Mercredi 16 juillet

LA PROLONGATION

LA PROCEDURE DE TUTELLE DONT FAIT L’OBJET LE GROUPE KTB SE POURSUIVRA AU-DELA DU 21 JUILLET

La presse bulgare d’aujourd’hui attire l’attention sur « un communiqué obscur » (selon Capital Daily), publié sur le site de la BNB suite aux consultations de quatre heures, consacrées à la stabilité financière du pays, ayant réuni hier, chez le président de la République, des représentants des principales forces politiques (PSB, MDL, GERB), les gouverneur et sous-gouverneur de la Banque nationale de Bulgarie (BNB) Ivan Iskrov et Kalin Hristov, le premier ministre Plamen Orecharski et le ministre des finances Peter Tchobanov (voir notre revue de presse d’hier). En dehors des démarches relatives à l’adhésion de la Bulgarie au mécanisme unique de surveillance et à l’audit par l’Autorité bancaire européenne du système bancaire en Bulgarie, la BNB informe que la procédure de tutelle dont fait l’objet le groupe KTB se poursuivra, faute de consensus entre les forces politiques. Elle rappelle la démarche législative qu’elle avait proposée conjointement avec le gouvernement en vue de résoudre les problèmes que rencontrent le groupe KTB et les personnes physiques et morales ayant des dépôts de plus de 196 000 leva (100 000 euros). La BNB précise que « conformément au cadre légal en vigueur (art. 115, al. 3, de la loi sur les établissements de crédit), la durée maximale de ladite procédure de tutelle est de 6 mois mais qu’elle retient en l’espèce un délai de 3 mois. »
Par ailleurs, le gouvernement bulgare a informé hier, par un communiqué de presse, de son soutien aux efforts de la BNB pour trouver une « solution globale » des problèmes que rencontre la KTB. « Il est indiscutable que les dépôts garantis jusqu’à 196 000 leva seront remboursés conformément à la législation en vigueur et le gouvernement y contribuera en apportant les ressources financières nécessaires. Toutefois, nous considérons toujours que la possibilité de préserver la partie viable de la banque KTB avec le soutien de la BNB, du Fonds pour la garantie des dépôts et du gouvernement est préférable au dispositif standard prévoyant la fermeture de la banque après remboursement des déposants à concurrence de 100 000 euros. Cette première option permettrait d’assurer le fonctionnement normal de dizaines d’entreprises bulgares et remédierait aux pertes cumulées par la société [bulgare] à cause de la fermeture temporaire de cette banque de taille relativement importante. Cette solution n’excuserait ni ne dissimulerait en aucun cas les éventuels mauvais débiteurs ou les personnes ayant porté un préjudice à la banque. Bien au contraire, nous tenons à la plus grande transparence à leur égard. Le gouvernement continuera à participer aux consultations à tous les niveaux visant à trouver une solution constructive et pertinente concernant la KTB. Nous appelons à ce que toutes les forces politiques se mettent à dialoguer au nom de la stabilité de l’Etat et s’abstiennent de discours politiques. » Selon Sega, qui qualifie de « surprenante » la position du gouvernement, la seule mouvance s’opposant à la cession d’une partie des actifs de la KTB à sa filiale Crédit Agricole Bulgarie SA serait le PSB à cause de « l’absence totale d’informations concernant l’état des finances de la banque ». Le GERB serait plus enclin à des compromis alors que la position du MDL resterait vague. (tous journaux, gouvernement.bg, bnb.bg)

LES POSTES

LES DEPUTES BULGARES DECROCHENT DES POSTES AU PARLEMENT EUROPEEN ; LES SPECULATIONS SE POURSUIVENT AUTOUR DE L’EVENTUELLE CANDIDATURE BULGARE A LA COMMISSION EUROPEENNE

