soit résolu, a déclaré M. Borissov. Le communiqué de presse du Conseil des ministres cite le premier ministre hongrois qui a ajouté que « l’avenir de l’UE se décide non pas à Bruxelles, mais à la frontière turco-bulgare ». « Les deux premiers ministres ont appelé la Grèce à respecter ses obligations en tant que pays membre de l’espace Schengen en précisant qu’ils attendront des réponses sur cette question au sommet de Bratislava », ajoute le communiqué.

M. Borissov a répondu à une question journalistique sur une décision potentielle de la part de la Turquie de laisser le flux s’orienter vers l’Europe en cas de non-libéralisation du régime des visas : « Bon ou mauvais, l’accord avec la Turquie fonctionne bien et tous les leaders européens en sont conscients. » Une facilitation en matière de délivrance de visas pour les fonctionnaires de l’administration centrale et locale de la Turquie ainsi que pour les citoyens turcs qui travaillent dans des sociétés en Europe est possible. Tout le reste « est sur la table des négociations », a ajouté M. Borissov. Il a toutefois souligné que Sofia « demandera de l’aide pour la Turquie » lors du Sommet à Bratislava. (tous journaux)

L’annonce

Vers un nouveau recul du gouvernement sur son projet de réforme du ministère de l’intérieur

A la veille de la deuxième lecture du projet de loi d’amendement à la loi sur le ministère de l’intérieur, les porteurs de ce projet retireront certains des principaux amendements ayant provoqué son rejet par la commission parlementaire de sécurité intérieure et d’ordre public par six voix (GERB) « pour », trois « contre » (PSB) et sept absentions en avril dernier. Cette décision a été annoncée par Tsvetan Tsvetanov, président de ladite commission parlementaire et vice-président du groupe parlementaire du GERB lors d’une discussion publique, à laquelle ont participé les députés de cette commission parlementaire, la direction politique du ministère de l’intérieur et des représentants des organisations syndicales. Assise à côté de M. Tsvetanov, Roumiana Batchavarova, ministre de l’intérieur et chargée de ce projet d’amendements de la loi, a opiné du chef.

Au moment de leur départ à la retraite, les fonctionnaires du ministère toucheront toujours des indemnités de 20 mois de salaire au lieu de 12 comme le prévoyait le projet d’amendement. Leurs congés payés ne seront pas diminués de 30 à 25 jours. La direction de la lutte contre les incendies préservera son statut au lieu de devenir une agence exécutive auprès du ministère. Le statut de l’Académie du ministère de l’intérieur sera également préservé. Le ministre de l’intérieur ne déléguera pas le pouvoir de nomination de fonctionnaires au secrétaire général du ministère comme le proposaient les auteurs du projet.

Concernant les amendements maintenus, 5 500 postes dont ne sont pourvus actuellement que 4 500 relèveront à partir du 1er janvier 2017 de la loi sur la fonction publique et non plus de celle sur le ministère de l’intérieur. Leurs titulaires perdront ainsi une partie des privilèges dont ils bénéficiaient. Ces fonctionnaires dont les contrats seront « transformés » ne pourront toucher leurs indemnités conformément à la loi sur le ministère de l’intérieur qu’au moment de leur départ à la retraite. La délivrance de papiers d’identités et l’enregistrement des véhicules seront dorénavant effectués par une entreprise publique. Les pouvoirs de la direction générale de lutte contre la criminalité organisée seront renforcés et les fonctionnaires pourront effectuer s’ils le souhaitent un nombre d’heures supplémentaires plus importants allant jusqu’à 280 heures par an.

Sega rappelle que l’objectif de ces amendements était de réaliser des économies au sein du ministère « le plus couteux et le moins réformé ». Cependant, les porteurs de ce projet d’amendement, craignant des protestations à la veille de l’élection, ont dû céder. La direction du ministère de l’intérieur, sous la pression de Tsvetan Tsvetanov selon Sega, a dû renoncer même à l’idée d’adopter ces amendements pour les futures nominations. En guise de justification de ce recul, l’équipe de Mme Batchvarova a évoqué la priorité de la stabilité du ministère. Pour sa part, M. Tsvetanov l’a justifié par l’opposition à la réforme de la direction politique du ministère et des partenaires de la coalition au pouvoir.

