Mercredi 16 avril

LE SCANDALE

DE NOMBREUX ABUS DE DONNEES PERSONNELLES DANS LES LISTES DE SIGNATURES PRESENTEES PAR LES PARTIS DEVANT LA CEC

La Commission électorale centrale (CEC) est inondée de centaines de plaintes de la part de citoyens qui ont retrouvé leurs identifiants nationaux illégalement inscrits dans les listes de signatures devant accompagner obligatoirement toute demande d’enregistrement pour les élections, informe 24 Tchassa. Grâce à une application spéciale, chaque citoyen peut désormais vérifier, sur le site de la CEC, si ses données personnelles ont été utilisées à son insu. Selon 24 Tchassa, parmi les victimes de cette manipulation sont également le médiateur de la République Konstantin Pentchev, qui a retrouvé son nom parmi les soutiens d’un parti nationaliste, le PDG de la raffinerie de pétrole Lukoil, Valentin Zlatev, le chef de la Confédération des employeurs et industriels en Bulgarie, Ognian Donev, des députés, etc.
Face aux attaques, la CEC a formé un groupe de travail, tout en assurant que tous les signalements seront vérifiés et, si des cas d’abus sont constatés, la Commission pour la protection des données personnelles et le Parquet en seront saisis.
Au lieu de prendre des mesures, souligne Sega, les institutions essaient de se laver les mains en expliquant à quel point il serait difficile de sanctionner les irrégularités constatées. Même si l’on aboutit à des sanctions, prédit ce journal, cette « fraude grandiose » ne trouverait pas de solution avant les élections européennes.
Dans tous les cas, les partis et les coalitions ayant manipulé les listes de signatures ne seront pas inquiétés parce que, selon la loi, la responsabilité est personnelle et les auteurs seront recherchés parmi les personnes qui ont collecté les signatures, ajoute Sega. Mais ce qui est vraiment scandaleux, c’est que les fausses signatures ne seront pas retirées des listes des soutiens des partis avant la fin de la vérification. Ainsi, il peut s’avérer qu’une formation politique ait des élus sans avoir eu un enregistrement valable.
Des associations des droits de l’homme ont alarmé sur un autre aspect du scandale des listes de signatures truquées. « La différence entre l’Etat orwellien et l’Etat démocratique, c’est l’accès aux données personnelles des citoyens ordinaires », a souligné, devant la bTV, Alexandre Kachamov du Programme « Accès à l’information ». Selon lui, l’application sur le site de la CEC, permettant d’accéder aux convictions politiques des citoyens en saisissant uniquement un identifiant national, pose des problèmes sérieux. Chaque employeur pourrait en profiter à l’encontre de son personnel. (tous journaux)

L’ANALYSE

LE VOTE NATIONALISTE SE RECENTRE SUR LE THEME RUSSE

A moins d’un mois et demi avant les élections européennes, Standart fait l’état des lieux des partis qui miseront sur le discours nationaliste et xénophobe.
Trois formations, qui se posent en défenseurs de l’identité bulgare, ont été enregistrées par la Commission électorale centrale pour le scrutin du 25 mai prochain. Ce sont les partis Ataka et Front national pour le salut de la Bulgarie (FNSB), ainsi que la coalition « Partis nationalistes de Bulgarie » (PNB). Leurs listes opposeront le leader d’Ataka Volen Siderov, l’ancien militant d’Ataka Valeri Simeonov et l’ancien « jeune espoir » d’Ataka Simeon Kostadinov.
Ce dernier est le fondateur et leader d’un éphémère Parti nationaliste de Bulgarie que les tribunaux ont refusé d’enregistrer en raison de vues jugées trop extrémistes. Voilà pourquoi, aux élections européennes, M. Simeonov sera tête de liste de la coalition PNB, regroupant le parti « Liberté » de l’ancien député d’Ataka Pavel Tchernev et le parti « Libertas Bulgarie » de Hristo Atanassov. La coalition jouirait, d’après ses leaders, d’un vaste soutien auprès d’organisations informelles de mouvance eurosceptique, islamophobe et chrétienne. « Nous aspirons vers une Europe des nations et non vers un super-Etat », déclare M. Tchernev qui, il y a un mois avait recruté des volontaires pour le referendum en Crimée (voir notre revue du 12 mars). Il explique ses positions prorusses par ses préoccupations pour la minorité bulgare en Ukraine.
« L’Europe doit logiquement être en union avec la Russie, déclare le leader d’Ataka, Volen Siderov. « C’est un modèle eurasien qui, s’il se met à fonctionner, fera des Etats-Unis un pays périphérique, marginalisé. L’Europe avec sa puissance technologique et la Russie avec la richesse de ses ressources deviendront, en tandem, numéro un mondial », ajoute-t-il.
Le FNSB aurait, pour l’instant, le plus de chances pour le scrutin, selon les sondages. Ce parti, doté d’une chaîne de télévision bénéficiant d’une importante audience (TV Skat), mènera campagne sous le slogan de « La voix des patriotes bulgares en Europe ». Sur sa liste figurent Valeri Simeonov, l’eurodéputé Slavi Binev et le journaliste de la TV Skat et ancien ambassadeur à Belgrade Velizar Entchev. A la différence de ses concurrents, M. Simeonov dénonce l’annexion de la Crimée et l’escalade en Ukraine d’une « tension fomentée par les services [secrets] américains et les ambitions maladives de Poutine ». (Standart)