La répartition des sièges au sein des commissions du nouveau Parlement européen a offert pour la première fois le poste de président de commission à un député bulgare. Iskra Mikhaïlova (ADLE), ancienne ministre de l’environnement et de l’eau, présidera désormais la Commission du développement régional.
La députée Iliana Yotova (S&D) vient d’être élue vice-présidente de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures.
Andreï Kovatchev (PPE) sera l’un des cinq questeurs du parlement et siégera, à ce titre, au bureau du PE.
Maria Gabriel sera l’une des dix vice-présidents du groupe du Parti populaire européen (démocrates-chrétiens).
Le groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe aura parmi ses sept vice-présidents Filiz Hiousmenova.
Hier, Nikolaï Barekov a été élu vice-président du groupe des Conservateurs et réformateurs européens.
Sergueï Stanichev (S&D), dont le nom faisait l’objet de nombreuses spéculations dans les médias bulgares, reste pour l’instant simple membre de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie.
En ce qui concerne la candidature bulgare à la nouvelle Commission européenne, la presse étrangère (le Monde, Financial Times, Euractiv, Deutsche Welle, Die Presse) avance le nom de Kristalina Gueorguieva, commissaire sortante en charge de l’aide humanitaire. Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, souhaiterait lui voir occuper le poste de haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, croit savoir Euractiv. Selon ce média, Mme Gueorguieva, également ancienne vice-présidente de la Banque mondiale, « s’est bâti une excellente réputation en tant que commissaire » et semble la candidate la plus sérieuse à ce poste. En Bulgarie, elle est soutenue par le plus grand parti d’opposition, le GERB. « M. Juncker aurait déjà discuté par téléphone avec le premier ministre Plamen Orecharski afin de s’assurer que Kristalina Gueorguieva soit nommée en tant que prochaine commissaire par la Bulgarie. Cependant, l’initiative n’a pas été concluante. Plamen Orecharski, qui devrait représenter son pays lors du sommet de ce mercredi, a indiqué qu’il ne soumettrait pas de nom à cette occasion », écrit Euractiv dans son numéro d’hier.
Se référant à des propos du président du GERB Boïko Borissov, Pressa informe que le leader sortant du PSB Sergueï Stanichev aurait lancé la candidature de Kristian Viguenine, actuellement ministre des affaires étrangères. Si la Bulgarie propose le nom de M. Viguenine, elle ne recevra pas le poste de diplomate numéro un de l’Union européenne, aurait estimé M. Borissov. Toujours selon Pressa, Sergueï Stanichev lui-même aurait eu des visées sur ce poste important, mais « ses espoirs se seraient fanés après avoir été averti en haut lieu à Bruxelles qu’il ne l’obtiendra pas à cause de certaines initiatives affairistes opaques et suspectes attribuées à son épouse et dont des signalements auraient été parvenus en Europe […] ». (http://www.europarl.europa.eu, http://www.euractiv.fr, Pressa)

L’ENTRETIEN

« NOUS AVIONS UN PILIER DE LA STABILITE, LA BANQUE CENTRALE, ET NOUS L’AVONS DETRUIT », ESTIME LE FINANCIER STOYAN ALEXANDROV