La presse rappelle que l’équipe de Mme Batchvarova renonce ainsi à « une mouture beaucoup plus douce » du projet de réforme que celle concoctée à l’automne dernier par le ministre des finances qui avait soulevé une vague de protestations en novembre dernier (voir nos revues des 2, 5, 6 et 9 novembre 2015) La diminution des nombreux privilèges accordés aux agents de ce ministère était restée au cœur de la réforme proposée par la ministre Batchvarova après le retrait, sous la pression des manifestants, du projet du ministre des finances. (tous journaux)

La contestation

Belene : le gouvernement revoit sa copie

La Bulgarie demande la réduction des intérêts moratoires calculés journalièrement sur la dette de la Compagnie nationale d’électricité (NEK) envers le fabricant russe Atomstroyexport (ASE) pour le matériel nucléaire commandé par la partie bulgare et fabriquée par la partie russe dans le cadre du projet avorté de Belene (voir aussi nos revues du 17 juin, 20 juin et 12 août 2016). Ces intérêts, évalués à 167 millions d’euros par jour et calculés à compter de la date de la décision de la Cour internationale d’arbitrage auprès de la Chambre de commerce internationale (16 juin dernier) ont atteint en quelques mois presque 15 millions d’euros.

L’annonce a été faite hier par la ministre de l’énergie, Temenoujka Petkova. Selon Mediapool, une plainte avait été déjà dûment déposée dans le délai imparti de 30 jours par la cour d’arbitrage. Elle ne porte que sur la façon dont sont calculés les intérêts et non sur le fond de l’affaire. Une « erreur technique » que la Bulgarie tient à mettre au point, a précisé Mme Petkova.

La sanction de retard devrait être calculée sur le montant de 550 millions d’euros et non sur celui de 620 millions d’euros qui renferme déjà des intérêts moratoires imputés pour la période mai 2015 – juin 2016. Selon Mme Petkova, il n’est pas légal qu’un taux d’intérêt soit calculé sur un autre taux d’intérêt.

La cour d’arbitrage se prononcera d’ici un mois sur la prétention bulgare, a annoncé Mme Petkova tout en précisant que la plainte n’a pas d’effet suspensif.

Vendredi dernier, à Sofia, une rencontre a eu lieu entre des experts bulgares et des représentants du fabricant russe, ASE. Ce dernier a demandé un calendrier précis en vue du remboursement du montant dû. La Bulgarie a exigé, pour sa part, que lui soient présentés les certificats du matériel fabriqué et qu’une visite soit organisée sur le site d’ASE afin que des experts bulgares puissent inspecter le produit fini.

« On ne peut payer quelque chose qu’on n’a pas vu », a souligné à ce propos la ministre. Selon elle, en 2012, la partie bulgare avait déjà réalisé sept inspections de ce type en Russie afin de suivre sur place les différentes étapes de la fabrication du matériel. Ensuite, la partie russe avait continué à travailler sur les deux réacteurs commandés dont le second n’a jamais été complètement achevé. « Donc, nous ne pouvons être sûrs de rien. Il faut nous rendre sur place et voir », a conclu Mme Petkova.

Après une déclaration récente du premier ministre selon laquelle la Bulgarie devrait rembourser au plus vite le fabricant russe, de hauts responsables ont évoqué plusieurs possibilités de paiement de cette dette (émission obligataire, prêt public, etc.) Selon les dernières statistiques communiquées par le ministère des finances, l’excédent budgétaire a atteint 3 milliards de leva et l’Etat pourrait prêter 1,2 milliards de leva à la NEK. Mais, vu le lourd endettement de cette dernière (à hauteur de 4,5 milliards de leva fin juin), rien n’indique qu’elle sera en mesure de s’acquitter d’une telle créance auprès du trésor. Comme il s’agit d’une décision qui engagera les générations à venir, elle doit être arrêtée par consensus au sein du gouvernement et concertée avec le parlement bulgare, a estimé la ministre.

Mediapool rappelle qu’aucune décision ferme n’a été encore prise, malgré certaines déclarations publiques du premier ministre, sur les appels de la part de certaines forces politiques à relancer le projet de Belene. Aucune démarche n’a été effectuée à ce jour sur la vente de l’actif et du passif de la centrale nucléaire inachevée. Quant aux efforts du gouvernement de trouver un repreneur pour les deux réacteurs, plus personne n’en parle. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

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Dernière modification : 24/11/2016

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