LE DEBAT

LA BULGARIE, EST-ELLE MURE POUR UNE REVISION DE LA CONSTITUTION ?

Le jour du 135e anniversaire de l’adoption de la première Constitution bulgare au lendemain de la libération de la Bulgarie (connue sous le nom de « Constitution de Tarnovo ») et 23 ans après l’adoption de la Constitution actuelle, les points de vue abondent autour de la question de savoir si la refonte de la loi suprême apporterait le remède aux grands maux dont souffre le pays.
Dans les pages de Troud, le Prof. Lazar Grouev, président de la Cour suprême de cassation, estime que toute modification de la loi suprême doit être provoquée par des conditions sociales mûres. « L’important est de répondre à la question où l’on veut aller. La Constitution prédétermine le fondement de l’Etat et si quelqu’un parle d’une nouvelle Constitution, il doit prouver que la société revendique un changement radical dans la forme de gouvernance de l’Etat et dans les relations entre les institutions », observe-t-il.
Selon lui, la Constitution actuelle a fait ses preuves et n’est pas une lettre morte. « Je ne sais pas s’il existe vraiment des conditions mûres pour un changement radical », souligne-t-il. Il y a un stéréotype en Bulgarie : en cas de problème, on change de réglementation, de lois, ou l’on crée de nouvelles structures, une commission, une agence, etc. Alors qu’il serait beaucoup plus productif d’investir son énergie dans la mise en œuvre de la loi. « La panacée n’est pas obligatoirement dans le changement de la loi ; l’important, c’est de l’appliquer », conclut M. Grouev.
Le même avis est partagé par le président de l’Assemblée nationale, Mikhaïl Mikov. « Les critiques à propos de la Constitution sont dues, en premier lieu au fait qu’on la connaît mal. Nous avons une bonne Constitution […] qui a permis [à la Bulgarie], sans grandes secousses, d’adhérer à la famille européenne », déclare-t-il dans les pages de Standart.
Dans un commentaire détaillé, publié par Troud dans son numéro d’hier, le sociologue Antoniï Galabov dresse le bilan des thèmes qui jalonnent le débat public sur les « blocages » de la Constitution.
Les principales critiques visent les dispositions régissant l’organisation du système judiciaire. M. Galabov relève le fait que les propositions radicales de rattachement du parquet et du service de l’instruction au pouvoir exécutif ont été écartées par les magistrats sans qu’elles soient vraiment examinées.
Un autre thème, préféré par la propagande politique, dit-il, est celui du système de scrutin : beaucoup de gens préconisent la réduction du nombre des députés et la mise en place d’un scrutin uninominal. En fait, c’est le scrutin de liste, enrichi par des éléments uninominaux, qui était prôné au départ dans les milieux démocratiques, rappelle M. Galabov.
Un autre défaut de la Constitution, c’est la centralisation durable de la gouvernance qu’elle a consacrée. Malgré les tentatives de décentralisation financière, les autorités locales restent dépourvues de compétences et de ressources.
En outre, il existe une vraie incohérence entre les pouvoirs dont sont dotées les institutions et le mode d’élection de ceux qui les dirigent. Le président de la République et les maires, élus par un suffrage direct uninominal, disposent de pouvoirs très restreints pour mener une politique indépendante. Dans le même temps, les députés et les conseillers municipaux, aux pouvoirs beaucoup plus larges, sont élus par un scrutin de liste.
S’il existe un consensus politique, des modifications de la Constitution de ce type peuvent être adoptées même par une Assemblée nationale ordinaire. Les réticences à en débattre ne sont pas dictées par des considérations juridiques, mais traduisent uniquement les intérêts des partis et des milieux affairistes, conclut M. Galabov. (Troud, Standart)

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Dernière modification : 16/04/2014

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