Mercredi 15 juillet

L’élection

L’Assemblée nationale a élu Dimiter Radev à la tête de la Banque nationale de Bulgarie ; il annonce ses propositions de vice-gouverneurs

Sans surprise, la candidature du financier Dimiter Radev au poste de gouverneur de la Banque nationale de Bulgarie (BNB), proposée par le GERB et soutenue par des parlementaires du Bloc réformateur, d’ABC, du Centre démocratique bulgare et du MDL, a recueilli le soutien des députés. A partir de demain, pour six ans, il dirigera la banque centrale. Sur les 180 députés présents dans la salle, 130 ont voté « pour » (GERB 81, BR 22, CDB 12, ABC 6, FP 1, MDL 7 et 1 non-inscrit), 16 « contre » et 34 se sont abstenus.
Les trois autres candidats ont recueilli un soutien beaucoup plus mitigé : 37 voix pour Bisser Manolov, candidat du Bloc réformateur, 44 voix pour le candidat d’ABC, Dimiter Yotsov, et 43 voix pour celui du Front patriotique, Grigoriï Vazov.
Le nouveau gouverneur de la BNB possède une riche expérience de 35 ans dans le domaine des finances : vice-ministre des finances dans six gouvernements consécutifs (1992-2001), et expert auprès du FMI pendant quatorze ans (depuis 2001). Son programme détaillé sur son mandat de gouverneur, présenté aux députés lors de son audition, prévoit un plan de mise au clair de la situation dans le secteur bancaire (délai : 18 mois), le renforcement des maillons faibles, la prévention de nouvelles crises, des préparatifs en vue de l’adhésion de la Bulgarie au mécanisme européen de surveillance unique (MSU) et à la zone euro, l’adoption des critères de la BCE de publicité et de transparence dans le fonctionnement des banques centrales. M. Radev entamera son mandat par une inspection des mesures mises en place pour suivre de près la situation en Grèce et réagir en cas de dérapage.
Après avoir prêté serment, M. Radev a présenté ses propositions de vice-gouverneurs. Misant sur les deux actuels vice-gouverneurs, à savoir Kalin Khristov pour la caisse d’émission et Dimiter Kostov pour le contrôle prudentiel, il leur associe la juriste en chef de la BNB Nina Stoyanova, à qui est proposé le secteur régissant l’activité bancaire.
Pour aboutir, leurs candidatures doivent être officiellement introduites par M. Radev et votées par le parlement. Si MM. Khristov et Kostov sont maintenus dans leurs fonctions, étant donné la bonne réputation professionnelle dont ils jouissent dans les milieux bancaires, le risque existe de mécontenter l’opinion publique qui exige que soit engagée la responsabilité de toute l’équipe dirigeante de la banque centrale pour l’effondrement de la KTB.
Non sans quelque raison : le poste du vice-gouverneur chargé du contrôle prudentiel est vacant depuis janvier dernier, lorsque son titulaire Tsvetan Gounev avait été officiellement limogé en relation avec la faillite de la KTB. L’ancien gouverneur Ivan Iskrov avait soumis au parlement la candidature de Dimiter Kostov, mais les députés l’avaient écartéе comme politiquement inappropriée. Même aujourd’hui, certains députés du BR ne cachent pas leur sérieux malaise à soutenir une personne qui avait fait office de ministre des finances, en 1995-1996, dans le gouvernement de Jean Videnov lorsque quinze banques bulgares avaient fait faillite l’une après l’autre.
Par ailleurs, le début du mandat du nouveau gouverneur de la BNB a coïncidé avec l’adoption hier, par le Conseil de l’UE, de cinq recommandations de réformes à l’égard de la Bulgarie. L’une des mesures concerne les banques et préconise la réalisation, d’ici décembre, d’une analyse indépendante de la qualité des actifs l’ensemble du système bancaire et de tests de résistance du bas en haut en coopération étroite avec les autorités européennes compétentes. On exige également de la Bulgarie d’auditer les portefeuilles des fonds de retraite et des compagnies d’assurances, de revoir et de renforcer le contrôle prudentiel sur le secteur bancaire et financier, d’améliorer le cadre régissant l’activité des intermédiaires financiers afin de prévenir leurs expositions envers des personnes liées, etc. (tous journaux, mediapool.bg)

