Mercredi 16 mars

Le diagnostic

Décriée par l’UE au titre du mécanisme de coopération et de vérification, la Bulgarie rêve de casser le thermomètre

Le Conseil Affaires générales de l’UE a adopté hier les Conclusions sur les progrès réalisés par la Bulgarie et la Roumanie au titre du mécanisme de coopération et de vérification (MCV). Le projet de conclusions ayant déjà fait l’objet de concertations au niveau des ambassadeurs des Etats membres le 24 février dernier, le document officiel de huit paragraphes, dont cinq sur la Bulgarie et seulement un sur la Roumanie, a été adopté sans débats. La Bulgarie a été représentée par la vice-première ministre Meglena Kouneva.

A la différence de la Roumanie qui est considérée comme « étant en train de garantir le caractère durable et irréversible des réformes qui lui permettraient d’atteindre les objectifs du MCV », la Bulgarie est invitée à prendre des mesures urgentes pour accélérer les progrès, à « faire preuve d’un consensus politique plus large et explicite en soutien du processus de réformes afin d’assurer un élan plus fort d’efforts formels et durables de réforme ». Le Conseil note que l’évaluation d’ensemble des progrès de la Bulgarie faite par la Commission dans son rapport « soulève de nouveau plusieurs craintes » : l’influence politique sur le système judiciaire, l’intégrité en matière de nomination des magistrats, les lacunes relatives à l’exécution des décisions de justice. Par conséquent, des réformes en faveur de l’indépendance, de la responsabilité et de l’intégrité du système judiciaire ainsi qu’une analyse indépendante du fonctionnement du Parquet sont préconisées. Le Conseil appelle la Bulgarie à poursuivre la réforme du Conseil supérieur de la magistrature et à mettre en œuvre les stratégies de réforme judiciaire et de lutte contre la corruption adoptées il y a plus d’un an.

« La lutte contre la corruption et plus particulièrement celle aux plus hauts échelons de l’Etat doit être renforcée pour atteindre des résultats formels et durables, y compris par l’amélioration de la transparence des procédures de passation de marchés publics. L’adoption d’une nouvelle loi de lutte contre la corruption et la mise en place rapide d’une autorité de lutte contre la corruption unique dotée de financements et d’un mandat indépendant de lutte contre la corruption au plus haut niveau, constituent des priorités immédiates », souligne le Conseil. Des attentes analogues sont exprimées au sujet de la lutte contre la criminalité organisée. Il est nécessaire que les problèmes que rencontrent la Direction générale de lutte contre la criminalité organisée (GEBOP) et la Commission pour la confiscation des biens acquis illicitement soient résolus, insiste le Conseil.

Le gouvernement bulgare n’a pas encore réagi aux conclusions du Conseil de l’UE qui « constituent l’évaluation politique au plus haut niveau de l’UE des progrès réalisés au titre du MCV », souligne Capital Daily. En revanche, les parlementaires européens bulgares (GERB, MDL, PSB, ORIM) se sont déclarés contre l’existence du MCV et ont initié une réflexion publique en vue de « repenser le MCV » au sein de la Commission des libertés civiles au Parlement européen. Ce débat sera suivi d’une réunion spéciale à Bruxelles à laquelle sont partis assister le procureur général Sotir Tsatsarov, le président de la Cour administrative suprême, Gueorgui Kolev, et l’inspectrice générale des services judiciaires, Teodora Tochkova, afin de faire état de leurs arguments contre le MCV, informe la presse bulgare. L’initiative des députés européens bulgares a été contestée par les députés nationaux du Conseil civil du Bloc réformateur et du DBF qui ont considéré que le MCV doit être maintenu « en l’absence d’efforts réels pour réaliser des progrès dans le domaine de la justice et des affaires intérieures ». (tous journaux)

L’interview

Tatiana Dronzina : les nouveaux convertis à l’islam, notamment les Roms, sont les plus vulnérables à une radicalisation

Sega publie un entretien avec la politologue Tatiana Dronzina, professeur à l’Université de Sofia, sur les dangers de radicalisation des musulmans en Bulgarie.

Revenant sur l’islam politique, Mme Dronzina explique qu’un des grands problèmes des pays arabes est qu’une grande partie de leurs gouvernements séculiers sont incapables de combattre la corruption, le chômage, l’anarchie sociale et le déficit d’Etat de droit. Quant à la Turquie, les racines de l’islam politique dans ce pays ne doivent pas être cherchées dans une tendance d’islamisation de la population turque. Elles peuvent être trouvées dans l’aggravation des inégalités socio-économiques et politiques dans la société turque, approfondie par la politique économique néolibérale, l’accélération de l’urbanisation et la globalisation. Dans la société bulgare, où les musulmans ne sont pas en majorité, un islamisme calqué sur l’exemple turc ne peut surgir. Néanmoins, un islam politique contextualisé autrement pourrait y prospérer, principalement si les clivages sociaux coïncidaient avec les clivages ethniques.