Dans une interview, accordée à Pressa, le financier Stoyan Alexandrov, ancien ministre des finances (1992-1994), ancien banquier, critique ouvertement les propos et les actions de la Banque nationale de Bulgarie (BNB), du gouvernement et des forces politiques dans la crise de la banque KTB.
L’inaction totale de la part des gouvernants prouve que l’on fait tout « pour ruiner cette banque », estime M. Alexandrov. « La KTB était une banque solide et elle le reste encore aujourd’hui, comme le prouve la volonté exprimée par ses propriétaires d’arranger les choses. Il reste à savoir pourquoi personne ne veut les entendre. Ce que nous voyons maintenant, c’est une spoliation pure et simple de type socialiste, voire communiste », souligne-t-il. Certains politiciens en feront les frais et le gouverneur de la BNB, Ivan Iskrov, dont les propos sur la stabilité du système bancaire et le remboursement à 100% de tous les dépôts à la KTB, ont discrédité l’institution, devrait démissionner. « Nous avions un pilier de la stabilité, la banque centrale, et nous l’avons détruit », conclut avec amertume M. Alexandrov.
La situation de Crédit agricole Bulgarie, la filiale de la KTB, n’est pas claire non plus, relève l’expert, personne n’ayant motivé sa mise sous surveillance spéciale. La meilleure solution serait que les administrateurs provisoires nommés par la BNB se retirent et que la banque se remette à fonctionner. S’il y a un autre scénario, observe M. Alexandrov, si l’on ne veut pas laisser les propriétaires soutenir la banque et si l’Etat ne prévoit pas sa nationalisation, la meilleure option serait de retirer sa licence et de rembourser les déposants à hauteur du montant garanti par la loi (196 000 leva). Comme cela doit se passer en 20-30 jours, l’Etat doit trouver les fonds nécessaires.
« Tous les propos débités ces derniers jours sur combien d’argent serait nécessaire pour sauver les dépôts, étaient inutiles. Une politique raisonnable et la mise en place d’une banque d’Etat auraient conduit à une situation tout à fait différente. Si le gouvernement s’était dit prêt à garantir les actifs et les passifs [de cette nouvelle banque], comme c’est le cas pour la Banque bulgare de développement, les gens se seraient calmés. […] Au lieu de cela, on nous a donné des explications du genre ‘trou dans le capital’ et ‘besoin de liquidité’ », souligne le financier.
Faisant, plus loin, l’analyse du portefeuille de crédit de la KTB, M. Alexandrov conclut que sur les 3,5 milliards de leva de créances de la KTB, estimées « douteuses » par les auditeurs, une très petite partie serait irrécouvrable. Comme les créances douteuses ou irrécouvrables sont obligatoirement provisionnées (à hauteur de 100% pour les dossiers les plus graves), le « trou dans le capital » de la banque n’excéderait pas 1,2 milliards de leva. « Il ne faut pas affoler les gens en alléguant que 3,5 milliards de leva ont disparu de la banque », souligne-t-il.
Si le parlement n’adopte pas le cadre juridique approprié proposé par la BNB et susceptible de permettre le remboursement à 100% de l’argent déposé dans la KTB, les conséquences risquent d’être particulièrement graves, souligne M. Alexandrov. Comme la plupart des avoirs dépassant la limite garantie par l’Etat appartiennent à des personnes morales, beaucoup d’entreprises se verront contraintes de réduire ou de liquider leur activité. Le taux de chômage progressera et l’Etat subira une perte de recettes d’impôts et de contributions sociales. En outre, la mesure sera préjudiciable aux communes, hôpitaux, écoles et autres institutions et établissements publics, clients de la KTB, parce que la loi ne leur accorde pas de priorité en cas de liquidation judiciaire de la banque.
« Mais le problème le plus grave, c’est l’attitude des hommes politiques qui dit aux gens : débrouillez-vous, il n’y a personne à vous aider. […] La Bulgarie perdra des milliards qui seront exportés. Par leurs actes, les politiciens rendent l’économie exsangue. […] En quelques jours seulement, une vingtaine de personnes m’ont demandé conseil où transférer leur argent, vers la Bank Austria ou la Deutsche Bank », déclare le financier.
Interrogé sur l’opportunité du lancement d’une procédure d’adhésion de la Bulgarie à l’Union bancaire européenne, annoncé par le président de la République (voir notre revue d’hier), M. Alexandrov estime que « les idées hâtives, même si elles semblent pertinentes de prime abord, risquent d’avoir un effet pervers ». Les comptes de la KTB ne montraient que 2% de créances douteuses et, tout à coup, l’audit en a décelé 60%, observe-t-il. Si d’autres banques bulgares sont soumises à un audit externe, combien d’elles se retrouveront dans une position similaire à celle de la KTB ? La seule solution valable, conclut M. Alexandrov, est que la Bulgarie se prépare avant de postuler. « […] nous savons que nous avons des problèmes. Résolvons-les et ne permettons pas qu’on voie nos lits défaits et nos tables encombrées d’assiettes sales ». (Pressa)

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Dernière modification : 16/07/2014

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