La tractation

Reporter la réforme pour faire monter les enchères

La réforme judiciaire a été au cœur d’une rencontre qui s’est tenue aujourd’hui entre le MDL et le Bloc réformateur. A l’issue de cette rencontre, Lioutvi Mestan, président du MDL, a réitéré son souhait que le vote du projet de révision constitutionnelle soit reporté après les élections locales afin que « la réforme judiciaire puisse se réaliser comme le fruit de la volonté commune de tous les partis politiques » à l’exception du Front patriotique, considéré par le MDL comme une force politique « hors système ». M. Mestan a donc exigé que ce parti soit écarté des négociations initiales sur les amendements constitutionnels mais qu’on lui permette de voter ultérieurement « pour » ou « contre » ceux-ci.
Le MDL met en question sa participation au vote prévu pour la fin de ce mois car ce parti considère que « le projet actuel est compromis à cause de la condition préalable que la réforme judiciaire conditionne l’aboutissement du mandat du gouvernement actuel ». Cela signifierait qu’une participation ultérieure au dialogue sur la réforme judicaire serait possible de la part du MDL, si la démarche à l’égard de la réforme changeait. Cette nouvelle démarche devrait permettre de trouver un accord au sujet de toutes les normes concernées par la réforme judiciaire, notamment la constitution, la loi sur le pouvoir judiciaire, le code pénal et le code de procédure pénale. Selon mediapool.bg, ces propositions de report de la réforme afin que d’autres lois soient révisées vise à gagner du temps pour que l’actuel collège continue à fonctionner. En outre, le calendrier proposé par M. Mestan permettrait au MDL d’obtenir un siège à la Cour constitutionnelle en échange de soutien de la réforme, souligne mediapool.bg.
A l’issue de cette rencontre, Radan Kanev, co-président du Bloc réformateur, a déclaré ne jamais avoir eu « des échanges politiques aussi peu sérieux ». Il a qualifié d’« inacceptable » la proposition du vote « en bloc » de toutes les lois concernées par la réforme judiciaire. L’absence de confiance entre les deux partis met en question la possibilité qu’un consensus soit obtenu après les élections locales. « La grande question pour nous ne consiste pas à dire s’il y aura une réforme judiciaire en Bulgarie mais quand celle-ci aura lieu. Notre objectif reste donc inchangé : 180 voix « pour » [le projet de révision constitutionnelle] la semaine prochaine », a affirmé M. Kanev en précisant que de nouveaux pourparlers sont prévus avec le PSB et ABC. (mediapool.bg)

La réaction

L’accord sur la Grèce vu par les analystes bulgares

L’accord entre la Grèce et ses interlocuteurs européens et du FMI sur un troisième plan de sauvetage suscite des réactions très contrastées d’économistes et politologues bulgares.
La Grèce fera faillite à chaque fois qu’on lui prêtera de l’argent, déclare Nikolaï Vassilev, ancien vice-premier ministre et ministre dans deux gouvernements (2001-2009), dans les colonnes de Pressa. Aucun montant, aussi énorme soit-il, ne résoudra ses problèmes parce que le socle sur lequel reposent l’économie et la gouvernance du pays est extrêmement erroné. Seules des réformes structurelles peuvent aider la Grèce, mais aucun des nombreux gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays pendant les cinq dernières années et la classe politique en général pendant les vingt ou trente dernières années n’ont voulu les faire. « Aujourd’hui, comparée à la Grèce, la Bulgarie reste un pays plus pauvre, mais de loin plus réformé. Et la distance fond d’un jour à l’autre », souligne-t-il tout en rappelant que la Bulgarie, en onze ans (à partir de 1997) avait réalisé les difficiles réformes que les Grecs qualifient aujourd’hui de « terreur », « pression » ou « humiliation ». « Ce n’est pas vrai qu’un pays plus riche ne peut pas le faire. Tout simplement, il ne veut pas le faire ». L’Etat refuse de privatiser des biens parce que c’est la caste au pouvoir qui les exploite. Le gouvernement Tsipras, dont les jours sont comptés, cèdera la place à un autre, mais rien ne changera parce que la classe au pouvoir n’a pas la mentalité qu’un peuple est responsable de son destin. Les Grecs n’ont pas conscience que les réformes sont indispensables », relève M. Vassilev.
Aux antipodes de cette position, Standart offre le point de vue du chercheur Ivo Khristov de l’Université de Plovdiv. Selon lui, l’accord entre la Grèce et ses créanciers a consacré la « capitulation de la Grèce sous le diktat de l’Allemagne ». Le pays perdra toute sa souveraineté économique. Il devra privatiser ses meilleurs actifs et les recettes de cette privatisation iront alimenter un fonds géré par les créanciers. « En fait, on a infligé à la Grèce des réparations comme à la sortie d’une guerre. […] Et le pays sera désossé dans les règles de l’art. Il sera plus ou moins amené à la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la Bulgarie ».
La Grèce n’est pas le problème de l’UE, elle est le symptôme du problème, souligne M. Khristov. Quand vous mettez ensemble des économies hautement développées, comme celles de l’Allemagne, de la France, des pays scandinaves et de la Grande-Bretagne, avec des économies périphériques dans le Sud et l’Est de l’UE, il est évident que derrière les propos de solidarité européenne perce un néocolonialisme mal caché. « Un néocolonialisme orienté vers l’exploitation de la périphérie proche – main-d’œuvre bon marché, débouchés commerciaux, etc. Toutefois, un tel mécanisme ne peut pas durer. […] Le sort de l’UE à partir de maintenant ne peut être qu’une confédération faible et relâchée, avec l’Allemagne comme noyau dur. Et, évidemment, sa transformation en appendice géopolitique des Etats-Unis », conclut-il. (Pressa, Standart)

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Dernière modification : 25/11/2016

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