La communauté musulmane en Bulgarie n’a pas été formée à la suite de flux migratoires après la Seconde guerre mondiale et la dissolution du système colonial ; elle est « historique » et s’est constituée beaucoup plus tôt et par d’autres facteurs. Cela ne veut pas dire que le pays soit immunisé contre une radicalisation, prévient Mme Dronzina. Selon elle, les nouveaux convertis à l’islam, notamment issus de la communauté rom, sont particulièrement vulnérables. L’Etat et la société ont la capacité de s’opposer à ce phénomène, mais s’en abstiendront tant que l’élite politique s’intéressera uniquement aux résultats des prochaines élections.

Mme Dronzina souligne le rôle des musulmans modérés et des représentants du Mufti dans la lutte contre la radicalisation. Ils doivent agir dans deux directions : l’éducation centralisée et validée des imams et la légalisation des diplômes de ceux qui ont étudié à l’étranger ; la promotion d’un débat public sur la distinction entre l’identité nationale et l’identité religieuse. Les tentatives d’implantation d’une conscience nationale non-bulgare chez une partie des musulmans bulgare est très dangereuse et porte le risque d’une identification à quelqu’un d’autre, éventuellement à Daesh, prévient Mme Dronzina.

Le nationalisme ethnique peut être déclenché par des partis politiques qui servent des intérêts étrangers et érigent des lignes de démarcation dans la société bulgare. Il faut se garder d’entrer dans ce faux débat « avec la Russie ou avec la Turquie », car c’est un piège qui sert les intérêts de certains partis. La Bulgarie a fait un choix il y 20 ans sur de tout autres bases et a payé un prix bien élevé pour cette décision ; elle a choisi l’UE. Les appels à un fort Etat national trahissent en fait des tentatives de remplacer l’orientation européenne de Sofia par une orientation vers un autre pays, conclut Mme Dronzina. (Sega)

Le retrait

Pourquoi la Russie retire-t-elle ses troupes de Syrie ?

Le retrait des troupes russes de Syrie, décrété par le président Vladimir Poutine, pose de nombreuses questions sur lesquelles réfléchit le spécialiste du monde arabe Vladimir Tchoukov.

Il n’y a pas de surprise dans cette décision purement politique visant à permettre à Moscou de se retirer du conflit syrien avec la dignité d’une grande puissance qui, dans le même temps, reste prête à un consensus politique, estime M. Tchoukov. Très probablement, la Russie veut élargir le cercle de ses alliés et trouver du soutien à sa politique en Syrie. On dirait que Moscou veut se montrer plus modérée, plus centriste, n’ambitionnant plus la position de leader d’une coalition militaire.

Plusieurs facteurs pourraient expliquer sa décision. D’abord, la position de l’Iran, le grand sponsor de l’intervention russe en Syrie (celle-ci aurait coûté 2,5 millions de dollars par jour, selon certaines estimations). L’année dernière, Moscou et Téhéran avaient rapproché leurs positions politiques et économiques. Mais depuis le rapprochement entre la Russie et les Etats-Unis effectué en décembre dernier, notamment sur le partage des zones d’action militaire en Syrie (à l’ouest de l’Euphrate pour la Russie et à l’est pour les Etats-Unis), les choses n’en sont plus au même point. Il est devenu évident que la coalition dirigée par Moscou allait éclater. Des tensions se sont fait sentir le long des axes Moscou-Damas et Moscou-Téhéran, voire au sein du régime syrien. En janvier dernier, lors d’une visite à Moscou, des responsables iraniens ont demandé à M. Poutine de mettre fin à sa coopération avec Washington. Une exigence assez malhabile, puisque les Etats-Unis et leurs troupes participent aux actions conjointes contre Daech dans la région.

En outre, la puissante manifestation contre la participation de l’Iran à la guerre en Syrie, tenue récemment à Téhéran à l’occasion de l’enterrement de soldats iraniens morts en Syrie, et la décision du Hezbollah pro-iranien de se retirer du conflit, ont clairement montré que l’union russo-iranienne n’a pas d’avenir.

L’Iran veut contrôler le processus politique en Syrie, ce que la Russie ne peut pas admettre. Telle est la grande question qui met en concurrence les deux pays. Qui sera demain la métropole de Damas, l’Iran ou la Russie ? Il n’est pas possible que M. Poutine accepte de la République islamique une telle prétention. Et Moscou s’est mise à livrer des armements de pointe à l’armée syrienne, des blindés T-90, de l’artillerie lourde.

Par ailleurs, le Kremlin, à la différence de l’Iran, ne s’oppose pas à l’idée de la création d’un Etat fédéral ou confédéral à la place de la Syrie d’aujourd’hui. D’ailleurs c’est aussi la position américaine : des territoires autogérés, dotés de leurs propres milices. Et les Kurdes, au sein de ce nouvel Etat. Il est évident que la Russie s’oriente vers un règlement politique du conflit syrien. Une sortie qui lui permettra de redorer son blason de grande puissance militaire, d’Etat qui ramène la paix, de pacificateur. Sans renoncer ni à sa base maritime et à sa base aérienne en Syrie, ni à ses intentions de maintenir sa présence dans la région. (24 Tchassa, Standard)

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Dernière modification : 16/03/2016

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